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vendredi 3 septembre 2010, par
Je rentre à peine d’une petite virée de près de 2000 km en région Centre. Que de belles choses vues et de beaux paysages traversés. France, que tu es belle !
Mais je vous en reparlerai sous peu.
Pour l’instant, les affaires reprennent lentement. Avant de me plonger dans la lecture des 9638 courriels en souffrance de la FFMC, petite plongée dans l’actualité qui n’a, hélas, guère changé en une semaine.
Et pour commencer ce superbe billet de Maître Eolas sur les Roms (notamment). De la belle ouvrage dont je vous laisse juge : cliquez ici.
Et pis c’est tout (pour l’instant) !
lundi 23 août 2010, par
Voici un texte auquel j’adhère sans réserve.
Pour signer la pétition qui le prolonge, rendez vous à cette adresse : http://nonalapolitiquedupilori.org/
J’ai mis en italique un passage que je considère capital.
Une avalanche de discours et d’annonces provocatrices s’est abattue depuis plusieurs jours sur notre pays. Jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, on entend des propos qui étaient jusqu’à présent l’apanage de l’extrême droite. Le président de la République, lui-même, montre du doigt des communautés et des groupes sociaux entiers, stigmatise les Roms, les Gens du voyage, les étrangers, les Français qui ne sont pas « de souche », les parents d’enfants délinquants, etc. Ce faisant, il ne lutte en rien contre la délinquance, qui est répréhensible pour tout individu sans distinction de nationalité ou d’origine : il met délibérément en cause les principes qui fondent l’égalité républicaine, alors que déjà une crise sociale et économique d’une extrême gravité menace la cohésion de la société tout entière.
En quelques jours, les plus hautes autorités de l’Etat sont passées de l’exploitation des préjugés contre les Gens du voyage au lien, désormais proclamé, entre immigration et délinquance, puis à la remise en cause de la nationalité française dans des termes inédits depuis 1945. Ce qui est à l’œuvre dans cette démarche s’inscrit dans une logique de désintégration sociale porteuse de graves dangers.
Il ne s’agit plus du débat légitime en démocratie sur la manière d’assurer la sûreté républicaine, mais bien d’une volonté de désigner comme a priori dangereuses des millions de personnes à raison de leur origine ou de leur situation sociale. Quelle que soit la légitimité que confère l’élection, aucun responsable politique n’a reçu mandat de violer les principes les plus élémentaires sur lesquels la République s’est construite.
Parce que le seuil ainsi franchi nous inquiète pour l’avenir de tous, nous, organisations associatives, syndicales et politiques diverses mais qui avons en commun l’attachement aux principes fondamentaux de la République laïque, démocratique et sociale, rappelons avec force que l’article 1er de la Constitution « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion », et que toutes propositions qui méconnaîtraient cette règle fondatrice de la démocratie constituent une atteinte à la paix civile.
Nous n’accepterons sous aucun prétexte que le nécessaire respect de l’ordre public soit utilisé pour créer des distinctions entre les habitants de ce pays et désigner des boucs émissaires.
Nous appelons donc l’ensemble des citoyens de ce pays à manifester publiquement leur opposition aux stratégies de stigmatisation et de discrimination et aux logiques de « guerre » qui menacent le vivre ensemble. A cet effet, nous proposerons dans les prochains jours à la signature en ligne un « Appel citoyen » refusant toute politique de la peur ou de la haine. Et nous appelons à un grand rassemblement citoyen à l’occasion du 140e anniversaire de la République, le samedi 4 septembre Place de la République à Paris, à 14h00, et partout en France, pour dire ensemble notre attachement à la liberté, à l’égalité et à la fraternité qui sont et qui resteront notre bien commun.
Paris le 4 août 2010
Signataires :
AC ! Agir ensemble contre le chômage, Les Alternatifs, Les amoureux au banc public, Association de défense des droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM), Association France Palestine Solidarité (AFPS), Association des Marocains en France (AMF), Association nationale des Gens du voyage catholiques (ANGVC), Association républicaine des anciens combattants (ARAC), ATTAC, Autremonde, Cedetim, Confédération française démocratique du travail (CFDT), Confédération générale du travail (CGT), La Confédération Paysanne, La Cimade, Le Cran, Droit au logement (DAL), Emmaüs France, Europe Ecologie, Fédération pour une alternative sociale et écologique (Fase), Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés (FASTI), Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS), Fédération SUD Education, Fédération syndicale unitaire (FSU), Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), FNASAT-Gens du voyage, Fondation Copernic, France Terre d’Asile, Gauche unitaire, Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI), Les Jeunes Verts, Ligue des droits de l’Homme (LDH), Ligue de l’enseignement, Marches européennes, Médecins du Monde, Le Mouvement de la Paix, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), le Parti communiste français (PCF), le Parti de Gauche, le Parti socialiste (PS), Réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’Homme (RAIDH), Réseau Education Sans Frontière (RESF), SNESUP-FSU, SOS Racisme, Syndicat des avocats de France (SAF), Syndicat de la magistrature (SM), Union syndicale Solidaires, Les Verts.
mardi 10 août 2010, par
Quand un ministre de l’Intérieur se fend d’une déclaration à la presse, on s’attend à ce que ce soit pour féliciter la police d’avoir mis hors d’état de nuire un de ces gros bonnets de la pègre, trafiquant de drogue et d’êtres humains, ou un grand profiteur, bref pour avoir mené à terme une enquête minutieuse mettant en lumière quelque trafic, des fraudes lourdes ou des systèmes de prévarication. Non pas que la violence quotidienne à laquelle sont confrontés certains de nos concitoyens soit sans importance mais parce que, bien souvent, elle se nourrit des réseaux de ces gros bonnets difficilement atteignables et qui profitent des misères et des difficultés économiques pour étendre leur emprise sur une partie de la société.
Mais c’est pas facile la vie d’un ministre de l’Intérieur. Des fois, même quand on vous apporte l’affaire encore toute chaude, tout juste démoulée et qu’il resterait plus qu’à bomber le torse et monter sur ses ergots pour tirer la couverture à soi, pas de chance, c’est pas la bonne affaire : on va pas enterrer un bon copain, pas vrai ?
Alors, on se rabat sur le menu fretin, sur les minables dont les nuisances sont forcément plus visibles aux yeux des petites gens puisqu’ils en subissent directement les conséquences. Des fois aussi, on a ses marottes. C’est bien commode les marottes, ça permet d’occuper le terrain et de faire croire qu’on se préoccupe du bien-être du peuple.
Notre cher ami Hortefeux a trouvé la sienne le jour béni entre tous où un flic nantais – de par sa fonction forcément intègre et impartial – a verbalisé une femme de religion musulmane conduisant sa voiture vêtue à la Belphégor (elle, pas la voiture. Faut suivre un peu !) bien que le code de la route ne prévoit rien pour ce cas d’espèce. En tirant le fil de la pelote – un vrai travail d’investigation qu’il convient de saluer – on remontera ainsi jusqu’au mari que l’on découvre « polygame de fait », une notion créée tout spécialement pour l’occasion. De là à penser qu’il fraude avec les alloc, il n’y a qu’un pas et l’affaire est entendue.
Du miel pour notre Brice qui ronge son frein dans l’ombre de l’Empereur Nicolas 1er le Petit, lequel se complait à dire qu’il a tué le job de ministre de l’Intérieur pour 10 ans. Et on sait, depuis qu’il a été condamné en première instance pour injure raciste, que notre premier flic d’Auvergne fait une fixation toute particulière sur les Arabes musulmans.
Bingo ! Voilà que le boucher halal – le mari de Belphégor et l’amant de ses copines du même club – est accusé de violences sur une ancienne compagne. C’est vrai que ça valait une conférence de presse pour dire que l’homme est « présumé coupable » (puisqu’il est mis en examen, n’est-ce pas ?), bien que pas encore jugé (s’il l’est jamais) et que, dans certain cas, Briçounet souhaite que la déchéance de la nationalité française soit possible. On notera au passage que si le quidam est ici « présumé coupable », il en va autrement des amis du ministre qui, eux, restent « présumés innocents » de tout un tas de choses pas très reluisantes malgré des indices que de fort mauvais esprits trouvent pourtant assez convaincants. Mais on ne joue pas non plus dans la même cour. Faut pas mélanger les torchons et les serviettes sinon où irait le monde, je vous demande un peu, ma bonne dame ?
Évidemment, la fraude aux organismes sociaux, la polygamie, surtout « de fait », et la violence faite aux femmes devraient entrer dans cette catégorie de méfaits indignes du drapeau. C’est qu’il est intraitable, le bougnat de bazar, surtout avec les Arabes musulmans qui viennent bouffer le pain des vrais Français. Jean-Marie, ils sont en train de te piller !
D’ailleurs, pour dire s’il a vraiment trouvé sa marotte, ce pauvre gars, il va plus loin que le petit philosophe des bacs à ordure qui lui sert de guide spirituel. Le furoncle de la République, pour sa part, ne souhaitait la déchéance de nationalité que pour les agressions et les crimes perpétrés sur des personnes dépositaires de l’autorité publique. Déjà pas si mal, non ? Comme si la loi ne suffisait pas à punir ces actes. Comme si les autres citoyens de ce pays ne méritaient pas la même indignation !
Parce que, on s’en doute bien, perdre la nationalité française est une menace lourde de nature à faire rentrer n’importe quel délinquant dans le droit chemin. Juré ! Que n’y avait-on pas pensé avant ?
Évidemment, des âmes sensibles et angéliques (forcément !) se sont émues de ce discours pourtant moderne et novateur quoique un poil brutal : inconstitutionnel ! Et l’égalité des citoyens devant la loi ?
A lire les commentaires de quelques experts… du commentaire sur les sites Internet de certains journaux, la solution serait pourtant simple : on change la Constitution en supprimant tout ce qui entrave la marche en avant du petit timonier et on en profite au passage pour faire un référendum. Et là, ça clora le bec de tous ces doux rêveurs que la sécurité des vrais Français laisse de marbre ! C’est qu’ils en ont dans la tête, ces gens-là, même si ça paraît pas. Pardi ! C’est tellement évident.
Du coup, le chœur des chantres de la sécurité entonne l’air de la vertu nationale outragée et souligne la partition du soliste. Ainsi, Thierry Mariani, député du Vaucluse, sera, en septembre, le rapporteur d’une loi du même tonneau. Promis-juré, cela n’a rien à voir avec Sarko : la preuve, il y réfléchissait depuis début juillet. Et, en plus, il s’agira simplement de remettre en service des dispositions qui étaient en vigueur avant 1998, ce qu’on appelait alors « la double peine », abrogées parce que contrevenant au principe d’égalité des citoyens devant la loi. Pas sûr d’ailleurs qu’en mélangeant le code de la nationalité avec le code pénal, on rende service à ce dernier. Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Si tout ceci n’a guère de chance de se révéler efficace, comme toutes les déclarations guerrières de Sarko depuis huit ans, il s’agit surtout de se faire mousser.
Bien sûr, le brillant Christian Estrosi, député-maire de Nice, ne pouvait rester coi. Ce mec-là, dès qu’il y a une connerie à brailler, on peut être sûr qu’il va prendre un porte-voix. « Français ou voyou, il faut choisir ». Il veut semer la panique sur la riviéra, lou ravi de Nizza, ou quoi ? Et d’apporter son soutien à un troisième larron, Eric Ciotti, lui aussi député des Alpes-Maritimes, qui veut rien moins que jeter en taule les parents d’enfants délinquants. Que cela taille en pièce un principe fondamental de notre Droit n’émeut guère la bande de zozos. Pour pêcher l’électeur frontiste, plus l’appât est gros et moche, mieux c’est.
Il n’est d’ailleurs pas vraiment surprenant que ce soient ces trois-là qui s’y collent : d’une façon générale, le Midi est un bastion du Front National et pour être élu ici, quand on est de droite, mieux vaut se montrer conciliant avec ses électeurs. Le pari est pourtant risqué pour Sarko qui prépare sa campagne pour 2012 car ce n’est plus le vieux Le Pen qu’il aura sur sa route mais sa fille que d’aucuns jugent bien moins répugnante. De plus, il n’est pas dit que l’électeur de droite moyen se montre enthousiaste face à son bilan, tous sujets confondus, pas plus que face à ce voisinage nauséabond.
Mais faut-il que ce pays aille mal pour que ce pouvoir usé et incapable nous ressorte la vieille rengaine de la stigmatisation et du bouc-émissaire ?
Stigmatisation des gens du voyage, après les émeutes de Saint-Aignan, auxquels on amalgame au passage les parias de l’Europe, les Roms, en pensant plus spécialement à ceux de Roumanie, donc des étrangers, alors que ceux de France (Gitans et autres Manouches) sont pourtant, comme les commerçants forains, majoritairement des Français, parfois même depuis plus de 400 ans. Mais les nomades ont toujours eu mauvaise presse chez les sédentaires. Ce sont des cibles faciles. Quel merveilleux prétexte pour les montrer du doigt, tous ensemble, que la bonne occasion offerte par la violence imbécile de quelques-uns d’entre eux (d’ailleurs sédentarisés), motivée par la mort d’un des leurs, présenté comme un délinquant. Donc indéfendable. Tant pis, si les Roms (ceux de Roumanie) n’y sont pour rien. Ils sont étrangers et ils puent. A croire que Sarkosy a gardé de ses origines hongroises la haute opinion que les gens du coin (Roumanie, Hongrie, Bulgarie) professent de cette minorité, indésirable depuis la nuit des temps et souvent persécutée comme telle. Pour les autres, on instille ce poison qui fait d’eux des Français de seconde main, par nature nuisibles. On justifie donc le refus de certaines municipalités de les accueillir, comme la loi l’exige pourtant de celles de plus de 5000 habitants. Ou bien, quand elles veulent bien créer les aires d’accueil, le fait de les aménager loin de la ville ou près de la déchetterie ! Parfois les deux.
Stigmatisation des étrangers auxquels on attribue la responsabilité de la délinquance. Là encore, suite aux émeutes de Grenoble générées par la mort d’un braqueur. Autres violences imbéciles avec tirs à balles réelles sur la police. Indéfendable. Inadmissible.
C’est pourtant évident, à écouter les déclarations imbéciles du ravi de Nice : il n’y a pas de délinquant français. Forcément, s’il y a des délinquants, c’est donc qu’ils sont étrangers et qu’ils viennent piller le butin des délinquants vrais français. Mais s’ils sont Français, c’est que ça doit pas faire longtemps. Donc ils sont pas encore vraiment Français. Bref, c’est compliqué ! D’ailleurs, il n’y a qu’à demander aux immigrants italiens ou polonais du début du XXième siècle. Y avait pas pire comme délinquants. Y en avait plein les prisons. C’est bien un signe, ça, que les étrangers sont nuisibles. D’ailleurs, qu’ils soient Tziganes ou Arabes, ils roulent tous avec des grosses bagnoles. Ça aussi, c’est un signe. Quand on a pas la peau claire et le bon vieux type aryen, on n’a rien à faire au volant d’une Audi ou d’une Béhème. Et ne venez surtout pas parler de crise, d’exclusion et de toutes ces conneries. Ça n’a rien à voir. C’est gens-là sont mauvais et pis c’est tout !
Il y a dans l’actuelle majorité, hélas, tout un courant qui s’abreuve à la politique glorieuse menée jadis par Pétain et le gouvernement de Vichy. Le seul d’ailleurs à avoir instauré de façon systématique la déchéance de nationalité : à l’égard des Juifs. Certes, aujourd’hui, il n’y a ni étoile jaune ni camps d’extermination à la clé mais l’idée de diviser les Français sur la base d’un mérite illusoire et de leurs origines est tout simplement répugnante et indigne.

Ce ne sont pas les dernières déclarations évidemment fielleuses et pitoyable du pitbull Lefèbvre, à l’endroit de Michel Rocard et de quelques autres personnalités, qui y changeront quelque chose : Sarkosy et ses sbires sont dangereux. Pour préserver, espèrent-ils, le pouvoir qu’ils ont acquis des urnes, ils ouvrent la boite de Pandore au risque de faire exploser la société française. Mais qu’importe ! Cela leur donnera l’occasion d’accentuer leur répression. Un bon Français est un Français qui ferme sa gueule et se laisse manger la laine sur le dos.
Mais eux, ils ne nous respectent pas. Ils ne respectent ni la France ni les Français. Seuls leurs intérêts immédiats comptent. S’il y a une faute lourde, comme le prétend l’autre demeuré, c’est bien la leur : ils déshonorent ce pays et méprisent ses citoyens tout en les asservissant aux intérêts particuliers de leurs amis. C’est petit. C’est indigne. Et c’est peut-être ça la déchéance. Celle d’une nation toute entière à la merci de quelques tristes sires.
Putain, encore deux ans ! Ça va être long !
Voici donc revenu la fin de l’année scolaire et son cortège de fêtes et de kermesses des écoles.
Ceux qui ont des enfants d’âge scolaire — ou qui en ont eu — comprendront certainement la joie profonde, quoique un peu crispée, ressentie par nombre de parents à l’idée d’aller admirer leur progéniture affublée d’improbables déguisements (qui la libellule ou le bourdon, qui le meunier ou la paysanne, qui le renard ou le corbeau, qui le prince ou la princesse ; j’en passe et des plus insolites) pour esquisser des pas de danses maladroits et émouvants sur la scène de l’école, dressée spécialement pour l’occasion. Ce n’est pas pour rien, finalement, que ce qui apparaît souvent sur l’instant comme une corvée (osons le mot) devient, bien des années plus tard, l’image d’un petit bonheur furtif passé au rang des souvenirs à l’évocation desquels on se prend à sourire avec émotion.
Ah ! Si seulement on pouvait revenir en arrière, quelques fois !
La mairie d’Orange, cette année, s’est donnée beaucoup de mal pour que ces fêtes soient de vraies réussites, aptes à rejoindre, dans la mémoire des parents et des enseignants, les plus beaux souvenirs qu’ils garderont à jamais de tous ces minots en ribambelles. Qu’on en juge plutôt.
Figurez-vous que, dans certaines écoles situées dans des quartiers de la ville à forte population d’origine étrangère — et pour tout dire musulmane, les organisateurs ont décidé de proposer aux participants, à la buvette où ils pourront se restaurer, des produits « halal ». Après tout, si les athées et les catholiques peuvent s’envoyer des casses-dalles au saucisson et au jambon, il semblerait normal que les musulmans, dont les enfants vont dans ces écoles, puissent eux-aussi participer pleinement à la fête de bout en bout tout en engouffrant des aliments adaptés à leurs croyances. C’est tout de même jour de fête et les minots sont contents de voir leurs parents y rester le plus longtemps possible.
Sauf que ça ne convient pas à monsieur le maire d’Orange qui y voit une entorse insupportable au principe de laïcité. Si, si ! Du coup, la ville a fait savoir à ces dangereux cléricaux que, s’ils persistaient dans leur incroyable volonté anti-laïque, ils devraient se passer du généreux soutien matériel de la municipalité. Entendez : pas de chaises, pas de tables, pas d’estrades, pas de barrières, peut-être pas de sono, etc. C’est qu’on rigole pas avec la laïcité à Orange !
A vrai dire, on reconnaît bien là l’art tout en finesse de l’extrême-droite à accommoder les principes républicains à sa sauce alors que d’une façon générale elle n’a que faire des valeurs de la République.
La liberté ne se conçoit pour elle que dans celle d’approuver son discours xénophobe, homophobe et raciste ; l’égalité n’est valable que pour les Français « de souche », sauf les pédés et les gouines, bien sûr, l’étranger n’obtenant son label de respectabilité que s’il ferme sa gueule, embrasse le drapeau tricolore chaque matin en chantant la Marseillaise, pour preuve de son amour indéfectible pour sa terre d’accueil (et encore !) ; la fraternité relevant du même tonneau. Bien sûr, on se souvient de la laïcité surtout lorsqu’elle n’est pas en phase avec les valeurs chrétiennes si vaillamment symbolisées par Jeanne d’Arc.
Rien d’étonnant alors à ce que tout ce qui évoque l’Islam, de près ou de loin, provoque chez ces gens-là des bouffées d’aigreur : ils en sont restés à l’époque des Croisades avec un petit détour en arrière par 732 et Charles Martel, figure héroïque entre toutes. Bien entendu, tout cela n’a rien à voir avec le temps béni de la colonisation et de ses apports positifs et encore moins avec l’indépendance algérienne. Que nenni ! C’est juste pour la laïcité, qu’on se le dise.
Ceci n’est pas sans rappeler ces récents détournements des apéritifs géants, façon « fesse-bouc », ou de la « fête des voisins », sur la base de saucisson et de pinard. Autrement dit : interdits aux musulmans… et aux juifs.
Organisés par des groupuscules fascistes, reprenant une soi-disant laïcité ouvertement anti-musulmane, ces pitoyables démonstrations xénophobes sont évidemment l’exact contraire des initiatives plus ou moins heureuses qui, elles, avaient cependant un réel objectif de partage et de convivialité, voulant instaurer le dialogue entre des gens qui se côtoient mais ne se connaissent pas. Ne seraient les excès de certaines de ces réunions (fesse-bouc toujours), et toute apologie de l’alcool et des substances illégales mise à part, il y a là, à mes yeux, bien plus de laïcité que ne pourra jamais revendiquer la plus courue des parades « sauciflard et gros rouge qui tache ».
Car on n’est pas ici dans une simple dénonciation des excès engendrés par une islamisation réelle ou supposée d’une partie de la société. Si, dans certains cas comme à Paris ou d’autres villes de France, on assiste à une certaine lâcheté des élus face à des demandes injustifiées de représentants religieux [1], sous couvert de « laïcité positive » ou pour ne pas être accusés d’intolérance, l’extrême-droite se nourrit de l’exaspération provoquée par de telles concessions et s’en sert pour amalgamer l’ensemble des citoyens de confession musulmane et leur nier jusqu’à leur droit à l’existence… chez nous.
Or, si d’un côté, on ne peut que s’interroger sur l’absence de vision de certains politiques face à ce qui ressemble bien à des provocations communautaires extrêmement ciblées et mal ressenties par les autres composantes de la société, de l’autre on ne peut qu’être écœuré par le discours intolérant et simpliste de l’extrême-droite. Et inquiet, aussi. Là où des gens confrontés à la réalité d’une société multiculturelle tentent avec leurs faibles moyens d’œuvrer pour la tolérance, le partage et la compréhension, d’autres ne pensent qu’à répondre par le rejet, la négation de l’autre, voire par la haine. Ils confondent volontairement le prosélytisme plus ou moins avéré que représentent des signes religieux ostensibles dans une école républicaine et laïque avec une simple main tendue à l’autre et le respect qui lui est dû en tant qu’être humain.
Je ne dirai jamais assez la répugnance que j’éprouve à l’égard de ces gens-là.
Vouloir comprendre l’autre, ce n’est certainement pas approuver sans réserve ce qu’il prône, c’est simplement vouloir échanger librement avec lui et le connaître mieux, dans un respect mutuel. Pour parler à des musulmans (mais j’en connais avec qui je peux le faire sans aucun souci), je ne me convertirai certainement pas à l’Islam (ce dont je doute qu’ils me le demandent jamais). Mais si pour montrer que je les respecte au même titre que n’importe qui je dois partager leur repas et manger halal, je n’hésiterai pas une seconde. Sans compter que j’en serai honoré.
Alors bon courage aux enseignants et aux parents des écoles d’Orange. Ce sont eux qui sont respectables.
Et pis c’est tout !
[1] comme, par exemple, la prière en pleine rue alors que les salles réservées à cette usage sont amplement suffisantes
Bon ben voilà : c’est plié !
Même s’il était difficile de croire réellement au miracle, cette fois on est fixé pour de bon sur le sort des Bleus. Allez ouste ! A la maison !
Tout juste reconnaîtra-t-on qu’ils ont été un poil moins mauvais contre les Sud-Africains que dans leurs matches précédents puisqu’ils ont marqué un but et n’en ont pas encaissé plus que contre le Mexique. C’est déjà ça. Mais enfin, pas de quoi pavoiser.
On souhaite vraiment bonne chance à Laurent Blanc qui va prendre ses fonctions dans des conditions plus que désastreuses.
On nous promet le grand déballage dans les jours qui viennent. Au moins, on aura quelques révélations croustillantes à se mettre sous la dent et puis ça va bien occuper le devant de la scène durant quelques semaines, voire quelques mois. Ça nous distraira un peu de tout le reste, des retraites et tout ça. Qu’y a-t-il de plus important que les vicissitudes de l’équipe de France de football ? On se le demande.
Déjà, on a un espoir : le président de la fédération française, Jean-Pierre Escalettes, va réunir son monde pour analyser et tirer les conséquences du fiasco sud-africain. Comme on n’est pas des experts, on se gardera bien de lui suggérer de se regarder dans une glace pour voir un des responsables. Il finira bien par trouver tout seul, j’espère. Mais sans doute sera-t-il bien plus confortable de charger Domenech. Plus confortable et surtout plus simple, vu qu’il a beaucoup travaillé en ce sens.
Dans le grand nettoyage de linge sale qui se profile à l’horizon, gageons que nous aurons encore la joie d’entendre les déclarations ébouriffantes de cette pauvre Marine Le Pen pour qui les responsables semblent tout désignés. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que l’UMP a déjà dégainé son arme de racolage massif en la personne d’Éric Raoult. C’est dire si le niveau du « débat » va atteindre des sommets ! Ce sera certainement à qui lavera plus blanc, bien entendu.
Bon ben, les enfants, on a bien rigolé mais on a des choses un peu plus urgentes à régler. Alors on oublie tout ça, on se retrousse les manches et on va défendre nos retraites. Et un peu aussi un certain modèle de société qui n’a rien à voir avec cette odeur persistante de fric pourri. Ce n’est probablement pas monsieur Woerth qui dira le contraire.
Alors, rendez-vous le 24 juin.
Et pis c’est tout !
mercredi 16 juin 2010, par
Le 14 juin dernier, la Provence rapportait la venue à Marseille (XVième arrondissement, c’est-à-dire les fameux « quartiers Nord ») d’Éric Besson, le ministre des expulsions, à l’invitation d’un conseiller municipal apparenté PS, Karim Zéribi, fondateur d’un club dénommé « Nouvelle France », pour participer à un débat organisé par ycelui. Et sur quoi, le débat, d’après vous ? Allons, réfléchissez deux minutes : de quel unique sujet Besson est-il capable de parler quand il ne s’adonne pas au mensonge ?
Il était tout heureux, notre Marseillais : « On a démontré qu’on pouvait accueillir un ministre de manière républicaine dans les quartiers Nord », se vante-t-il. C’est vrai qu’on aurait pu craindre que les facétieux habitants de ces quartiers ne passent plutôt le pitoyable ministre, traître au PS, au goudron et aux plumes ! Il a donc de quoi être fier le presque-socialo. D’autant plus que Besson n’y est pas allé de main morte sur la dithyrambe : « Avec Karim on n’a pas le même maillot mais on a la même passion, la vie de la Cité, les valeurs de la République, le souci de l’intégration ». C’est vraiment trop émouvant !
Sûr que dans la bouche d’un ministre qui ne manque jamais de justifier les pires dérapages de sa prétendue politique d’immigration, les mots « valeurs de la République » et « intégration » prennent une saveur particulière. Et, content de lui, comme toujours, Besson ajoute : « On reparlera encore d’identité nationale. Droite et gauche réunies ont intérêt à le faire car c’est indispensable si nous voulons rester une nation unie ». Pardi ! Encore un peu et c’est lui qui fixera les ordres du jour et les éléments de langage pour mieux cerner cet indispensable débat. Lequel risque plutôt d’avoir l’effet inverse question unité de la nation. Par contre, pour ce qui est de l’enfumage, là, le valet de pied de Zébulon a bien appris sa leçon.
Il s’est bien gardé, le bougre, de parler de son copain d’équipe, un mec qui porte le même maillot que lui, c’est peu dire, et qui vient d’être condamné par la justice, en première instance, pour des propos à caractère raciste que, d’ailleurs, il reconnaît avoir tenus (bien obligé !) : notre valeureux ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux. Et pensez-vous que, dans notre République où les ministres sont si prompts à donner des leçons de morale au populo quand il s’agit de lui serrer le kiki, il existe au moins un ministre qui soit prêt à donner l’exemple ? Vous rigolez, ces choses là c’est bon pour les petits, pas pour l’élite (enfin, l’élite, je me comprends, faut le dire vite !). Pas question, donc, que Monsieur le Ministre démissionne. C’est pas si grave, des propos racistes. Surtout quand ils n’étaient pas destinés à être publiés. Salauds de journalistes ! Et puis, comme tout citoyen, paraît-il, surtout ceux qui sont plus égaux que les autres, comme disait Coluche, notre ami Brice doit bénéficier de la fameuse « présomption d’innocence ». Si, si ! Ce sont ses « amis » qui le disent. C’était ça ou bien une garde à vue avec fouille au corps et doigt dans le cul, je pense. Je vois pas d’autre explication à cette solidarité sans nuance.
Et là, on se perd en conjecture : ayant été condamné pour des propos qu’il reconnaît avoir tenus, il n’est plus innocent de l’injure faite à un groupe de citoyens à raison de leur origine et de leur religion, même s’il conteste, en fait, la validité de la procédure. Ses « amis » veulent-ils signifier alors qu’il n’aurait pas toute sa tête à l’instar de l’« innocent du village » ? Sont-ils taquins, non ?
Il faut dire que ses façons de faire laissent planer un sérieux doute. Pour coincer le fameux « polygame de fait » nantais dont l’épouse conduit avec un niqab, Briçounet a mobilisé rien moins que les plus hautes autorités policières, histoire de ne pas passer pour un abruti, une fois de plus, ce qui, de toute évidence, est loin d’être acquis. Car, bien entendu, notre brillant premier flic n’a pu s’empêcher de crier victoire tout en s’emmêlant un peu plus les pinceaux. De l’art de faire d’un fait divers dérisoire une affaire d’Etat, en somme. Et tout ça pour quoi ? Pour enfoncer le clou sur sa marotte : déchoir de sa nationalité française l’infâme musulman un peu trop radical à ses yeux. Au nom de la morale, bien sûr !
Là, je vous le dis, on est bien. Avec des gugusses pareils au gouvernement, on ne va pas tarder à les voir se pointer avec des nez rouges, de grandes chaussures et des habits dépareillés pour nous enseigner les bienfaits des valeurs républicaines à la sauce bananière. On a beau dire qu’on a les ministres qu’on mérite, notre punition semble ici bien trop cruelle. Pauvre France !
Entre Besson et sa fière politique de quota d’expulsions et Hortefeux, ses fines plaisanteries racistes et sa fixation sur les musulmans, nous sommes gouvernés par des gens qui méprisent les étrangers, les fustigent, les clouent au pilori, sous prétexte qu’ils abuseraient de la générosité française, en fait, simplement parce qu’ils existent, parce qu’ils osent être chez nous. Des gens si courageux qu’ils n’ont même pas le courage d’assumer leur idéologie nauséabonde. Ça parle de « valeurs de la République » alors que ça baigne jusqu’au bout des cheveux dans une idéologie qui ferait se pâmer d’aise les vieux pétainistes. Tristes sires que ces gens-là !
On lira avec profit les billets suivants sur ces mêmes sujets :
Les deux derniers sont assez longs (c’est du Maître Eolas, ne l’oublions pas) mais l’ensemble doit se déguster, comme d’habitude, comme de grands crus.
Bonne lecture et bonne dégustation.
Et pis c’est tout !
J’ai du mal à comprendre ce qui peut parfois traverser la tête d’un flic. Si, si, je vous jure !
Il s’en est trouvé un pour verbaliser une jeune femme qui conduisait sa voiture coiffée d’un voile intégral au motif qu’elle n’aurait pas été en mesure de contrôler correctement son véhicule. Ou un truc du même tonneau. C’était du côté de Nantes et ça fait les titres de toute la presse.
Bon, je ne m’étends pas : cette mode vestimentaire ne me convainc pas plus que ça mais, encore une fois, chacun s’habille comme il l’entend. Le problème n’est, de toute façon, pas là.
Il devait être bien fatigué, ce malheureux fonctionnaire ou, alors, il n’aime vraiment pas les musulmanes à voiles. Du coup, je m’interroge : si avec un voile, la dame ne peut pas conduire correctement sous prétexte que ça gênerait sa vision (c’est paraît-il le motif du PV), qu’en est-il des motards avec leur casque sur la tête ? Pourtant, si je ne m’abuse, le port du casque est obligatoire sur un deux-roues motorisé. Mais alors, peut-on en conduire un en n’étant pas gêné pour appréhender correctement toutes les manœuvres nécessaires ? Avouez que depuis que les flics (du moins, certains) se mettent à « faire » la loi, la vie dans notre belle société devient un sacré casse-tête. Et je ne parle même pas des pilotes de grands prix ou de rallyes qui doivent être sacrément embêtés pour concourir tout en respectant des normes de sécurité qui les handicapent. Sont-ils timides, tous ces champions, pour ne pas l’avoir révélé !
De plus, pourquoi faire la chasse à nos gamins juchés sur des cyclos et portant leur casque à leur coude ? J’avoue ne plus rien comprendre : le port du casque est obligatoire mais il se pourrait bien qu’il soit illégal !
Le plus comique de l’histoire est que l’habillement n’entre pas dans les éléments énoncés par le code de la route comme pouvant gêner la conduite. Donc, notre aimable gardien de la paix semble avoir commis un abus de pouvoir. Rien moins. Bravo pour la connaissance de la loi !
Probablement, toute cette mise en scène, pour le moins ridicule, n’était destinée qu’à coincer le salaud de mari qui serait, paraît-il, polygame. Tiens ! V’là aut’ chose, ma bonne dame ! Et question ridicule, il y a des experts dans ce gouvernement. A voir comment le ministre de l’Intérieur, le flic en chef, Hortefeux le boute-feu, s’est saisi de l’aubaine pour pousser des cris d’orfraie et menacer le quidam d’une déchéance de sa nationalité française. Rien moins !
Car, il paraîtrait même que le zigue, avec toutes ses femmes et les lardons qu’il leur a fait, s’en mettrait plein les poches avec les allocs. Vieille rengaine. Sauf que là, ce sont les nanas qui percevraient ces allocations de parents isolés, pas le gugusse, à condition qu’elles existent encore (elles ont été fusionnées avec le RSA de notre bon ami des pauvres, Martin Hirsch). Il a pas l’air très bien informé, notre ministre de l’Intérieur. Ça la fout mal, non ?
Bon courage donc à notre flamboyant Brice pour trouver de quoi constituer un délit. Les conneries de Monsieur le Ministre fusent plus vite que ne fonctionne son bulbe rachidien, apparemment.
J’ai aussi du mal, je l’avoue, à imaginer comment les fins limiers de la sécurité intérieure vont s’y prendre pour prouver la polygamie. A moins que notre homme ne soit assez con pour être allé se marier plusieurs fois à la mairie de son bled, je ne vois pas trop quelle loi de notre pays de rêve interdit à quiconque de s’envoyer en l’air avec plusieurs partenaires, hors des liens sacrés du mariage républicain. Le seul que la République reconnaisse, puisque jusqu’à encore pas longtemps, elle était laïque. Visiblement, c’est en voie de réforme, ça aussi.
Or, l’adultère ne constitue plus un délit en France depuis… 1975. Le législateur de l’époque, pris d’une frénésie de bon sens, s’est en effet avisé que punir l’adultère était un peu ridicule. De quoi je me mêle, nan mého ! Il faut dire que bon nombre de gens biens sous tous rapports — des pipeules comme on dit aujourd’hui — avaient certainement beaucoup de mal à respecter à la lettre leur contrat de mariage. Même des Présidents de la République, à ce qu’il paraît. Sacré, Brice, toujours en retard d’un train, hein ?
De toute façon, pas besoin d’être musulman pour pratiquer ce genre de sport, par ailleurs, excellent pour la santé, à ce qu’on dit.
Du coup, on tremble. Si tous les adeptes de l’adultère doivent être déchus de la nationalité française, ça va faire du vide dans les registres d’état-civil. Et puis, je ne savais pas la République si pointilleuse sur la morale. Jusqu’à présent, je pensais naïvement que ce qui lui importait, c’était qu’on fasse des lardons, peu importait avec qui. L’essentiel, c’était d’avoir une belle courbe démographique pour avoir un rien de chair à canon et pour payer les retraites des vieux. Il semble que, désormais, on va nous mettre un flic au pied de chaque lit pour s’assurer qu’on baise dans la légalité et la morale. Jusqu’où va se nicher l’ordre ?
Il a donc beau jeu, l’autre comique, le mari « adultère », de jouer les martyrs. Y a pas à dire, ils sont fortiches nos gouvernants et leurs sbires.
A moins, mais je dois sûrement avoir l’esprit bien mal placé, que tout ce cirque ne soit destiné, une fois de plus à stigmatiser les musulmans. On voudrait en faire des Français provisoires ou conditionnels qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
Déjà, ce triste clown de Besson, avec son pitoyable débat sur l’identité — qui a essentiellement servi à libérer la parole de ces malheureux timorés qui voient en tout être différent d’eux une menace pour la France éternelle — avait surtout réussi à pointer du doigt la menace musulmane et étrangère. Beau résultat. Ce sur quoi, « l’honorable » parlementaire Copé a embrayé avec sa fameuse loi sur la burqa, anti-sociale et anti-républicaine mais surtout musulmane. Tiens encore !
Pas étonnant, dans un tel contexte, que l’initiative d’un chef de bureau de poste d’Arles, il y a deux semaines environ, ait déchainé une tempête… dans un verre d’eau. Songez : notre homme, considérant qu’il y avait beaucoup de Maghrébins parmi les usagers de son service, public pour quelques temps encore, avait jugé que ce serait les aider que d’afficher le mode d’emploi de sa machine à affranchir en arabe littéraire. Il partait du principe que ça ne jurerait pas avec les 3 ou 4 autres langues (européennes, il est vrai, celles-là) que proposait déjà le robot.
Pauvre homme ! C’est devenu la grosse affaire arlésienne que même que c’était écrit dans le journal (La Provence du 16 avril 2010). Un vrai scandale ! Il s’est fait agonir de noms d’oiseaux au motif que la langue de la République est le français, que ça servait à rien qu’il y en ait qui se décarcassent pour apprendre le français à ces gens-là, et tout ça. Il y a juste deux ou trois péquins qui ont fait observer que ça ne servait pas à grand chose car les maghrébins âgés ne lisent que très rarement l’arabe littéraire et que les plus jeunes, majoritairement nés en France, pratiquent le français, étant Français eux-mêmes.
Bon, ça rendrait service à seulement 10 personnes que ça ne serait pas totalement inutile et on peut même penser que s’il l’a fait, c’est qu’il a dû en voir une paire rester en carafe devant la machine. Mais comme il s’agit de l’arabe, ça file des verrues à certains. J’imagine leurs mines dégoûtées quand ils lisent les inscriptions sur les briques de lait ou n’importe quel produit « mondialisé » ! Pouah ! De l’arabe partout ! Quelle horreur.
Bizarrement, et dans la même veine, voilà qu’un as de la bombe de peinture vient épancher ses tristes pensées sur les murs de mon village. Il y avait longtemps que je n’avais pas vu ce genre d’insanité fleurir avec cet art de l’orthographe qui doit rendre ivre d’orgueil tout bon Français fier de son identité. A vomir.
Avec la réponse, pas forcément plus fine, d’un concitoyen outré.
Bref ! Tout ceci sent très mauvais et finit par être un brin lassant. Comme s’il n’y avait pas de sujets plus importants avec la débâcle économique du pays et l’avenir de nos retraites, par exemple. Je n’ose pas croire que ce gouvernement nous pratiquerait une manœuvre de diversion à sa façon pour détourner nos regards de ses vicissitudes. Qui sont surtout les nôtres, il faut bien le reconnaître. En tout cas, à force d’envoyer des œillades aux électeurs du Front National, on récolte ce qu’il a semé question intolérance et ça fait comme un courant d’air avec les fosses à purin. Ça pue !
On lira avec profit ce billet de Maître Eolas. Malgré son antériorité, je jure avoir écrit le mien avant d’avoir lu le sien.
Et pis c’est tout !
mercredi 24 juin 2009, par
Je l’avoue : j’éprouve un certain malaise lorsque je croise des femmes portant un foulard. Je me dis qu’il y a là plus que l’expression d’une conviction religieuse, un signe extérieur de repli communautarisme.
La religion, c’est une affaire intime. C’est le droit de chacun de pratiquer ou non et l’État n’a pas à s’en mêler. Il est même garanti par la Constitution. En conséquence, si ces femmes veulent couvrir leurs cheveux et leur corps, voire leur visage, cela ne me regarde pas. De toute façon, une religion induit une forme extrême de sujétion et je ne vois pas en quoi la religion musulmane ferait plus problème que les autres.
Sauf qu’il y a là, bien sûr, une forme de discrimination visant à nier le corps de la femme et c’est ça qui devient gênant. Mais quoi ? Va-t-on légiférer sous prétexte que leur liberté serait bafouée, sans tenir compte de leurs propres convictions ? Autant interdire toutes les religions, alors, et là, bonjour la pagaille !
Je n’ai jusqu’ici entendu personne s’offusquer de la même pratique chez les religieuses catholiques alors que leur accoutrement a les mêmes origines orientales que celui des femmes musulmanes. Alors pourquoi cette cristallisation sur ces seules dernières ?
C’est vrai, pour justifier cet intérêt pour le moins malsain, on se donne bonne conscience en professant que les musulmanes ne seraient pas réellement libres de choisir leur mode vestimentaire. Je n’ai pourtant jamais lu de gros titres dans la presse lorsque, dans les années soixante, nos pères interdisaient à nos sœurs de porter la mini-jupe ou bien sur l’interdiction qui leur était faite, dans les lycées ou ailleurs, de porter un pantalon. Pour la liberté vestimentaire, on repassera donc ! Et je me souviens très bien qu’à la même époque, nombre de femmes se coiffaient d’un foulard (un fichu) même s’il n’avait rien d’aussi radical, le plus souvent, que celui des musulmanes.
Quant aux raisons qui poussent une jeune femme (ou un jeune homme, d’ailleurs) à entrer dans les ordres, je suis certain que, en cherchant bien, on trouverait enfoui quelque part dans leur subconscient, une forme d’aliénation qui hypothèquerait gravement leur liberté de choix. Pourtant, je ne sache pas qu’on envisage de légiférer sur celle-ci.
Je me console en me disant que certaines de ces femmes musulmanes exhalent une féminité éclatante. Il y a, dans la façon de s’habiller de certaines d’entre elles, une grâce et une sensualité qui me touchent. Parfois, ce voile tant décrié souligne des traits d’une grande finesse et une beauté qui réjouissent l’œil. Bien sûr, avec la burqa, c’est déjà plus difficile d’apprécier…
Mais s’il faut s’interroger sur cet engouement relativement récent pour l’affirmation publique de ses origines et/ou de ses croyances, il me semble qu’il serait bien plus pertinent de se pencher sur l’hypocrisie de notre système « d’intégration » (même si, en réalité, nombre de musulmans actuels ne sont pas issus de l’immigration). L’accueil que nous réservons à un grand nombre des étrangers, et cela depuis très longtemps, ne me semble pas correspondre exactement aux principes républicains. C’est le moins qu’on puisse dire. Comment, dès lors, pourrions-nous leur reprocher de se raccrocher à ce qui les rassure : leurs origines et leur pratiques religieuses ?
Et puis, à supposer que nous soyons aussi vertueux et accueillants que nous le prétendons, peut-être faut-il également s’interroger sur cette recherche de spiritualité qui pousse de plus en plus de gens vers les religions mais pas nécessairement vers celles qui sont, paraît-il, nos prétendues racines. Il faut dire que la religion catholique, en France, a depuis longtemps fait la preuve de sa connivence avec les pouvoirs les plus réactionnaires et que, sans doute, au moment de choisir, d’aucuns préfèrent l’écarter.
Toujours est-il que, si je regrette personnellement ce que je considère comme une forme d’aliénation, je ne me sens pas le droit de juger ceux de mes contemporains qui pensent y trouver une forme de réalisation, une espérance et un réconfort. A chacun de mener sa vie comme il l’entend.
Alors, pour finir, ces histoires de foulards, de voiles et de burqa me paraissent davantage être l’expression d’une intolérance vis à vis de populations déjà souvent fragiles. Leur interdiction systématique, et donc aveugle, me paraît présenter un risque d’effets secondaires encore plus graves que ces pratiques ne sont gênantes en elles-mêmes. Focaliser le débat sur ces femmes ne peut qu’accentuer leur repli communautaire. Il doit nécessairement y avoir des moyens plus humains et plus judicieux pour prévenir une supposée prolifération.
Et puis, il me semble que nous avons d’autres chats à fouetter qu’à nous chercher des boucs-émissaires un peu trop faciles. La ficèle est un peu trop grosse à mon goût.
Alors, foutons-leur la paix ! C’est pourtant simple : ça s’appelle la tolérance.
vendredi 27 mars 2009, par
Il paraît que ça parle au nom de Dieu, tout puissant et miséricordieux. Vous me direz peut-être qu’il y en a beaucoup de ces gens qui portent la parole divine et que, au bout du compte, ça fait un peu cacophonie. Certes ! D’autres diront que celui-là, au moins, la porte assortie d’un message de paix et que ça fait toujours moins de morts que quelques autres porte-parole enturbannés. Suivez mon regard.
Moins de morts ? C’est à voir.
La dernière sortie du père Benoit sur le préservatif, c’est du lourd… de conséquences. De quoi pousser vers la mort quelques millions de personnes de par le monde. Heureusement, ce sera au nom de Dieu qui, bien entendu, reconnaitra les siens. Elle s’ajoute à deux ou trois autres broutilles qui « interpellent quelque part », comme disent certains : soit le sus-nommé est un crétin de haute volée et sa sénilité galopante en est la cause car on imagine assez mal tous ces sages cardinaux élire un abruti au poste de chef. Si ? Ah bon ! Soit c’est un réactionnaire furieux, sous ses airs de « ravi » angélique, et on se demande alors où est la miséricorde divine ?
Déjà, réintégrer sans contre-partie les traditionalistes dans le giron de la mère Église, dont le minable et désormais tristement célèbre négationniste Williamson, si ça fait un peu vieille querelle de… clocher, comme ça, de prime abord, c’est surtout la traduction dans les faits de cette tentation d’une partie de l’épiscopat à penser le catholicisme comme une obligation universelle hors de laquelle il n’y aurait point de salut. La petite gué-guerre sur le retour du latin ou sa suppression en a fait rigoler plus d’un (y compris, bien sûr, Brassens, en 1976, dans l’indispensable « Tempête dans un bénitier ») mais elle occulte (c’est le cas de le dire) leurs attaques contre Vatican II qui renonçait enfin à voir dans les Juifs les responsables de la mort du Christ. Simple question de tolérance, en somme, ou de bon sens, comme on veut.
La coïncidence entre la décision papale et les déclarations de l’évêque traditionaliste sont une belle gifle aux survivants de l’Holocauste et ceci d’autant plus que la mollesse de la réaction pontificale est à la hauteur du mépris ainsi affiché. Du genre : « Vous, les Juifs, ne nous emmerdez pas avec des détails, comme dirait Le Pen » ! Et une belle idiotie car, pour paraphraser Pancho dans le Canard Enchainé du 11 février 2009, l’existence des chambres à gaz est plus facile à prouver que celle de Dieu ! Ça, c’est sûr !
Mais bon. Qui pourrait en vouloir à une aussi sympathique sainteté de commettre d’innocentes erreurs de jeunesse ? Car bien sûr, à lui aussi, sa bonne foi (pardi) a été abusée à l’insu de son plein gré. Oui, c’est ça la foi : croire sans douter. Bien sûr !
Puis, il y a eu l’histoire de cette petite brésilienne de 9 ans, enceinte de l’assiduité toute de pur amour de son gentil papa attentionné. Bien sûr, l’excommunication de l’équipe médicale et de la fillette n’a pas été prononcée par notre aimable pontife mais on a du mal à croire que le patron n’ait pas validé les explications emberlificotées du secrétariat papal, sans condamnation ni de la décision du calotin brésilien ni de l’attendrissant paternel, ou si peu. Motif : l’inceste c’est quand même moins grave que l’avortement, hé, oh, faut pas pousser !
Que de l’amour, je vous dis ! Un bel encouragement à tous ces joyeux pervers qui ne voient dans les enfants que de sympathiques jouets sexuels et auxquels le pardon divin est désormais acquis pourvu qu’ils n’oublient pas de proclamer que, eux, au moins, ils ont de la morale car ils sont contre l’avortement. Amen. Et puis, faut savoir respecter certaines traditions de l’Église et le goût de certains de ses prêtres pour la jeunesse.
Alors forcément, quand notre Benoit profite de sa folle dynamique pour fustiger le préservatif et affirmer qu’il ne sert à rien dans la lutte contre le sida, on ne peut qu’être admiratif. Surtout pour l’explication lumineuse qu’en ont donné ses prétoriens : figurez-vous qu’il y aurait des petits malins qui s’échangeraient les préservatifs usagés. Fallait oser la sortir celle-là ! Pourquoi pas un trafic international de caoutchouc, aussi ! Allez savoir. Un curé, c’est forcément au fait de ces pratiques, non ? On imagine qu’une enquête approfondie a été menée par le clergé et qu’il a envoyé ses plus fins limiers infiltrer les réseaux de trafiquants au péril de leurs fesses.
Quant aux quelques millions de personnes qui, de par le vaste monde, sont atteintes de cette maladie, et qui, accessoirement, sont aussi croyantes, pour certaines, tant pis si les déclarations irresponsables du petit vieux sonnent comme un arrêt de mort. Passées au registre des pertes et profits de la grande pantalonnade dogmatique de la morale papiste. Va avoir du boulot, le Saint-Pierre !
Alors, c’est vrai que je ne suis pas le plus fervent supporteur de l’Église et de son pape. Il y a belle lurette que je considère avec un certain détachement (pour ne pas dire mépris) la prétention de certains religieux de tous bords à vouloir imposer leur prétendue morale divine et à régenter nos vies. Du moins, je respecte ceux qui acceptent de les suivre, pourvu qu’ils ne cherchent pas à me convaincre. Après tout, c’est leur affaire. Mais là, pardon ! Quand un con pareil dépense autant d’énergie pour faire le lit des idées les plus nauséabondes ou démolir le long travail de tant de gens contre une maladie aussi meurtrière (qui a dit un fléau de Dieu ?) ou pour avilir de simples gestes d’humanité, je me dis que, vraiment, lui trouver des excuses est au-dessus de tout entendement. Ce mec-là est un danger public. Il est l’image la plus détestable de l’Église, sentencieuse et dénuée de toute compassion. Criminelle, même. A vomir !
Décidément, on vit une époque formidable ! Pauvre humanité !
Pour reprendre la réflexion de Ydikoi, notamment dans son billet, l’article de maître Eolas dont il parle est là.
Trois remarques :
Pour les intégristes, c’est du détail. Savoir que Lefebvre, Williamson et consorts ne sont pas réintégrés comme évêques, c’est sûrement mieux pour la vérité mais ça interroge tout de même sur la démarche. Mais bon, c’est la salade catho. Qu’ils s’en démerdent.
Pour Carmen, la petite Brésilienne, je reconnais avoir dit une connerie : c’est pas elle qui a été excommuniée mais sa mère. Ça ne change pas grand chose à la connerie de l’évêque de Récife, mais au moins, la levée de cette excommunication par la conférence des évêques du Brésil, est à l’honneur de cette Église-là. Dont acte, donc, et mea culpa.
Pour le préservatif, que les propos du pape aient été déformés, c’est sûrement aussi pas très joli mais tout de même, faut pas nous prendre que pour des benêts : que l’Église ne fasse pas la promotion du pêcher, c’est une chose compréhensible, mais que tous les prétextes soient bons pour tailler en pièce les actions de prévention, ça va un peu. Et je maintiens que ces sorties sont criminelles, dussè-je peiner le très talentueux Maître Eolas.
Suite à mon précédent billet, la Rouquette m’a fait passer ce texte anonyme, là-dessous. Il me semble l’avoir déjà lu, il y a quelques temps, je ne sais plus où. Il illustre au moins en partie mon propos : la jeunesse est souvent décriée par « les vieux ».
Mais lisez plutôt :
On ne le dira jamais assez : le niveau baisse, baisse, baisse, et la jeunesse n’est plus ce qu’elle était.
A preuve ces quatre témoignages désabusés :
- « Notre jeunesse (…) est mal élevée, elle se moque de l’autorité et n’a aucune espèce de respect pour les anciens.
Nos enfants d’aujourd’hui (…) ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce, ils répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler. Ils sont tout simplement mauvais. »- « Je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir de notre pays si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commandement demain, parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible. »
- « Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n’écoutent plus leurs parents.
La fin du monde ne peut pas être très loin. »- « Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du coeur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d’aujourd’hui ne seront pas capables de maintenir notre culture. »
Ça c’est ben vrai !
Une précision toutefois :
la première citation est de Socrate (470-399 av. JC) ;
la seconde est d’Hésiode (720 av. JC) ;
la troisième est d’un prêtre égyptien (2000 av. JC)
et la dernière, vieille de plus de 3000 ans, a été découverte sur une poterie d’argile dans les ruines de Babylone.Comme le temps passe…
Je ne sais pas si ces citations sont exactes. Les références sont pour le moins imprécises. Il se peut aussi bien que cela fasse partie de ces nombreux textes « édifiants » circulant sur le Net. Vous savez, ces trucs qui, sous couvert d’appuyer une thèse particulière grâce à des citations ou des démonstrations ronflantes, ne sont en fait que des assemblages dérisoires que l’on se passe de l’un à l’autre pour justifier une colère ou dénoncer un prétendu scandale mais qui ne résistent pas à une recherche un peu sérieuse.
Toujours est-il qu’elles reflètent simplement une tendance cyclique : les « vieux » récriminent contre la jeunesse qui, elle-même, secoue les carcans que les premiers lui imposent (en fait, ils ne cèdent pas la place assez vite). Mais, en fin de compte, tout le monde finit par faire la même chose ou pas loin. La nature humaine, en somme.
Bien entendu, comme en toute chose, il faut se garder de généraliser. Il y a de très nombreux « vieux » qui placent leurs espoirs dans la jeunesse. Espoirs d’un monde meilleur et/ou, simplement, espoir de lui passer le relais dans les meilleures conditions. A l’inverse, beaucoup de jeunes savent que l’expérience des anciens est leur meilleur atout pour les préparer à ce passage de relais.
Ce que je veux simplement dénoncer dans mon billet, c’est le fait que, par la casse du service public de l’Education, par les excès des lois sécuritaires qui les visent plus particulièrement, par la faiblesse de nos contestations de ces politiques honteuses, nous, qui sommes la génération détentrice de l’action, nous, les « vieux », en somme, nous institutionnalisons cette défiance héréditaire et nous enfermons nos jeunes dans une véritable prison.
De cela nous sommes collectivement responsables car, d’une certaine façon, nous avons accepté pour (ou plutôt contre) nous-mêmes l’instauration d’une société de la peur, avec le terrorisme et la délinquance comme repoussoirs, et nous l’imposons maintenant très précisément à nos enfants. Nous les désignons très clairement comme des menaces.
Je voudrais aussi, pour illustrer le fait que toutes les générations n’ont pas eu à l’égard de la jeunesse les mêmes tentations totalitaires, rappeler que les principes de l’éducation pour le plus grand nombre, de la compréhension, de l’accompagnement des générations montantes, ces principes sont issus du siècle des Lumières, de la Révolution et des grandes avancées de la fin du XIXème siècle et du début du XXème. Ils ont trouvé leur affirmation la plus éclatante à l’issue de la seconde guerre mondiale, grâce au Conseil National de la Résistance.
En somme, le Furoncle ne fait pas que régler de soi-disant comptes avec Mai 68. Il a aussi entrepris de détruire toutes les avancées du CNR (dont la sécurité sociale) qui fondaient jusqu’à aujourd’hui le pacte social français pour mieux servir ses amis de la grande bourgeoisie. Sous couvert de moderniser la France, il nous fait faire un bond en arrière de plus de cent ans. Remarquable ! Et nous restons les bras ballants à regarder sans broncher.
J’espère juste que ces jeunes, dont on veut nous faire croire qu’ils sont une menace pour nous, sauront remettre de l’ordre dans tout cela et replacer le pays dans le sens du vrai progrès social et de la justice. Surtout qu’ils le feront pacifiquement. Et que s’ils parlent un jour de Sarkosy à leurs enfants, ce sera pour leur rappeler à quel niveau de bassesse la génération de leurs grand-parents était tombée.
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