Accueil du site > Mots-clés > Themes > Pas glop
lundi 23 août 2010, par
Voici un texte auquel j’adhère sans réserve.
Pour signer la pétition qui le prolonge, rendez vous à cette adresse : http://nonalapolitiquedupilori.org/
J’ai mis en italique un passage que je considère capital.
Une avalanche de discours et d’annonces provocatrices s’est abattue depuis plusieurs jours sur notre pays. Jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, on entend des propos qui étaient jusqu’à présent l’apanage de l’extrême droite. Le président de la République, lui-même, montre du doigt des communautés et des groupes sociaux entiers, stigmatise les Roms, les Gens du voyage, les étrangers, les Français qui ne sont pas « de souche », les parents d’enfants délinquants, etc. Ce faisant, il ne lutte en rien contre la délinquance, qui est répréhensible pour tout individu sans distinction de nationalité ou d’origine : il met délibérément en cause les principes qui fondent l’égalité républicaine, alors que déjà une crise sociale et économique d’une extrême gravité menace la cohésion de la société tout entière.
En quelques jours, les plus hautes autorités de l’Etat sont passées de l’exploitation des préjugés contre les Gens du voyage au lien, désormais proclamé, entre immigration et délinquance, puis à la remise en cause de la nationalité française dans des termes inédits depuis 1945. Ce qui est à l’œuvre dans cette démarche s’inscrit dans une logique de désintégration sociale porteuse de graves dangers.
Il ne s’agit plus du débat légitime en démocratie sur la manière d’assurer la sûreté républicaine, mais bien d’une volonté de désigner comme a priori dangereuses des millions de personnes à raison de leur origine ou de leur situation sociale. Quelle que soit la légitimité que confère l’élection, aucun responsable politique n’a reçu mandat de violer les principes les plus élémentaires sur lesquels la République s’est construite.
Parce que le seuil ainsi franchi nous inquiète pour l’avenir de tous, nous, organisations associatives, syndicales et politiques diverses mais qui avons en commun l’attachement aux principes fondamentaux de la République laïque, démocratique et sociale, rappelons avec force que l’article 1er de la Constitution « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion », et que toutes propositions qui méconnaîtraient cette règle fondatrice de la démocratie constituent une atteinte à la paix civile.
Nous n’accepterons sous aucun prétexte que le nécessaire respect de l’ordre public soit utilisé pour créer des distinctions entre les habitants de ce pays et désigner des boucs émissaires.
Nous appelons donc l’ensemble des citoyens de ce pays à manifester publiquement leur opposition aux stratégies de stigmatisation et de discrimination et aux logiques de « guerre » qui menacent le vivre ensemble. A cet effet, nous proposerons dans les prochains jours à la signature en ligne un « Appel citoyen » refusant toute politique de la peur ou de la haine. Et nous appelons à un grand rassemblement citoyen à l’occasion du 140e anniversaire de la République, le samedi 4 septembre Place de la République à Paris, à 14h00, et partout en France, pour dire ensemble notre attachement à la liberté, à l’égalité et à la fraternité qui sont et qui resteront notre bien commun.
Paris le 4 août 2010
Signataires :
AC ! Agir ensemble contre le chômage, Les Alternatifs, Les amoureux au banc public, Association de défense des droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM), Association France Palestine Solidarité (AFPS), Association des Marocains en France (AMF), Association nationale des Gens du voyage catholiques (ANGVC), Association républicaine des anciens combattants (ARAC), ATTAC, Autremonde, Cedetim, Confédération française démocratique du travail (CFDT), Confédération générale du travail (CGT), La Confédération Paysanne, La Cimade, Le Cran, Droit au logement (DAL), Emmaüs France, Europe Ecologie, Fédération pour une alternative sociale et écologique (Fase), Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés (FASTI), Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS), Fédération SUD Education, Fédération syndicale unitaire (FSU), Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), FNASAT-Gens du voyage, Fondation Copernic, France Terre d’Asile, Gauche unitaire, Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI), Les Jeunes Verts, Ligue des droits de l’Homme (LDH), Ligue de l’enseignement, Marches européennes, Médecins du Monde, Le Mouvement de la Paix, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), le Parti communiste français (PCF), le Parti de Gauche, le Parti socialiste (PS), Réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’Homme (RAIDH), Réseau Education Sans Frontière (RESF), SNESUP-FSU, SOS Racisme, Syndicat des avocats de France (SAF), Syndicat de la magistrature (SM), Union syndicale Solidaires, Les Verts.
mardi 10 août 2010, par
Quand un ministre de l’Intérieur se fend d’une déclaration à la presse, on s’attend à ce que ce soit pour féliciter la police d’avoir mis hors d’état de nuire un de ces gros bonnets de la pègre, trafiquant de drogue et d’êtres humains, ou un grand profiteur, bref pour avoir mené à terme une enquête minutieuse mettant en lumière quelque trafic, des fraudes lourdes ou des systèmes de prévarication. Non pas que la violence quotidienne à laquelle sont confrontés certains de nos concitoyens soit sans importance mais parce que, bien souvent, elle se nourrit des réseaux de ces gros bonnets difficilement atteignables et qui profitent des misères et des difficultés économiques pour étendre leur emprise sur une partie de la société.
Mais c’est pas facile la vie d’un ministre de l’Intérieur. Des fois, même quand on vous apporte l’affaire encore toute chaude, tout juste démoulée et qu’il resterait plus qu’à bomber le torse et monter sur ses ergots pour tirer la couverture à soi, pas de chance, c’est pas la bonne affaire : on va pas enterrer un bon copain, pas vrai ?
Alors, on se rabat sur le menu fretin, sur les minables dont les nuisances sont forcément plus visibles aux yeux des petites gens puisqu’ils en subissent directement les conséquences. Des fois aussi, on a ses marottes. C’est bien commode les marottes, ça permet d’occuper le terrain et de faire croire qu’on se préoccupe du bien-être du peuple.
Notre cher ami Hortefeux a trouvé la sienne le jour béni entre tous où un flic nantais – de par sa fonction forcément intègre et impartial – a verbalisé une femme de religion musulmane conduisant sa voiture vêtue à la Belphégor (elle, pas la voiture. Faut suivre un peu !) bien que le code de la route ne prévoit rien pour ce cas d’espèce. En tirant le fil de la pelote – un vrai travail d’investigation qu’il convient de saluer – on remontera ainsi jusqu’au mari que l’on découvre « polygame de fait », une notion créée tout spécialement pour l’occasion. De là à penser qu’il fraude avec les alloc, il n’y a qu’un pas et l’affaire est entendue.
Du miel pour notre Brice qui ronge son frein dans l’ombre de l’Empereur Nicolas 1er le Petit, lequel se complait à dire qu’il a tué le job de ministre de l’Intérieur pour 10 ans. Et on sait, depuis qu’il a été condamné en première instance pour injure raciste, que notre premier flic d’Auvergne fait une fixation toute particulière sur les Arabes musulmans.
Bingo ! Voilà que le boucher halal – le mari de Belphégor et l’amant de ses copines du même club – est accusé de violences sur une ancienne compagne. C’est vrai que ça valait une conférence de presse pour dire que l’homme est « présumé coupable » (puisqu’il est mis en examen, n’est-ce pas ?), bien que pas encore jugé (s’il l’est jamais) et que, dans certain cas, Briçounet souhaite que la déchéance de la nationalité française soit possible. On notera au passage que si le quidam est ici « présumé coupable », il en va autrement des amis du ministre qui, eux, restent « présumés innocents » de tout un tas de choses pas très reluisantes malgré des indices que de fort mauvais esprits trouvent pourtant assez convaincants. Mais on ne joue pas non plus dans la même cour. Faut pas mélanger les torchons et les serviettes sinon où irait le monde, je vous demande un peu, ma bonne dame ?
Évidemment, la fraude aux organismes sociaux, la polygamie, surtout « de fait », et la violence faite aux femmes devraient entrer dans cette catégorie de méfaits indignes du drapeau. C’est qu’il est intraitable, le bougnat de bazar, surtout avec les Arabes musulmans qui viennent bouffer le pain des vrais Français. Jean-Marie, ils sont en train de te piller !
D’ailleurs, pour dire s’il a vraiment trouvé sa marotte, ce pauvre gars, il va plus loin que le petit philosophe des bacs à ordure qui lui sert de guide spirituel. Le furoncle de la République, pour sa part, ne souhaitait la déchéance de nationalité que pour les agressions et les crimes perpétrés sur des personnes dépositaires de l’autorité publique. Déjà pas si mal, non ? Comme si la loi ne suffisait pas à punir ces actes. Comme si les autres citoyens de ce pays ne méritaient pas la même indignation !
Parce que, on s’en doute bien, perdre la nationalité française est une menace lourde de nature à faire rentrer n’importe quel délinquant dans le droit chemin. Juré ! Que n’y avait-on pas pensé avant ?
Évidemment, des âmes sensibles et angéliques (forcément !) se sont émues de ce discours pourtant moderne et novateur quoique un poil brutal : inconstitutionnel ! Et l’égalité des citoyens devant la loi ?
A lire les commentaires de quelques experts… du commentaire sur les sites Internet de certains journaux, la solution serait pourtant simple : on change la Constitution en supprimant tout ce qui entrave la marche en avant du petit timonier et on en profite au passage pour faire un référendum. Et là, ça clora le bec de tous ces doux rêveurs que la sécurité des vrais Français laisse de marbre ! C’est qu’ils en ont dans la tête, ces gens-là, même si ça paraît pas. Pardi ! C’est tellement évident.
Du coup, le chœur des chantres de la sécurité entonne l’air de la vertu nationale outragée et souligne la partition du soliste. Ainsi, Thierry Mariani, député du Vaucluse, sera, en septembre, le rapporteur d’une loi du même tonneau. Promis-juré, cela n’a rien à voir avec Sarko : la preuve, il y réfléchissait depuis début juillet. Et, en plus, il s’agira simplement de remettre en service des dispositions qui étaient en vigueur avant 1998, ce qu’on appelait alors « la double peine », abrogées parce que contrevenant au principe d’égalité des citoyens devant la loi. Pas sûr d’ailleurs qu’en mélangeant le code de la nationalité avec le code pénal, on rende service à ce dernier. Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Si tout ceci n’a guère de chance de se révéler efficace, comme toutes les déclarations guerrières de Sarko depuis huit ans, il s’agit surtout de se faire mousser.
Bien sûr, le brillant Christian Estrosi, député-maire de Nice, ne pouvait rester coi. Ce mec-là, dès qu’il y a une connerie à brailler, on peut être sûr qu’il va prendre un porte-voix. « Français ou voyou, il faut choisir ». Il veut semer la panique sur la riviéra, lou ravi de Nizza, ou quoi ? Et d’apporter son soutien à un troisième larron, Eric Ciotti, lui aussi député des Alpes-Maritimes, qui veut rien moins que jeter en taule les parents d’enfants délinquants. Que cela taille en pièce un principe fondamental de notre Droit n’émeut guère la bande de zozos. Pour pêcher l’électeur frontiste, plus l’appât est gros et moche, mieux c’est.
Il n’est d’ailleurs pas vraiment surprenant que ce soient ces trois-là qui s’y collent : d’une façon générale, le Midi est un bastion du Front National et pour être élu ici, quand on est de droite, mieux vaut se montrer conciliant avec ses électeurs. Le pari est pourtant risqué pour Sarko qui prépare sa campagne pour 2012 car ce n’est plus le vieux Le Pen qu’il aura sur sa route mais sa fille que d’aucuns jugent bien moins répugnante. De plus, il n’est pas dit que l’électeur de droite moyen se montre enthousiaste face à son bilan, tous sujets confondus, pas plus que face à ce voisinage nauséabond.
Mais faut-il que ce pays aille mal pour que ce pouvoir usé et incapable nous ressorte la vieille rengaine de la stigmatisation et du bouc-émissaire ?
Stigmatisation des gens du voyage, après les émeutes de Saint-Aignan, auxquels on amalgame au passage les parias de l’Europe, les Roms, en pensant plus spécialement à ceux de Roumanie, donc des étrangers, alors que ceux de France (Gitans et autres Manouches) sont pourtant, comme les commerçants forains, majoritairement des Français, parfois même depuis plus de 400 ans. Mais les nomades ont toujours eu mauvaise presse chez les sédentaires. Ce sont des cibles faciles. Quel merveilleux prétexte pour les montrer du doigt, tous ensemble, que la bonne occasion offerte par la violence imbécile de quelques-uns d’entre eux (d’ailleurs sédentarisés), motivée par la mort d’un des leurs, présenté comme un délinquant. Donc indéfendable. Tant pis, si les Roms (ceux de Roumanie) n’y sont pour rien. Ils sont étrangers et ils puent. A croire que Sarkosy a gardé de ses origines hongroises la haute opinion que les gens du coin (Roumanie, Hongrie, Bulgarie) professent de cette minorité, indésirable depuis la nuit des temps et souvent persécutée comme telle. Pour les autres, on instille ce poison qui fait d’eux des Français de seconde main, par nature nuisibles. On justifie donc le refus de certaines municipalités de les accueillir, comme la loi l’exige pourtant de celles de plus de 5000 habitants. Ou bien, quand elles veulent bien créer les aires d’accueil, le fait de les aménager loin de la ville ou près de la déchetterie ! Parfois les deux.
Stigmatisation des étrangers auxquels on attribue la responsabilité de la délinquance. Là encore, suite aux émeutes de Grenoble générées par la mort d’un braqueur. Autres violences imbéciles avec tirs à balles réelles sur la police. Indéfendable. Inadmissible.
C’est pourtant évident, à écouter les déclarations imbéciles du ravi de Nice : il n’y a pas de délinquant français. Forcément, s’il y a des délinquants, c’est donc qu’ils sont étrangers et qu’ils viennent piller le butin des délinquants vrais français. Mais s’ils sont Français, c’est que ça doit pas faire longtemps. Donc ils sont pas encore vraiment Français. Bref, c’est compliqué ! D’ailleurs, il n’y a qu’à demander aux immigrants italiens ou polonais du début du XXième siècle. Y avait pas pire comme délinquants. Y en avait plein les prisons. C’est bien un signe, ça, que les étrangers sont nuisibles. D’ailleurs, qu’ils soient Tziganes ou Arabes, ils roulent tous avec des grosses bagnoles. Ça aussi, c’est un signe. Quand on a pas la peau claire et le bon vieux type aryen, on n’a rien à faire au volant d’une Audi ou d’une Béhème. Et ne venez surtout pas parler de crise, d’exclusion et de toutes ces conneries. Ça n’a rien à voir. C’est gens-là sont mauvais et pis c’est tout !
Il y a dans l’actuelle majorité, hélas, tout un courant qui s’abreuve à la politique glorieuse menée jadis par Pétain et le gouvernement de Vichy. Le seul d’ailleurs à avoir instauré de façon systématique la déchéance de nationalité : à l’égard des Juifs. Certes, aujourd’hui, il n’y a ni étoile jaune ni camps d’extermination à la clé mais l’idée de diviser les Français sur la base d’un mérite illusoire et de leurs origines est tout simplement répugnante et indigne.

Ce ne sont pas les dernières déclarations évidemment fielleuses et pitoyable du pitbull Lefèbvre, à l’endroit de Michel Rocard et de quelques autres personnalités, qui y changeront quelque chose : Sarkosy et ses sbires sont dangereux. Pour préserver, espèrent-ils, le pouvoir qu’ils ont acquis des urnes, ils ouvrent la boite de Pandore au risque de faire exploser la société française. Mais qu’importe ! Cela leur donnera l’occasion d’accentuer leur répression. Un bon Français est un Français qui ferme sa gueule et se laisse manger la laine sur le dos.
Mais eux, ils ne nous respectent pas. Ils ne respectent ni la France ni les Français. Seuls leurs intérêts immédiats comptent. S’il y a une faute lourde, comme le prétend l’autre demeuré, c’est bien la leur : ils déshonorent ce pays et méprisent ses citoyens tout en les asservissant aux intérêts particuliers de leurs amis. C’est petit. C’est indigne. Et c’est peut-être ça la déchéance. Celle d’une nation toute entière à la merci de quelques tristes sires.
Putain, encore deux ans ! Ça va être long !
Un entrefilet dans La Provence du 20/07/2010 et un article plus complet sur son site :
(extrait)
La foi, les religions et les œuvres de charité jouent un rôle primordial pour surmonter les conséquences de la crise économique et financière, ont estimé lundi les présidents de la Commission, du Conseil et du Parlement européens.
José Manuel Barroso, Herman van Rompuy et Jerzy Buzek ont par ailleurs estimé que l’Europe devait s’inspirer de l’expérience des Eglises et communautés religieuses dans la lutte contre la pauvreté.
Au moment où, partout en Europe, se développe une offensive sans précédent pour, paraît-il, assainir les finances des Etats en réduisant les salaires et en démantelant protection sociale des citoyens et services publics — pour leur substituer des entreprises privées axées sur le profit —, et, notamment, la Santé et l’Education, voilà que les trois pitres du machin européen ont trouvé LA solution pour mettre du baume sur les plaies ouvertes des misérables : la foi et la charité.
C’est effectivement un peu plus pimpant qu’une politique sociale fondée sur la justice et la solidarité et ça coûte bien moins cher. Ça a, de plus, l’avantage de ne pas écorner les sacro-saints principes ultra-libéraux de cette Europe qui ne jure que par les marchés, par essence (divine ?) infaillibles !
Et c’est finalement d’une cohérence implacable : la soumission au dogme qui définit un ordre social immuable, la fatalité des vicissitudes humaines posée comme un principe intangible puisque résultant de la volonté divine et l’espoir d’une vie bien meilleure, dans l’au-delà, pour ceux qui se seront conformés aux paroles de leur dieu miséricordieux. Ou, s’ils sont du bon côté du manche, qui auront fait acte de charité à l’égard des malheureux.
Crevez en silence, braves gens, l’Europe et Dieu vous récompenseront juste après votre mort !
Le joli programme que voilà ! La bourgeoisie du XIXième siècle (et même d’après) ne l’aurait certainement pas renié. Charité bien ordonnée commence toujours par soi-même et ces gens-là en savent quelque chose (les autres aussi, d’ailleurs !). Quelle témérité dans la marche vers le progrès, vraiment ! Le siècle des Lumières et ses philosophes se voient renvoyés dans les culs de basses fosses. Dieu, enfin, est de retour pour régler la vie des petits. Vive l’Europe !
L’année 2010 est placée dans l’UE sous le signe de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale et la stratégie Europe 2020 récemment adoptée par l’UE prévoit de diminuer de 25% d’ici dix ans le chiffre actuel de 84 millions de pauvres en Europe.
Même si, promis juré, les « organisations philosophiques et non-confessionnelles seront quant à elles reçues à Bruxelles sur le même thème le 15 octobre », il est proprement hallucinant de voir ainsi une institution politique en appeler aux religions et à leurs pantins pour prétendre résoudre les catastrophes qu’elle a elle-même engendrées par son dogmatisme.
Le traité de Lisbonne prône « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les associations représentatives et la société civile » nous dit-on, comme s’il s’agissait d’un exercice démocratique ordinaire. Or, il s’agit rien moins que de justifier la prise en compte des exigences des différents groupes de pression économiques, d’une part, et, d’autre part, celles du Vatican, symbole des « racines chrétiennes de l’Europe ». Que les musulmans et les israëlites soient associés à la fête n’est qu’une mascarade destinée à calmer les remous que cette prétention avait suscités lors des débats autour de la Constitution européenne.
Voilà donc qui va être la cause d’un orgasme intempestif chez le grand crétin pontife et chez ses charmants comparses qui pourront voir venir à eux les petits enfants. Et chez tous ceux qui ne jurent que par la prééminence des lois prétendument divines sur celles des Etats laïques.
Qu’ils aillent au diable ! Le « curé mieux que l’instituteur », cher à notre bienheureux chanoine de Latran, se voit conforté par un « la charité plutôt que la solidarité » qui sonne comme une nouvelle claque à la laïcité.
Va falloir ressortir les plumes et le goudron, semble-t-il !
Et pis c’est tout !
dimanche 18 juillet 2010, par
C’est une affaire entendue : les étrangers sont de mauvaises gens, surtout lorsque, en plus, ils sont journalistes. Parce que les journalistes, déjà en France, c’est pire que tout. Alors s’ils sont étrangers, c’est encore pire ! Voyez ?
Parce qu’il faut bien le dire, les étrangers sont des jaloux. Oui, des jaloux ! Ils nous envient sans parvenir à être aussi parfaits que nous, aussi intelligents, aussi généreux et tout ça. Alors, ça les aigrit, les étrangers et, par dépit, ils font rien qu’à dire des horreurs sur nous autres, les Français, pourtant si gentils.
A preuve, la dernière livraison de Courrier International (n°1027 du 8 au 14 juillet 2010) titré « La France plumée - Affaires : la presse mondiale se déchaîne » et avec pour sous-titres :
La palme revient sans conteste à Manfred Rist, journaliste apparemment suisse qui, dans un article paru dans le « Neue Zürcher Zeitung », assène :
Les ministres français ne semblent guère se laisser guider par la morale, la loyauté envers le peuple ou même le bon sens.
Et ils y vont tous de leurs moqueries acerbes, ces salauds d’étrangers, de l’Allemagne à l’Espagne, du Royaume-Uni à l’Italie et du Maroc au Burkina-Faso. Oui, même les Africains dont, pourtant, notre vénéré président, dans sa grande mansuétude et sa grande clairvoyance, avait dit, dans un élan d’un lyrisme époustouflant dont seuls ses magnifiques conseillers peuvent avoir le talent et le secret, « qu’ils n’étaient pas assez entrés dans l’Histoire ». Et là, d’un coup, retour de bâton : avec Sarko, ce serait la France qui serait en train d’en sortir, de l’Histoire. Putain, la gueule que doit faire l’autre blondinet comique — comment c’est déjà son nom ? Ah oui : Hortefeux — : des Auvergnats qui nous font la leçon ! Pan dans la gueule ! Ouh, que ça doit faire mal, ça !
Il faut dire, à la décharge de ces enfoirés de journalistes étrangers, que ces histoires de cigares, d’appartements, de vols en jets privés et tout ça, même ici, au pays de la tolérance, ça la fout un peu mal. Et pourtant, on a l’habitude, pas vrai ? Combien de ministres, de maires, de députés, de conseillers généraux, de hauts-fonctionnaires sont passés sous les projecteurs brûlants de l’actualité pour avoir favorisé telle entreprise contre une petite offrande, bien naturelle entre gens de bonne éducation, ou pour avoir utilisé le personnel placé sous leurs ordres pour entretenir leur modeste datcha ou servir quelque collation lors de petites soirées privées entre amis ? A tel point que, pour un peu, on finirait par croire que c’est la chose la plus naturelle du monde et qu’on s’inquièterait presque de ne pas voir surgir un nouveau scandale.
Et encore, tous ces articles, d’une méchanceté gratuite à vous faire regretter d’être gentil, ont été écrits avant la superbe prestation télévisée de notre Guide Lumineux — que le nectar de ses Saintes Paroles nourrisse à jamais nos esprits insatiables. Alléluia ! — Sinon, qu’est-ce que ce serait ?
Je résume, en vrac, pour les mécréants qui n’ont pas assisté à la messe : « Avec Carlita on en a bavé. C’est pas facile d’être président. Woerth est un mec chouette. Avec sa femme, ils en ont bavé. C’est pas facile d’être ministre. Y en a des qui ont fait des bêtises : on va les gronder. Et, au fait, au sujet de la crise, on va faire des économies (finis les ballons et les guirlandes aux fêtes, finie la chasse à courre, etc.) mais on va aussi trouver un moyen indolore de vous la mettre bien profond, à commencer par vos retraites. »
Bien entendu, si M. le président de la République s’est cru obligé de faire les gros yeux à certains de ses sous-fifres, ce n’est certes pas à cause des calomnies honteuses, pour ne pas dire la boue nauséabonde, déversées par la presse haineuse et, notamment, par le Canard Enchaîné. Que nenni, allons ! C’est uniquement parce que Son Indigence a l’œil partout et qu’il a décelé de ridicules écarts incompatibles avec sa très haute conception de l’exemplarité et de la probité. Tout simplement pitoyable !
Caricatural ? A peine. Et encore, je n’ai pas eu le courage de regarder jusqu’au bout tellement le spectacle était navrant et prévisible.
Bien sûr, les habituels roquets ayant été lâchés peu de temps avant pour préparer le terrain, on connaissait déjà un peu la rengaine. Même la Morano y est allé de ses fines analyses, allant jusqu’à parler de « fascisme » au sujet de la presse hystérique et de la gauche « trotskisante » qui s’acharnent sur ce malheureux Woerth. Faut dire que mémère sait de quoi elle parle en matière de fascisme. L’indispensable Bertrand se dit scandalisé par cette « chasse à l’homme » et l’humoriste Lefèbvre, quant à lui, s’extasie sur les tubes de dentifrice de son président. La belle équipe que voilà !
En substance, Woerth est un honnête homme, il est innocent et il n’y a pas de conflit d’intérêt. L’affaire est close, circulez, y a rien à voir.
Il n’y a peut-être pas de conflit d’intérêt, ce que tout de même un esprit par trop chagrin pourrait avoir le culot de contester, mais selon Gascogne, il pourrait bien y avoir un léger parfum de concussion [1] voire de prise illégale d’intérêt. Nous voilà rassurés, en somme : rien que de très normal pour nous autres, phares du monde démocratique.
Dans un article de Marie-Pierre Subtil, paru le 17 juillet 2010 dans Le Monde, Marcel Gaucher [2] analyse les raisons pour lesquelles, selon lui, cette succession d’affaires marque davantage ce quinquennat.
Extrait :
Cette affaire marque-t-elle une étape dans le mandat de Nicolas Sarkozy ?
Elle me semble marquer l’arrivée de la facture de la crise. C’est ce qui explique son retentissement. La crise prend complètement à contre-pied le dispositif politique de Sarkozy, à savoir le projet d’une banalisation libérale de la France, pour sortir d’une exception jugée dommageable par les élites.
Cela se résumait dans l’idée chère à Sarkozy de décomplexer le rapport des Français à l’argent, sur le thème "laissez faire les gens bien placés pour gagner beaucoup d’argent, et vous en profiterez tous". Son tour de force a été de présenter cela comme une forme de justice : si vous vous donnez du mal, vous gagnerez, seuls les paresseux perdront. Il avait trouvé un thème de campagne très efficace, en conciliant libéralisme et justice.
La crise a réduit à néant cette belle construction. Dans un premier temps, Sarkozy s’en est très bien tiré, en affichant son volontarisme. Mais les belles paroles n’ont pas eu de suite. Nous savons que la facture de la rigueur va être lourde et que nous allons tous devoir payer plus d’impôts. Cela repose le problème de la justice fiscale et sociale en de tout autres termes, et cela jette une autre lumière, rétrospectivement, sur les intentions initiales. L’affaire Woerth-Bettencourt restera peut-être sans aucune suite, mais elle révèle quelque chose de profond : elle fait surgir au grand jour la désillusion de l’opinion à l’égard de la promesse sarkozienne.
Cette désillusion est-elle imputable à Nicolas Sarkozy, ou aux élites dans leur ensemble ?
L’épisode réactive un contentieux larvé entre le peuple et les élites. Sarkozy avait donné l’impression d’être conscient du problème et de vouloir modifier les choses. Il ne l’a pas fait, et même, par certains côtés, il a aggravé le malaise, par son style de star égocentrique et autoritaire.
En France, les élites (un mot que je n’aime pas mais il n’y en a pas d’autres) ont une haute opinion d’elles-mêmes et ne se rendent pas compte du fossé qui les sépare de la population. Elles entretiennent à son égard un mépris bienveillant. Elles veulent son bien, mais elles estiment que leurs mérites éminents doivent être récompensés.
Quand M. Joyandet ou M. Estrosi prennent un avion privé à prix d’or pour rentrer à Paris plus vite, ils le font avec une parfaite bonne conscience, pensant que l’importance de leur personne et de leur fonction le justifie.
Et quand certains profitent d’un permis de construire indus ?
Là, nous sommes dans un autre registre. Leur idée implicite est qu’ils appartiennent à une catégorie à part, qui leur donne des droits particuliers. Vous trouvez cela à tous les niveaux, y compris dans la vie politique locale — la boîte noire de la vie publique française —, comme cela va finir par se savoir. Règne l’idée que le fait de se dévouer pour le bien public mérite reconnaissance, c’est-à-dire privilèges.
M. Gaucher renvoie quelque peu gauche et droite dos à dos, même si les manières de faire ne sont pas identiques. Mais, sans faire une généralité de pratiques pour le moins critiquables — il existe bien des hommes politiques intègres — il présente nos « élites », au moins en partie, comme une caste en rupture totale avec la raison d’être de ses mandats démocratiques. En cela, il rejoint la sentence de Manfred Rist, cité au début de ce billet, sans le dire de manière aussi désagréable.
Quant à la démocratie et à Sarkosy, justement, il conclut :
Au-delà de cette affaire Woerth-Bettencourt, avez-vous le sentiment d’une remise en question des principes démocratiques ?
Non, au contraire. Ce n’est pas la démocratie en tant que telle qui est remise en question, c’est la manière dont certains en profitent. Le culte de la chose publique est plus fortement intériorisé en France que partout ailleurs.
Les gens sont donc très choqués quand les individus au pouvoir se comportent en individus privés. La plus grande faille de Nicolas Sarkozy, c’est qu’il n’a pas le sens de l’institution. Le côté privé du personnage prend toujours le dessus. Il n’arrive pas à être un homme d’Etat.
(Vous pouvez tenter votre chance ici pour lire l’intégralité de l’article)
« Il n’arrive pas à être un homme d’Etat ». C’est presque aussi dur qu’un article de presse étranger, ça ! Ce n’est pas moi qui le dit mais cela fait assez longtemps que j’en ai la conviction profonde.
Pas étonnant que ce pays soit la risée du monde. Pauvre France.
Et pis c’est tout !
[1] Non, non, c’est pas un gros mot.
[2] Historien et philosophe, Marcel Gauchet, 63 ans, est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Rédacteur en chef de la revue Le Débat, qui vient de fêter ses 30 ans, il est l’auteur de plus d’une vingtaine d’essais, centrés sur la démocratie, la religion, l’éducation et le pouvoir. Il s’exprime ici en tant qu’"observateur de la vie politique française, et rien de plus", et précise qu’il n’a pas pris part, jusqu’à présent, au débat pro ou anti-Sarkozy.
Voici donc revenu la fin de l’année scolaire et son cortège de fêtes et de kermesses des écoles.
Ceux qui ont des enfants d’âge scolaire — ou qui en ont eu — comprendront certainement la joie profonde, quoique un peu crispée, ressentie par nombre de parents à l’idée d’aller admirer leur progéniture affublée d’improbables déguisements (qui la libellule ou le bourdon, qui le meunier ou la paysanne, qui le renard ou le corbeau, qui le prince ou la princesse ; j’en passe et des plus insolites) pour esquisser des pas de danses maladroits et émouvants sur la scène de l’école, dressée spécialement pour l’occasion. Ce n’est pas pour rien, finalement, que ce qui apparaît souvent sur l’instant comme une corvée (osons le mot) devient, bien des années plus tard, l’image d’un petit bonheur furtif passé au rang des souvenirs à l’évocation desquels on se prend à sourire avec émotion.
Ah ! Si seulement on pouvait revenir en arrière, quelques fois !
La mairie d’Orange, cette année, s’est donnée beaucoup de mal pour que ces fêtes soient de vraies réussites, aptes à rejoindre, dans la mémoire des parents et des enseignants, les plus beaux souvenirs qu’ils garderont à jamais de tous ces minots en ribambelles. Qu’on en juge plutôt.
Figurez-vous que, dans certaines écoles situées dans des quartiers de la ville à forte population d’origine étrangère — et pour tout dire musulmane, les organisateurs ont décidé de proposer aux participants, à la buvette où ils pourront se restaurer, des produits « halal ». Après tout, si les athées et les catholiques peuvent s’envoyer des casses-dalles au saucisson et au jambon, il semblerait normal que les musulmans, dont les enfants vont dans ces écoles, puissent eux-aussi participer pleinement à la fête de bout en bout tout en engouffrant des aliments adaptés à leurs croyances. C’est tout de même jour de fête et les minots sont contents de voir leurs parents y rester le plus longtemps possible.
Sauf que ça ne convient pas à monsieur le maire d’Orange qui y voit une entorse insupportable au principe de laïcité. Si, si ! Du coup, la ville a fait savoir à ces dangereux cléricaux que, s’ils persistaient dans leur incroyable volonté anti-laïque, ils devraient se passer du généreux soutien matériel de la municipalité. Entendez : pas de chaises, pas de tables, pas d’estrades, pas de barrières, peut-être pas de sono, etc. C’est qu’on rigole pas avec la laïcité à Orange !
A vrai dire, on reconnaît bien là l’art tout en finesse de l’extrême-droite à accommoder les principes républicains à sa sauce alors que d’une façon générale elle n’a que faire des valeurs de la République.
La liberté ne se conçoit pour elle que dans celle d’approuver son discours xénophobe, homophobe et raciste ; l’égalité n’est valable que pour les Français « de souche », sauf les pédés et les gouines, bien sûr, l’étranger n’obtenant son label de respectabilité que s’il ferme sa gueule, embrasse le drapeau tricolore chaque matin en chantant la Marseillaise, pour preuve de son amour indéfectible pour sa terre d’accueil (et encore !) ; la fraternité relevant du même tonneau. Bien sûr, on se souvient de la laïcité surtout lorsqu’elle n’est pas en phase avec les valeurs chrétiennes si vaillamment symbolisées par Jeanne d’Arc.
Rien d’étonnant alors à ce que tout ce qui évoque l’Islam, de près ou de loin, provoque chez ces gens-là des bouffées d’aigreur : ils en sont restés à l’époque des Croisades avec un petit détour en arrière par 732 et Charles Martel, figure héroïque entre toutes. Bien entendu, tout cela n’a rien à voir avec le temps béni de la colonisation et de ses apports positifs et encore moins avec l’indépendance algérienne. Que nenni ! C’est juste pour la laïcité, qu’on se le dise.
Ceci n’est pas sans rappeler ces récents détournements des apéritifs géants, façon « fesse-bouc », ou de la « fête des voisins », sur la base de saucisson et de pinard. Autrement dit : interdits aux musulmans… et aux juifs.
Organisés par des groupuscules fascistes, reprenant une soi-disant laïcité ouvertement anti-musulmane, ces pitoyables démonstrations xénophobes sont évidemment l’exact contraire des initiatives plus ou moins heureuses qui, elles, avaient cependant un réel objectif de partage et de convivialité, voulant instaurer le dialogue entre des gens qui se côtoient mais ne se connaissent pas. Ne seraient les excès de certaines de ces réunions (fesse-bouc toujours), et toute apologie de l’alcool et des substances illégales mise à part, il y a là, à mes yeux, bien plus de laïcité que ne pourra jamais revendiquer la plus courue des parades « sauciflard et gros rouge qui tache ».
Car on n’est pas ici dans une simple dénonciation des excès engendrés par une islamisation réelle ou supposée d’une partie de la société. Si, dans certains cas comme à Paris ou d’autres villes de France, on assiste à une certaine lâcheté des élus face à des demandes injustifiées de représentants religieux [1], sous couvert de « laïcité positive » ou pour ne pas être accusés d’intolérance, l’extrême-droite se nourrit de l’exaspération provoquée par de telles concessions et s’en sert pour amalgamer l’ensemble des citoyens de confession musulmane et leur nier jusqu’à leur droit à l’existence… chez nous.
Or, si d’un côté, on ne peut que s’interroger sur l’absence de vision de certains politiques face à ce qui ressemble bien à des provocations communautaires extrêmement ciblées et mal ressenties par les autres composantes de la société, de l’autre on ne peut qu’être écœuré par le discours intolérant et simpliste de l’extrême-droite. Et inquiet, aussi. Là où des gens confrontés à la réalité d’une société multiculturelle tentent avec leurs faibles moyens d’œuvrer pour la tolérance, le partage et la compréhension, d’autres ne pensent qu’à répondre par le rejet, la négation de l’autre, voire par la haine. Ils confondent volontairement le prosélytisme plus ou moins avéré que représentent des signes religieux ostensibles dans une école républicaine et laïque avec une simple main tendue à l’autre et le respect qui lui est dû en tant qu’être humain.
Je ne dirai jamais assez la répugnance que j’éprouve à l’égard de ces gens-là.
Vouloir comprendre l’autre, ce n’est certainement pas approuver sans réserve ce qu’il prône, c’est simplement vouloir échanger librement avec lui et le connaître mieux, dans un respect mutuel. Pour parler à des musulmans (mais j’en connais avec qui je peux le faire sans aucun souci), je ne me convertirai certainement pas à l’Islam (ce dont je doute qu’ils me le demandent jamais). Mais si pour montrer que je les respecte au même titre que n’importe qui je dois partager leur repas et manger halal, je n’hésiterai pas une seconde. Sans compter que j’en serai honoré.
Alors bon courage aux enseignants et aux parents des écoles d’Orange. Ce sont eux qui sont respectables.
Et pis c’est tout !
[1] comme, par exemple, la prière en pleine rue alors que les salles réservées à cette usage sont amplement suffisantes
Petite citation prémonitoire :
La retraite faut la prendre jeune.
Faut surtout la prendre vivant. C’est pas dans les moyens de tout le monde.
(R. Dalban/A.Weber dans les Barbouzes de G. Lautner - 1964)
Michel Audiard
Et pis c’est tout !
Bon ben voilà : c’est plié !
Même s’il était difficile de croire réellement au miracle, cette fois on est fixé pour de bon sur le sort des Bleus. Allez ouste ! A la maison !
Tout juste reconnaîtra-t-on qu’ils ont été un poil moins mauvais contre les Sud-Africains que dans leurs matches précédents puisqu’ils ont marqué un but et n’en ont pas encaissé plus que contre le Mexique. C’est déjà ça. Mais enfin, pas de quoi pavoiser.
On souhaite vraiment bonne chance à Laurent Blanc qui va prendre ses fonctions dans des conditions plus que désastreuses.
On nous promet le grand déballage dans les jours qui viennent. Au moins, on aura quelques révélations croustillantes à se mettre sous la dent et puis ça va bien occuper le devant de la scène durant quelques semaines, voire quelques mois. Ça nous distraira un peu de tout le reste, des retraites et tout ça. Qu’y a-t-il de plus important que les vicissitudes de l’équipe de France de football ? On se le demande.
Déjà, on a un espoir : le président de la fédération française, Jean-Pierre Escalettes, va réunir son monde pour analyser et tirer les conséquences du fiasco sud-africain. Comme on n’est pas des experts, on se gardera bien de lui suggérer de se regarder dans une glace pour voir un des responsables. Il finira bien par trouver tout seul, j’espère. Mais sans doute sera-t-il bien plus confortable de charger Domenech. Plus confortable et surtout plus simple, vu qu’il a beaucoup travaillé en ce sens.
Dans le grand nettoyage de linge sale qui se profile à l’horizon, gageons que nous aurons encore la joie d’entendre les déclarations ébouriffantes de cette pauvre Marine Le Pen pour qui les responsables semblent tout désignés. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que l’UMP a déjà dégainé son arme de racolage massif en la personne d’Éric Raoult. C’est dire si le niveau du « débat » va atteindre des sommets ! Ce sera certainement à qui lavera plus blanc, bien entendu.
Bon ben, les enfants, on a bien rigolé mais on a des choses un peu plus urgentes à régler. Alors on oublie tout ça, on se retrousse les manches et on va défendre nos retraites. Et un peu aussi un certain modèle de société qui n’a rien à voir avec cette odeur persistante de fric pourri. Ce n’est probablement pas monsieur Woerth qui dira le contraire.
Alors, rendez-vous le 24 juin.
Et pis c’est tout !
lundi 21 juin 2010, par
On ne tire pas sur une ambulance, dit-on. Et on a bien raison.
Bien sûr, le spectacle donné par l’équipe de France de football et son entourage n’a pas vraiment de quoi nous réjouir, qu’on aime ce sport ou pas. Encore que, dans ce dernier cas, la raillerie serait à peu près compréhensible si, toute tentation chauvine mise à part, elle n’éclaboussait indirectement ceux de nos concitoyens qui, sans verser dans les excès auxquels il nous est donné d’assister trop souvent, se contentent d’y puiser un plaisir simple et sans prétention. Le football est le sport populaire par excellence et l’équipe de France se devrait d’être un modèle.
Certes, on le sait depuis quelques années, la génération actuelle de footballeurs « de haut niveau » qui a constitué les différentes versions de cette équipe de France, ressemble à beaucoup de choses, peut-être même à une armée mexicaine, mais assez peu à une équipe qui aurait la prétention de jouer les premiers rôles. Le problème, évidemment, c’est qu’après sa déculottée face au Mexique, justement, il vaudrait mieux réviser son répertoire de railleries de journalistes sportifs.
Aye ! Aye ! Aye ! Caramba ! Que viva Mexico !
Ce n’est pas nouveau : il y a en France quasiment autant de sélectionneurs que de supporteurs des Bleus et aucun sélectionneur en titre n’a échappé aux critiques enflammées, surtout lorsque l’équipe de France ne faisait pas montre d’une inspiration digne des dieux de l’Olympe. Même Aymé Jacquet s’est retrouvé quelques fois cloué au pilori jusqu’à ce que son équipe décroche la couronne mondiale. Depuis, lui et ses protégés sont des références même pour vendre des lunettes de vue ou des assurances obsèques. C’est dire !
Les oiseaux de mauvais augure, en raison même de leur constance méritoire dans l’annonce des catastrophes à venir, ont forcément raison un jour. Ce jour est donc arrivé pour Raymond Doménech et les Bleus. Oublié l’exploit inespéré de 2006, place à la curée.
Il est vrai que le premier doit avoir un don particulier pour se rendre antipathique et les seconds celui de pouvoir s’endormir eux-mêmes à défaut de leurs adversaires. Il y a belle lurette que cette équipe ne fait plus rêver grand monde. C’est une chose d’avoir des joueurs de talent, et même parfois de grand talent, qui font les beaux jours de grands clubs étrangers (le plus souvent), c’en est une autre que de trouver l’alchimie qui fait les équipes de génie. La nôtre n’est que la juxtaposition de joueurs plus ou moins doués pour jouer au ballon mais… pas ensemble.
En définitive, nous espérons une équipe de rois, dominatrice, impressionnante et talentueuse, capable de venir à bout de n’importe quel adversaire et nous n’avons qu’un ensemble plutôt médiocre qui ne fait peur qu’à lui-même et à ses supporteurs.
Peut-être est-ce là le résultat d’un système où de jeunes gens un peu doués se retrouvent portés au pinacle, avec des revenus mirobolants, alors qu’ils sont incapables de penser aux autres ; des enfants gâtés sans conscience collective.
Pourtant, cette Coupe du Monde ne semble pas être d’un niveau exceptionnel. Ne seraient les comportements ridicules de notre équipe et de certains de ses joueurs, sélectionneur compris, elle ne détonnerait pas dans une compétition où à peu près tous les supposés ténors prennent l’eau, chacun à leur tour. Notre équipe est certainement mauvaise mais finalement guère plus que les autres favorites. N’est-ce pas messieurs les Italiens ?
Amélioration du niveau général ? Usure des équipes nationales habituées à jouer les premiers rôles et soumises à la loi des clubs ? Sûrement un peu de tout cela.
Reste que porter le maillot national n’est pas une simple formalité. C’est un honneur dont il faut se montrer digne car il n’est pas donné à tout le monde de le revêtir. Combien de joueurs amateurs ou de petits clubs professionnels se sentiraient pousser des ailes si, une seule fois dans leur vie, ils pouvaient porter le maillot tricolore ? Alors, quand on a ce privilège, il serait indigne de tomber sans se battre vraiment.
Il paraît que les équipes de France ne sont jamais meilleures que lorsqu’elles ne sont pas favorites, qu’elles sont au pied du mur. C’est vrai aussi en rugby. Parfois. Souvent, disons. On garde aussi le souvenir de ces Bleus qui chutaient à deux doigts du podium après des parcours de légende. Pour un peu, on chérirait davantage les rêves qu’ils nous ont fait miroiter que ce fameux trophée de 1998. C’est que ces aventures-là sont restées exemplaires et ont écrit les grandes heures du sport français.
Alors, aujourd’hui, il semble bien que l’équipe de France ne puisse descendre encore plus bas qu’elle n’est déjà. Du moins, on espère que ces joueurs ne seront pas tentés de prouver le contraire. Elle n’a donc pas d’autre solution, pour laver l’affront qu’elle s’est infligée à elle-même et à nous-mêmes, que de produire un match de rêve. Éliminée ou pas, l’heure est venue de sortir le grand jeu et d’être plus, bien plus, que la somme de onze talents individuels : une équipe enfin !
Allez les Bleus !
mercredi 16 juin 2010, par
Le 14 juin dernier, la Provence rapportait la venue à Marseille (XVième arrondissement, c’est-à-dire les fameux « quartiers Nord ») d’Éric Besson, le ministre des expulsions, à l’invitation d’un conseiller municipal apparenté PS, Karim Zéribi, fondateur d’un club dénommé « Nouvelle France », pour participer à un débat organisé par ycelui. Et sur quoi, le débat, d’après vous ? Allons, réfléchissez deux minutes : de quel unique sujet Besson est-il capable de parler quand il ne s’adonne pas au mensonge ?
Il était tout heureux, notre Marseillais : « On a démontré qu’on pouvait accueillir un ministre de manière républicaine dans les quartiers Nord », se vante-t-il. C’est vrai qu’on aurait pu craindre que les facétieux habitants de ces quartiers ne passent plutôt le pitoyable ministre, traître au PS, au goudron et aux plumes ! Il a donc de quoi être fier le presque-socialo. D’autant plus que Besson n’y est pas allé de main morte sur la dithyrambe : « Avec Karim on n’a pas le même maillot mais on a la même passion, la vie de la Cité, les valeurs de la République, le souci de l’intégration ». C’est vraiment trop émouvant !
Sûr que dans la bouche d’un ministre qui ne manque jamais de justifier les pires dérapages de sa prétendue politique d’immigration, les mots « valeurs de la République » et « intégration » prennent une saveur particulière. Et, content de lui, comme toujours, Besson ajoute : « On reparlera encore d’identité nationale. Droite et gauche réunies ont intérêt à le faire car c’est indispensable si nous voulons rester une nation unie ». Pardi ! Encore un peu et c’est lui qui fixera les ordres du jour et les éléments de langage pour mieux cerner cet indispensable débat. Lequel risque plutôt d’avoir l’effet inverse question unité de la nation. Par contre, pour ce qui est de l’enfumage, là, le valet de pied de Zébulon a bien appris sa leçon.
Il s’est bien gardé, le bougre, de parler de son copain d’équipe, un mec qui porte le même maillot que lui, c’est peu dire, et qui vient d’être condamné par la justice, en première instance, pour des propos à caractère raciste que, d’ailleurs, il reconnaît avoir tenus (bien obligé !) : notre valeureux ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux. Et pensez-vous que, dans notre République où les ministres sont si prompts à donner des leçons de morale au populo quand il s’agit de lui serrer le kiki, il existe au moins un ministre qui soit prêt à donner l’exemple ? Vous rigolez, ces choses là c’est bon pour les petits, pas pour l’élite (enfin, l’élite, je me comprends, faut le dire vite !). Pas question, donc, que Monsieur le Ministre démissionne. C’est pas si grave, des propos racistes. Surtout quand ils n’étaient pas destinés à être publiés. Salauds de journalistes ! Et puis, comme tout citoyen, paraît-il, surtout ceux qui sont plus égaux que les autres, comme disait Coluche, notre ami Brice doit bénéficier de la fameuse « présomption d’innocence ». Si, si ! Ce sont ses « amis » qui le disent. C’était ça ou bien une garde à vue avec fouille au corps et doigt dans le cul, je pense. Je vois pas d’autre explication à cette solidarité sans nuance.
Et là, on se perd en conjecture : ayant été condamné pour des propos qu’il reconnaît avoir tenus, il n’est plus innocent de l’injure faite à un groupe de citoyens à raison de leur origine et de leur religion, même s’il conteste, en fait, la validité de la procédure. Ses « amis » veulent-ils signifier alors qu’il n’aurait pas toute sa tête à l’instar de l’« innocent du village » ? Sont-ils taquins, non ?
Il faut dire que ses façons de faire laissent planer un sérieux doute. Pour coincer le fameux « polygame de fait » nantais dont l’épouse conduit avec un niqab, Briçounet a mobilisé rien moins que les plus hautes autorités policières, histoire de ne pas passer pour un abruti, une fois de plus, ce qui, de toute évidence, est loin d’être acquis. Car, bien entendu, notre brillant premier flic n’a pu s’empêcher de crier victoire tout en s’emmêlant un peu plus les pinceaux. De l’art de faire d’un fait divers dérisoire une affaire d’Etat, en somme. Et tout ça pour quoi ? Pour enfoncer le clou sur sa marotte : déchoir de sa nationalité française l’infâme musulman un peu trop radical à ses yeux. Au nom de la morale, bien sûr !
Là, je vous le dis, on est bien. Avec des gugusses pareils au gouvernement, on ne va pas tarder à les voir se pointer avec des nez rouges, de grandes chaussures et des habits dépareillés pour nous enseigner les bienfaits des valeurs républicaines à la sauce bananière. On a beau dire qu’on a les ministres qu’on mérite, notre punition semble ici bien trop cruelle. Pauvre France !
Entre Besson et sa fière politique de quota d’expulsions et Hortefeux, ses fines plaisanteries racistes et sa fixation sur les musulmans, nous sommes gouvernés par des gens qui méprisent les étrangers, les fustigent, les clouent au pilori, sous prétexte qu’ils abuseraient de la générosité française, en fait, simplement parce qu’ils existent, parce qu’ils osent être chez nous. Des gens si courageux qu’ils n’ont même pas le courage d’assumer leur idéologie nauséabonde. Ça parle de « valeurs de la République » alors que ça baigne jusqu’au bout des cheveux dans une idéologie qui ferait se pâmer d’aise les vieux pétainistes. Tristes sires que ces gens-là !
On lira avec profit les billets suivants sur ces mêmes sujets :
Les deux derniers sont assez longs (c’est du Maître Eolas, ne l’oublions pas) mais l’ensemble doit se déguster, comme d’habitude, comme de grands crus.
Bonne lecture et bonne dégustation.
Et pis c’est tout !
mardi 15 juin 2010, par
E.P. avait pris sa retraite en mars 2009 après longtemps de bons et loyaux services dans l’Entreprise. Il était ingénieur et avait grandement contribué au développement de l’Agence dont il était naturellement devenu le responsable. Sa dernière fierté avait été de l’installer dans des locaux flambant neufs dont il avait suivi les travaux de très près.
A la différence de nombreux ingénieurs d’aujourd’hui qui passent une grande partie de leur temps — parfois à leur corps défendant — à remplir des « tableaux de bord » pour suivre et contrôler le travail de leurs subordonnés, s’assurer qu’ils « tiennent leurs objectifs » et en rendre compte à la Direction, E.P. était resté plutôt un ingénieur de terrain, préférant mettre les mains dans le cambouis au lieu de rester enfermé dans son bureau. Si cela n’allait pas sans poser quelques problèmes, en vertu de la nouvelle culture de l’Entreprise qui veut que se salir les mains soit de préférence réservé aux subordonnés, il avait acquis l’estime et le respect de ses techniciens et de nombreuses autres personnes. A tel point que lors de son départ à la retraite, la quasi-totalité de son équipe, secrétariat et techniciens, avait fait le déplacement vers la haute vallée où il s’était retiré, pour lui faire la surprise.
E.P. était heureux de rendre son tablier. Je l’avais revu au début de l’année où il avait tenu à sacrifier au rituel traditionnel des vœux de la Direction. Nous avions un peu discuté, naturellement, et il me disait sa grande satisfaction. Il rayonnait.
E.P. est mort au début de la semaine dernière, alors qu’il bricolait je ne sais trop quoi dans sa cuisine : crise cardiaque. Il aura été retraité durant 15 mois. Il n’avait pas 65 ans. Une vie bien remplie, sans nul doute, mais une retraite bien brève.
Des collègues ou des connaissances qui, comme E.P., décèdent peu de temps après être partis à la retraite, nous en avons tous connu. Personnellement, j’ai l’impression qu’ils ont jalonné ma vie, à commencer par mon père, décédé à 64 ans.
Il se trouve que ce décès prend aujourd’hui une couleur particulière, bien entendu, dans le contexte actuel de la réforme des retraites.
On nous dit que notre espérance de vie s’allongeant, il est naturel de travailler plus longtemps. Jusqu’à 61 ans puis 62 ans puis 63 ans puis… D’aucuns auraient même parlé de 70 ans !
Bien sûr, dans le même temps, il faut cotiser également de plus en plus longtemps pour prétendre à une retraite à « taux plein ». 40 ans puis 41 ans puis bientôt 42 ans… Et comme on entre de plus en plus tard dans la vie active, l’âge légal de 60 ans, pour un nombre de plus en plus important de gens et notamment pour les jeunes, apparaît de plus en plus strictement symbolique.
A condition, bien sûr, de ne pas se retrouver au chômage à 55 ou 58 ans. Alors, adieu les annuités !
Comme un bonheur n’arrive jamais seul, c’est bien connu, le calcul de nos droits se fait sur une période de plus en plus longue d’activité. 10 ans puis 25 ans puis… la carrière tout entière. Ce qui a un effet mécanique sur lesdits droits puisque, en général (mais on a parfois des surprises, il est vrai), on gagnait moins, en euros constants, il y a 40 ans qu’il y a 25 ans ou 10 ans ou seulement 6 mois en arrière. Bien sûr, c’est compter sans les périodes éventuelles de chômage qui, pour bon nombre de nos contemporains, ne sont pas une simple donnée statistique.
Pour faire bonne mesure, ajoutons l’indexation des pensions depuis 2003 — la dernière réforme du gai Fillon — non plus sur l’évolution moyenne des salaires mais sur l’indice des prix qui croît beaucoup moins vite, et on aura finalement des pensions toutes riquiqui !
Une chose est sûre : il est bien loin le temps où quelques doux rêveurs prétendaient instaurer un régime de retraite juste et équitable permettant aux vieux travailleurs de finir leur vie décemment tout en étant associés à la croissance générale des salaires, c’est à dire, d’une certaine façon, au partage des richesses produites (voir ce billet). Aujourd’hui, les retraités apparaissent au fil des discours comme une charge de plus en plus insupportable pour la société, des privilégiés avec qui il faut en finir. Sauf, pour les gens méritants, les « capitaines d’industrie » (le joli mot !) et tout ça.
Certes, on ne le dira pas ainsi. Ce sont des gens bien élevés, ceux qui pensent pour nous. Et puis, les retraités d’aujourd’hui ont encore le droit de vote, faut pas les froisser. Mais ceux de demain, c’est une autre paire de manche.
En fait de retraite décente, on pousse les vieux travailleurs vers la misère. Et, parmi eux, les femmes encore plus puisque, c’est bien connu, à travail égal, une femme ne peut décemment pas prétendre au même salaire qu’un homme, malgré les lois et les déclarations pieuses de notre personnel politique qui affirment le contraire. Z’ont cas rester chez elles pour élever leurs lardons, ces gueuses !
Donc travailler plus longtemps en favorisant l’emploi des vieux séniors, alors que la plupart des entreprises les virent à partir de 55 ans (voire avant) car ils coûtent trop cher. Avec une jeunesse pour qui il n’y a déjà pas de travail stable et rémunérateur. Faut avoir la foi, mes frères, je vous le dis, pour trouver un brin de cohérence à tout ça.
Au moins, ils crèveront plus vite ces salauds de vieux séniors, peut-être même avant de partir à la retraite, de faim ou de fatigue. Tout bénef pour le système ! On aura juste à leur offrir une bière bien fraîche, le jour de leur départ !
Comme la retraite par répartition ça ne peut pas marcher, nos grands penseurs (pensez s’ils sont désintéressés !) nous disent qu’il faut préparer sa retraite dès le plus jeune âge, en capitalisant, bien sûr. C’est à dire, juste pour sa pomme, chacun pour soi et Dieu pour tous. Finie la solidarité. On est vraiment des cons de ne pas y avoir pensé tout seuls ! Après tout, il n’y a qu’à demander aux Américains, par exemple, ce qu’ils en pensent de la capitalisation, depuis quelques années. Sans même parler du fait que pour économiser pour ses vieux jours, comme on le faisait avant la guerre, faut encore pouvoir : mieux vaut éviter le chômage et gagner un peu plus que le nécessaire pour assurer le quotidien. Donc être très gentil avec son patron. C’est susceptible, ces gens-là. Parce que pour avoir une retraite décente, c’est pas 20 ou 50 € par mois qu’il faut placer en espérant qu’il n’y ait pas de crash boursier… Franchement, à moins de payer l’ISF, de bénéficier du bouclier fiscal, de stock-options, de parachutes dorés et de retraites-chapeaux, je ne vois pas ce que ça va arranger, la capitalisation. Mais je dois manquer d’imagination. Ça doit être ça !
Ah si ! Tout le monde ne sera pas perdant : voyez ces groupes financiers qui se lèchent les babines à la seule pensée de toutes ces petites sommes qui vont faire de très gros capitaux. Si c’est pas une misère de pas avoir cassé ça plus tôt !
Bon, ben moi, le 24 juin, je sais où aller !
Et pis c’est tout !