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    Question de bon sens...

    A propos de retraite

    mercredi 23 juin 2010, par Marco

    Petite citation prémonitoire :


    - La retraite faut la prendre jeune.
    - Faut surtout la prendre vivant. C’est pas dans les moyens de tout le monde.

    (R. Dalban/A.Weber dans les Barbouzes de G. Lautner - 1964)

    Michel Audiard

    Et pis c’est tout !

    Retraite ou débacle ?

    mardi 15 juin 2010, par Marco

    E.P. avait pris sa retraite en mars 2009 après longtemps de bons et loyaux services dans l’Entreprise. Il était ingénieur et avait grandement contribué au développement de l’Agence dont il était naturellement devenu le responsable. Sa dernière fierté avait été de l’installer dans des locaux flambant neufs dont il avait suivi les travaux de très près.
    A la différence de nombreux ingénieurs d’aujourd’hui qui passent une grande partie de leur temps — parfois à leur corps défendant — à remplir des « tableaux de bord » pour suivre et contrôler le travail de leurs subordonnés, s’assurer qu’ils « tiennent leurs objectifs » et en rendre compte à la Direction, E.P. était resté plutôt un ingénieur de terrain, préférant mettre les mains dans le cambouis au lieu de rester enfermé dans son bureau. Si cela n’allait pas sans poser quelques problèmes, en vertu de la nouvelle culture de l’Entreprise qui veut que se salir les mains soit de préférence réservé aux subordonnés, il avait acquis l’estime et le respect de ses techniciens et de nombreuses autres personnes. A tel point que lors de son départ à la retraite, la quasi-totalité de son équipe, secrétariat et techniciens, avait fait le déplacement vers la haute vallée où il s’était retiré, pour lui faire la surprise.
    E.P. était heureux de rendre son tablier. Je l’avais revu au début de l’année où il avait tenu à sacrifier au rituel traditionnel des vœux de la Direction. Nous avions un peu discuté, naturellement, et il me disait sa grande satisfaction. Il rayonnait.

    E.P. est mort au début de la semaine dernière, alors qu’il bricolait je ne sais trop quoi dans sa cuisine : crise cardiaque. Il aura été retraité durant 15 mois. Il n’avait pas 65 ans. Une vie bien remplie, sans nul doute, mais une retraite bien brève.

    Des collègues ou des connaissances qui, comme E.P., décèdent peu de temps après être partis à la retraite, nous en avons tous connu. Personnellement, j’ai l’impression qu’ils ont jalonné ma vie, à commencer par mon père, décédé à 64 ans.
    Il se trouve que ce décès prend aujourd’hui une couleur particulière, bien entendu, dans le contexte actuel de la réforme des retraites.

    On nous dit que notre espérance de vie s’allongeant, il est naturel de travailler plus longtemps. Jusqu’à 61 ans puis 62 ans puis 63 ans puis… D’aucuns auraient même parlé de 70 ans !
    Bien sûr, dans le même temps, il faut cotiser également de plus en plus longtemps pour prétendre à une retraite à « taux plein ». 40 ans puis 41 ans puis bientôt 42 ans… Et comme on entre de plus en plus tard dans la vie active, l’âge légal de 60 ans, pour un nombre de plus en plus important de gens et notamment pour les jeunes, apparaît de plus en plus strictement symbolique.
    A condition, bien sûr, de ne pas se retrouver au chômage à 55 ou 58 ans. Alors, adieu les annuités !

    Comme un bonheur n’arrive jamais seul, c’est bien connu, le calcul de nos droits se fait sur une période de plus en plus longue d’activité. 10 ans puis 25 ans puis… la carrière tout entière. Ce qui a un effet mécanique sur lesdits droits puisque, en général (mais on a parfois des surprises, il est vrai), on gagnait moins, en euros constants, il y a 40 ans qu’il y a 25 ans ou 10 ans ou seulement 6 mois en arrière. Bien sûr, c’est compter sans les périodes éventuelles de chômage qui, pour bon nombre de nos contemporains, ne sont pas une simple donnée statistique.
    Pour faire bonne mesure, ajoutons l’indexation des pensions depuis 2003 — la dernière réforme du gai Fillon — non plus sur l’évolution moyenne des salaires mais sur l’indice des prix qui croît beaucoup moins vite, et on aura finalement des pensions toutes riquiqui !

    Une chose est sûre : il est bien loin le temps où quelques doux rêveurs prétendaient instaurer un régime de retraite juste et équitable permettant aux vieux travailleurs de finir leur vie décemment tout en étant associés à la croissance générale des salaires, c’est à dire, d’une certaine façon, au partage des richesses produites (voir ce billet). Aujourd’hui, les retraités apparaissent au fil des discours comme une charge de plus en plus insupportable pour la société, des privilégiés avec qui il faut en finir. Sauf, pour les gens méritants, les « capitaines d’industrie » (le joli mot !) et tout ça.
    Certes, on ne le dira pas ainsi. Ce sont des gens bien élevés, ceux qui pensent pour nous. Et puis, les retraités d’aujourd’hui ont encore le droit de vote, faut pas les froisser. Mais ceux de demain, c’est une autre paire de manche.

    En fait de retraite décente, on pousse les vieux travailleurs vers la misère. Et, parmi eux, les femmes encore plus puisque, c’est bien connu, à travail égal, une femme ne peut décemment pas prétendre au même salaire qu’un homme, malgré les lois et les déclarations pieuses de notre personnel politique qui affirment le contraire. Z’ont cas rester chez elles pour élever leurs lardons, ces gueuses !

    Donc travailler plus longtemps en favorisant l’emploi des vieux séniors, alors que la plupart des entreprises les virent à partir de 55 ans (voire avant) car ils coûtent trop cher. Avec une jeunesse pour qui il n’y a déjà pas de travail stable et rémunérateur. Faut avoir la foi, mes frères, je vous le dis, pour trouver un brin de cohérence à tout ça.
    Au moins, ils crèveront plus vite ces salauds de vieux séniors, peut-être même avant de partir à la retraite, de faim ou de fatigue. Tout bénef pour le système ! On aura juste à leur offrir une bière bien fraîche, le jour de leur départ !

    Comme la retraite par répartition ça ne peut pas marcher, nos grands penseurs (pensez s’ils sont désintéressés !) nous disent qu’il faut préparer sa retraite dès le plus jeune âge, en capitalisant, bien sûr. C’est à dire, juste pour sa pomme, chacun pour soi et Dieu pour tous. Finie la solidarité. On est vraiment des cons de ne pas y avoir pensé tout seuls ! Après tout, il n’y a qu’à demander aux Américains, par exemple, ce qu’ils en pensent de la capitalisation, depuis quelques années. Sans même parler du fait que pour économiser pour ses vieux jours, comme on le faisait avant la guerre, faut encore pouvoir : mieux vaut éviter le chômage et gagner un peu plus que le nécessaire pour assurer le quotidien. Donc être très gentil avec son patron. C’est susceptible, ces gens-là. Parce que pour avoir une retraite décente, c’est pas 20 ou 50 € par mois qu’il faut placer en espérant qu’il n’y ait pas de crash boursier… Franchement, à moins de payer l’ISF, de bénéficier du bouclier fiscal, de stock-options, de parachutes dorés et de retraites-chapeaux, je ne vois pas ce que ça va arranger, la capitalisation. Mais je dois manquer d’imagination. Ça doit être ça !

    Ah si ! Tout le monde ne sera pas perdant : voyez ces groupes financiers qui se lèchent les babines à la seule pensée de toutes ces petites sommes qui vont faire de très gros capitaux. Si c’est pas une misère de pas avoir cassé ça plus tôt !

    Bon, ben moi, le 24 juin, je sais où aller !

    Et pis c’est tout !

    Les jours heureux

    De bien belles personnes

    samedi 5 juin 2010, par Marco

    Je n’avais jamais lu le programme du Conseil National de la Résistance, adopté le 15 mars 1944, dans la clandestinité [1]. Pourtant, comme tout un chacun, j’imagine, je savais que ce programme avait jeté les bases d’un nouveau pacte social pour la France d’après-guerre, duquel étaient sortis la Sécurité Sociale, les retraites par répartition, la liberté de la presse, la nationalisation des banques et des compagnies d’assurance ainsi que de l’énergie et de plusieurs grandes entreprises fautives de collaboration avec l’ennemi nazi. Mais dans le détail, j’en ignorais le contenu.

    Cette lacune est désormais comblée à la faveur de sa réédition par l’association Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui, sous la coordination de Jean-Luc Porquet, journaliste au Canard Enchainé [2]. Et oui, je comprends mieux. Et oui, c’est un bien beau texte.
    Il est porteur d’un idéal de partage, de solidarité et de justice sociale voulant faire de notre pays, dès sa libération, une « démocratie économique et sociale » assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et le bonheur de tous. Il affirme l’union de la Résistance autour du général De Gaulle en fixant pour premier objectif commun la libération du pays du joug de « l’occupant provisoire » (sic) et de ses valets français. Pourtant, ceux qui l’ont écrit étaient loin de partager les mêmes visions politiques. Au terme de nombreuses réunions clandestines, pour lesquelles ils risquaient à chaque fois leur vie, ils ont adopté ce texte à l’unanimité. Voilà aussi ce qui rend ce programme encore plus exceptionnel.

    Bref, ce petit opuscule de quelques pages, remarquablement concis, condense un ensemble d’objectifs qui sont tout le contraire de l’action de Sarkozy. Pourtant, ce dernier n’hésite pas à prétendre que celle-ci s’inscrit dans l’héritage du programme du CNR [3]. Imposture !
    Au contraire, « Les jours heureux » souligne avec une acuité et une précision quasi-horlogère l’entreprise de démolition en cours.

    Soyons juste, cependant : cette entreprise n’est pas le seul fait de la droite sarkozyste. Elle a commencé dès les années 50/60 et s’est poursuivie depuis, à touches plus ou moins discrètes, sous à peu près tous les gouvernements, y compris, malheureusement de gauche, malgré quelques tentatives avortées de cette dernière de trouver des parades (Cf. : Pierre Bérégovoy en 1990 pour le financement des caisses de retraite). Mais Sarkozy a fait sienne la déclaration de Denis Kessler, ancien vice-président du Medef, ancien maoïste, le 4 octobre 2007 :

    Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance.(…) Le gouvernement s’y emploie.

    Il faut dire que ce programme porte une marque de naissance insupportable aux yeux de certains : ayant été écrit par les représentants de partis politiques, de syndicats et de groupes citoyens de tendances diverses voire opposées, il est nécessairement un compromis. De plus, il est fortement marqué par l’influence des partis communistes et socialistes (SFIO), ce qui correspond bien à la réalité de l’époque.
    De Gaulle le savait bien : unifier autour de lui la Résistance qui, jusque là, agissait en ordre dispersé, sans coordination et, donc, sans grande efficacité d’ensemble, était nécessaire pour que le chef de la France Libre soit reconnu comme le seul et légitime interlocuteur des Alliés. Il fallait restaurer l’État et, dans le même temps, empêcher les Anglo-Américains d’imposer à la France un gouvernement militaire étranger chargé de l’administrer jusqu’à l’établissement d’un gouvernement légitime issu des urnes (AMGOT [4]). Même s’il avait pris ses distances avec le CNR, il en avait néanmoins besoin et ne l’a pas désavoué. On peut imaginer que, une fois le pays libéré, il n’a pas débordé d’enthousiasme pour mettre en application ce programme, beaucoup trop « social », à bien des points de vue, pour la droite conservatrice.

    Par ailleurs, si, au sortir de la guerre, le grand patronat a fait profil bas, compte tenu de l’attitude peu reluisante de certains de ses représentants sous l’occupation, et certainement aussi en raison de l’aspiration générale à une plus grande justice sociale après les privations et la répression aveugle, il n’a pas vraiment goûté de se voir en partie privé de certaines de ses prérogatives traditionnelles et de se voir imposer une solidarité insoutenable avec les gueux de salariés. Le bonheur du peuple n’a jamais vraiment été l’objectif premier de la grande bourgeoisie d’affaire. Sinon, ça se saurait depuis longtemps.
    Partant, le patronat n’a eu de cesse, à mesure qu’il relevait la tête, de batailler contre les réformes réalisées à la Libération, d’abord en sous-main puis de plus en plus ouvertement . Ce fût notamment le cas, dans les années 50, lors de l’échec de la mise en place du système de retraite universel issu du programme du CNR. Elle fût rejetée par les artisans, commerçants et paysans qui refusaient de voisiner avec les syndicats ouvriers et qui étaient soutenus dans l’ombre par le grand patronat et les conservateurs.
    Pourtant, force est de constater que la politique de planification, elle-même issue du programme du CNR, a été très bénéfique à cette grande bourgeoisie même si elle a été contrainte durant une trentaine d’années à partager (de moins en moins, au fil des contre-réformes) la prospérité engendrée. Mais, sans ces plans successifs destinés à reconstruire le pays, elle aurait eu le beurre, l’argent du beurre et, en prime, le cul de la fermière. De quoi vous dégoûter de tant de gâchis !

    On comprend mieux que le programme du CNR n’ait pas été enseigné dans les écoles. Personnellement, je n’ai aucun souvenir de la moindre référence durant ma scolarité. Sans doute, la droite au pouvoir comptait-elle sur l’effet du temps. On finit par tout oublier, surtout quand on ne se donne pas la peine d’entretenir le souvenir. Certes, on continue de commémorer le sacrifice des Résistants, tombés pour libérer la France. Mais on a bien soin de les dissocier de l’idéal qui, au-delà de la lutte contre « l’occupant provisoire », animait ces jeunes femmes et ces jeunes hommes.
    Au fil du temps, l’idéal de la Résistance a fini par se déliter en même temps que le discours dominant orientait les consciences vers plus d’individualisme. Finies la solidarité, l’égalité des chances, la justice sociale.

    Pourtant, qui, aujourd’hui, ne reconnait pas en la Résistance et dans l’action du général De Gaulle la restauration de l’honneur du pays avili sous la botte fasciste de l’occupant et de Pétain ? A peu près personne (sauf, très certainement, les nostalgiques des heures de gloire du nazisme) et certainement pas la droite qui, dans sa majeure partie se prétend l’héritière de De Gaulle.
    Mais, pourquoi, alors, Sarkozy s’emploie-t-il à effacer la vilénie du régime de Vichy lorsqu’il déclare, le 12 novembre 2009, dans le Vercors, autre haut-lieu de la Résistance :

    Depuis deux-cents ans, à part l’expérience sanglante de la Terreur, nul totalitarisme n’a menacé nos libertés. C’est que la culture française est irréductible au totalitarisme [5].

    Rien de grave pour nos libertés ne s’est donc produit entre 1939 et 1945, d’après lui. Il est vrai que son discours avait pour sujet la fameuse « identité nationale » dont le triste Besson voulait qu’on débatte. Le parallèle aurait-il été alors trop cruel ?

    Il fallait bien un jour siffler enfin la fin de la récréation. Si la gauche s’est montrée pitoyablement incapable de défendre cet héritage, abandonnant peu à peu les ouvriers et les plus défavorisés au discours démagogique de l’extrême-droite pour se rallier au concept fumeux de libéralisme social, la droite a joué sa partition habituelle sans trop se forcer. A nouveau, aujourd’hui, les intérêts particuliers des grands groupes financiers et industriels, ceux de la grande bourgeoisie en fait, prennent le pas sur l’intérêt général, laissant de plus en plus de nos concitoyens sur la touche. Ironie de l’histoire, ce sont souvent des cadres formés dans nos grandes écoles (ENA, Polytechnique, etc.) pour être de grands commis de l’État, qui ont choisi de s’enrichir de la façon que l’on sait en prenant la tête de grands groupes industriels et financiers. L’ENA (Ecole Nationale d’Administration), fondée en 1945. Encore un héritage du CNR.

    On lira avantageusement cet éditorial de Serge Halimi, dans le Monde Diplomatique n°675 de juin 2010, qui approfondit et élargit encore ce constat.

    Sans doute, les Français ont-ils la mémoire courte. Jusqu’à quand accepterons-nous sans broncher ce pillage de notre pays par une classe de privilégiés sans scrupules ? Ils devraient pourtant se méfier : à force de perdre nos acquis, viendra le jour où nous n’aurons plus rien à perdre. Et quand on n’a plus rien à perdre, le désespoir peut engendrer les pires choses… ou les meilleures, selon que l’on sombre dans les extrémismes les plus noirs ou que la démocratie, la vraie, enfin, reprend ses droits.

    Pour ma part, je trouve rassurant que de grands personnages de la Résistance [6] nous appellent à un sursaut de dignité et de conscience, pour dénoncer l’imposture de Sarkozy et de ses godillots, pour faire renaître le souffle de la Résistance, du CNR.

    La bataille n’est pas perdue. Elle ne fait que commencer et le cours des choses peut s’inverser. Il le faut !

    Pour conclure, je voudrais citer un extrait de la déclaration improvisée de M. Stéphane Hessel sur le plateau des Glières, le 17 mai 2009, en réponse à la visite de Sarkozy quelques jours plus tôt [7] :

    Sachez que la désobéissance, la préférence donnée aux valeurs par rapport à la loi, c’est une partie de notre citoyenneté, de notre citoyenneté résistante. Résister, c’est refuser d’accepter le déshonneur, c’est continuer à s’indigner lorsque quelque chose est proposé qui n’est pas conforme à ces valeurs, qui n’est pas acceptable, qui est scandaleux.

    Et cet autre extrait du texte de CRHA qui conclut ce livre :

    Au début des années 1940, l’oppression était particulièrement brutale. Y résister était, comme l’établit l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, un droit naturel et imprescriptible. En ce début des années 2010, l’oppression prend des formes heureusement moins violentes, mais plus insidieuses ; il faut d’autant plus y résister.

    Si résister, c’est « savoir garder sa capacité d’indignation » et, toujours, « privilégier la légitimité face à la légalité », alors, face à l’entreprise de démolition sociale (mise en œuvre) par le capitalisme ultralibéral et ses servants politiques, nous pouvons légitimement user de ce terme.

    … A CHRA… nous tenons à rompre avec le fatalisme ambiant qui rend acceptable l’inacceptable. Nous tenons à le répéter sans relâche : ce qui était possible il y a soixante-cinq ans, alors que la France était ruinée, l’est encore aujourd’hui.

    … la résistance n’appartient pas au passé.

    Notes

    [1] D’abord intitulé « Programme d’action de la Résistance », c’est Jules Meurillon, chef de la propagande-diffusion du groupe de résistants Libération-Sud, qui lui donna le titre « Les jours heureux »

    [2] Les jours heureux - Le programme du Conseil National de la Résistance de mars 1944 : comment il a été écrit et mis en œuvre, et comment Sarkozy accélère sa démolition. Éditions La Découverte - 9 bis rue Abel-Hovelacque - 75013 Paris - ISBN 978-2-7071-6016-4 - 14,00 €

    [3] Déclaration du 22 juin 2009 devant le Parlement réuni en congrès à Versailles, façon discours sur l’état de l’Union du président des États-Unis, après deux voyages sur le plateau des Glières à l’occasion de commémorations douteuses qui ont provoqué la réaction de citoyens plus respectueux que notre président de l’héritage de la Résistance

    [4] Allied Military Government of Occupied Territories

    [5] Extrait des textes accompagnant la réédition des Jours heureux

    [6] Stéphane Hessel, Raymond Aubrac

    [7] Citation à partir de la réédition des Jours heureux déjà citée

    Hôpital : la politique de Sarkozy et Bachelot tue !

    Communiqué du Mouvement "ENSEMBLE POUR UNE SANTE SOLIDAIRE"

    mercredi 7 janvier 2009, par Marco

    J’ai reçu ce communiqué le 29 décembre dernier, par Facebook où j’ai un compte. Bah oui ! Aussi… Mais je dois dire que je ne suis pas très assidu.

    Passons, là n’est pas le sujet.

    Il (le communiqué) est malheureusement toujours d’actualité puisque cette politique de la santé publique basée sur une logique exclusivement comptable, logique idéologique complètement libérale, ne sera remise en cause que par une prise de conscience collective de ses dangers.
    Si la casse de l’hôpital public a été engagée bien avant que le furoncle n’accède au pouvoir, les mesures prises ces dernières années ne vont pas dans le sens de l’amélioration. C’est le moins que l’on puisse dire.

    Mais lisez plutôt :

    Un petit garçon est mort le soir de Noël. Un homme de 53 ans ce week-end.
    Erreur « humaine » dans le premier cas.
    Trop de temps pour trouver une place libre dans un service compétent, pour le second.

    Deux morts qui n’auraient pas dû être. Nous partageons la peine et la colère de ces deux familles, qui aujourd’hui doivent affronter à la fois le désespoir et le sentiment d’injustice.

    Nous pensons aux soignants aussi. Des femmes et des hommes dont le métier est de sauver des vies, et qui n’y arrivent plus. Ou qui, à force de fatigue, commettent une erreur. Fatale.

    Alors que, au cours des 50 dernières années, la médecine a repoussé les limites de la science, aujourd’hui nous pleurons un enfant et un homme qui ne sont pas les victimes de l’impuissance médicale face à la maladie.
    Cet enfant et cet homme sont les victimes d’une politique délibérée d’un gouvernement qui casse l’hôpital public, pour créer une pénurie médicale. Cette pénurie obligera les Français à accepter la privatisation dont ils ne veulent pas.

    Les arguments d’économies, de « rentabilité », de « réorganisation » ne trompent plus personne, quand l’Etat qui démantèle l’hôpital public arrive à trouver en quelques jours, dans des « caisses vides » des milliards pour renflouer les banques victimes de leur folie des grandeurs.

    Pendant ce temps, Roselyne Bachelot pérorait chez Drucker ce dimanche [1], ne s’inquiétant que de l’éventuelle « récupération d’un drame aussi épouvantable » tandis que le secrétaire de l’UMP, lui, « mettait en garde » contre une récupération « politicienne » de cette « affaire ».

    Voici ce que nous écrivions le 15 décembre :
    « Nous rappelons au Chef de l’Etat et au gouvernement que les mesures et réformes qu’ils décident et mettent en place sont des choix politiques. Leurs choix.

    Faut-il attendre que, demain, des malades privés de soins meurent, comme aux USA, du fait de décisions gouvernementales (fermetures hospitalières, déremboursements, forfaits, franchises etc…) visant à favoriser les actionnaires de cette belle source de profits qu’est la santé, pour que le mot, « responsabilité » prenne alors tout son sens ?

    Faudra-t-il que cette réalité heurte de plein fouet tous ceux qui ont encouragé ou laissé faire, par intérêt personnel ou par désintérêt de ce qui ne les concerne pas directement, pour qu’ils mesurent la gravité de leur faute morale ? »

    Aujourd’hui Mme Bachelot juge « incompréhensible » qu’il ait fallu plusieurs heures pour trouver un lit à un malade…

    Et nous, nous jugeons inacceptable, que la ministre de la santé s’obstine dans une politique qui fait de plus en plus la preuve de son inefficacité et de sa dangerosité. Nous jugeons indécent qu’elle refuse d’endosser la moindre responsabilité en cas de problème ou de drame. Nous jugeons immoral qu’elle fasse semblant de ne pas comprendre que c’est SA politique qui est dangereuse.

    Deux morts, c’est déjà trop. N’attendons pas qu’il y en ait d’autres pour obliger le gouvernement à arrêter de casser l’hôpital public et la sécurité sociale.

    Pour le Mouvement Ensemble pour une Santé Solidaire
    Bruno-Pascal CHEVALIER - 06 89 18 01 77
    Cécile MOUTTE - 06 10 73 83 99


    Pour répondre à ce message, cliquez sur le lien suivant : http://www.facebook.com/n/?inbox/readmessage.php&t=1014902734572

    Depuis, un autre enfant est mort.

    Je ne sais plus quel peigne-cul de ce gouvernement soutenait qu’on pouvait faire aussi bien avec moins de moyens. Peut-être ce bon Darcos en parlant de l’Éducation Nationale. Peu importe, la logique est la même pour l’hôpital public : tenter de soigner une population en constante augmentation et vieillissante avec moins de personnels, moins de structures. Au passage, on se souviendra avec attendrissement que nos amis socialistes avaient donné un joli coup de pouce lors de l’instauration des 35 heures, grâce au casse-tête qu’est devenu, depuis, la gestion des effectifs dans un hôpital où le terme "création d’emploi" est banni de fait, pour cause de restrictions budgétaires. La droite a eu beau jeu de dénoncer les méfaits de la réduction du temps de travail quand il s’agissait surtout de l’incurie de nos politiques à trouver des financements dignes de la mission de l’hôpital. Maintenant, ce sont les effectifs qu’elle réduit. C’est logique.
    Comme il est logique que dans les groupements public-privé auxquels on assiste ici ou là, sous couvert de synergie, sous le beau nom de « Pôle Santé », les structures privées se voient confié les soins les plus rémunérateurs tandis que l’hôpital public pratique les plus lourds, les plus chers et les moins… « rentables ».
    Comme il est logique aussi que certains fonds de pension étrangers, flairant les juteux profits, s’intéressent aux grands groupes de la santé privée.

    Que la santé coûte cher, c’est un fait. Mais qu’elle soit vouée aux déficits systématiques, il n’y a que dans le credo formaté de nos dirigeants que cela soit une certitude. Là comme ailleurs (l’éducation, par exemple), il y a du pognon à ramasser. Tout dépend de la manière de s’y prendre.

    L’hôpital public - qu’il soit général ou spécialisé (psychiatrique) - est aujourd’hui dans un état de délabrement avancé. Comme l’ensemble de la politique sociale, proche du zéro absolu. Facile de venir faire ensuite de belles déclarations à la télé pour s’indigner de la mort d’un enfant, ici, d’un vagabond (vous savez, ces « SDF » ?), là, quand, par ailleurs, on fait tout pour démolir les mécanismes de solidarité. Pas d’argent pour les uns et des milliards pour d’autres. Logique mais criminel.

    Notes

    [1] 28 décembre 2008, ndr

    Le 3 décembre prochain se tiendront les élections prud’homales.

    Avec les élections professionnelles dans les entreprises, ce scrutin est d’une importance capitale pour la défense des salariés et de leurs intérêts.

    Mieux que des discours, voici quelques petites vidéos, issues du site www.prudhommes-cgt.fr, qui en disent long sur l’enjeu des Prud’hommes.

    Les élections prud’homales, ça sert à rien

    Faudrait peut-être penser à sauver l’économie d’abord !

    D’autres vidéos se trouvent sur ce site dédié. Allez les voir.

    A un moment où le cynisme des capitalistes s’expose sans vergogne, il est nécessaire de replacer l’Homme au cœur de l’économie et de faire pendant à la recherche éperdue de profits immédiats.

    Moi, j’ai choisi : je voterai CGT.

    Vous aussi, faites-le !

    Le 3 décembre, allez voter. C’est votre intérêt. Et si vous ne pouvez vous déplacer, votez par correspondance. Ne restez pas les bras croisés.

    Votez pour les candidats présentés par la CGT. Sachez préparer votre défense !

    Militantisme

    jeudi 7 août 2008, par Marco

    Comme souvent en pareil cas, c’est un article qui m’a plongé dans un abîme [1] de perplexité. Ici, il s’agit de Télérama (n°3055 du 2 au 8 août) qui procède à une interview croisée de Karl Lagerfeld et de Fabrice Luchini.

    Ce dernier, à un moment donné, signale qu’il fréquente la femme d’Olivier Besancenot, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose, laquelle est éditrice et serait charmante, selon lui, et il s’interroge sur la place qu’auraient les artistes dans une société trotskiste. « On a vu ce que ça a donné », répond en substance l’éclairé Lagerfeld. Ah oui ? Où ça ? On ne nous dit jamais rien, à nous. Comble de la curiosité et de l’impertinence, notre Fabrice aurait même demandé à la dame si elle croyait vraiment à la révolution. C’est vrai que dans notre société de justice et d’égalité, la chose paraît tellement saugrenue. On attend toujours la réponse (a-t-elle seulement un intérêt ?) mais il conclut sur cette affirmation :

    « Les militants me fascinent. Ce sont des chrétiens laïcs, qui résolvent tous les problèmes de la vie, alors que la vie est tellement bizarre. Le militantisme, c’est le divertissement pascalien suprême. »

    J’ai toujours eu, je l’avoue, une certaine tendresse ironique et amusée pour Fabrice Luchini, pour son goût des tirades interminables et ses interprétations aussi maniérées que l’est son élocution particulière. Que ce soit dans ses rôles ou dans les émissions auxquelles il participe régulièrement, à la télé ou à la radio, l’homme donne l’impression d’être un passionné du texte et des mots qui, de plus, aime bien s’écouter parler. Comment en serait-il autrement ? Si cela n’était pas le cas, serait-il acteur et comédien (et un grand, à mon avis) ? On a aussi le vague sentiment qu’il a peur du vide, du moins du silence : Il faut toujours qu’il parle, parfois jusqu’à vous donner le tournis. Et, chose tout de même appréciable, Luchini est cultivé, ce qui nous change furieusement du ramassis d’abrutis patentés qui envahissent nos écrans en distillant un crétinisme fangeux. En l’occurrence, c’est un littéraire tel que moi, petit technicien, je les voyais dans mon entourage, non sans une certaine fascination, lorsque j’étais lycéen : des gens tellement imbibés de littérature qu’il aurait suffit de leur presser le nez pour qu’en sorte du jus de Rabelais, de Montesquieu, de Voltaire ou de Victor Hugo, en extraits concentrés pas forcément aisément assimilables pour le profane que j’étais et que je suis certainement encore pour bien des choses. Des gens aux raisonnements parfois empreints d’une certaine vacuité (ou vanité, selon ce qu’on préfère). Creux, quoi. Ce qu’il nous arrive d’être chacun à notre tour, n’est-ce pas ?

    C’est d’ailleurs là le revers de la médaille, Luchini est parfois passionnant, voire drôle, mais il n’est pas toujours facile à suivre ou bien ce qu’il dit donne une idée assez précise de la notion de vide. Ainsi en est-il de sa phrase ci-dessus. J’ai du mal à comprendre ou je comprends trop bien. Alors je me suis livré à une petite analyse.

    Le Littré (papier, pour moi), nous dit :

    militant, ante : adj. (mi-li-tan, tan-t’)

    - 1 : Terme de théologie.

    Qui appartient à la milice de Jésus-Christ.

    "Le fidèle, toujours militant dans la vie, toujours aux prises avec l’ennemi". (Chateaubriand, Le génie du christianisme, ou Les beautés de la religion chrétienne)

    L’Église militante, l’assemblée des fidèles sur la terre, par opposition à l’Église triomphante (les saints, les bienheureux), et à l’Église souffrante (les âmes du purgatoire).

    "Jusqu’à la fin des siècles l’Église militante les canonisera en publiant leurs mérites". (Bourdaloue, Sur la récomp. des saints, 1er avent, p. 38)

    "Lorsqu’on lui [à Savonarole] lut la sentence par laquelle il était retranché de l’Église : De la militante, répondit-il, espérant appartenir dès lors à l’Église triomphante". (Michelet, Histoire moderne, ch. V)

    - 2 : Aujourd’hui, militant se dit dans un sens tout laïque, pour luttant, combattant, agressif. Caractère militant. Disposition, attitude militante. Politique militante.

    n. m. et n. f. : Personne qui défend activement les idées ou les droits d’un parti ou d’une organisation.

    Ainsi donc, Luchini ne fait jamais que reprendre le sens originel du terme pour le transposer dans son acception actuelle la plus répandue. Comme un dictionnaire, en somme. Peut-être une petite provocation gratuite pour mesurer la culture des lecteurs ?

    Continuons. Larousse, cette fois, précise au sujet de Blaise Pascal :

    Pascal n’est pas l’homme du confort intérieur. On ne peut lui prêter la paisible certitude de celui qui a trouvé. Il est plutôt celui qui remet toujours en question. Non pas que sa foi soit vacillante ou fragile : il veut que les découvertes du cœur et de la raison s’approfondissent sans cesse et dans un effort constamment renouvelé. Non pas non plus que l’angoisse soit un des caractères de sa nature : son seul sujet d’anxiété serait de voir que les autres ne parient pas avec lui. Il faut donc renoncer à l’image d’un « effrayant génie », tout comme à celle d’un esprit qui détiendrait la vérité sans supporter la contradiction. Ni inquiétude ni apaisement, mais l’un et l’autre conjoints en lui et inséparables.

    A cette adresse : http://www.larousse.fr/encyclopedie/

    Pour Luchini, les militants seraient donc, comme les Chrétiens primitifs, de doux rêveurs qui passeraient leur temps, comme un divertissement, à refaire le monde en se torturant l’esprit.

    La chose, en elle-même, serait insignifiante si elle n’était qu’un propos tenu par un artiste dont l’autorité en la matière n’est, après tout, pas plus experte que la vôtre ou encore la mienne. Ce qui pousse un individu à se transformer en militant ne saurait, en effet, se réduire aussi simplement à cette image d’Épinal si souvent répandue chez ceux qui, la plupart du temps, ne remuent leurs fesses que pour les transporter d’une chaise à une autre et pour qui le mot « agir » se résume à battre des paupières en regardant les autres faire.

    En général, me semble-t-il, on met le doigt dans l’engrenage du militantisme car on a acquis la conscience, plus ou moins aigüe, que quelque chose ne va pas - selon l’idée que l’on a de ce qu’elle devrait être - et qu’il faut agir pour y trouver remède. Cela touche à tous les domaines de la vie et de la société et ne concerne pas, comme Luchini semble le croire, la seule politique (au sens d’« action des partis »).

    En fait, le militantisme « politique » (toujours avec le même sens) serait à mes yeux le trait d’une action globale car touchant à l’ensemble de la société puisque prétendant définir l’art de la gouverner. Une sorte de « macro-militantisme ». Cela n’est pas l’ambition, très souvent, des autres formes de militantisme qui ne s’attachent qu’à des aspects particuliers, depuis l’aménagement d’un quartier jusqu’aux relations sociales dans le milieu du Travail en passant, au hasard, par la défense de la moto. On aurait là un « micro-militantisme » en ce qu’il ne traite que d’une portion - plus ou moins étendue - de l’organisation de la société.

    Ce faisant, chacun à sa manière est un acteur politique dont le territoire d’intervention recoupe à certains moments celui d’autres formes de militantisme. Malgré la confusion entretenue avec le mot partisan [2], tout militant a donc une action politique, même si certains s’en défendent avec ardeur. Ce ne sont d’ailleurs pas ceux qui poussent les plus sonores cris d’orfraies pour jurer de leur « apolitisme [3] » qui sont le moins dénués d’arrières-pensées… « politiciennes [4] ». Du moins, je trouve et l’expérience m’a souvent donné raison [5].

    Le militantisme est donc loin d’être un simple divertissement [6] à l’image de ce dont Fabrice Luchini a fait sa profession. Le métier de comédien est, bien entendu, parfaitement honorable et indispensable, si l’on veut bien admettre le rôle majeur de la diffusion culturelle dans une société. Mais il me semble qu’il n’appartient pas à un comédien, aussi talentueux soit-il, d’ironiser avec tant de légèreté sur ce qui constitue, pour beaucoup d’entre nous, un élément aussi important de leur vie concrète. Il serait tout aussi malvenu, je le crois profondément, de considérer les acteurs de la Culture comme des éléments accessoires, donc non indispensables, parce que non producteurs de biens matériels.

    Une société sans Culture n’existe pas car la Culture est ce qui organise la vie, tout simplement. Chaque peuple, chaque communauté, développe des éléments de vie qui constituent sa culture particulière et qui sont loin d’être superflus. Simplement, l’élitisme et la surestime de soi conduisent certains à considérer que la forme culturelle dont ils se réclament aurait plus d’intérêt, à leur yeux, que certaines autres, voire que la manière dont les autres gens vivent. C’est un peu le travers de certains de ces « littéraires » dont je parlais plus haut, qui se saoûlent avec leurs (bons) mots et nous avec.

    D’ailleurs, le militantisme touche aussi à la diffusion culturelle. Nombre de créateurs, de comédiens, de techniciens, bref, de gens qui en vivent ne doivent leur salut qu’à la pugnacité de militants qui dépensent une belle énergie à faire vivre des lieux dans lesquels toutes formes d’art sont offertes au commun des mortels. Luchini ne devrait pas l’oublier, aussi privilégié qu’il soit.

    Sans vouloir le parer d’atours trop criards ni donner dans une imagerie trop simpliste et trop commode, le militantisme revêt parfois l’aspect d’un sacerdoce, pour reprendre une comparaison cléricale, elle-même assez répandue. En tout cas, il demande parfois, de la part du militant convaincu, de très nombreux sacrifices, parfois très lourds, dont le prix à payer peut même paraître insupportable et absurde à ceux qui en sont les témoins. On me dira qu’il existe des militants qui ont su en tirer profit. C’est vrai aussi mais je doute que cela fasse pencher la balance dans ce sens. Ceux (celles) qui ont payé de leur carrière professionnelle ou de leur vie de famille leur engagement militant sont incomparablement plus nombreux que ceux (celles) qui en ont tiré un avantage matériel. Bien entendu, cela ne se passe pas ainsi pour tout le monde. On peut militer sans rien sacrifier et, souvent aussi, les crises engendrées par un investissement conséquent trouvent leur genèse dans d’autres aspects de la vie privée, notamment.

    Si l’on veut bien admettre que l’engagement militant est une contribution forte à la vie sociale et politique, quel que soit le domaine concerné, et si l’on veut bien reconnaître que cette contribution a souvent valeur de garde-fou face à des décisions qui concerne les citoyens, donc chacun d’entre nous, le militant mérite d’être respecté, surtout par ceux qui préfèrent se cantonner à un rôle de témoin. C’est que le militantisme est avant tout un vecteur de débat. Il permet à des citoyens d’exiger de ceux qui décident en leur nom des réponses, des justifications à leurs décisions, en posant des questions, bonnes ou mauvaises, peu importe, ou en suggérant d’autres options. Or, n’est-ce pas là le principe même de la démocratie ?

    Le militant est donc un citoyen qui fait vivre la démocratie, activement. Aussi modeste que soit sa contribution, aussi médiocres que puissent être ses idées, il pousse les autres citoyens au débat. Il contribue ainsi à ce que chacun se fasse une idée de sa propre place dans la société et des réponses qu’il souhaite lui-même voir adoptées pour son gouvernement, et cela, à tous les niveaux de son organisation.

    En cela, le militant est un élément indispensable. Reste ensuite à voir la teneur du débat qu’il introduit. Mais ça, c’est encore une autre question…

    Notes

    [1] le mot est fort, j’en conviens.

    [2] n. m. et n. f. : de l’italien partigiano, qui prend parti ; influence de « parti » (italien), part, au sens fiscal. Personne qui est attachée à une personne, à un parti. Nouveau Littré

    [3] de apolitique : n. m. et n. f., personne se déclarant libre de toute attache à une ligne politique définie. Nouveau Littré

    [4] n. m. et n. f., de l’anglais « politician » ; Personne faisant de la politique. adj. péjoratif : A visée politique interne, orientée, stérile. Nouveau Littré

    [5] elle m’a aussi parfois donné tort mais on va pas y passer la nuit, non mais !…

    [6] de divertir, du latin « divertere », v. tr., tourner d’un autre côté, détourner, écarter. Divertissement : n. m., action de divertir, récréer (récréation). Au théâtre, nom d’intermèdes de danse et de chant dans un opéra. Nouveau Littré

    Privés de services... publics

    mardi 8 juillet 2008, par Marco

    Je me souviens d’une époque pas si lointaine où on faisait la queue pour tout. Pas seulement à la boulangerie et pas pour cause de rationnement mais parce que, comme toujours, tout le monde se déplace au même moment pour aller au même endroit et qu’on n’a rien prévu ou presque pour absorber ce flot. A la Poste, à la Sécu, à la Mairie ou à la Préfecture, à la gare, à EDF, à l’ANPE, aux ASSEDIC… Partout.

    Alors, on râlait comme des damnés contre ces enfoirés de fonctionnaires qui en foutent pas une ramée, c’est sûr. Mais bon, peu à peu, y a eu du mieux et on est plus obligés de se déplacer pour tout. N’empêche, quand on y est contraints, on retrouve nos chères vieilles queues et tous ces gens qui râlent en proférant d’un air sombre des vœux pour une privatisation qui mettrait tous ces fainéants au boulot. Pardi !

    N’empêche, aussi, malgré un archaïsme parfois cultivé comme une marque de fabrique, on avait nos services publics à portée de main, pour ainsi dire. Et ça, quasiment partout. Chaque village avait sa Poste ou un truc approchant. Et une école publique avec, des fois, plus d’un instit pour enseigner aux lardons du coin.

    Le service public, c’était aussi la possibilité d’accéder à l’électricité, au téléphone, à l’eau, au train, au même tarif partout ou presque. Et du coup, on avait des entreprises qui étaient devenues expertes dans leur domaine grâce à une politique volontariste d’équipement et de modernisation du pays.

    La télé aussi, c’est le service public qui l’a faite arriver dans tous les coins, même les plus reculés, du pays. Voir la trogne de Raymond Marcillac ou de Léon Zitrone, le soir à l’heure du journal télévisé, était devenu au fil des ans une ambition familiale dans nombre de foyers. Une seule chaine pour commencer, puis deux, puis trois. Et puis la couleur (le fameux SECAM bien d’cheu nous), c’est le service public qui s’y est frotté.

    Certes, on ne peut pas dire que c’était toujours le fin du fin mais l’État, les communes et les départements, depuis la fin de la guerre, avaient dépensé bien du pognon, celui de nos parents puis le nôtre, pour équiper peu à peu correctement le pays. Tout ça était donc à nous. Ça assurait même une égalité d’accès à tous. Une forme de solidarité dont on pouvait mesurer concrètement les effets, en quelque sorte. Avec une pointe de fierté aussi que, grâce à cet effort collectif, la France soit devenue un pays moderne où on pouvait vivre mieux que nos parents et nos grands-parents.

    Et puis, peu à peu, on nous a dit que tout ça, ce n’était pas à l’État de s’en occuper. D’abord parce que ça coûte bien trop cher et que question gestion, y a rien de tel que les entreprises privées. Elles sont faites pour ça, les entreprises privées, pour gérer aux petits oignons et faire du fric. Et comme ça, on pourrait payer moins d’impôts. Forcément, les impôts, personne n’aime en payer. Faut donc les supprimer.

    Alors, on a commencé à vendre nos entreprises publiques avec leurs fonctionnaires, ou assimilés, tire-au-flanc. On a prétendu que ça nous reviendrait sous une autre forme puisque nous pouvions être actionnaires. Mais c’est surtout des grands investisseurs, le plus souvent copains des hommes politiques au pouvoir, qui se sont taillés la part du lion. Ainsi, l’effort consenti pendant près de 50 ans par tout un pays revenait à une poignée de richards magouilleurs qui pouvaient s’en mettre plein les poches sur notre dos.

    Pour nous convaincre du bien fondé de ce changement radical, ses promoteurs n’ont pas lésiné sur les moyens, à commencer par le choix des mots. On nous a parlé de la dette, trop lourde, insupportable, pensez ! Parce qu’elle hypothèque le niveau de vie de nos enfants, petits-enfants, arrières-petits-enfants, et ainsi de suite. Même cet impayable Raffarin y est allé d’une de ces formules mielleuses dont il a le secret : "Pendant que nous parlons, il y a sans doute un bébé en train de naitre dans une clinique, quelque part. Sur ses épaules, dès qu’il va commencer à respirer, il y aura 100 000 francs de dette, soit 15 000 €". [1].

    "Ouatche con, putain !" s’écriront certains, médusés, " 15 mille euros, c’est pas rien". Et ils auront raison.

    Sauf que Raffarinounet et sa bande de joyeux potes [2], qui, soit dit en passant, ont souvent eux-même creusé les déficits tout en privatisant à tour de bras (Balladur, notamment), ont juste oublié un détail. C’est bien gentil de comparer le pays à une entreprise ou à un ménage. Ça marque les esprits et c’est d’ailleurs fait pour ça. Mais même le "bon père de famille" le plus réfractaire à l’arithmétique sait, plus ou moins consciemment, que face à un passif, il y a le plus souvent un actif. C’est à dire un patrimoine. Or, c’est bien évidemment le cas de la France qui possède force infrastructures et un bon nombre d’actifs financiers et non financiers. Et ça fait du pognon, ça. Au point que notre bébé hérite aussi de plus de 11 000 € de patrimoine. Or, bizarrement, là, c’est le silence radio.

    De plus, la France n’a pas de dette extérieure mais avec ses propres épargnants. Parmi ceux-ci, quelques rentiers que l’État aura généreusement aidé à constituer une belle épargne, en leur octroyant de beaux cadeaux fiscaux, qu’ils s’empresseront de faire fructifier en achetant des bons du Trésor, histoire de ne pas prendre de risque. Une sorte de redistribution des ressources à l’envers, les plus modestes payant pour les plus aisés. Du grand art.

    Ce que nos chers bienfaiteurs oublient de dire aussi, c’est qu’un État, à la différence d’une entreprise ou d’un ménage, ne peut pas faire faillite. Raison pour laquelle, d’ailleurs, il est autrement plus profitable et bien moins risqué, pour un rentier pépère pas pressé de s’enrichir en faisant des coups audacieux, de lui prêter du pognon plutôt que d’acheter des actions. D’autant que la dette publique a souvent permis à l’État de se substituer à l’initiative privée pour stimuler une croissance très souvent poussive. La foi inébranlable que nos chers maîtres à penser vouent au libéralisme économique ne va pas jusqu’à la témérité. Les risques, c’est quand même à l’État de les prendre. Faut pas pousser. Non mais, des fois ! Sous-entendre que la dette publique serait due à des dépenses inconsidérées est donc aussi une belle supercherie.

    Quand on y regarde de plus près d’ailleurs, cette dette publique devenue soudain insupportable n’est pas si catastrophique que ça. A près de 67 % du PIB en 2007, elle situe dans la moyenne des pays européens comparables. Elle était à près de 100 % à la fin du XIXème siècle, période faste s’il en fut, pour redescendre à 80 % au début de la Première Guerre Mondiale. Et sans vouloir faire de peine au gang des comptables à deux balles, ci-dessus cité, cette dette publique est passée de 36 à 58 % rien que entre 1991 et 1995, période durant laquelle le Furoncle a été ministre du Budget (1993-1995). Et c’est Sarko qui vient faire la leçon !… Pour mémoire, la dette du Japon atteint 180 %. Et c’est pas à proprement parler un pays misérable le Japon.

    Alors quoi ? Ben en fait, ce soudain intérêt pour la dette provient des fameux critères de Maastricht que nous avons gobés comme le gage d’une gestion "en bon père de famille". Tu parles, Charles ! Car l’une des contre-parties est l’interdiction, désormais, pour l’État, de recourir à l’emprunt public qui fait le bonheur de tant de rentiers. Or, quand dans le même temps on parle de diminuer ces insupportables impôts progressifs sur les revenus, il est bien évident qu’il ne reste qu’une solution : Sacrifier le service public.

    Ça tombe bien : L’Europe raffole de la concurrence et des services "d’intérêt général" gérés par des entreprises privées. Ainsi donc, ce que nous financions par l’impôt nous allons le payer comme utilisateurs et gagner en pouvoir d’achat grâce à la concurrence. Comme on est tous tombés de la dernière pluie, on y croit dur comme fer. C’est donc un fait acquis, le sacrifice de l’école publique au profit des écoles privées, la suppression des bureaux de postes au profit des messageries privées, la privatisation de l’électricité, du gaz, de l’eau, du traitement des déchets, des transports, de la télévision, des voiries, des prisons, des hôpitaux et des édifices publics [3], le démantèlement des régimes sociaux au profit des assurances privées, tout cela va nous faire gagner de l’argent et garantira l’égalité d’accès de tous à ces services.

    Je crois que nos modernes gestionnaires qui se permettent de tirer à boulet rouge contre la gestion "hasardeuse" de leurs aînés, nous prennent vraiment pour des cons. Car tous ces services nécessitent de gros capitaux qui, d’ailleurs, pourront être aussi bien privés que publics. La différence est qu’une entreprise privée doit faire des bénéfices, notamment pour rémunérer ses actionnaires. Fini donc le retour collectif sur investissement collectif. L’argent ira à l’argent. Et si ce n’est pas le cas, on sait jamais, on peut être sûr que l’État viendra filer un gros paquet de pognon pour remettre tout ça à flot et le céder à nouveau aux investisseurs privés [4].

    Ils nous prennent pour des cons et ils ont raison. Car le pire est qu’il faut que nous le soyons pour les laisser faire sans broncher.

    P.-S.

    Les chiffres cités sont tirés de l’article "L’épouvantail de la dette publique", de Bruno Tinel et Franck Van de Velde, paru dans le Monde Diplomatique de juillet 2008.

    Notes

    [1] Entretien du 26 septembre 2002 sur France 2.

    [2] Cherchez pas, ils y sont tous : Michel Pébereau, ancien pédégé de Paribas qui parlait de 41 000 € par ménage, mais aussi Edouard Balladur, Raymond Barre et le Furoncle, évidemment.

    [3] Au sens où ils sont destinés aux administrations publiques

    [4] Comme pour les Chantiers de l’Atlantique, au hasard. Merci Sarko, encore !

    35 heures : Pas touche !

    Travailler plus pour gagner plus ? Vraiment ?

    vendredi 11 janvier 2008, par Marco

    Le slogan-leitmotiv de la politique sarkosyenne se répète à l’envi dans le discours gouvernemental comme pour convaincre le travailleur de base que son niveau de vie et son pouvoir d’achat ne dépendent que de sa bonne volonté. Pour lui enfoncer dans le crâne également que rien ne vaut le temps passé au boulot pour atteindre le vrai bonheur. Que le seul vrai mérite est de tout sacrifier à l’entreprise et non pas d’attendre des augmentations de salaire illégitimes puisqu’il y a la concurrence étrangère.

    Dans ce contexte ultra-libéral, où la vie de l’Homme doit nécessairement s’effacer derrière l’intérêt économique, le partage des richesses produites et des gains de productivité n’est pas de mise. Que les plus riches puissent encore s’enrichir, fusse grâce à la spéculation ou aux copinages avec les sphères politiques, n’est pas choquant. Ce qui l’est, en revanche, c’est que celui qui ne possède rien d’autre que son savoir-faire professionnel et sa force de travail puisse prétendre à un peu de mieux être en reconnaissance de ses compétences. Inadmissible.

    La fortune ne vient pas en dormant, paraît-il. Mais, en réalité, cela ne revêt pas la même signification pour tout le monde et ça dépend grandement de la hauteur du barreau de "l’échelle sociale" sur lequel on est perché. La seule certitude, c’est que plus on est en bas et plus c’est vrai.

    Contrairement à ce que j’ai lu ici ou là et, surtout, à l’argumentaire des sbires du gnome, les 35 heures sont loin d’avoir été une simple décision idéologique des gouvernements socialistes. Cela faisait bien une vingtaine d’année, à peine un peu moins peut-être, que certains syndicats en avaient fait leur revendication pour améliorer les conditions de travail, créer de l’emploi et partager les gains de productivité. C’est notamment le cas de la CFDT (à l’époque où elle défendait encore l’autogestion et était un tantinet révolutionnaire) et de la CGT.

    Dire que l’idée ait eu le don de défriser le patronat est un doux euphémisme. Nos patrons se sont toujours attribué bien plus de mérites qu’ils n’en ont jamais eu sauf en ce qui concerne leur enrichissement personnel et je n’ai pas souvenir que la moindre avancée sociale dans ce pays ait été obtenue sans un minimum de luttes.

    Bref, on a eu les 35 heures et il aura fallu que la loi s’y mette. Certes, pas bien contraignante puisqu’il y a encore de nos jours bon nombre de salariés qui travaillent plus de 35 heures. Les hospitaliers en sont un exemple emblématique, hélas, mais ils ne sont pas les seuls.

    Quoi qu’il en soit, le moment de la négociation est enfin arrivé dans ma boite. C’était en 2000.

    Bien entendu, la Direction Générale nous a servi son discours favori sur la santé de l’entreprise qui ne s’en remettrait pas. Finalement, un accord est intervenu qui réduisait notre temps de travail à 37 heures 30 par semaine et nous octroyait 12 jours d’ARTT par an (accord sur la réduction du temps de travail). Le tout sans baisse ni des objectifs individuels de production ni des salaires, lesquels seraient de plus bloqués pendant 2 ans.

    L’ironie est que, dans ma boite, il n’y a pas de décompte d’heures sauf pour les employés administratifs. Les techniciens et les ingénieurs, c’est à dire la grande majorité du personnel, sont payés "au forfait", si l’on peut dire, sur la base de 39 heures. Et on module nos horaires en fonction des besoins de la clientèle, l’important étant qu’à la fin de l’année nous ayons atteint les objectifs en k€ qui nous sont fixés. Un peu comme des VRP, en somme. Autant dire que l’artifice des 1 heures 30 hebdomadaires en moins nous a beaucoup amusé.

    L’accord a été soumis au vote des salariés et approuvé par une confortable majorité.

    Personnellement, j’ai voté contre. Pour moi, 35 heures, ça signifiait 4 heures en moins par semaine, soit environ 10 % d’activité en moins, c’est à dire plus de temps pour faire vraiment correctement le travail ou bien une vingtaine de jours de congés en plus. Mais pour les collègues valait mieux tenir que courir et 12 jours de repos supplémentaires, c’était appréciable. Dans le contexte de l’entreprise, ce raisonnement est très légitime.

    Malgré le blocage des salaires qui, finalement n’a pas tenu bien longtemps face à l’augmentation constante du chiffre d’affaire et des bénéfices, cet accord était un moyen de nous approprier les gains de productivité auxquels nous contribuions. La Direction ne s’y est d’ailleurs pas trompée puisque sans revenir sur son discours alarmiste originel, elle a dû constater publiquement que nous n’avions rien changé à notre implication. Il faut dire également qu’elle avait fait passer pour conséquence de l’accord des embauches planifiées avant celui-ci ou logiques, compte tenu de l’accroissement de l’activité de l’entreprise, et avait bénéficié des aides publiques prévues par le dispositif.

    Cet accord a changé bien des choses dans l’organisation de ma vie.

    Au début, je me suis un peu demandé ce que j’allais bien pouvoir faire de ces 12 jours de repos supplémentaires. Sans grandes craintes sur mon imagination, quand même ! Faut pas pousser non plus ! Plus de balades à moto, plus de farniente (normal quand on se repose), plus de sorties avec les potes, du temps pour bricoler, pour lire, pour faire ce qui te passe par la tête ou ne rien faire du tout.

    Rapidement les choses se sont mises en place au point que, presque, il manque encore des jours pour tout faire. 8 exactement !

    Conséquence moins prévisible mais logique, ces jours de bonus m’ont permis une plus grande implication dans la vie sociale. J’ai pu consacrer plus de temps à la FFMC, notamment.

    Alors aujourd’hui, quand j’entends le gnome nous faire la morale sur les valeurs du travail, j’en ai la nausée : Je ne travaille pas moins, au contraire. C’est vrai en particulier professionnellement puisque nos objectifs annuels sont aujourd’hui supérieurs, en euro constant, à ce qu’ils étaient il y a 8 ans. Je travaille donc plus et les journées sont bien chargées. Sur le plan privé, c’est pareil : La vie associative est exigeante et les 35 heures m’ont permis d’y satisfaire en partie. Sauf que ce n’est pas rémunéré.

    Finalement, quel que soit le bout par lequel je prends le problème, je travaille plus.

    On nous parle de racheter nos RTT pour augmenter notre pouvoir d’achat. Or, c’est un abus de langage, pour ne pas dire un détournement : On ne rachète rien. Elles sont légitimes ces RTT. Nous les avons acquises par notre travail. Tout au plus pouvons-nous les vendre. Prétendre le contraire, c’est avaliser l’idée que les 35 heures ont été une sorte de hold-up, un racket exercé par ceux qui y ont droit. C’est une ignominie, tout simplement.

    Quant au pouvoir d’achat, que l’on commence par compenser l’inflation. Une entreprise qui, année après année, voit augmenter ses parts de marché, son chiffre d’affaire et ses bénéfices a les ressources pour le faire. Mieux, elle peut augmenter les salaires pour redistribuer la richesse créée. Qu’on ne me dise pas le contraire et surtout que pour gagner plus, il faudrait travailler plus.

    D’autant que mes besoins ne sont pas mirobolants. J’estime avoir un salaire honnête. Je pourrais gagner plus ailleurs mais j’arrive à un moment de ma vie où il m’importe davantage de vivre bien avec ce que j’ai, et qui me suffit, plutôt que de m’épuiser dans une course aux possessions matérielles qui ne valait, de mon point de vue, que lorsque j’étais plus jeune, désireux d’offrir à ma famille un certain bien être et de subvenir à ses besoins. Et puis, j’aime mon métier.

    De plus, j’imagine très bien ce que ce travailler plus signifierait : Au rythme actuel qui nous est imposé, c’est l’épuisement assuré avant longtemps. Si travailler, à première vue, c’est se donner une chance de survivre en premier lieu et pour beaucoup d’entre nous (les gueux), il arrive heureusement que ce soit aussi pour s’offrir un certain style de vie. Vivre tout simplement et profiter de la vie. Alors à quoi bon passer l’essentiel de son existence entre le boulot et la chambre à coucher ? Pourquoi devoir renoncer à profiter des menus plaisirs auxquels notre travail est censé nous permettre l’accès ?

    Il n’y a pas que le boulot dans cette putain de vie et pour ma part, je veux pouvoir continuer à faire ce que j’aime avec les gens que j’aime.

    Supprimer les 35 heures et, au-delà, toute durée légale du temps de travail (car c’est bien cela l’objectif), c’est nous imposer de renoncer à tout cela, individuellement et collectivement. C’est aussi mettre à mal des pans entiers de la vie sociale, en premier lieu les associations. Alors non, décidément !

    Qu’il y en ait qui pensent que la solution à leurs problèmes matériels passe par l’augmentation de leur temps de travail (c’est à dire, d’aliénation à l’entreprise qui les emploie), c’est leur affaire. Cela prouve juste, à mon avis, qu’ils n’ont pas bien réfléchi à la question. Car pour travailler plus, il faut déjà qu’il y ait la matière et s’il y a la matière, il faut encore que les patrons ne veuillent pas réduire les coûts de main-d’œuvre. Par les temps qui courent, c’est assez rare. Ce serait donc plutôt travailler plus pour gagner moins qui serait dans l’air du temps. Un beau marché de dupe !

    Pour ma part, je n’en veux résolument pas et je suis prêt à me battre pour que ça n’arrive pas.

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