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Sarkosy

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    Voici un texte auquel j’adhère sans réserve.

    Pour signer la pétition qui le prolonge, rendez vous à cette adresse : http://nonalapolitiquedupilori.org/

    J’ai mis en italique un passage que je considère capital.


    Une avalanche de discours et d’annonces provocatrices s’est abattue depuis plusieurs jours sur notre pays. Jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, on entend des propos qui étaient jusqu’à présent l’apanage de l’extrême droite. Le président de la République, lui-même, montre du doigt des communautés et des groupes sociaux entiers, stigmatise les Roms, les Gens du voyage, les étrangers, les Français qui ne sont pas « de souche », les parents d’enfants délinquants, etc. Ce faisant, il ne lutte en rien contre la délinquance, qui est répréhensible pour tout individu sans distinction de nationalité ou d’origine : il met délibérément en cause les principes qui fondent l’égalité républicaine, alors que déjà une crise sociale et économique d’une extrême gravité menace la cohésion de la société tout entière.

    En quelques jours, les plus hautes autorités de l’Etat sont passées de l’exploitation des préjugés contre les Gens du voyage au lien, désormais proclamé, entre immigration et délinquance, puis à la remise en cause de la nationalité française dans des termes inédits depuis 1945. Ce qui est à l’œuvre dans cette démarche s’inscrit dans une logique de désintégration sociale porteuse de graves dangers.

    Il ne s’agit plus du débat légitime en démocratie sur la manière d’assurer la sûreté républicaine, mais bien d’une volonté de désigner comme a priori dangereuses des millions de personnes à raison de leur origine ou de leur situation sociale. Quelle que soit la légitimité que confère l’élection, aucun responsable politique n’a reçu mandat de violer les principes les plus élémentaires sur lesquels la République s’est construite.

    Parce que le seuil ainsi franchi nous inquiète pour l’avenir de tous, nous, organisations associatives, syndicales et politiques diverses mais qui avons en commun l’attachement aux principes fondamentaux de la République laïque, démocratique et sociale, rappelons avec force que l’article 1er de la Constitution « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion », et que toutes propositions qui méconnaîtraient cette règle fondatrice de la démocratie constituent une atteinte à la paix civile.

    Nous n’accepterons sous aucun prétexte que le nécessaire respect de l’ordre public soit utilisé pour créer des distinctions entre les habitants de ce pays et désigner des boucs émissaires.

    Nous appelons donc l’ensemble des citoyens de ce pays à manifester publiquement leur opposition aux stratégies de stigmatisation et de discrimination et aux logiques de « guerre » qui menacent le vivre ensemble. A cet effet, nous proposerons dans les prochains jours à la signature en ligne un « Appel citoyen » refusant toute politique de la peur ou de la haine. Et nous appelons à un grand rassemblement citoyen à l’occasion du 140e anniversaire de la République, le samedi 4 septembre Place de la République à Paris, à 14h00, et partout en France, pour dire ensemble notre attachement à la liberté, à l’égalité et à la fraternité qui sont et qui resteront notre bien commun.

    Paris le 4 août 2010

    Signataires :

    AC ! Agir ensemble contre le chômage, Les Alternatifs, Les amoureux au banc public, Association de défense des droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM), Association France Palestine Solidarité (AFPS), Association des Marocains en France (AMF), Association nationale des Gens du voyage catholiques (ANGVC), Association républicaine des anciens combattants (ARAC), ATTAC, Autremonde, Cedetim, Confédération française démocratique du travail (CFDT), Confédération générale du travail (CGT), La Confédération Paysanne, La Cimade, Le Cran, Droit au logement (DAL), Emmaüs France, Europe Ecologie, Fédération pour une alternative sociale et écologique (Fase), Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés (FASTI), Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS), Fédération SUD Education, Fédération syndicale unitaire (FSU), Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), FNASAT-Gens du voyage, Fondation Copernic, France Terre d’Asile, Gauche unitaire, Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI), Les Jeunes Verts, Ligue des droits de l’Homme (LDH), Ligue de l’enseignement, Marches européennes, Médecins du Monde, Le Mouvement de la Paix, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), le Parti communiste français (PCF), le Parti de Gauche, le Parti socialiste (PS), Réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’Homme (RAIDH), Réseau Education Sans Frontière (RESF), SNESUP-FSU, SOS Racisme, Syndicat des avocats de France (SAF), Syndicat de la magistrature (SM), Union syndicale Solidaires, Les Verts.

    Déchéance

    mardi 10 août 2010, par Marco

    Quand un ministre de l’Intérieur se fend d’une déclaration à la presse, on s’attend à ce que ce soit pour féliciter la police d’avoir mis hors d’état de nuire un de ces gros bonnets de la pègre, trafiquant de drogue et d’êtres humains, ou un grand profiteur, bref pour avoir mené à terme une enquête minutieuse mettant en lumière quelque trafic, des fraudes lourdes ou des systèmes de prévarication. Non pas que la violence quotidienne à laquelle sont confrontés certains de nos concitoyens soit sans importance mais parce que, bien souvent, elle se nourrit des réseaux de ces gros bonnets difficilement atteignables et qui profitent des misères et des difficultés économiques pour étendre leur emprise sur une partie de la société.
    Mais c’est pas facile la vie d’un ministre de l’Intérieur. Des fois, même quand on vous apporte l’affaire encore toute chaude, tout juste démoulée et qu’il resterait plus qu’à bomber le torse et monter sur ses ergots pour tirer la couverture à soi, pas de chance, c’est pas la bonne affaire : on va pas enterrer un bon copain, pas vrai ?

    Alors, on se rabat sur le menu fretin, sur les minables dont les nuisances sont forcément plus visibles aux yeux des petites gens puisqu’ils en subissent directement les conséquences. Des fois aussi, on a ses marottes. C’est bien commode les marottes, ça permet d’occuper le terrain et de faire croire qu’on se préoccupe du bien-être du peuple.

    Notre cher ami Hortefeux a trouvé la sienne le jour béni entre tous où un flic nantais – de par sa fonction forcément intègre et impartial – a verbalisé une femme de religion musulmane conduisant sa voiture vêtue à la Belphégor (elle, pas la voiture. Faut suivre un peu !) bien que le code de la route ne prévoit rien pour ce cas d’espèce. En tirant le fil de la pelote – un vrai travail d’investigation qu’il convient de saluer – on remontera ainsi jusqu’au mari que l’on découvre « polygame de fait », une notion créée tout spécialement pour l’occasion. De là à penser qu’il fraude avec les alloc, il n’y a qu’un pas et l’affaire est entendue.
    Du miel pour notre Brice qui ronge son frein dans l’ombre de l’Empereur Nicolas 1er le Petit, lequel se complait à dire qu’il a tué le job de ministre de l’Intérieur pour 10 ans. Et on sait, depuis qu’il a été condamné en première instance pour injure raciste, que notre premier flic d’Auvergne fait une fixation toute particulière sur les Arabes musulmans.

    Bingo ! Voilà que le boucher halal – le mari de Belphégor et l’amant de ses copines du même club – est accusé de violences sur une ancienne compagne. C’est vrai que ça valait une conférence de presse pour dire que l’homme est « présumé coupable » (puisqu’il est mis en examen, n’est-ce pas ?), bien que pas encore jugé (s’il l’est jamais) et que, dans certain cas, Briçounet souhaite que la déchéance de la nationalité française soit possible. On notera au passage que si le quidam est ici « présumé coupable », il en va autrement des amis du ministre qui, eux, restent « présumés innocents » de tout un tas de choses pas très reluisantes malgré des indices que de fort mauvais esprits trouvent pourtant assez convaincants. Mais on ne joue pas non plus dans la même cour. Faut pas mélanger les torchons et les serviettes sinon où irait le monde, je vous demande un peu, ma bonne dame ?
    Évidemment, la fraude aux organismes sociaux, la polygamie, surtout « de fait », et la violence faite aux femmes devraient entrer dans cette catégorie de méfaits indignes du drapeau. C’est qu’il est intraitable, le bougnat de bazar, surtout avec les Arabes musulmans qui viennent bouffer le pain des vrais Français. Jean-Marie, ils sont en train de te piller !

    D’ailleurs, pour dire s’il a vraiment trouvé sa marotte, ce pauvre gars, il va plus loin que le petit philosophe des bacs à ordure qui lui sert de guide spirituel. Le furoncle de la République, pour sa part, ne souhaitait la déchéance de nationalité que pour les agressions et les crimes perpétrés sur des personnes dépositaires de l’autorité publique. Déjà pas si mal, non ? Comme si la loi ne suffisait pas à punir ces actes. Comme si les autres citoyens de ce pays ne méritaient pas la même indignation !
    Parce que, on s’en doute bien, perdre la nationalité française est une menace lourde de nature à faire rentrer n’importe quel délinquant dans le droit chemin. Juré ! Que n’y avait-on pas pensé avant ?

    Évidemment, des âmes sensibles et angéliques (forcément !) se sont émues de ce discours pourtant moderne et novateur quoique un poil brutal : inconstitutionnel ! Et l’égalité des citoyens devant la loi ?

    A lire les commentaires de quelques experts… du commentaire sur les sites Internet de certains journaux, la solution serait pourtant simple : on change la Constitution en supprimant tout ce qui entrave la marche en avant du petit timonier et on en profite au passage pour faire un référendum. Et là, ça clora le bec de tous ces doux rêveurs que la sécurité des vrais Français laisse de marbre ! C’est qu’ils en ont dans la tête, ces gens-là, même si ça paraît pas. Pardi ! C’est tellement évident.

    Du coup, le chœur des chantres de la sécurité entonne l’air de la vertu nationale outragée et souligne la partition du soliste. Ainsi, Thierry Mariani, député du Vaucluse, sera, en septembre, le rapporteur d’une loi du même tonneau. Promis-juré, cela n’a rien à voir avec Sarko : la preuve, il y réfléchissait depuis début juillet. Et, en plus, il s’agira simplement de remettre en service des dispositions qui étaient en vigueur avant 1998, ce qu’on appelait alors « la double peine », abrogées parce que contrevenant au principe d’égalité des citoyens devant la loi. Pas sûr d’ailleurs qu’en mélangeant le code de la nationalité avec le code pénal, on rende service à ce dernier. Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Si tout ceci n’a guère de chance de se révéler efficace, comme toutes les déclarations guerrières de Sarko depuis huit ans, il s’agit surtout de se faire mousser.
    Bien sûr, le brillant Christian Estrosi, député-maire de Nice, ne pouvait rester coi. Ce mec-là, dès qu’il y a une connerie à brailler, on peut être sûr qu’il va prendre un porte-voix. « Français ou voyou, il faut choisir ». Il veut semer la panique sur la riviéra, lou ravi de Nizza, ou quoi ? Et d’apporter son soutien à un troisième larron, Eric Ciotti, lui aussi député des Alpes-Maritimes, qui veut rien moins que jeter en taule les parents d’enfants délinquants. Que cela taille en pièce un principe fondamental de notre Droit n’émeut guère la bande de zozos. Pour pêcher l’électeur frontiste, plus l’appât est gros et moche, mieux c’est.

    Il n’est d’ailleurs pas vraiment surprenant que ce soient ces trois-là qui s’y collent : d’une façon générale, le Midi est un bastion du Front National et pour être élu ici, quand on est de droite, mieux vaut se montrer conciliant avec ses électeurs. Le pari est pourtant risqué pour Sarko qui prépare sa campagne pour 2012 car ce n’est plus le vieux Le Pen qu’il aura sur sa route mais sa fille que d’aucuns jugent bien moins répugnante. De plus, il n’est pas dit que l’électeur de droite moyen se montre enthousiaste face à son bilan, tous sujets confondus, pas plus que face à ce voisinage nauséabond.

    Mais faut-il que ce pays aille mal pour que ce pouvoir usé et incapable nous ressorte la vieille rengaine de la stigmatisation et du bouc-émissaire ?

    Stigmatisation des gens du voyage, après les émeutes de Saint-Aignan, auxquels on amalgame au passage les parias de l’Europe, les Roms, en pensant plus spécialement à ceux de Roumanie, donc des étrangers, alors que ceux de France (Gitans et autres Manouches) sont pourtant, comme les commerçants forains, majoritairement des Français, parfois même depuis plus de 400 ans. Mais les nomades ont toujours eu mauvaise presse chez les sédentaires. Ce sont des cibles faciles. Quel merveilleux prétexte pour les montrer du doigt, tous ensemble, que la bonne occasion offerte par la violence imbécile de quelques-uns d’entre eux (d’ailleurs sédentarisés), motivée par la mort d’un des leurs, présenté comme un délinquant. Donc indéfendable. Tant pis, si les Roms (ceux de Roumanie) n’y sont pour rien. Ils sont étrangers et ils puent. A croire que Sarkosy a gardé de ses origines hongroises la haute opinion que les gens du coin (Roumanie, Hongrie, Bulgarie) professent de cette minorité, indésirable depuis la nuit des temps et souvent persécutée comme telle. Pour les autres, on instille ce poison qui fait d’eux des Français de seconde main, par nature nuisibles. On justifie donc le refus de certaines municipalités de les accueillir, comme la loi l’exige pourtant de celles de plus de 5000 habitants. Ou bien, quand elles veulent bien créer les aires d’accueil, le fait de les aménager loin de la ville ou près de la déchetterie ! Parfois les deux.

    Stigmatisation des étrangers auxquels on attribue la responsabilité de la délinquance. Là encore, suite aux émeutes de Grenoble générées par la mort d’un braqueur. Autres violences imbéciles avec tirs à balles réelles sur la police. Indéfendable. Inadmissible.
    C’est pourtant évident, à écouter les déclarations imbéciles du ravi de Nice : il n’y a pas de délinquant français. Forcément, s’il y a des délinquants, c’est donc qu’ils sont étrangers et qu’ils viennent piller le butin des délinquants vrais français. Mais s’ils sont Français, c’est que ça doit pas faire longtemps. Donc ils sont pas encore vraiment Français. Bref, c’est compliqué ! D’ailleurs, il n’y a qu’à demander aux immigrants italiens ou polonais du début du XXième siècle. Y avait pas pire comme délinquants. Y en avait plein les prisons. C’est bien un signe, ça, que les étrangers sont nuisibles. D’ailleurs, qu’ils soient Tziganes ou Arabes, ils roulent tous avec des grosses bagnoles. Ça aussi, c’est un signe. Quand on a pas la peau claire et le bon vieux type aryen, on n’a rien à faire au volant d’une Audi ou d’une Béhème. Et ne venez surtout pas parler de crise, d’exclusion et de toutes ces conneries. Ça n’a rien à voir. C’est gens-là sont mauvais et pis c’est tout !

    Il y a dans l’actuelle majorité, hélas, tout un courant qui s’abreuve à la politique glorieuse menée jadis par Pétain et le gouvernement de Vichy. Le seul d’ailleurs à avoir instauré de façon systématique la déchéance de nationalité : à l’égard des Juifs. Certes, aujourd’hui, il n’y a ni étoile jaune ni camps d’extermination à la clé mais l’idée de diviser les Français sur la base d’un mérite illusoire et de leurs origines est tout simplement répugnante et indigne.

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    Ca fait peur !

    Ce ne sont pas les dernières déclarations évidemment fielleuses et pitoyable du pitbull Lefèbvre, à l’endroit de Michel Rocard et de quelques autres personnalités, qui y changeront quelque chose : Sarkosy et ses sbires sont dangereux. Pour préserver, espèrent-ils, le pouvoir qu’ils ont acquis des urnes, ils ouvrent la boite de Pandore au risque de faire exploser la société française. Mais qu’importe ! Cela leur donnera l’occasion d’accentuer leur répression. Un bon Français est un Français qui ferme sa gueule et se laisse manger la laine sur le dos.
    Mais eux, ils ne nous respectent pas. Ils ne respectent ni la France ni les Français. Seuls leurs intérêts immédiats comptent. S’il y a une faute lourde, comme le prétend l’autre demeuré, c’est bien la leur : ils déshonorent ce pays et méprisent ses citoyens tout en les asservissant aux intérêts particuliers de leurs amis. C’est petit. C’est indigne. Et c’est peut-être ça la déchéance. Celle d’une nation toute entière à la merci de quelques tristes sires.

    Putain, encore deux ans ! Ça va être long !

    Pitoyable

    dimanche 18 juillet 2010, par Marco

    C’est une affaire entendue : les étrangers sont de mauvaises gens, surtout lorsque, en plus, ils sont journalistes. Parce que les journalistes, déjà en France, c’est pire que tout. Alors s’ils sont étrangers, c’est encore pire ! Voyez ?

    Parce qu’il faut bien le dire, les étrangers sont des jaloux. Oui, des jaloux ! Ils nous envient sans parvenir à être aussi parfaits que nous, aussi intelligents, aussi généreux et tout ça. Alors, ça les aigrit, les étrangers et, par dépit, ils font rien qu’à dire des horreurs sur nous autres, les Français, pourtant si gentils.

    A preuve, la dernière livraison de Courrier International (n°1027 du 8 au 14 juillet 2010) titré « La France plumée - Affaires : la presse mondiale se déchaîne » et avec pour sous-titres :

    • Des ministres sans foi ni loi
    • Du bling-bling à la pénitence
    • Plutôt Feydeau que Shakespeare

    La palme revient sans conteste à Manfred Rist, journaliste apparemment suisse qui, dans un article paru dans le « Neue Zürcher Zeitung », assène :

    Les ministres français ne semblent guère se laisser guider par la morale, la loyauté envers le peuple ou même le bon sens.

    Et ils y vont tous de leurs moqueries acerbes, ces salauds d’étrangers, de l’Allemagne à l’Espagne, du Royaume-Uni à l’Italie et du Maroc au Burkina-Faso. Oui, même les Africains dont, pourtant, notre vénéré président, dans sa grande mansuétude et sa grande clairvoyance, avait dit, dans un élan d’un lyrisme époustouflant dont seuls ses magnifiques conseillers peuvent avoir le talent et le secret, « qu’ils n’étaient pas assez entrés dans l’Histoire ». Et là, d’un coup, retour de bâton : avec Sarko, ce serait la France qui serait en train d’en sortir, de l’Histoire. Putain, la gueule que doit faire l’autre blondinet comique — comment c’est déjà son nom ? Ah oui : Hortefeux — : des Auvergnats qui nous font la leçon ! Pan dans la gueule ! Ouh, que ça doit faire mal, ça !

    Il faut dire, à la décharge de ces enfoirés de journalistes étrangers, que ces histoires de cigares, d’appartements, de vols en jets privés et tout ça, même ici, au pays de la tolérance, ça la fout un peu mal. Et pourtant, on a l’habitude, pas vrai ? Combien de ministres, de maires, de députés, de conseillers généraux, de hauts-fonctionnaires sont passés sous les projecteurs brûlants de l’actualité pour avoir favorisé telle entreprise contre une petite offrande, bien naturelle entre gens de bonne éducation, ou pour avoir utilisé le personnel placé sous leurs ordres pour entretenir leur modeste datcha ou servir quelque collation lors de petites soirées privées entre amis ? A tel point que, pour un peu, on finirait par croire que c’est la chose la plus naturelle du monde et qu’on s’inquièterait presque de ne pas voir surgir un nouveau scandale.

    Et encore, tous ces articles, d’une méchanceté gratuite à vous faire regretter d’être gentil, ont été écrits avant la superbe prestation télévisée de notre Guide Lumineux — que le nectar de ses Saintes Paroles nourrisse à jamais nos esprits insatiables. Alléluia ! — Sinon, qu’est-ce que ce serait ?

    Je résume, en vrac, pour les mécréants qui n’ont pas assisté à la messe : « Avec Carlita on en a bavé. C’est pas facile d’être président. Woerth est un mec chouette. Avec sa femme, ils en ont bavé. C’est pas facile d’être ministre. Y en a des qui ont fait des bêtises : on va les gronder. Et, au fait, au sujet de la crise, on va faire des économies (finis les ballons et les guirlandes aux fêtes, finie la chasse à courre, etc.) mais on va aussi trouver un moyen indolore de vous la mettre bien profond, à commencer par vos retraites. »

    Bien entendu, si M. le président de la République s’est cru obligé de faire les gros yeux à certains de ses sous-fifres, ce n’est certes pas à cause des calomnies honteuses, pour ne pas dire la boue nauséabonde, déversées par la presse haineuse et, notamment, par le Canard Enchaîné. Que nenni, allons ! C’est uniquement parce que Son Indigence a l’œil partout et qu’il a décelé de ridicules écarts incompatibles avec sa très haute conception de l’exemplarité et de la probité. Tout simplement pitoyable !

    Caricatural ? A peine. Et encore, je n’ai pas eu le courage de regarder jusqu’au bout tellement le spectacle était navrant et prévisible.

    Bien sûr, les habituels roquets ayant été lâchés peu de temps avant pour préparer le terrain, on connaissait déjà un peu la rengaine. Même la Morano y est allé de ses fines analyses, allant jusqu’à parler de « fascisme » au sujet de la presse hystérique et de la gauche « trotskisante » qui s’acharnent sur ce malheureux Woerth. Faut dire que mémère sait de quoi elle parle en matière de fascisme. L’indispensable Bertrand se dit scandalisé par cette « chasse à l’homme » et l’humoriste Lefèbvre, quant à lui, s’extasie sur les tubes de dentifrice de son président. La belle équipe que voilà !

    En substance, Woerth est un honnête homme, il est innocent et il n’y a pas de conflit d’intérêt. L’affaire est close, circulez, y a rien à voir.

    Il n’y a peut-être pas de conflit d’intérêt, ce que tout de même un esprit par trop chagrin pourrait avoir le culot de contester, mais selon Gascogne, il pourrait bien y avoir un léger parfum de concussion [1] voire de prise illégale d’intérêt. Nous voilà rassurés, en somme : rien que de très normal pour nous autres, phares du monde démocratique.

    Dans un article de Marie-Pierre Subtil, paru le 17 juillet 2010 dans Le Monde, Marcel Gaucher [2] analyse les raisons pour lesquelles, selon lui, cette succession d’affaires marque davantage ce quinquennat.

    Extrait :

    Cette affaire marque-t-elle une étape dans le mandat de Nicolas Sarkozy ?

    Elle me semble marquer l’arrivée de la facture de la crise. C’est ce qui explique son retentissement. La crise prend complètement à contre-pied le dispositif politique de Sarkozy, à savoir le projet d’une banalisation libérale de la France, pour sortir d’une exception jugée dommageable par les élites.

    Cela se résumait dans l’idée chère à Sarkozy de décomplexer le rapport des Français à l’argent, sur le thème "laissez faire les gens bien placés pour gagner beaucoup d’argent, et vous en profiterez tous". Son tour de force a été de présenter cela comme une forme de justice : si vous vous donnez du mal, vous gagnerez, seuls les paresseux perdront. Il avait trouvé un thème de campagne très efficace, en conciliant libéralisme et justice.

    La crise a réduit à néant cette belle construction. Dans un premier temps, Sarkozy s’en est très bien tiré, en affichant son volontarisme. Mais les belles paroles n’ont pas eu de suite. Nous savons que la facture de la rigueur va être lourde et que nous allons tous devoir payer plus d’impôts. Cela repose le problème de la justice fiscale et sociale en de tout autres termes, et cela jette une autre lumière, rétrospectivement, sur les intentions initiales. L’affaire Woerth-Bettencourt restera peut-être sans aucune suite, mais elle révèle quelque chose de profond : elle fait surgir au grand jour la désillusion de l’opinion à l’égard de la promesse sarkozienne.

    Cette désillusion est-elle imputable à Nicolas Sarkozy, ou aux élites dans leur ensemble ?

    L’épisode réactive un contentieux larvé entre le peuple et les élites. Sarkozy avait donné l’impression d’être conscient du problème et de vouloir modifier les choses. Il ne l’a pas fait, et même, par certains côtés, il a aggravé le malaise, par son style de star égocentrique et autoritaire.

    En France, les élites (un mot que je n’aime pas mais il n’y en a pas d’autres) ont une haute opinion d’elles-mêmes et ne se rendent pas compte du fossé qui les sépare de la population. Elles entretiennent à son égard un mépris bienveillant. Elles veulent son bien, mais elles estiment que leurs mérites éminents doivent être récompensés.

    Quand M. Joyandet ou M. Estrosi prennent un avion privé à prix d’or pour rentrer à Paris plus vite, ils le font avec une parfaite bonne conscience, pensant que l’importance de leur personne et de leur fonction le justifie.

    Et quand certains profitent d’un permis de construire indus ?

    Là, nous sommes dans un autre registre. Leur idée implicite est qu’ils appartiennent à une catégorie à part, qui leur donne des droits particuliers. Vous trouvez cela à tous les niveaux, y compris dans la vie politique locale — la boîte noire de la vie publique française —, comme cela va finir par se savoir. Règne l’idée que le fait de se dévouer pour le bien public mérite reconnaissance, c’est-à-dire privilèges.

    M. Gaucher renvoie quelque peu gauche et droite dos à dos, même si les manières de faire ne sont pas identiques. Mais, sans faire une généralité de pratiques pour le moins critiquables — il existe bien des hommes politiques intègres — il présente nos « élites », au moins en partie, comme une caste en rupture totale avec la raison d’être de ses mandats démocratiques. En cela, il rejoint la sentence de Manfred Rist, cité au début de ce billet, sans le dire de manière aussi désagréable.

    Quant à la démocratie et à Sarkosy, justement, il conclut :

    Au-delà de cette affaire Woerth-Bettencourt, avez-vous le sentiment d’une remise en question des principes démocratiques ?

    Non, au contraire. Ce n’est pas la démocratie en tant que telle qui est remise en question, c’est la manière dont certains en profitent. Le culte de la chose publique est plus fortement intériorisé en France que partout ailleurs.

    Les gens sont donc très choqués quand les individus au pouvoir se comportent en individus privés. La plus grande faille de Nicolas Sarkozy, c’est qu’il n’a pas le sens de l’institution. Le côté privé du personnage prend toujours le dessus. Il n’arrive pas à être un homme d’Etat.

    (Vous pouvez tenter votre chance ici pour lire l’intégralité de l’article)

    « Il n’arrive pas à être un homme d’Etat ». C’est presque aussi dur qu’un article de presse étranger, ça ! Ce n’est pas moi qui le dit mais cela fait assez longtemps que j’en ai la conviction profonde.

    Pas étonnant que ce pays soit la risée du monde. Pauvre France.

    Et pis c’est tout !

    Notes

    [1] Non, non, c’est pas un gros mot.

    [2] Historien et philosophe, Marcel Gauchet, 63 ans, est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Rédacteur en chef de la revue Le Débat, qui vient de fêter ses 30 ans, il est l’auteur de plus d’une vingtaine d’essais, centrés sur la démocratie, la religion, l’éducation et le pouvoir. Il s’exprime ici en tant qu’"observateur de la vie politique française, et rien de plus", et précise qu’il n’a pas pris part, jusqu’à présent, au débat pro ou anti-Sarkozy.

    Le traître, l’innocent et la morale

    mercredi 16 juin 2010, par Marco

    Le 14 juin dernier, la Provence rapportait la venue à Marseille (XVième arrondissement, c’est-à-dire les fameux « quartiers Nord ») d’Éric Besson, le ministre des expulsions, à l’invitation d’un conseiller municipal apparenté PS, Karim Zéribi, fondateur d’un club dénommé « Nouvelle France », pour participer à un débat organisé par ycelui. Et sur quoi, le débat, d’après vous ? Allons, réfléchissez deux minutes : de quel unique sujet Besson est-il capable de parler quand il ne s’adonne pas au mensonge ?

    Il était tout heureux, notre Marseillais : « On a démontré qu’on pouvait accueillir un ministre de manière républicaine dans les quartiers Nord », se vante-t-il. C’est vrai qu’on aurait pu craindre que les facétieux habitants de ces quartiers ne passent plutôt le pitoyable ministre, traître au PS, au goudron et aux plumes ! Il a donc de quoi être fier le presque-socialo. D’autant plus que Besson n’y est pas allé de main morte sur la dithyrambe : « Avec Karim on n’a pas le même maillot mais on a la même passion, la vie de la Cité, les valeurs de la République, le souci de l’intégration ». C’est vraiment trop émouvant !

    Sûr que dans la bouche d’un ministre qui ne manque jamais de justifier les pires dérapages de sa prétendue politique d’immigration, les mots « valeurs de la République » et « intégration » prennent une saveur particulière. Et, content de lui, comme toujours, Besson ajoute : « On reparlera encore d’identité nationale. Droite et gauche réunies ont intérêt à le faire car c’est indispensable si nous voulons rester une nation unie ». Pardi ! Encore un peu et c’est lui qui fixera les ordres du jour et les éléments de langage pour mieux cerner cet indispensable débat. Lequel risque plutôt d’avoir l’effet inverse question unité de la nation. Par contre, pour ce qui est de l’enfumage, là, le valet de pied de Zébulon a bien appris sa leçon.

    Il s’est bien gardé, le bougre, de parler de son copain d’équipe, un mec qui porte le même maillot que lui, c’est peu dire, et qui vient d’être condamné par la justice, en première instance, pour des propos à caractère raciste que, d’ailleurs, il reconnaît avoir tenus (bien obligé !) : notre valeureux ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux. Et pensez-vous que, dans notre République où les ministres sont si prompts à donner des leçons de morale au populo quand il s’agit de lui serrer le kiki, il existe au moins un ministre qui soit prêt à donner l’exemple ? Vous rigolez, ces choses là c’est bon pour les petits, pas pour l’élite (enfin, l’élite, je me comprends, faut le dire vite !). Pas question, donc, que Monsieur le Ministre démissionne. C’est pas si grave, des propos racistes. Surtout quand ils n’étaient pas destinés à être publiés. Salauds de journalistes ! Et puis, comme tout citoyen, paraît-il, surtout ceux qui sont plus égaux que les autres, comme disait Coluche, notre ami Brice doit bénéficier de la fameuse « présomption d’innocence ». Si, si ! Ce sont ses « amis » qui le disent. C’était ça ou bien une garde à vue avec fouille au corps et doigt dans le cul, je pense. Je vois pas d’autre explication à cette solidarité sans nuance.

    Et là, on se perd en conjecture : ayant été condamné pour des propos qu’il reconnaît avoir tenus, il n’est plus innocent de l’injure faite à un groupe de citoyens à raison de leur origine et de leur religion, même s’il conteste, en fait, la validité de la procédure. Ses « amis » veulent-ils signifier alors qu’il n’aurait pas toute sa tête à l’instar de l’« innocent du village » ? Sont-ils taquins, non ?

    Il faut dire que ses façons de faire laissent planer un sérieux doute. Pour coincer le fameux « polygame de fait » nantais dont l’épouse conduit avec un niqab, Briçounet a mobilisé rien moins que les plus hautes autorités policières, histoire de ne pas passer pour un abruti, une fois de plus, ce qui, de toute évidence, est loin d’être acquis. Car, bien entendu, notre brillant premier flic n’a pu s’empêcher de crier victoire tout en s’emmêlant un peu plus les pinceaux. De l’art de faire d’un fait divers dérisoire une affaire d’Etat, en somme. Et tout ça pour quoi ? Pour enfoncer le clou sur sa marotte : déchoir de sa nationalité française l’infâme musulman un peu trop radical à ses yeux. Au nom de la morale, bien sûr !

    Là, je vous le dis, on est bien. Avec des gugusses pareils au gouvernement, on ne va pas tarder à les voir se pointer avec des nez rouges, de grandes chaussures et des habits dépareillés pour nous enseigner les bienfaits des valeurs républicaines à la sauce bananière. On a beau dire qu’on a les ministres qu’on mérite, notre punition semble ici bien trop cruelle. Pauvre France !

    Entre Besson et sa fière politique de quota d’expulsions et Hortefeux, ses fines plaisanteries racistes et sa fixation sur les musulmans, nous sommes gouvernés par des gens qui méprisent les étrangers, les fustigent, les clouent au pilori, sous prétexte qu’ils abuseraient de la générosité française, en fait, simplement parce qu’ils existent, parce qu’ils osent être chez nous. Des gens si courageux qu’ils n’ont même pas le courage d’assumer leur idéologie nauséabonde. Ça parle de « valeurs de la République » alors que ça baigne jusqu’au bout des cheveux dans une idéologie qui ferait se pâmer d’aise les vieux pétainistes. Tristes sires que ces gens-là !

    On lira avec profit les billets suivants sur ces mêmes sujets :

    Les deux derniers sont assez longs (c’est du Maître Eolas, ne l’oublions pas) mais l’ensemble doit se déguster, comme d’habitude, comme de grands crus.

    Bonne lecture et bonne dégustation.

    Et pis c’est tout !

    Retraite ou débacle ?

    mardi 15 juin 2010, par Marco

    E.P. avait pris sa retraite en mars 2009 après longtemps de bons et loyaux services dans l’Entreprise. Il était ingénieur et avait grandement contribué au développement de l’Agence dont il était naturellement devenu le responsable. Sa dernière fierté avait été de l’installer dans des locaux flambant neufs dont il avait suivi les travaux de très près.
    A la différence de nombreux ingénieurs d’aujourd’hui qui passent une grande partie de leur temps — parfois à leur corps défendant — à remplir des « tableaux de bord » pour suivre et contrôler le travail de leurs subordonnés, s’assurer qu’ils « tiennent leurs objectifs » et en rendre compte à la Direction, E.P. était resté plutôt un ingénieur de terrain, préférant mettre les mains dans le cambouis au lieu de rester enfermé dans son bureau. Si cela n’allait pas sans poser quelques problèmes, en vertu de la nouvelle culture de l’Entreprise qui veut que se salir les mains soit de préférence réservé aux subordonnés, il avait acquis l’estime et le respect de ses techniciens et de nombreuses autres personnes. A tel point que lors de son départ à la retraite, la quasi-totalité de son équipe, secrétariat et techniciens, avait fait le déplacement vers la haute vallée où il s’était retiré, pour lui faire la surprise.
    E.P. était heureux de rendre son tablier. Je l’avais revu au début de l’année où il avait tenu à sacrifier au rituel traditionnel des vœux de la Direction. Nous avions un peu discuté, naturellement, et il me disait sa grande satisfaction. Il rayonnait.

    E.P. est mort au début de la semaine dernière, alors qu’il bricolait je ne sais trop quoi dans sa cuisine : crise cardiaque. Il aura été retraité durant 15 mois. Il n’avait pas 65 ans. Une vie bien remplie, sans nul doute, mais une retraite bien brève.

    Des collègues ou des connaissances qui, comme E.P., décèdent peu de temps après être partis à la retraite, nous en avons tous connu. Personnellement, j’ai l’impression qu’ils ont jalonné ma vie, à commencer par mon père, décédé à 64 ans.
    Il se trouve que ce décès prend aujourd’hui une couleur particulière, bien entendu, dans le contexte actuel de la réforme des retraites.

    On nous dit que notre espérance de vie s’allongeant, il est naturel de travailler plus longtemps. Jusqu’à 61 ans puis 62 ans puis 63 ans puis… D’aucuns auraient même parlé de 70 ans !
    Bien sûr, dans le même temps, il faut cotiser également de plus en plus longtemps pour prétendre à une retraite à « taux plein ». 40 ans puis 41 ans puis bientôt 42 ans… Et comme on entre de plus en plus tard dans la vie active, l’âge légal de 60 ans, pour un nombre de plus en plus important de gens et notamment pour les jeunes, apparaît de plus en plus strictement symbolique.
    A condition, bien sûr, de ne pas se retrouver au chômage à 55 ou 58 ans. Alors, adieu les annuités !

    Comme un bonheur n’arrive jamais seul, c’est bien connu, le calcul de nos droits se fait sur une période de plus en plus longue d’activité. 10 ans puis 25 ans puis… la carrière tout entière. Ce qui a un effet mécanique sur lesdits droits puisque, en général (mais on a parfois des surprises, il est vrai), on gagnait moins, en euros constants, il y a 40 ans qu’il y a 25 ans ou 10 ans ou seulement 6 mois en arrière. Bien sûr, c’est compter sans les périodes éventuelles de chômage qui, pour bon nombre de nos contemporains, ne sont pas une simple donnée statistique.
    Pour faire bonne mesure, ajoutons l’indexation des pensions depuis 2003 — la dernière réforme du gai Fillon — non plus sur l’évolution moyenne des salaires mais sur l’indice des prix qui croît beaucoup moins vite, et on aura finalement des pensions toutes riquiqui !

    Une chose est sûre : il est bien loin le temps où quelques doux rêveurs prétendaient instaurer un régime de retraite juste et équitable permettant aux vieux travailleurs de finir leur vie décemment tout en étant associés à la croissance générale des salaires, c’est à dire, d’une certaine façon, au partage des richesses produites (voir ce billet). Aujourd’hui, les retraités apparaissent au fil des discours comme une charge de plus en plus insupportable pour la société, des privilégiés avec qui il faut en finir. Sauf, pour les gens méritants, les « capitaines d’industrie » (le joli mot !) et tout ça.
    Certes, on ne le dira pas ainsi. Ce sont des gens bien élevés, ceux qui pensent pour nous. Et puis, les retraités d’aujourd’hui ont encore le droit de vote, faut pas les froisser. Mais ceux de demain, c’est une autre paire de manche.

    En fait de retraite décente, on pousse les vieux travailleurs vers la misère. Et, parmi eux, les femmes encore plus puisque, c’est bien connu, à travail égal, une femme ne peut décemment pas prétendre au même salaire qu’un homme, malgré les lois et les déclarations pieuses de notre personnel politique qui affirment le contraire. Z’ont cas rester chez elles pour élever leurs lardons, ces gueuses !

    Donc travailler plus longtemps en favorisant l’emploi des vieux séniors, alors que la plupart des entreprises les virent à partir de 55 ans (voire avant) car ils coûtent trop cher. Avec une jeunesse pour qui il n’y a déjà pas de travail stable et rémunérateur. Faut avoir la foi, mes frères, je vous le dis, pour trouver un brin de cohérence à tout ça.
    Au moins, ils crèveront plus vite ces salauds de vieux séniors, peut-être même avant de partir à la retraite, de faim ou de fatigue. Tout bénef pour le système ! On aura juste à leur offrir une bière bien fraîche, le jour de leur départ !

    Comme la retraite par répartition ça ne peut pas marcher, nos grands penseurs (pensez s’ils sont désintéressés !) nous disent qu’il faut préparer sa retraite dès le plus jeune âge, en capitalisant, bien sûr. C’est à dire, juste pour sa pomme, chacun pour soi et Dieu pour tous. Finie la solidarité. On est vraiment des cons de ne pas y avoir pensé tout seuls ! Après tout, il n’y a qu’à demander aux Américains, par exemple, ce qu’ils en pensent de la capitalisation, depuis quelques années. Sans même parler du fait que pour économiser pour ses vieux jours, comme on le faisait avant la guerre, faut encore pouvoir : mieux vaut éviter le chômage et gagner un peu plus que le nécessaire pour assurer le quotidien. Donc être très gentil avec son patron. C’est susceptible, ces gens-là. Parce que pour avoir une retraite décente, c’est pas 20 ou 50 € par mois qu’il faut placer en espérant qu’il n’y ait pas de crash boursier… Franchement, à moins de payer l’ISF, de bénéficier du bouclier fiscal, de stock-options, de parachutes dorés et de retraites-chapeaux, je ne vois pas ce que ça va arranger, la capitalisation. Mais je dois manquer d’imagination. Ça doit être ça !

    Ah si ! Tout le monde ne sera pas perdant : voyez ces groupes financiers qui se lèchent les babines à la seule pensée de toutes ces petites sommes qui vont faire de très gros capitaux. Si c’est pas une misère de pas avoir cassé ça plus tôt !

    Bon, ben moi, le 24 juin, je sais où aller !

    Et pis c’est tout !

    Les jours heureux

    De bien belles personnes

    samedi 5 juin 2010, par Marco

    Je n’avais jamais lu le programme du Conseil National de la Résistance, adopté le 15 mars 1944, dans la clandestinité [1]. Pourtant, comme tout un chacun, j’imagine, je savais que ce programme avait jeté les bases d’un nouveau pacte social pour la France d’après-guerre, duquel étaient sortis la Sécurité Sociale, les retraites par répartition, la liberté de la presse, la nationalisation des banques et des compagnies d’assurance ainsi que de l’énergie et de plusieurs grandes entreprises fautives de collaboration avec l’ennemi nazi. Mais dans le détail, j’en ignorais le contenu.

    Cette lacune est désormais comblée à la faveur de sa réédition par l’association Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui, sous la coordination de Jean-Luc Porquet, journaliste au Canard Enchainé [2]. Et oui, je comprends mieux. Et oui, c’est un bien beau texte.
    Il est porteur d’un idéal de partage, de solidarité et de justice sociale voulant faire de notre pays, dès sa libération, une « démocratie économique et sociale » assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et le bonheur de tous. Il affirme l’union de la Résistance autour du général De Gaulle en fixant pour premier objectif commun la libération du pays du joug de « l’occupant provisoire » (sic) et de ses valets français. Pourtant, ceux qui l’ont écrit étaient loin de partager les mêmes visions politiques. Au terme de nombreuses réunions clandestines, pour lesquelles ils risquaient à chaque fois leur vie, ils ont adopté ce texte à l’unanimité. Voilà aussi ce qui rend ce programme encore plus exceptionnel.

    Bref, ce petit opuscule de quelques pages, remarquablement concis, condense un ensemble d’objectifs qui sont tout le contraire de l’action de Sarkozy. Pourtant, ce dernier n’hésite pas à prétendre que celle-ci s’inscrit dans l’héritage du programme du CNR [3]. Imposture !
    Au contraire, « Les jours heureux » souligne avec une acuité et une précision quasi-horlogère l’entreprise de démolition en cours.

    Soyons juste, cependant : cette entreprise n’est pas le seul fait de la droite sarkozyste. Elle a commencé dès les années 50/60 et s’est poursuivie depuis, à touches plus ou moins discrètes, sous à peu près tous les gouvernements, y compris, malheureusement de gauche, malgré quelques tentatives avortées de cette dernière de trouver des parades (Cf. : Pierre Bérégovoy en 1990 pour le financement des caisses de retraite). Mais Sarkozy a fait sienne la déclaration de Denis Kessler, ancien vice-président du Medef, ancien maoïste, le 4 octobre 2007 :

    Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance.(…) Le gouvernement s’y emploie.

    Il faut dire que ce programme porte une marque de naissance insupportable aux yeux de certains : ayant été écrit par les représentants de partis politiques, de syndicats et de groupes citoyens de tendances diverses voire opposées, il est nécessairement un compromis. De plus, il est fortement marqué par l’influence des partis communistes et socialistes (SFIO), ce qui correspond bien à la réalité de l’époque.
    De Gaulle le savait bien : unifier autour de lui la Résistance qui, jusque là, agissait en ordre dispersé, sans coordination et, donc, sans grande efficacité d’ensemble, était nécessaire pour que le chef de la France Libre soit reconnu comme le seul et légitime interlocuteur des Alliés. Il fallait restaurer l’État et, dans le même temps, empêcher les Anglo-Américains d’imposer à la France un gouvernement militaire étranger chargé de l’administrer jusqu’à l’établissement d’un gouvernement légitime issu des urnes (AMGOT [4]). Même s’il avait pris ses distances avec le CNR, il en avait néanmoins besoin et ne l’a pas désavoué. On peut imaginer que, une fois le pays libéré, il n’a pas débordé d’enthousiasme pour mettre en application ce programme, beaucoup trop « social », à bien des points de vue, pour la droite conservatrice.

    Par ailleurs, si, au sortir de la guerre, le grand patronat a fait profil bas, compte tenu de l’attitude peu reluisante de certains de ses représentants sous l’occupation, et certainement aussi en raison de l’aspiration générale à une plus grande justice sociale après les privations et la répression aveugle, il n’a pas vraiment goûté de se voir en partie privé de certaines de ses prérogatives traditionnelles et de se voir imposer une solidarité insoutenable avec les gueux de salariés. Le bonheur du peuple n’a jamais vraiment été l’objectif premier de la grande bourgeoisie d’affaire. Sinon, ça se saurait depuis longtemps.
    Partant, le patronat n’a eu de cesse, à mesure qu’il relevait la tête, de batailler contre les réformes réalisées à la Libération, d’abord en sous-main puis de plus en plus ouvertement . Ce fût notamment le cas, dans les années 50, lors de l’échec de la mise en place du système de retraite universel issu du programme du CNR. Elle fût rejetée par les artisans, commerçants et paysans qui refusaient de voisiner avec les syndicats ouvriers et qui étaient soutenus dans l’ombre par le grand patronat et les conservateurs.
    Pourtant, force est de constater que la politique de planification, elle-même issue du programme du CNR, a été très bénéfique à cette grande bourgeoisie même si elle a été contrainte durant une trentaine d’années à partager (de moins en moins, au fil des contre-réformes) la prospérité engendrée. Mais, sans ces plans successifs destinés à reconstruire le pays, elle aurait eu le beurre, l’argent du beurre et, en prime, le cul de la fermière. De quoi vous dégoûter de tant de gâchis !

    On comprend mieux que le programme du CNR n’ait pas été enseigné dans les écoles. Personnellement, je n’ai aucun souvenir de la moindre référence durant ma scolarité. Sans doute, la droite au pouvoir comptait-elle sur l’effet du temps. On finit par tout oublier, surtout quand on ne se donne pas la peine d’entretenir le souvenir. Certes, on continue de commémorer le sacrifice des Résistants, tombés pour libérer la France. Mais on a bien soin de les dissocier de l’idéal qui, au-delà de la lutte contre « l’occupant provisoire », animait ces jeunes femmes et ces jeunes hommes.
    Au fil du temps, l’idéal de la Résistance a fini par se déliter en même temps que le discours dominant orientait les consciences vers plus d’individualisme. Finies la solidarité, l’égalité des chances, la justice sociale.

    Pourtant, qui, aujourd’hui, ne reconnait pas en la Résistance et dans l’action du général De Gaulle la restauration de l’honneur du pays avili sous la botte fasciste de l’occupant et de Pétain ? A peu près personne (sauf, très certainement, les nostalgiques des heures de gloire du nazisme) et certainement pas la droite qui, dans sa majeure partie se prétend l’héritière de De Gaulle.
    Mais, pourquoi, alors, Sarkozy s’emploie-t-il à effacer la vilénie du régime de Vichy lorsqu’il déclare, le 12 novembre 2009, dans le Vercors, autre haut-lieu de la Résistance :

    Depuis deux-cents ans, à part l’expérience sanglante de la Terreur, nul totalitarisme n’a menacé nos libertés. C’est que la culture française est irréductible au totalitarisme [5].

    Rien de grave pour nos libertés ne s’est donc produit entre 1939 et 1945, d’après lui. Il est vrai que son discours avait pour sujet la fameuse « identité nationale » dont le triste Besson voulait qu’on débatte. Le parallèle aurait-il été alors trop cruel ?

    Il fallait bien un jour siffler enfin la fin de la récréation. Si la gauche s’est montrée pitoyablement incapable de défendre cet héritage, abandonnant peu à peu les ouvriers et les plus défavorisés au discours démagogique de l’extrême-droite pour se rallier au concept fumeux de libéralisme social, la droite a joué sa partition habituelle sans trop se forcer. A nouveau, aujourd’hui, les intérêts particuliers des grands groupes financiers et industriels, ceux de la grande bourgeoisie en fait, prennent le pas sur l’intérêt général, laissant de plus en plus de nos concitoyens sur la touche. Ironie de l’histoire, ce sont souvent des cadres formés dans nos grandes écoles (ENA, Polytechnique, etc.) pour être de grands commis de l’État, qui ont choisi de s’enrichir de la façon que l’on sait en prenant la tête de grands groupes industriels et financiers. L’ENA (Ecole Nationale d’Administration), fondée en 1945. Encore un héritage du CNR.

    On lira avantageusement cet éditorial de Serge Halimi, dans le Monde Diplomatique n°675 de juin 2010, qui approfondit et élargit encore ce constat.

    Sans doute, les Français ont-ils la mémoire courte. Jusqu’à quand accepterons-nous sans broncher ce pillage de notre pays par une classe de privilégiés sans scrupules ? Ils devraient pourtant se méfier : à force de perdre nos acquis, viendra le jour où nous n’aurons plus rien à perdre. Et quand on n’a plus rien à perdre, le désespoir peut engendrer les pires choses… ou les meilleures, selon que l’on sombre dans les extrémismes les plus noirs ou que la démocratie, la vraie, enfin, reprend ses droits.

    Pour ma part, je trouve rassurant que de grands personnages de la Résistance [6] nous appellent à un sursaut de dignité et de conscience, pour dénoncer l’imposture de Sarkozy et de ses godillots, pour faire renaître le souffle de la Résistance, du CNR.

    La bataille n’est pas perdue. Elle ne fait que commencer et le cours des choses peut s’inverser. Il le faut !

    Pour conclure, je voudrais citer un extrait de la déclaration improvisée de M. Stéphane Hessel sur le plateau des Glières, le 17 mai 2009, en réponse à la visite de Sarkozy quelques jours plus tôt [7] :

    Sachez que la désobéissance, la préférence donnée aux valeurs par rapport à la loi, c’est une partie de notre citoyenneté, de notre citoyenneté résistante. Résister, c’est refuser d’accepter le déshonneur, c’est continuer à s’indigner lorsque quelque chose est proposé qui n’est pas conforme à ces valeurs, qui n’est pas acceptable, qui est scandaleux.

    Et cet autre extrait du texte de CRHA qui conclut ce livre :

    Au début des années 1940, l’oppression était particulièrement brutale. Y résister était, comme l’établit l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, un droit naturel et imprescriptible. En ce début des années 2010, l’oppression prend des formes heureusement moins violentes, mais plus insidieuses ; il faut d’autant plus y résister.

    Si résister, c’est « savoir garder sa capacité d’indignation » et, toujours, « privilégier la légitimité face à la légalité », alors, face à l’entreprise de démolition sociale (mise en œuvre) par le capitalisme ultralibéral et ses servants politiques, nous pouvons légitimement user de ce terme.

    … A CHRA… nous tenons à rompre avec le fatalisme ambiant qui rend acceptable l’inacceptable. Nous tenons à le répéter sans relâche : ce qui était possible il y a soixante-cinq ans, alors que la France était ruinée, l’est encore aujourd’hui.

    … la résistance n’appartient pas au passé.

    Notes

    [1] D’abord intitulé « Programme d’action de la Résistance », c’est Jules Meurillon, chef de la propagande-diffusion du groupe de résistants Libération-Sud, qui lui donna le titre « Les jours heureux »

    [2] Les jours heureux - Le programme du Conseil National de la Résistance de mars 1944 : comment il a été écrit et mis en œuvre, et comment Sarkozy accélère sa démolition. Éditions La Découverte - 9 bis rue Abel-Hovelacque - 75013 Paris - ISBN 978-2-7071-6016-4 - 14,00 €

    [3] Déclaration du 22 juin 2009 devant le Parlement réuni en congrès à Versailles, façon discours sur l’état de l’Union du président des États-Unis, après deux voyages sur le plateau des Glières à l’occasion de commémorations douteuses qui ont provoqué la réaction de citoyens plus respectueux que notre président de l’héritage de la Résistance

    [4] Allied Military Government of Occupied Territories

    [5] Extrait des textes accompagnant la réédition des Jours heureux

    [6] Stéphane Hessel, Raymond Aubrac

    [7] Citation à partir de la réédition des Jours heureux déjà citée

    27 mars 2010 : No Sarkosy Day

    mercredi 17 février 2010, par Marco

    Non. Ce n’est pas l’évènement politique annoncé le plus marquant ni le plus mobilisateur. D’ailleurs, il n’est annoncé par personne sauf par Siné-Hebdo.

    Oui. On peut considérer cela comme de l’anti-sarkosysme primaire, parfaitement improductif, voire même contre-productif. L’homme n’est pas seul en cause. Il est le fruit d’un système dont les ressorts prennent appui bien au-delà de la sphère politique UMP et de la cour servile dont il s’est entouré. La personnalisation de la contestation ne peut que faire le jeu de celle du pouvoir. Ok ! Mais c’est lui le chef de file.

    Non. Il n’y a pas d’alternative politique mise en avant. Forcément, c’est suspect ! Pas de nom à proposer. Pas de sauveur à annoncer. Pas d’homme ou de femme providentiel. Rien ! Pas de parti politique à faire briller. Et alors ?

    Non. Il ne s’agit pas de renverser Sarkosy même si la première mouture demandait sa démission. Ce serait peut-être un peu prétentieux. Et dangereux, aussi. Même si notre démocratie n’est pas parfaite, il a été élu. Qu’il fasse donc ses 5 ans. Mais on a encore le droit de dire qu’il nous tarde de les voir finir.

    Pour en savoir plus : http://www.no-sarkozy-day.fr/

    Et pis c’est tout !

    Laïcité : un voile sur la liste ?

    vendredi 12 février 2010, par Marco

    Il y a eu cet affligeant débat sarko-bessonnien prétendant revisiter notre identité nationale pour mieux stigmatiser l’immigration, notamment musulmane, sur fond de votation suisse anti-minaret et de rapport parlementaire « spécial burqa ». Pardi ! A part la casse de l’outil industriel, des services publics, de la protection sociale et des retraites, préoccupations bien évidemment secondaires, il est vrai qu’on n’a guère de sujets de discussion importants. Faut bien distraire le bon peuple, pas vrai ?

    Et puis, voilà quelques jours, on nous annonce que le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) présentera en Provence-Alpes-Côte-d’Azur (PACA) une jeune femme portant un voile. Qui plus est, une Avignonnaise. Musulmane, donc.

    Sur le coup, je me suis dit que ce devait être une de ces inénarrables provocations dont les trotskystes ont parfois le secret, bien que leur sens de la fantaisie me paraisse le plus souvent opaque. Mais, pourquoi pas ? Encore que l’idée de présenter une jeune femme voilée rien que pour emmerder Besson, Le Pen et Sarkosy réunis, objectif en lui-même fort louable, me paraisse limite injurieux pour ladite demoiselle.
    Et puis, il y a eu ces articles de Marianne (n°668 du 6 au 12 février 2010) : « Notre opinion », de Joseph Macé-Scaron, sous-titré « Les Soviets plus l’obscurité », « Ça va mieux en le disant », de Guy Konopnicki, sous-titré « Ils ont encore assassiné Trotski », « Attendez-vous à appendre », de Renaud Dély, sous-titré « Besancenot, Besson, les deux font la paire ! » Etc.

    Évidemment, le moins que l’on puisse dire est que, chez Marianne, on ne porte guère les trotskistes dans son cœur, accusés d’antisémitisme et de pro-islamisme. Mais bon, c’est leur droit. Simplement, tant d’acharnement à crier au fou, à l’alliance objective de Besancenot et de Sarkosy, forcément ça interpelle quelque part, comme on dit. Alors, j’ai voulu savoir et j’ai trouvé cet article du Monde, repris par le site du NPA.
    Pour sûr, c’est un peu plus éclairant que les éructations de Marianne. On comprend mieux la genèse de cette histoire.

    Pour autant, je reste dubitatif et très partagé sur cette démarche. J’ai du mal à comprendre comment on peut parler de libération de la femme et afficher ouvertement sa propre soumission à un dogme religieux dont la symbolique (commune aux 3 grandes religions monothéistes, d’ailleurs) est justement la négation de la femme. C’est une contradiction de fond. Cela signifie donc que malgré sa conviction proclamée d’appartenir à un courant de pensée progressiste, cette jeune femme n’a pas encore remis en question ce socle de croyances qui maintiennent les femmes sous le joug.
    Une évidence aussi : la tentative du NPA d’attirer vers ses listes une population extrêmement sensible à l’appartenance communautaire, parce que victime d’exclusion, et peu encline à user de son droit de vote pour la même raison. Mais cela au détriment de l’idéal laïque et du refus de laisser les religions interférer dans le débat démocratique. L’opium du peuple reprend du poil de la bête !

    La ficelle est donc un peu grosse, même si ce voile-là n’a rien d’aussi apparemment extrémiste que la burqa. Le risque est aussi que cette initiative soit noyée dans la médiocrité du pseudo-débat identitaire alors que la seule vraie question est celle du communautarisme et des moyens à mettre en œuvre pour le faire reculer. Il y a fort à parier que notre furoncle national, Nicolas 1er le petit, saura récupérer cette lacune à sa façon, en lançant un nouveau débat sur les droits et devoirs des citoyens français, lorsque ce contre-feu deviendra nécessaire.
    En attendant, élections régionales et catastrophes sociales obligent, on nous agite la burqa et ses dérivés sous le nez pour qu’ils masquent, en plus des visages féminins, les autres grandes questions politiques du moment. Le réveil sera douloureux !

    Notre inconscient collectif porte encore les stigmates des guerres de religion qui ont ensanglanté le pays [1] aux XVIème [2] et XVIIème siècles. Il faudra attendre la Révolution et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen pour que la question soit véritablement apaisée. Il n’empêche que ces tueries innombrables ont probablement ancré en nous la conviction que pour vivre en paix avec ses voisins mieux valait ne rien laisser paraître de ses convictions même si la loi nous reconnait désormais le droit fondamental de les affirmer. Rien d’étonnant donc à ce que les questions religieuses provoquent un réflexe de défense : tout ce qui apparaît comme pouvant mettre en péril la paix civile du pays doit être banni. Et, bien sûr, les signes extérieurs affichés par certains, au nom de leur liberté de conscience, alimentent cette crainte.

    Parler des racines chrétiennes de l’Europe, un peu comme on parlerait des apports positifs de la colonisation, mais sur nous-mêmes cette fois, en occultant les conséquences de l’Histoire, en en faisant aussi une bulle étanche qui n’aurait pas subi d’influences externes, est un argument un peu court. Ce que nous sommes aujourd’hui — la société dont nous avons hérité — est le fruit de multiples péripéties auxquelles sont liés ceux qui viennent aujourd’hui s’afficher jusqu’au cœur de nos villes, même s’ils n’en ont pas toujours conscience, pas plus d’ailleurs que ceux qui les regardent de travers.

    Le monde n’est évidemment pas binaire et angélique : d’un côté de vilains Européens de culture chrétienne, intolérants et bêtes, tels qu’au Moyen-Âge ; de l’autre de gentils musulmans [3], innocents de tout prosélytisme et d’arrières-pensées politiques anti-occidentales, victimes des idées reçues et des obsessions des premiers. L’inverse ne me parait pas plus conforme à la réalité.

    Il y a, au travers de l’apparition de ces pratiques, de réelles et légitimes interrogations sur le sens et le respect de notre contrat collectif, encore basé sur la laïcité affirmée de notre République, ce sur quoi nous nous accordons tous. Mais il faut prendre garde de ne pas faire de confusion : notre société est laïque en ce qu’elle permet le libre exercice des pratiques religieuses à ses citoyens et qu’elle garantit la neutralité des institutions de l’État à leur égard. Non seulement, les « églises [4] » n’ont pas à se mêler des affaires de l’État mais l’Administration ne doit pas se mêler des affaires religieuses.
    Il est par conséquent exclu, pour moi, que les règles religieuses, auxquelles chacun est libre de se soumettre ou non, prennent le pas sur les lois de la Nation là où sa neutralité est requise. C’est évidemment le cas des fonctionnaires et celui de l’école publique. Si cela heurte leurs convictions, ces personnes sont libres de ne pas postuler à des emplois dans l’Administration ou de mettre leurs enfants dans des écoles religieuses qu’il n’appartient pas à l’État d’administrer. Dès lors, nul ne peut invoquer son exclusion sous couvert d’intolérance et de non respect de sa liberté de conscience car c’est la rigidité de ses convictions qui le pousse à ne pas vouloir respecter la règle commune, laquelle est un moyen terme nécessaire à une vie collective pacifique, selon les leçons de notre Histoire.
    Et c’est d’ailleurs surtout ce principe là que les adeptes d’une religiosité sans partage voudraient voir aboli. Je pense même que, de ce point de vue, il y a une réelle communauté d’intérêt entre tous ceux qui, quelle que soit leur religion, n’ont jamais vraiment digéré la séparation des églises et de l’État. Qu’aujourd’hui ce soient des musulmans qui s’y frottent, offre un bel exercice d’hypocrisie, au nom d’une tolérance qui leur est fondamentalement étrangère, à quelques chrétiens particulièrement réactionnaires et conservateurs.
    Malheureusement pour ces gens-là, ce principe est probablement celui qui est le plus légitimé par la très grande majorité de nos concitoyens, quelles que soient leurs convictions, dans la mesure où la première aspiration de tout un chacun est de vivre en paix et de ne pas être emmerdé par les autres [5].

    Là où l’on subodore donc une manœuvre pour le moins perfide, c’est que ce sont « d’innocentes » jeunes filles qui sont mises ainsi sur le devant de la scène. En effet, masquer ses cheveux, son visage ou son corps ne s’applique qu’à elles tandis que les hommes ne s’imposent pas les mêmes contraintes. Une iniquité fondamentale, donc. Mais, à la négation du corps de la femme, et donc symboliquement de son existence, à laquelle l’Islam les soumettrait selon les affirmations de certains radicaux, ces derniers nous répondent par notre intransigeance qui interdirait à ces femmes l’accès à l’éducation ou à certaines fonctions. En d’autres termes, elles ne sont pas victimes d’une certaine façon d’interpréter le Coran mais d’une société intolérante malgré ses références permanentes et appuyées aux Droits de l’Homme qui, en l’occurrence, sont aussi ceux de la Femme. Un comble lorsqu’on leur préfère des règles religieuses qui les foulent au pied !
    Que l’attitude de ces femmes résulte d’un choix personnel ou d’une pression plus ou moins explicite de l’environnement familial ou communautaire, il est clair qu’elle sert de paravent à l’action des partisans d’un Islam politique. Pour autant, il est difficile d’affirmer que ce soit leur principale préoccupation, à elles. Affirmer son appartenance à une communauté, par l’affichage de sa préférence religieuse, est surtout l’expression d’un repli communautaire visant à affirmer son existence dans une société que ces gens jugent hostile, quelques fois avec raison, il faut bien le reconnaître, simplement parce qu’ils aimeraient s’y fondre. Un paradoxe que confirme le fait que nombre de jeunes filles couvertes d’un foulard ont finalement accepté de le retirer à l’école après qu’on leur eût donné l’occasion d’en parler à des gens qui ne les jugeaient pas. En respectant leur droit à la différence mais en restant ferme sur le principe de laïcité, chacun y a trouvé son compte, sauf bien sûr, les plus extrémistes.

    La rue et la place publique ne sont certes pas l’école. Chacun est libre de s’y comporter comme il l’entend pourvu que cela ne nuise pas à autrui. Et la loi n’interdit en rien d’afficher ses opinions et ses préférences, dans les mêmes limites. Seule la sagesse voudrait que l’on affiche moins ce qui nous sépare que ce qui nous rassemble.
    S’agissant d’élections [6], on pourrait même, à la rigueur, se féliciter que des candidats veuillent révéler ce qu’ils sont réellement. Ça nous changerait un peu de tous ces gens qui veulent nous vendre une simple image d’eux-mêmes, non ? Après tout, voter en connaissance de cause, c’est l’essentiel. Encore faudrait-il que le débat ait réellement lieu car toute confusion à ce sujet est propice à une radicalisation qui servira davantage les thèses politiques les plus fumeuses que notre « vivre ensemble pacifiquement ».

    Pour ma part, je ne suis pas prêt de voter pour des gens pour qui leur appartenance religieuse est plus importante que le besoin de rassembler et la laïcité des institutions.

    Et pis c’est tout !

    Notes

    [1] Mais aussi une grande partie de l’Europe

    [2] Pour les guerres de religion proprement dites, auxquelles l’Edit de Nantes de Henri IV mettra un terme en 1598. Mais sa révocation par Louis XIV et son Edit de Fontainebleau, en 1685, près d’un siècle plus tard, provoquera une nouvelle vague de persécutions contre les protestants et une forte émigration de ceux-ci vers les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Angleterre.

    [3] Puisque la burqa et les voiles les concernent

    [4] Au sens large du terme

    [5] Voir plus haut

    [6] on est bien là aussi dans le concept de place publique, d’« agora »

    Il n’était pas vraiment nécessaire d’aller consulter la Pythie de Delphes pour savoir ce qui sortirait de la fumeuse commission sur la « contribution climat-énergie » présidée par ce pauvre Rocard : une bonne vieille taxe parée des plus beaux et vertueux atours environnementalistes au nom du combat sacré contre le réchauffement climatique.
    Certes, rien n’est encore joué mais not’ Mimi y croit dur comme fer depuis qu’il a viré sa cuti socialiste pour faire don de sa personne à la « France Eternelle® » et à son roitelet d’opérette. Un projet de loi, probablement intégré à la prochaine loi de finance, viendra certainement très rapidement concrétiser l’idée de génie du grand homme.

    On lira avantageusement cet article du Monde.fr sur le sujet.

    L’idée est quand même relativement ancienne, bien avant en tout cas que la « conscience écologique universelle » nous inonde de son éblouissante lumière par le truchement de son messie autoproclamé, Nicolas Hulot, et de ses apôtres, au premier rang desquels il est juste de placer le célèbre saint parmi les saints, YAB [1], sponsorisé par les grands amis du président. Ce n’est pas faire injure à mon ami Guillaume que de rappeler que ça fait bien une bonne trentaine d’années que les écologistes « politiques » nous bassinent avec un truc du même tonneau agrémenté du slogan : « Pollueurs - Payeurs ». Ben voilà, on y arrive !

    J’ai lu, ici ou là, et notamment dans les commentaires de l’article cité ci-dessus, qu’on n’avait pas vraiment le choix. Ben, si on n’a pas le choix, c’est donc bien. Le débat est clos. Circulez, y a rien à voir ! D’ailleurs, Rocard, plus ultra-lucide que jamais, nous dit que la taxe « carbone » fait consensus. Sans blague, tu veux en tâter du consensus, mon Mimi ?

    Sauf que ce genre de sentence commence à me chauffer sérieusement. Si !

    J’ai toujours été opposé à ceux de mes amis écologistes qui militaient pour cette forme de prétendue régulation par les taxes. Je considère en effet que ces taxes qui prétendent œuvrer à l’éducation des masses n’ont qu’un seul effet, celui de rendre un peu plus difficile la vie des gens les plus modestes sans pour autant avoir d’impact réel sur celle des plus aisés. Car au final, ce sont toujours les mêmes qui paient les taxes, les entreprises n’étant pas philanthropes au point de se les garder pour elles.

    Et là, c’est bien ce qui va se passer. A tel point que le principe de cette taxe si vertueuse frise la caricature.
    Comme le soulignait le Canard Enchaîné dans son édition du 15 juillet dernier, « les pollueurs ne seront pas les payeurs », n’en déplaise aux gentils amis des pitits noizeaux, des ours blancs et autres pingouins. D’une part, les industries les plus polluantes en seront exonérées sous prétexte qu’elles paient déjà des « permis de polluer ». On oublie juste de dire que ces fameux permis seront gratuits jusqu’en 2013 et qu’ils seront largement subventionnés par la suite. D’autre part, les agriculteurs seront aussi exonérés sous prétexte que leurs élevages ne produisent que du méthane et non pas du CO2. Surtout ne pas se mettre à dos la FNSEA !

    Finalement, c’est bien nous, pauvres couillons, qui seront les dindons de la farce. Les ménages paieront plus de la moitié des 8 milliards d’euros que cette taxe (évolutive) est censée rapporter à l’Etat. Pour faire quoi ? Ça, on ne nous le dit pas trop mais comme la taxe professionnelle, qui en rapportait autant, est appelée à disparaître très rapidement, j’ai comme qui dirait l’impression qu’on le sait déjà en haut lieu. Après le bouclier fiscal, les subventions inconditionnelles aux banques et à l’industrie automobile, la baisse de la TVA dans la restauration sans pratiquement aucune contrepartie obligatoire, la grande pantomime continue de plus belle.

    Cette taxe « carbone » est d’autant plus imbécile que la fin annoncée des sources fossiles d’énergie va immanquablement causer leur renchérissement, ce qui aura de toute façon l’effet dissuasif espéré. Sauf que ça concernera tout le monde, en France comme ailleurs et surtout les gagne-petit. Comme toujours. Il est donc temps de se payer largement sur la bête avant d’être obligés de trouver une autre bonne idée pour engraisser nos pauvres riches, nos pauvres banques en déroute et quelques autres parasites qui bénéficient des largesses de l’Etat quand le pouvoir d’achat de la majorité d’entre nous ne cesse d’être rogné. On a beau me dire que des compensations sont prévues pour les plus misérables ou pour les ruraux, je crains que ça ne fasse guère le compte, au bout de celui-ci.
    Et qu’on ne me dise pas que ça va favoriser les transports en commun et la bicyclette ou qu’il suffit de réduire ses déplacements en proportion. C’est certainement pas ça qui va améliorer mes conditions de travail et je ne vais pas bondir de joie à l’idée de devoir partir des semaines entières de chez moi pour faire mes contrôles chez mes clients. Je me vois assez mal faire le tour du Vaucluse à vélo, à 70 ans, pour pouvoir faire mon boulot.

    A un moment où la casse de l’industrie française est devenu une sorte d’emblème édifiant du patriotisme économique tant appelé de ses vœux par notre gai Fillon, je m’interroge sérieusement sur la santé mentale de Rocard et de nos gouvernants. Je suppose aussi que fiers de l’exemplaire vertu française, nos génies nationaux iront expliquer en termes choisis aux Chinois, aux Indiens et même à nos amis américains et autres, qu’il serait de bon ton d’en faire autant. Mais je me dis que, peut-être, notre furoncle devra attendre que ses interlocuteurs aient calmé leur fou-rire avant de pouvoir placer un mot, car jusqu’à présent, ses succès internationaux ne semblent pas beaucoup grandir la France.
    Et j’imagine aussi que, au nom d’un libéralisme enfin moralisé, ni la France ni l’Europe ne prendront la décision de taxer les produits importés dégoulinant de CO2.

    Je ne sais pas si cette taxe va sauver la banquise mais une chose est sûre : on nous prend vraiment pour des cons. Peut-être que ça va finir par se voir…

    Notes

    [1] Yann Arthus-Bertand

    Connerie durable

    jeudi 18 juin 2009, par Marco

    C’est ce pauvre Christian Estrosi, accessoirement maire de Nissa La Bella et thuriféraire patenté du nabot, aussi désigné sous le vocable sympathique de « lou ravi [1] de Nissa [2] », qui s’y est collé sur France Inter, le vendredi 11 juin dernier :

    Nicolas Sarkozy a inventé le principe de « sécurité durable ».

    Pas moins !

    Certes, not’ Kiki (enfin, celui des Nissarts, lesquels prétendent n’en avoir toujours eu que des gros) n’a, lui, jamais rien inventé. Ça se saurait. S’il avait inventé l’eau tiède, il se serait ébouillanté et pour le fil à couper le beurre, il se serait tranché un doigt. Même pas la brosse à reluire qu’il manie pourtant avec une dextérité qui ferait pâlir de jalousie le plus vil flagorneur. De toute façon, pour son rôle de courtisan opportuniste énamouré, n’est-ce pas là le seul talent dont il a besoin ? Après tout, on ne lui en demande pas plus.

    Donc, voilà la sécurité qui vient s’ajouter à la liste de tous les machins durables qui font désormais partie de la panoplie bien pensante de ce début de siècle. Pour briller en société, désormais, il suffit d’ajouter l’adjectif "durable" au premier mot qui sert à alimenter la conversation : le développement, bien sûr, se doit d’être durable sinon il est injuste et sale. Pareil pour l’énergie, les transports, l’agriculture et toute cette sorte de choses. On peut élargir le concept au jardinage, au bricolage, à la maçonnerie, à la pêche à la mouche, la randonnée pédestre, etc. Bref, ce mot, à lui seul, redore n’importe quel blason. Ça en geste un max, les trucs durables !

    Toutefois, n’exagérez pas, non plus : la sieste, crapuleuse ou pas, c’est pas vraiment dans l’air du temps. Donc, mieux vaut éviter tout ce qui se rapporte d’un peu trop près au farniente et à l’oisiveté, surtout si ça ne fait pas marcher le commerce. Ce serait un coup à se retrouver en garde à vue durable après s’être pris une giclée durable de Taser, pour mauvais esprit durable et anti-patriotique. Et je ne parle même pas des prélèvements d’ADN durables dont les multiples fichiers officiels ou officieux, autorisés ou non, eux-mêmes très durables, garderont durablement la trace de votre historique méprisable et durable.

    Il faut reconnaître qu’on va avoir besoin de tout cet arsenal législatif sécuritaire devant lequel se pâme lou ravi de Nissa. Parce que, si la crise devait être durable, avec pour corolaire le chômage durable dans lequel la cupidité de bon nombre d’actionnaires — que l’on savait depuis longtemps durable, elle — jette de plus en plus de travailleurs, ça risque d’en énerver durablement plus d’un. Donc, mieux vaut se donner les moyens de contenir une contestation qui pourrait bien devenir durable, elle-aussi.
    Je me demandais depuis longtemps pourquoi nos flics ne déambulent plus en ville qu’en tenue de combat ; je pense que c’est maintenant évident : l’État est en guerre contre la chienlit, c’est à dire ses citoyens. Même si on n’a rien à se reprocher (selon l’antienne de ceux qu’une société en liberté très surveillée ne dérange pas, prétendent-ils), il n’est plus du tout certain que ce soit le cas de la police : on est tous des coupables en puissance. Reste juste à trouver le bon motif, ce qui va devenir d’une simplicité enfantine, grâce aux outils modernes de suivi « personnalisé », si l’on peut dire. De quoi assurer un bonheur durable — quoique un poil formaté — aux braves gens et l’enfer durable aux autres.

    Alors, bien sûr, on me dira qu’une déclaration du ravi de Nissa n’a jamais eu vocation à entrer dans l’Histoire. C’est sûr. Avec lui, on est loin de Socrate ou de Rabelais ou de quelques autres dont les propos et maximes ont traversé les siècles. Rien de tel ici. D’autant plus que, même si le furoncle lui chiait dans la gueule, il se répandrait sur les ondes en s’extasiant sur le sublime goût de fraise. Ce n’est évidemment pas le seul. Mais comme témoin éclairé de son temps, on peut sans difficulté en trouver de meilleurs, même parmi les plus médiocres. Alors pourquoi un billet sur lui ?

    C’est juste que les péroraisons sécuritaires de cette engeance me fatiguent, ce qui n’est pas une nouveauté. Mais surtout, je reconnais un mérite (peut-être le seul) au ravi : même s’il ne l’a pas inventé, il illustre avec une constance attendrissante le fameux principe de la connerie durable. Et c’est, chaque fois, le même émerveillement. Si, si !

    Ce serait quand même dommage de ne pas partager ça.

    Notes

    [1] Accent tonique sur le « a »

    [2] Accent tonique sur le « i » et prononcer « Nissœ », avec un « e » très ouvert

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