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vendredi 23 juillet 2010, par
Qu’y a-t-il de plus agréable, en ces temps de chaleur quasi-caniculaire, que de trouver ici ou là un havre de fraîcheur ?
Plutôt que de rester enfermés chez soi, volets et persiennes clos, à attendre les heures bénies de la journée où la température, enfin, commence à décliner, il existe ici, à Bédarrides, une solution sympathique : s’offrir une petite balade au fil de l’eau.
Comme cela est désormais de notoriété mondiale, Bédarrides est un charmant village provençal bâti au confluent de sept rivières dont les deux plus importantes doivent leur célébrité à des raisons quasiment opposées.
Tout d’abord, il y a l’Ouvèze, rivière longue de plus de 120 km au régime torrentiel et dont les crues brutales peuvent être dévastatrices. Ainsi celle du 22 septembre 1992, de sinistre mémoire, qui a frappé cruellement le village et encore plus Vaison-la-Romaine située en amont.
Et puis, il y a la Sorgue, petite rivière d’à peine 35 km de long, au caractère plutôt placide, bien que son débit moyen soit d’environ 18 m3/s, et qui est, sans nul doute possible, la résurgence la plus célèbre de France, pour ne pas dire — soyons fou — de la Terre et au delà. Sa source n’est autre, en effet, que la splendide Fontaine de Vaucluse, nichée au cœur du village éponyme. Elle arrose notamment la non moins célèbre ville de l’Isle-sur-la-Sorgue d’où elle se scinde en plusieurs bras, dont la Sorgue de Velleron et celle d’Entraigues qui se rejoignent en amont de Bédarrides et de son confluent avec l’Ouvèze. Sans parler du canal de Vaucluse, troisième bras important de la rivière, qui rejoint Avignon. La Sorgue est véritablement l’artère nourricière de cette partie du département de Vaucluse à laquelle elle apporte l’eau vitale en quantité abondante et relativement régulière tout au long de l’année.
Depuis quelques années, un effort important a été réalisé pour mettre en valeur le patrimoine du village et pour l’aménager afin d’y rendre la vie plus agréable. En effet, Bédarrides, bourg relativement important, souffre d’un déficit d’image auprès du grand public par le fait que, hormis les vignobles qui le bordent du côté de Châteauneuf-du-Pape, son patrimoine et son histoire sont relativement peu connus. Dans la période récente, les dernières crues catastrophiques de l’Ouvèze l’ont évidemment desservi en mettant en exergue les risques liés à son hydrographie capricieuse. Ceci a, bien entendu, des conséquences importantes sur le plan d’occupation des sols. La vie politique de Bédarrides, on le comprend aisément, tourne également en grande partie sur la façon dont les municipalités en place et leurs adversaires appréhendent cet épineux problème.
Des travaux très importants ont été entrepris pour sécuriser le village et limiter les conséquences des crues de l’Ouvèze avec l’espoir que ces dispositifs impressionnants éviteront que se renouvellent les désagréments liés à ce voisinage.
Il faut cependant tempérer quelque peu cette vision « apocalyptique » : si l’Ouvèze est parfois une menace, ces sautes d’humeur ne touchent que très exceptionnellement le village dont la vie, somme toute, s’écoule de la façon la plus pacifique qui soit. Bédarrides somnole paisiblement sous le soleil.
L’actuelle municipalité a encore accentué le programme d’aménagement du village. Ainsi, entre autres initiatives que je trouve personnellement très heureuses, a-t-elle aménagé sur les bords de la Sorgue deux pontons depuis lesquels il est possible d’embarquer sur une barque à fond plat, opportunément appelée « Ville de Bédarrides », pour une petite balade instructive et rafraîchissante le long de cette rivière, entre son confluent avec l’Ouvèze et la réunion de ses deux bras de Velleron et d’Entraigues.
C’est donc par un beau samedi ensoleillé et, bien sûr, fort chaud, qu’Elle et moi avons décidé de nous offrir cette croisière.
Nous n’étions que deux à solliciter la jeune et charmante personne dévolue au rôle d’« éco-guide », ainsi que l’appellent les prospectus vantant ces voyages.
Nous avons pris place dans l’esquif et sommes donc partis tous les trois à la découverte de notre rivière sacrée qui a, à cet endroit, près de 3 m de profondeur. Direction l’amont, c’est à dire Entraigues. Le courant est relativement important et le petit moteur de la barque travaille vaillamment à le surmonter.
Les berges sont couvertes d’une abondante végétation composée notamment de peupliers blancs, d’ormes et de frênes. Beaucoup de ces arbres sont majestueux. Beaucoup d’ormes sont malheureusement frappés d’une maladie incurable et en train de crever. D’ailleurs, nombreux sont les vestiges de cette essence qui jonchent le lit de la rivière, offrant ainsi un spectacle étonnant. Toutefois, le cours d’eau a été en grande partie nettoyé des cadavres les plus encombrants et la navigation s’y fait sans grand problème. La rivière est relativement large et ses eaux à 10°C dispensent une agréable fraîcheur bienvenue.
Au fil de la balade, notre guide nous sert une présentation du spectacle qui s’offre à nous, arrêtant le moteur de la barque à plusieurs endroits pour nous dispenser un très intéressant cours d’histoire naturelle qu’elle possède à la perfection. La flore en occupe une bonne partie. Elle est remarquable, car inhabituelle en Provence, en raison de l’abondance de l’eau et surtout de sa température à peu près constante tout au long de l’année. Selon notre guide, ce genre de végétation ne se retrouve que plus au nord ou plus en altitude.
On apprend aussi que la rivière est colonisée par des castors — Bédarrides s’enorgueillit d’ailleurs d’en héberger un couple que l’on peut, paraît-il, apercevoir parfois le soir —, des rats musqués et des ragondins, pleins d’oiseaux dont des rapaces et des hérons et pleins d’insectes. D’ailleurs, nous pouvons assister au ballet incessant de libellules bleues (des demoiselles). Seul un antipathique taon viendra brièvement nous visiter. Découragé par l’attention que je lui porte, il finira par repartir à la recherche d’un autre sang à ponctionner. Sale bête !
La Sorgue est également un petit paradis pour les pêcheurs. Elle abrite des truites, des carpes, des brochets et que sais-je encore ? et le long de cette balade nous apercevons deux ou trois pontons privés installés par quelques riverains chanceux auxquels sont amarrées de petites barques. Des supports de cannes à pêche sont également laissés à demeure par endroit, témoignant de l’assiduité des passionnés.
Nous croisons un premier affluent à tribord qui n’est autre qu’une partie de la Sorgue d’Entraigue qui s’est séparée en deux bras à l’aval de la ville, créant ainsi une ile assez importante. A bâbord, un deuxième affluent : la Vallat-Mians (?), un ancien canal de drainage qui s’est peu à peu transformé en rivière ; puis un troisième, l’Auzon (?). Nous arrivons au confluent des Sorgues d’Entraigues et de Velleron. Sur l’embarcadère, un homme fait la sieste, profitant de la fraîcheur conjuguée de l’ombre des hauts arbres et de la rivière. Veinard !
Puis la barque fait un demi-tour et reprend son odyssée vers son port d’attache. Le courant est désormais porteur et le petit moteur ne s’active plus que pour permettre à notre guide de diriger l’embarcation entre les rares écueils. Elle l’arrête encore à deux ou trois reprises pour nous montrer des souches d’arbres rongées d’une manière caractéristique, attestant la présence des castors. On apprend ainsi qu’il est possible de distinguer dans l’eau ces bestioles des rats musqués : le castor ne sort que la tête de l’eau tandis que l’autre montre aussi son dos. Mais nous ne verrons ni l’un ni l’autre.
Nous parvenons ainsi à notre point de départ où nous amarrons le "Ville de Bédarrides" à son embarcadère.
Au total, la petite balade aura duré une bonne demi-heure et nous aura coûté 5,00 € par personne. Le plus important est tout de même qu’elle a été très agréable à tous les points de vue. De plus, bien qu’ayant passé ici une bonne partie de ma vie (notamment ma jeunesse), j’ai encore appris des choses. Bref, cette croisière sans prétention est un vrai petit plaisir que je ne saurais trop conseiller à tout ceux à qui la simplicité et le (quasi) silence ne répugnent pas. Vous ne le regretterez pas.
Pour en savoir plus, cliquez sur les liens ci-dessous :
Dernière précision : ces balades en barques sont organisées de juin à septembre, du vendredi au dimanche et de 14h00 à 19h30.
Bon voyage, donc. Et encore un grand merci à notre sympathique « éco-guide » pour sa gentillesse et son érudition ainsi qu’aux promoteurs de ce projet original et réjouissant.
Et pis c’est tout !
Rendez votre moto heureuse
dimanche 7 septembre 2008, par
Jusqu’à l’an passé, je ne chaussais mes bécanes, du moins les gros cubes, qu’en Bridgestone Batlax. J’avais tenté Dunlop, fût un temps, sans être vraiment convaincu. Par contre, j’avais été séduit par la polyvalence du BT020 et lui suis resté fidèle jusqu’à sa fin.
Au mois de mai 2007, il était temps de remplacer mon train de peneus et mon fournisseur officiel m’annonça que, désormais, il faudrait chausser des BT021. Qu’à cela ne tienne, me dis-je à moi-même, soyons fous et va pour les BT021 !
Bon ben… non ! Décidément, bien que un chouïa moins chers que leurs prédécesseurs, ça l’a pas trop fait. Au bout de 6000 bornes, ils étaient à remplacer, soit une endurance presque deux fois inférieure à la gamme antérieure. Je reconnais que durant ces trois mois-là, j’avais roulé un peu plus que d’habitude sur autoroute, ce qui peut expliquer une usure plus rapide. Mais quand même. Et puis, pour le grip, j’ai pas vraiment été subjugué. Pour ceux de nos fidèles lecteurs qui auraient autant de mémoire qu’une carte-mère d’IBM 1130 (c’est à dire, en gros, à peine de quoi se souvenir des cinq dernières minutes), je rappelle que je suis l’heureux propriétaire d’une BMW K1200RS - autrement dit, la reine des motos, belle comme une Adriana Karembeu montée sur roues, c’est peu dire - et que cet engin de pur bonheur est une invitation permanente à la croisière en montagne. Il lui faut donc des gommards qui accrochent.
De retour chez celui que je peux considérer comme l’un des meilleurs amis de ma carte bancaire, je lui ai fait part de ma perplexité et de mon intention de passer à Metzeler. Mais le bougre ne s’approvisionnant pas dans cette marque, sauf si on insistait vraiment lourdement et qu’on avait le temps d’attendre l’appro - ce qui n’était mon cas pour aucun des deux items - il me proposa les Michelin Pilot Road 2, dont le prix, au demeurant, était assez voisin de celui de feux les BT020.
Il se trouve que par l’un de ces heureux hasards qui font si bien les choses, je venais de lire dans mon Moto-Magazine préféré un comparatif sur les mérites respectifs de quelques bouts de caoutchoucs manufacturés, duquel il ressortait que le Michelin était aux yeux des essayeurs le meilleur ou, tout au moins, l’un des deux meilleurs. J’avoue sans honte que j’avais donc envisagé cette alternative. Aussi, ne me suis-je pas fait prier.
Et là : Ô bonheur ineffable ! J’ai pu constater par moi-même que toutes les qualités dépeintes par le « Pavé dans la mare » étaient au rendez-vous. D’abord, l’incroyable aisance avec laquelle la moto se place sur l’angle, ce qui sur une K12 n’est pas gagné. Là, au contraire, ça devenait d’une facilité déconcertante. Au point que les premiers jours, je me suis dit que j’allais la mettre au tas. A peine tu pousses sur le guidon que déjà la bécane obéit sans broncher. Étonnant ! Et puis, ça accroche et sur tous types de routes. Brèfle : le bon choix. Vraiment !
Là, je viens de repasser à la casserole après que mon train m’a emmené sur pas loin de 16000 bornes de bons et loyaux services en exactement un an. J’avoue que les dernières semaines, j’ai un peu fait tirer vu que ma carte bancaire me faisait une crise d’asthme chaque fois que s’ouvrait un tiroir-caisse. Mais je savais que mes boudins étaient nases depuis mon retour de Paris, début août. Bon allez, de Lorraine ! J’avoue aussi que j’ai voulu voir jusqu’où ils m’emmèneraient. D’ordinaire, je les change à peine passés les 50 % d’usure. Là, on allait affleurer les témoins. Mais quand même, c’est une belle endurance. Évidemment, le confort de conduite était un peu dégradé à la fin mais pas le grip, notamment en virage.
C’est donc avec joie que j’ai retrouvé les qualités épatantes de ces pneumatiques pour un plaisir de conduite centuplé : Une K12, des PR2 et des routes ardéchoises, essayez, vous ne voudrez plus que ça s’arrête. Parole !
dimanche 3 août 2008, par
Ce qu’il y a de bien, à la FFMC, c’est qu’il y a toujours une réunion quelque part, sur un sujet donné. A tel point que, parfois, nous qui sommes tout de même des passionnés de moto, nous avons l’impression de passer plus de temps en réunion pour en parler que sur les routes à en faire.
Alors quand les deux peuvent se conjuguer, on n’hésite pas.
Ainsi donc, après mon raid lorrain de la semaine dernière, l’occasion m’a été à nouveau donnée de concilier l’engagement militant avec le plaisir d’une bonne virée. Cette fois, destination Paris.
Bison Futé, qui n’est pas daltonien, voit la journée en rouge, sinon en noir, dans la vallée du Rhône. Pour avoir goûté quelques fois aux délices de la saturation rhodanienne, je décide donc d’éviter ce couloir malgré le fait que, selon les estimations de mon logiciel (propriétaire) de cartographie, cet itinéraire pourrait être accompli en un peu moins de sept heures, par l’autoroute. C’est évidemment sans compter avec les bouchons promis.
Je me décide donc à faire un détour par le Massif Central pour attraper l’A75 près de Mende. Evidemment, ce faisant, le trajet doit durer près de dix heures, tous arrêts compris. Ayant rendez-vous à 17 h 30, il est raisonnable de déhotter à sept heures. On notera, au passage, ce qu’il faut de sens du sacrifice pour s’imposer de tels horaires en vacance.
Ainsi fut fait. Ou à peu près. Il est sept heures et demie quand je lance Frida vers Châteauneuf-du-Pape pour rejoindre Bagnols-sur-Cèze, puis la D6 pour Alès.
Un peu après Bagnols, je dépasse une vieille Béhème, genre R60 série 5, dont le conducteur, harnaché à la mode des années 50-60 (gros cuir, grosses bottes, casque bol et lunettes Climax) m’adresse un salut fort chaleureux. Plus loin, je prends la roue d’un couple sur une Goldwing qui change bientôt de cap avec force signaux de fraternité. Deux motos en moins de 50 km, voilà qui fait une moyenne incomparablement supérieure à celle de mon raid lorrain. Il est vrai qu’à cette heure-là et sur des départementales, la chose est peu surprenante. Mais ça se calme par la suite.
La D6 est certes une très belle route, déjà joueuse, mais la RN106, qui lui succède après Alès, la supplante sans conteste. Le cadre somptueux des Cévennes n’y est pas pour peu. La route se faufile comme un serpent le long des vallées du Gardon, de la Mimente et du Tarnon. Sur ce formidable terrain de jeu, Frida donne une fort belle prestation, sa tenue de route irréprochable transformant chaque virage et chaque épingle à cheveux - et il y en a un bon paquet - en un véritable condensé de plaisir. Le temps d’un petit arrêt pipi + cigarette du côté de Ste-Cécile-d’Angorge (ah, les noms des villages cévenols), nous nous mettons en devoir de dépasser à nouveau la vingtaine de voitures et de camions que nous avions sagement enfumés au premier acte. J’imagine les pensées de ces malheureux automobilistes agglutinés à la queue-leu-leu derrière d’imposants semi-remorques impossibles à dépasser (pour eux) sur des dizaines de kilomètres. A mes fidèles lecteurs, j’affirme sans vergogne qu’il est tout à fait possible de le faire, avec une moto, sans prendre le moindre risque. Il suffit d’être parfois un peu patient et d’avoir de la ressource dans la poignée. Comparé aux boitàroues, on est les rois !
Ce point technique précisé, Frida et moi passons Florac pour attaquer le col de Montmirat et redescendre vers Mende et la vallée du Lot que nous suivons jusqu’à l’entrée n°39 de l’A75. Compte tenu de mes contraintes horaires, je regrette de n’avoir pas pu prendre le temps de m’arrêter pour faire quelques photos. Les Cévennes sont toujours un enchantement.
Forcément, le trajet sur l’autoroute ne mérite pas qu’on s’y attarde. On connait mon aversion pour ces voies qui ne sont rien d’autre qu’utilitaires. Toutefois, c’est là que mon Nolan N103 (toujours aussi bruyant, par ailleurs) me fait sa petite crasse du jour : Après l’avoir démoustiqué sur une aire de l’autoroute A71, aux environs de Rioms, je vois mon écran s’entrouvrir non pas de bas en haut mais de droite à gauche. Vérification faite sur l’aire suivante, j’ai perdu l’espèce de bouchon qui verrouille l’ancrage de l’écran sur le casque. N’ayant encore jamais eu l’occasion de le démonter (pas une rayure après 4 mois d’utilisation, un exploit), je ne me suis pas méfié de ce bitogniot qui, pourtant, me semblait suspect car bien moins sage que son homologue de gauche. Quand je dis que les emmerdements viennent toujours de la droite !…
Du coup, je passe le reste du trajet à vérifier quasiment toute les dix minutes que ce p… d’écran ne sort pas de ses fixations. Et il en reste un bon paquet, jusqu’à Paris, de ces minutes ! C’est là aussi que l’alerte batterie du Tomtom Rider se met à clignoter. Plutôt suspicieux sur la qualité des contacts électriques de l’appareil depuis qu’Ydikoi et Pascal m’ont conté leurs déboires, je sens mon flegme légendaire tourner à l’aigre. Nouvel arrêt pour vérification : Une saloperie est venue se mettre sur les connecteurs. Une fois nettoyés, plus d’alerte sur le restant du parcours.
Arrivé au péage de St-Arnould, il y a foule et je peux goûter aux délices de la remontée de files mais à la façon vauclusienne (puisqu’il paraît qu’il y aurait une façon parisienne) : sans agressivité et avec remerciements aux automobilistes courtois. Je tiens à montrer aux Parisiens que les mœurs provinciales n’ignorent pas le savoir-vivre. Cela doit tout de même affliger trois ou quatre scoutards et motards du cru qui, compatissant à mon statut de touriste, me dépassent en contournant la file de droite par… sa droite, jetant le trouble parmi les automobilistes qui doivent se sentir cernés.
Finalement, j’arrive au secrétariat national vers 17 h 30, pile-poil dix heures après avoir pris la route. Ydikoi, avec qui j’ai rendez-vous, n’est pas encore là mais Cath, fidèle au poste, me confie les clés de la boutique, comme convenu. Ydikoi arrive vers 18 heures, tranquille comme Baptiste. On prend un moment pour tailler la bavette avec Yacine qui finit sa journée puis, le temps de passer à mon hôtel déposer mes bagages, Ydikoi et moi nous dirigeons du côté de la Bastille boire un pot qui devenait pour moi une question de survie. Assis en terrasse, nous devisons gentiment devant une bonne pinte de bière blanche, en ce qui me concerne, et en contemplant la faune locale. Entre Ydikoi qui s’extasie sur le cul des mecs et moi qui m’émerveille de ceux des damoiselles, nous couvrons à nous deux un assez large échantillon d’humanité, appréciant en connaisseurs toutes ces formes généreusement offertes à nos regards d’esthètes. La deuxième pinte n’est pas de trop pour poursuivre notre conversation et nos contemplations à l’aise. Mais mater, ça donne faim et nous finissons nos investigations de toutes sortes devant une assiette snack et un nouveau verre de blanche modèle réduit.
Il ne doit pas être loin de minuit quand j’abandonne Frida en bas de l’hôtel, non sans une certaine appréhension, et prends possession de mon lit, pas malheureux de pouvoir récupérer du voyage malgré l’envie de prolonger cette excellente soirée. Merci Ydikoi.
Le samedi matin, je commence par filer vers le boulevard Beaumarchais pour chercher la « Casquerie » dont Ydikoi m’avait approximativement donné l’adresse, en vue d’y dégoter la pièce manquant à mon casque. Pas de bol, je n’ai pas pu trouver le magasin. Je retourne donc au secrétariat afin de l’ouvrir avant que mes « convives » n’arrivent. Évidemment, ils sont déjà tous là et Fred a également ouvert, faisant partie de la maison.
La réunion dure, comme prévu, jusqu’à 16 heures.
Ensuite, une fois les participants repartis vers leurs pénates, Ydikoi et moi allons dire un petit bonjour aux copains de Motomag, Là, Yannick, à la rubrique Consomotard, à qui nous contons mes déboires avec le Nolan, farfouille dans ses reliques pour en extirper la pièce tant convoitée qu’il met lui-même en place sur mon heaume. J’apprends ainsi comment se manipule cette chose bizarre. Mais surtout, c’est la fin d’un vrai souci. Merci Yannick.
Sur quoi, nous prenons congé les uns des autres et je retourne à mon hôtel avec l’intention de récupérer mon appareil photo en vue d’une virée dans Paris « by night ». En fait, le temps de grignoter un bout, de me doucher et de bouquiner quelques pages du dernier Fred Vargas ("Un lieu incertain")… je pique du nez. Lorsque je me réveille, il me semble préférable de persévérer dans cette voie et de finir la nuit peinardement.

J’ai rendez-vous à 10 heures avec mon fils Aurélien, place Georges Pompidou, devant Beaubourg donc. Comme souvent, voulant faire du zèle, et surtout connaissant mon rejeton, je programme son adresse sur Tomtom pour lui faire la surprise. Fier que mon attirail sophistiqué m’ait amené devant sa porte, je lui envoie un message sur son portable pour lui annoncer la bonne nouvelle, persuadé qu’il est encore à tenter d’ouvrir les yeux. Seul problème, ça passe pas vraiment. De fil en aiguille, à force de chercher un point de réception à peu près potable, on a mis une bonne demi-heure à comprendre qu’on s’attendait mutuellement en deux lieux différents : Lui-même est déjà à l’endroit convenu depuis l’heure dite ! Ca m’apprendra à le regarder désormais autrement qu’en adolescent dilettante…

En attendant d’être finalement réunis, je m’attarde à lire l’affiche apposée sur la devanture de l’école de la rue Chapon pour savourer les délices de la règlementation parisienne sur le stationnement des deux-roues. Un nouveau code de la route, paraît-il. Je comprends mieux les coups de chaud des copains parisiens !

Nous voilà donc assis à côte de Beaubourg, place Stravinsky, où je savoure ma désormais traditionnelle pinte de blanche avec rondelle de citron, tout en fixant dans la mémoire de mon appareil photo quelques scènes de la vie touristique de notre chère capitale. Nous devisons gentiment puis, la faim nous tenaillant, nous mangeons un bout arrosé d’eau gazeuse. C’est donc vers 14 heures que je me décide à reprendre la route et à abandonner mon fiston qui doit aller assister à l’arrivée du Tour sur les Champs-Elysées.
Le temps de refaire le plein, encore une fois un peu limite (ça devient une habitude, décidément), je croise en direction de Fontainebleau puis de Nemours, par la RN7. Pour l’occasion, j’expérimente (en fait, depuis le départ de Bédarrides) la fonction « étape » de Tomtom, dans le menu « préparer un itinéraire ». Il faut bien reconnaître que ça simplifie la vie puisque le jouet se recale automatiquement sur l’étape suivante dès qu’on passe aux environs de la précédente et, ce, sans s’énerver quand on ne se rend pas au centre-ville.
Peu après Nogent-sur-Vernisson (Loiret), je quitte la RN7 pour prendre la D835 en direction de Adon. J’ai l’intention de faire un petit pèlerinage à Saints-en-Puisaye où vécut jadis ma chère grand-mère Rébecca.
C’est là que Tomtom recommence sa crise avec l’alerte batterie. Il faut tapoter dessus, parfois s’arrêter pour le déposer-reposer, pour que l’alerte cesse avant de reprendre environ un quart d’heure plus tard. Ça durera comme ça jusqu’à l’étape de ce soir. Je pense que j’ai rejoint le club des baisés…

Une petite halte à Rogny-les-Sept-Ecluses, la bien nommée, pour assister au passage de bief d’un « house-boat », le temps de quelques photos. Puis en route pour Bléneau.
La petite départementale me fait traverser les frais bocages du nord de l’Yonne. A St-Fargeau, je prends la D85 en direction de Saint-Sauveur-en-Puisaye puis de Saints. Là, je pars à la recherche du hameau des Ouvots.
La dernière fois que j’y étais passé, il y a vingt ans de cela, la maison était fermée, comme abandonnée. Rébecca était morte depuis près de 25 ans et la maison avait sans doute été vendue et revendue, seul le profit intéressant ceux qui avaient réussi à capter le modeste héritage. Cette fois, elle était occupée et en travaux. La véranda dont Rébecca avait fait sa cuisine avait disparu, laissant la place à un ajout maçonné. J’eus encore une fois un pincement au cœur en revoyant la porte-fenêtre de sa chambre, où nous l’avions veillée lors de nos dernière vacances ici. Que de souvenirs d’enfance, et que de bonheur aussi, malgré tout. Rébecca est morte quelques mois plus tard, loin de nous.
Je reprends la D85 vers Courson-les-Carrières. Puis cap au Sud, par la RN151 qui me fait descendre vers la rivière Yonne, à Coulanges-sur-Yonne, que je suivrai ainsi, ou à peu près, jusqu’à sa source, quasiment. C’est là que je ramasse une belle averse, brève mais costaude ! Il y avait un nuage dans le ciel, il a été pour moi !
Aux environs d’Armes et de Brèves, j’hésite à m’arrêter dans une belle petite auberge, dans un coude de la rivière. Il n’est pas encore 18 heures et je peux pousser plus loin. Je me dis aussi que, vu le cadre enchanteur, je n’aurai pas de mal à trouver un petit coin sympa pour faire étape. D’autant que le Morvan s’offre maintenant à mes yeux. Encore une fois, je suis sur la réserve et, dimanche oblige, la plupart des stations sont fermées. Je trouve finalement mon salut à Corbigny et repars en direction de Mhère, le temps de dépasser un couple sur R1200RT qui flâne tranquillement sans but précis, apparemment.
La route devient franchement sinueuse et commence son escalade. Elle passe entre deux lacs, du côté de Montigny-en-Morvan. C’est magnifique. C’est finalement à Château-Chinon (Ville), où je suis accueilli par un portrait de François Mitterrand, à l’entrée de la ville, que je décide de faire étape. Il est 19 heures passées. Une brève recherche me conduit à un hôtel… « fermé le dimanche ». Quelle drôle d’idée au mois de juillet ! Je repars en sens inverse et aperçois un panonceau « Relais motard » qui m’invite à prendre la rue des Fossés. Je n’ai trouvé ni le relais ni les fossés mais, dès l’entrée de la rue, il y a l’hôtel du Lion d’Or, une invitation suffisamment sérieuse pour y céder.
La taulière commence par me regarder d’un drôle d’air, vu l’heure, et me propose une chambre qui doit tout juste être inscrite au catalogue de ses services, dirait-on. Après quelques minutes et une petite conversation sans façon, elle semble se dérider et finit par m’en offrir une autre dont elle a l’air d’être un peu plus fière. Puis, elle rouvre son restaurant exprès pour moi qui ai flashé sur un tripoux qui est sans doute sa marque de fabrique, son étoile, et se révèle effectivement excellent. Le tout accompagné d’un demi de bière bien fraîche, bien mérité. Elle me propose même de garer Frida sur le trottoir sous les fenêtres de l’hôtel. Mon charme est définitivement irrésistible car, finalement, je me retrouve avec la garde de l’hôtel puisque la patronne n’y vit pas et doit rentrer chez elle. Ville surprenante mais sympa.
La première chose que je fais, évidemment, est de mettre Tomtom en charge dès que j’ai fini de… décharger Frida. Prudence, prudence. La chambre est très bien. Elle donne sur une petite cour intérieure et a une salle de bain. La suite est toute trouvée : un bon repas, une bonne bière, un bon bain réparateur et… rideau.
J’avais promis à ma taulière de ne pas descendre avant huit heures. Promesse tenue avec brio. Il doit être neuf heures quand je m’installe devant mon café-au-lait-pain-grillé-jus d’orange. La patronne arrive un peu après, tout sourire et toute ravie, dirait-on de voir que son motard prend son temps. De fait, je reprends la route vers dix heures en direction de Luzy, par la D27.

Et là, ô sublime. La route n’est pas bien large. Elle serpente à flanc de montagne découvrant un panorama à couper le souffle. Il n’y a pas d’autre mot : simplement splendide. Je m’arrête à plusieurs reprises pour photographier ce paysage merveilleux, jouant ainsi au chat et à la souris avec des cyclotouristes et une joggeuse (fort bien gaulée, par ailleurs). Au lieu-dit « le Charbonnet », la petite maison est si belle, adossée à son vaste pré, qu’elle prend des airs de petit bonheur. Il y a d’ailleurs plusieurs endroits ainsi dont les noms donnent à penser qu’on y produisait jadis beaucoup de charbon de bois.

Peu avant le Mont Beuvray, un autre lieu-dit au nom charmant : la « Croix des Cerisiers », avec ses petites maisons fleuries. Ce pays est décidément un enchantement. Je passe Luzy en direction de Toulon-sur-Arroux (copieurs !). La route s’élargit et s’assagit un peu. Je file sur Charolles et Chauffailles. Le paysage est moins propice aux arrêts-photos. C’est sans doute injuste mais, après le Morvan, rien ne capte vraiment mon regard.

J’arrive au col des Echarmeaux vers 13 heures. J’y fais escale pour m’envoyer une pinte bien fraîche. Il fait chaud et je dégouline sous ma veste (cette foic-ci, pas de blouson d’été). Il y a là un petit groupe de motards-scoutards du coin, la cinquantaine bien tassée, qui ripaille autour d’assiettes de charcuterie. Finalement, je cède à la tentation et demande la même chose. La patronne semble avoir l’habitude des motards et me fait bon accueil. Elle n’est pas mal non plus.
Vers 14 heures, je repars sous le soleil brûlant en direction de Lyon, par la D485. Je longe une vallée où tous les bleds, ou à peu près, sont « sur Azergues ». D’ailleurs la route est fort belle et fort agréable. Je croise ainsi jusqu’à l’Arbresle pour contourner Villefranche-sur-Saône et Lyon. A la sortie d’Arbresle, je prends une succession de route dont le classement en départementales me paraît très exagéré. Des chemins vicinaux qui se la pètent ! N’empêche, ça tourne, ça vire, ça monte et ça descend. Un vrai régal d’autant que le cadre est également très agréable. Malheureusement, je me paie un gros coup de barre. Entre la chaleur et les virolos, je commence à sérieusement fatiguer même si l’allure est des plus modérée. Mais le plaisir n’y est plus.
J’arrive à Givors et décide de changer d’itinéraire. J’avais prévu de passer par Annonay et l’Ardèche, ce qui me faisait arriver vers minuit mais je renonce. L’autoroute est à deux pas. Tant pis, j’abrège. Direction le Rhône et le péage de Vienne.
Le trafic est soutenu mais fluide. Rien à dire, encore une fois, de l’autoroute si ce n’est les quelques abrutis qui squattent la voie de gauche même quand celles de droite sont libres. Ils s’y cramponnent comme des morpions aux couilles d’un moinillon. Rien à faire, leur cerveau est en mode « éco » et ça ne réagit pas. Inutile de dire que les dépassements par la droite sont fréquents et je ne parle pas que de moi. Soyez zen, qu’y disent. Faudrait encore pouvoir avec ces cons. Une autre engeance est cette espèce qui ne se sert ni de ses clignotants ni de ses rétroviseurs et vous déboite sous le nez sans prévenir. C’est fatiguant la civilisation et la promiscuité ! A la hauteur de Montélimar, un semi s’est mis sur le flanc sur la voie Sud-Nord. C’est assez fréquent à cet endroit et ça génère un joli bouchon. Évidemment, de mon côté, j’ai droit aux éternels curieux. Pour un peu, ils s’arrêteraient pour regarder. Il est temps que j’arrive. Tout ces inconscients m’énervent. Et on parle des motards. Quelle pitié, ces œillères !
J’arrive vers 20 heures. Le compteur partiel affiche 1540 km depuis vendredi matin. A peine une petite centaine de plus que mon raid précédent. La Lorraine et le Morvan à une semaine d’intervalle, je suis verni. Mais ce coup-ci, je suis bien caramélisé. On attendra un peu pour repartir à l’assaut du vaste monde. D’autant plus que les pneus sont nases et qu’il va falloir y remédier.
Mais, encore une fois, ma Frida a fait merveille. Cette bécane est bien une dévoreuse de bornes avec un appétit d’oiseau, ce qui, par les temps qui courent, n’est pas une qualité insignifiante. J’ai beau le savoir depuis longtemps, chaque fois je me félicite de ce choix. Dommage, toutefois, que le pare-brise renvoie le vent sur le casque car le Nolan N103 est réellement une catastrophe question insonorisation, surtout sur autoroute et voie rapide. Il paraît qu’en septembre, Nolan livrera des garnitures plus rembourrées pour atténuer le bruit. Voir si ce sera efficace et à quel prix !
Quant au Tomtom Rider, si je n’ai pas de critique à formuler sur son zèle à conduire son maître à bon port, je suis extrêmement déçu par la médiocrité des connexions. Comme par hasard, elles se défaussent juste après la fin de la garantie légale. J’ai beau avoir été prévenu, je trouve inconcevable que ce fabricant n’ait rien fait pour remédier à ce défaut stupide. Ydikoi m’a montré que le dernier modèle reprenait le même principe avec un système de maintien différent. Je ne suis pas certain que ce soit plus fiable. Au prix qu’on nous le vend, c’est tout simplement inadmissible. Heureusement la batterie tient plus de huit heures (pour le moment).
Néanmoins, ne boudons pas notre plaisir : Ce fut une très belle balade. Alors, prêt pour repartir bientôt !
mercredi 30 juillet 2008, par
A ce jour, je ne m’étais rendu qu’une seule fois en Lorraine. Cela remonte à une vingtaine d’année, au temps où je militais dans les MJC et c’était d’ailleurs pour l’assemblée générale (ou le congrès ou les assises, je ne sais plus quel terme était employé) de la Fédération Française des Maisons des Jeunes et de la Culture (FFMJC) qui se tenait à Pont-à-Mousson. Déjà des F, des M et des C, souligneront certains. Ben oui, déjà !
Toujours est-il que, au mois de février, ni Pont-à-Mousson ni la Lorraine ne m’avaient semblé particulièrement affriolantes. Il est vrai aussi que j’en avais vu assez peu puisqu’il s’était agi, en fait, d’un aller-retour sur 2 ou 3 jours laissant peu de place au tourisme. Une manie dans ces grandes fédérations !
Cette fois, l’occasion était trop belle. La FFMC des Vosges voulait fêter sa centième adhérente et avait invité le Bureau National à partager son bonheur. La date coïncidant avec le début de mes congés, j’ai sauté sur l’occasion, la tentation d’un petit raid à moto étant trop forte. A cela s’ajoutait l’invitation de France et de Pascal à venir goûter la chaleur de l’hospitalité lorraine. A eux seuls, ils doivent faire plus pour leur pays que tous les offices de tourisme de la région réunis ! Alors, ça ne se refuse pas.

Vendredi matin, donc, chargement de Frida, programmation du Tomtom Rider et zou, faï tira la bourrique ! En route pour l’aventure. Il était pas loin de 10 heures quand j’ai lancé le bourrin.
Rien à dire sur le voyage aller. De l’autoroute tout le long jusqu’à la sortie n°11 (Colombey les Belles) de l’A31. Puis la départementale D974 jusqu’à quasiment destination. Là, déjà, la Lorraine s’offre dans toute sa splendeur à mes yeux innocents. Une entrée en matière prometteuse.
Le temps de poser les valises et de boire une bière (lorraine, bien sûr), nous voilà repartis vers Épinal par les chemins de traverse, sous la conduite de Pascal et de sa FJR 1300 sur laquelle a pris place Quentin. France suit derrière sur sa Ducati Mostro et je ferme la marche.
Le pays est vallonné et les routes viroleuses. C’est verdoyant aussi, ce qui colle assez bien avec la quantité de nuages que je vois régulièrement stationner sur cette région quand je regarde la météo à la télé. Et frisquet. Moi qui suis parti, éternel optimiste méridional, avec mon blouson d’été, je me pèle gentiment depuis la traversée du plateau de Langres (où la Seine prend sa source, paraît-il). Je guette avec anxiété les hordes de pingouins qui, selon mes informations, traversent fréquemment les routes du pays, en volant en rase motte, signe de froidure imminente. Mais non, pas de pingouins à l’horizon. M’aurait-on enduit d’erreur à l’insu de mon gré ?
Du coup, j’en profite pour m’en mettre plein les mirettes. C’est vraiment beau. Je me souviens aussi de quelques noms de villages traversés ou aperçus : Lupcourt, Burthecourt aux Chênes, Domptail en l’Air…
Finalement, nous arrivons à Épinal après une petite heure de route et à l’heure, voire même peut-être en avance. La réunion est sympa, la "centième" est bien mignonette. Tout cela finit autour d’un verre de champagne ou de bière (belge !), selon les goûts de chacun. On pose même pour la postérité autour de notre jolie centième et de son ER6F noire flambant neuve. France passe des infos et félicite l’antenne et son coordinateur pour ce succès mérité. Moi, comme d’habitude, je ne capte pas la moitié de ce qui se dit et me contente de manifester ma solidarité par une présence silencieuse mais imposante.

Après 2 heures de discussions, de rigolade et d’échanges de toutes sortes, il est temps pour nous de reprendre la route pour Nancy. Cette fois, ce sera essentiellement la voie rapide (RN57, je crois) pour gagner du temps. Car la soirée n’est pas finie pour autant. Le temps de rentrer les motos en marche arrière dans le garage situé sous la maison (une opération un peu surprenante, la première fois), il faut bien manger un peu. Puis, au lit. J’ai plus de 800 km dans les jambes et les reins pour cette première journée et j’avoue que, là, je suis caramélisé.
Il doit être 9 heures 30 quand j’ouvre les yeux. C’est bon de dormir quand on est vanné. Mes hôtes sont partis bosser (niark !) depuis longtemps, me confiant la garde de leur petit nid douillet et celle du chat, Spam. Un sacré numéro, celui-là ! Je flemmarde en buvant mon café (au lait) quand Quentin réintègre ses pénates et me fait les honneurs de sa maison et de son jardin. Une jolie demeure, bien agencée et décorée avec goût.


Puis, Quentin et moi partons sur Frida en direction de la place "Stan" (en nancéen dans le texte). Là encore, la dernière fois que j’avais aperçu la place Stanislas (voir plus haut), c’était de nuit et en voiture et sans une minute pour la visiter. Aujourd’hui, la place, magnifique, est entièrement piétonnière et c’est un vrai plaisir d’y déambuler, ainsi que dans les petites rues avoisinantes du vieux Nancy. Après un détour par la basilique St Epvre, le palais ducal et la porte de la Craffe, nous arrivons dans le parc de la Pépinière, superbement arboré, où l’on peut voir de nombreuses bestioles et autres volatiles se pavaner tranquillement, ainsi qu’un splendide kiosque à musique.

C’est là que Pascal a sonné la fin de la récréation sur le portable de Quentin. Il était temps de rentrer déjeuner car l’après-midi était consacrée à une réunion de travail de l’AFDM 54. Enfin, travail… Je me comprends !
Cette fois, le déplacement se fait en boitàroues, ce qui n’est pas mal non plus. Direction Mirecourt, dans les Vosges, où se tient la réunion.
C’est Cyril et Claire qui reçoivent dans une très belle maison du XIXième siècle (1857) construite dans un grand parc. Là, une bande d’énergumènes rigolards est censée préparer un stage de perfectionnement dans des effluves de pâtisserie facétieuse car décidée à se carboniser. Au grand dépit de Babette, la pâtissière du jour, qui devient la cible des quolibets de son fan-club. Sympa, les copains !
En fait, ça bosse aussi. Avec démonstration au tableau et vidéo-projection par Pascal et François. Du grand art. Forcément, sur la fin, ça se relâche un peu et ça discute de tout et de rien et surtout de… moto. Gagné ! Comme c’est aussi l’anniversaire de François, Cyril prépare le barbecue qui doit marquer la fête. Et c’est là qu’il se met à pleuvoir. Du coup, tout le monde se transporte dans la salle à manger où se déroulera le repas. C’est qu’"y mouille à siaux [1]", dehors.
Finalement, la pluie cesse quand on en vient au dessert, ce qui nous permet de finir la soirée dans le parc. Là, François et Babette se transforment en conteurs et font l’ambiance. Pour ma part, je m’accroche aux quelques sons que j’arrive à traduire dans le bruit d’éolienne d’une acouphène pas piquée des vers. Mais ça rigole bien.

Nous reprenons la route vers minuit et je retrouve bientôt avec plaisir le calme de ma petite chambre pour une séance de sommeil qui devrait régler, pour ce soir, les délicieux aléas de la surdité.
Comme il faut bien rentrer au pays, j’avais annoncé la veille à mes hôtes que le grand départ serait pour aujourd’hui. A leur grand dam, d’ailleurs, car, toujours soucieux de promouvoir ce coin de France, ils espéraient m’emmener en balade du côté de l’Alsace et des Vosges. Ce n’est que partie remise, pas d’inquiétude.
De toute façon, on n’est pas pressés. Il est pas loin de midi quand notre petite troupe se met en route. Pour l’occasion, Pascal et moi échangeons nos bécanes et me voilà pas peu fier de tester la FJR 1300. Pas mal du tout la bête. Moto vivante, joueuse, confortable, aisée à mettre sur l’angle, une position de conduite royale. Les premiers kilomètres, je m’obstine à vouloir passer une sixième qui n’existe pas. D’ailleurs, il faut aussi rétrograder pour les relances, afin de jouer sur le couple. De ce côté, ma Frida est plus pêchue. En tout cas, elle reprend bien plus bas dans les tours sans avoir à jouer avec le sélecteur. Mais ne boudons pas notre plaisir, la FJR est vraiment plaisante à conduire. Surtout, le grand pare-brise rend le Nolan N103 presque silencieux.
Pascal nous emmène sur les départementales. Une bonne idée. Ça monte, ça tourne, ça descend (forcément), il y a des forêts, des prairies et pleins de villages plus coquets les uns que les autres. Dans l’un d’eux, il y a même un musée de la brasserie mais pas le temps d’avertir le chef de meute ni de mémoriser le nom. C’est ballot. Faudra vraiment revenir !
Alors que nous traversons une courte zone de travaux, dans un autre village, je comprends qu’un riverain en train de décharger sa voiture ne nous adresse pas ses meilleurs vœux. France et Pascal confirmeront. Un râleur qui ne porte pas les motards dans son cœur. Une espèce somme toute assez répandue. A la sortie du bourg, France me propose sa Ducati. Ça ne se refuse pas et me voilà au guidon de l’italienne avec l’impression bizarre d’avoir le nez sur le garde-boue avant. Mais c’est sacrément joueur, cet engin, et ça pousse fort. Question confort, c’est pas trop mon truc mais j’avoue qu’on prend vite goût au caractère démoniaque de la bestiole.
Finalement, on fait une halte dans les environs de Vesoul pour boire un coup bien mérité. C’est là aussi que nos routes se séparent. Je reprends possession de ma Frida et file en direction de Besançon prendre l’autoroute A36. Il faut que j’achète une ampoule pour mon feu de croisement qui a rendu l’âme. La première aire est la bonne et je me lance dans le remplacement de la loupiote. J’en profite aussi pour m’envoyer les sandwiches préparés délicatement par France, dont un au Munster dont le top-case se souviendra pendant une semaine. Merci France, fallait pas !
Il est 16 ou 17 heures, on va devoir accélérer un peu la manœuvre.
Bon, l’autoroute, c’est l’autoroute : On s’emmerde ferme ! Pour varier les plaisirs, je prends par les A39-A40-A42-A432, pour récupérer l’A7 au sud de Lyon. Mais ras le bol. L’alerte-radar sonne tous le 20 km et j’aperçois même la Subaru de la maréchaussée qui fait des misères à un motard. De fait, ils étaient bien sur un ou deux emplacements annoncés. On a beau avoir la conscience tranquille, c’est fatiguant ce cirque !
Je sors donc à Chanas et croise en direction de Beaurepaire par la D519. Au passage, j’oublie de refaire le plein, ce qui donne un peu de sel au tronçon. Par bonheur, une station automatique m’attend à bras ouverts à Beaurepaire. Vu la quantité qu’engouffre le réservoir, il n’aurait pas fallu qu’elle soit installée 5 km plus loin. Comme on dit : "Quand on n’a pas de tête, mieux vaut avoir des jambes". Heureusement, Frida est sobre ce qui m’a évité de le vérifier !
Il est 20 heures passées. Arrivée prévue vers 0 heure. Alors, en route, mauvaise troupe !

Foin des considérations spatio-temporelles, nous nous offrons la D538. Frida est ravie de reprendre de l’angle et moi aussi, du coup. L’orage menace. Du moins, il nous précède de quelques kilomètres. Un peu avant Lens-Lestang, une belle escandillade [2] illumine la vallée du Rhône, laissant le Massif Central en contre-jour, au loin. Je m’arrête donc pour immortaliser l’instant. La lumière donne un ton chaleureux aux champs de blé frais moissonnés sous les nuages sombres.

A la sortie de Lens-Lestang, une maison au décor bariolé m’oblige à un nouvel arrêt. On n’est pas près d’arriver à ce train-là. Pour faire bonne mesure, je passe Hauterives, la ville du Facteur Cheval et de son Palais Idéal, sans m’arrêter. La maison vue précédemment me donne à penser que le bon facteur a fait école. Faudra revenir.

L’orage nous frôle peu avant Romans. 3 gouttes retardataires et la chaussée bien mouillée. Mais rien de catastrophique. On continue sur notre D538. Un peu plus tard en haut d’une côte, la silhouette étrange d’une éolienne se détache sur le ciel qui noircit. Le bulbe et les hélices se découpent, imposants, au ras de la crête de la colline, au-dessus des arbres, lui donnant un aspect insolite, presque inquiétant. J’hésite à m’arrêter une nouvelle fois. La route est sinueuse, pas beaucoup de visibilité à cette heure entre chiens et loups. Prudent, je préfère passer mon chemin. Faudra revenir… encore !
La route redescend vers la vallée de la Drôme. Bientôt, au sud de Crest, je quitte la D538 qui s’écarte vers l’est pour rejoindre Nyons. Je croise tranquillement en direction de Grignan où je ne résiste pas à la tentation de photographier le château de la Marquise de Sévigné, tout illuminé de jaune-orangé.

La route est encore bien viroleuse. Je passe Suze-la-Rousse, dont la citadelle est magnifiquement éclairée puis Rochegude et voilà Uchaux et le Vaucluse. Le reste est presque banal. Passé Orange, je retrouve la Nationale 7 qui me mène jusqu’à l’écurie.
Il est environ minuit quand je coupe le contact. Content quand même d’être arrivé.
Au final, voilà une belle balade de 1450 km qui vaut par les jolies départementales empruntées, la découverte de la Lorraine et de son incomparable hospitalité. Promis, je ne ferai plus de plaisanteries douteuses sur les pingouins lorrains, sauf par inadvertance, bien sûr… Cerise sur le gâteau, la Drôme traversée au soleil couchant et de nuit, qui constitue toujours une belle récompense pour le voyageur dilettante. Un département aux visages multiples qui mérite plus que quelques arrêts prolongés. On reviendra en voisin. Obligé !
Seule ombre au tableau, le bruit infernal du vent sur Nolan N103. Rien n’y fait, pas même les bouchons d’oreilles. Et encore, je suis sourd. Qu’est-ce que ça doit être pour un entendant ! De quoi pondérer sérieusement mes propos de ce billet.
Quant à Frida, elle a été irréprochable, comme toujours. De quoi donner envie de repartir très vite. Pourquoi pas la semaine prochaine ?
[1] Expression québécoise pour dire qu’il pleut comme vache qui pisse.
[2] Une embellie, un rayon de soleil qui perce à travers les nuages. Mais c’est plus beau encore en provençal !
mercredi 25 juin 2008, par
Ça fait quoi ? 3 jours que le temps a viré au beau et déjà on transpire à grosses gouttes sous nos casques et dans nos blousons. J’ai même ressorti pour l’occasion mon demi-jet Nolan N41 et mon blouson Spidi ventilé mais rien n’y fait. Le thermomètre s’envole et ça dégouline !
Il faut dire que depuis le mois d’avril, le monde semblait tourner à l’envers. Soleil au Nord, pluie au Sud. Tant mieux pour les copains du Septentrion hexagonal. A franchement parler, j’étais pas trop jaloux même si j’ai un peu réduit les sorties avec Frida. A certains de mes fidèles lecteurs qui ne manqueront pas de me qualifier de motard d’opérette, je servirai cette excuse qui vaut ce qu’elle vaut : Arriver en clientèle harnaché comme un spationaute, ça le fait pas trop. Sans être un adepte du costard-cravate, j’aime bien m’éviter les contorsions qui président à l’enfilage et au retrait des vêtements de pluie motards.
Sans compter que la fameuse réflexion "Roah ! T’es un vrai motard, toi ! Tu roules même quand y pleut !" m’a toujours fait un peu marrer. Comme si c’était un plaisir de rouler sous la flotte. Alors quand elle est programmée, pas d’hésitation. Je prends la caisse. En plus, maintenant, j’en ai une climatisée. Si ! Le pied !…
Bon, on se laisse aller et c’était pas vraiment pour parler de moto sous la pluie que j’avais pris la plume ce soir. J’en étais où ? Ah oui…
Donc, depuis avril, il a beaucoup plu sur nos contrées. Au point que je me suis demandé si l’Ouvèze allait sagement rester dans ses digues. Mais non. Elle est montée, montée, montée, montée et pof ! Ça s’arrêtait le temps d’évacuer vers la réserve à PCB. Pardon, le Rhône.

Égoïstement, je me disais aussi que c’était toujours ça d’économisé pour arroser le jardin. C’est pas que ce soit Versailles ou Vaux-le-Vicomte mais quand même. Pour y faire pousser trois fleurs et deux plans de fraisiers, faut vraiment y croire. Mébon… N’empêche, ça lui a fait du bien et à notre compte en banque aussi par la même occasion.
Je me suis rendu compte également que le pays était devenu luxuriant. J’exagère à peine et je m’explique.
D’ordinaire, l’été arrive comme un coup de massue entre la mi-mai et la première semaine de juin. J’ai bien connu des années où la chaleur débarquait vers le 14 juillet mais la plupart du temps c’est dans ces eaux-là, si je puis (puits) dire. Résultat, vers fin juin, les réserves de flotte sont bien entamées et la nature prend des airs de savane. Et l’Ouvèze ressemble plus à un oued africain qu’au St-Laurent.
Or, cette année, c’est un vrai plaisir de traverser des paysages verdoyants comme on en trouve en montagne ou dans le Nord. Le vert est partout, l’herbe est haute, tendre. Jusqu’aux canisses qui nous font un festival de plumeaux pas encore jaunis par le soleil.
Le comble du bonheur, c’est de pénétrer sous la voute des allées de platanes qui, chez nous, précèdent ou encerclent la plupart des villages voire des villes (par exemple, Bédarrides, mais aussi Aubignan, Malaucène, Carpentras, Orange, etc.). Car l’ombre est réellement un trésor, ici, et nos anciens la chérissaient.
Mais cette année, elle paraît plus fournie, plus sombre, plus accueillante. Les arbres ont cru plus vite et plus généreusement que ces dernières années. Le vert de leurs feuilles est aussi plus tendre, souvent. Ils se sont régalés de pluie pour notre plus grande joie.

Hormis pour le rosé et le pastis que l’on boit très frais sur la terrasse, à l’ombre du grand pin d’Alep, le soir à la fraiche, l’été n’est pas ma saison préférée. Trop chaud. Soleil trop cuisant. Un reste d’héritage génétique Chti. Pour moi, la plus belle et la plus agréable saison sera toujours l’automne qui, en Provence, prolonge l’été jusqu’à fin octobre par une succession de journées ensoleillées mais douces. Sans parler des couleurs qui m’émerveillent chaque année comme au premier jour.
Cette année, l’été est arrivé pile-poil à son solstice, laissant à un printemps remarquablement humide le temps d’enchanter la nature. Le résultat est éblouissant. Il est rare de voir la Provence aussi verdoyante à l’approche de juillet. Je ne sais pas si ça durera. Certains prédisent un été pluvieux. Peut-être l’ont-ils lu dans les entrailles d’un thon rouge de Méditerranée ou d’un barbeau du Rhône. Si c’est ça, n’en déplaise aux estivants qui viendront jouer aux sardines huilées le long de nos plages, ça sera pas plus mal. On a vraiment besoin d’eau et on s’en plaindra pas.

Égoïste ? Bah oui. Et j’assume.