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dimanche 18 juillet 2010, par
C’est une affaire entendue : les étrangers sont de mauvaises gens, surtout lorsque, en plus, ils sont journalistes. Parce que les journalistes, déjà en France, c’est pire que tout. Alors s’ils sont étrangers, c’est encore pire ! Voyez ?
Parce qu’il faut bien le dire, les étrangers sont des jaloux. Oui, des jaloux ! Ils nous envient sans parvenir à être aussi parfaits que nous, aussi intelligents, aussi généreux et tout ça. Alors, ça les aigrit, les étrangers et, par dépit, ils font rien qu’à dire des horreurs sur nous autres, les Français, pourtant si gentils.
A preuve, la dernière livraison de Courrier International (n°1027 du 8 au 14 juillet 2010) titré « La France plumée - Affaires : la presse mondiale se déchaîne » et avec pour sous-titres :
La palme revient sans conteste à Manfred Rist, journaliste apparemment suisse qui, dans un article paru dans le « Neue Zürcher Zeitung », assène :
Les ministres français ne semblent guère se laisser guider par la morale, la loyauté envers le peuple ou même le bon sens.
Et ils y vont tous de leurs moqueries acerbes, ces salauds d’étrangers, de l’Allemagne à l’Espagne, du Royaume-Uni à l’Italie et du Maroc au Burkina-Faso. Oui, même les Africains dont, pourtant, notre vénéré président, dans sa grande mansuétude et sa grande clairvoyance, avait dit, dans un élan d’un lyrisme époustouflant dont seuls ses magnifiques conseillers peuvent avoir le talent et le secret, « qu’ils n’étaient pas assez entrés dans l’Histoire ». Et là, d’un coup, retour de bâton : avec Sarko, ce serait la France qui serait en train d’en sortir, de l’Histoire. Putain, la gueule que doit faire l’autre blondinet comique — comment c’est déjà son nom ? Ah oui : Hortefeux — : des Auvergnats qui nous font la leçon ! Pan dans la gueule ! Ouh, que ça doit faire mal, ça !
Il faut dire, à la décharge de ces enfoirés de journalistes étrangers, que ces histoires de cigares, d’appartements, de vols en jets privés et tout ça, même ici, au pays de la tolérance, ça la fout un peu mal. Et pourtant, on a l’habitude, pas vrai ? Combien de ministres, de maires, de députés, de conseillers généraux, de hauts-fonctionnaires sont passés sous les projecteurs brûlants de l’actualité pour avoir favorisé telle entreprise contre une petite offrande, bien naturelle entre gens de bonne éducation, ou pour avoir utilisé le personnel placé sous leurs ordres pour entretenir leur modeste datcha ou servir quelque collation lors de petites soirées privées entre amis ? A tel point que, pour un peu, on finirait par croire que c’est la chose la plus naturelle du monde et qu’on s’inquièterait presque de ne pas voir surgir un nouveau scandale.
Et encore, tous ces articles, d’une méchanceté gratuite à vous faire regretter d’être gentil, ont été écrits avant la superbe prestation télévisée de notre Guide Lumineux — que le nectar de ses Saintes Paroles nourrisse à jamais nos esprits insatiables. Alléluia ! — Sinon, qu’est-ce que ce serait ?
Je résume, en vrac, pour les mécréants qui n’ont pas assisté à la messe : « Avec Carlita on en a bavé. C’est pas facile d’être président. Woerth est un mec chouette. Avec sa femme, ils en ont bavé. C’est pas facile d’être ministre. Y en a des qui ont fait des bêtises : on va les gronder. Et, au fait, au sujet de la crise, on va faire des économies (finis les ballons et les guirlandes aux fêtes, finie la chasse à courre, etc.) mais on va aussi trouver un moyen indolore de vous la mettre bien profond, à commencer par vos retraites. »
Bien entendu, si M. le président de la République s’est cru obligé de faire les gros yeux à certains de ses sous-fifres, ce n’est certes pas à cause des calomnies honteuses, pour ne pas dire la boue nauséabonde, déversées par la presse haineuse et, notamment, par le Canard Enchaîné. Que nenni, allons ! C’est uniquement parce que Son Indigence a l’œil partout et qu’il a décelé de ridicules écarts incompatibles avec sa très haute conception de l’exemplarité et de la probité. Tout simplement pitoyable !
Caricatural ? A peine. Et encore, je n’ai pas eu le courage de regarder jusqu’au bout tellement le spectacle était navrant et prévisible.
Bien sûr, les habituels roquets ayant été lâchés peu de temps avant pour préparer le terrain, on connaissait déjà un peu la rengaine. Même la Morano y est allé de ses fines analyses, allant jusqu’à parler de « fascisme » au sujet de la presse hystérique et de la gauche « trotskisante » qui s’acharnent sur ce malheureux Woerth. Faut dire que mémère sait de quoi elle parle en matière de fascisme. L’indispensable Bertrand se dit scandalisé par cette « chasse à l’homme » et l’humoriste Lefèbvre, quant à lui, s’extasie sur les tubes de dentifrice de son président. La belle équipe que voilà !
En substance, Woerth est un honnête homme, il est innocent et il n’y a pas de conflit d’intérêt. L’affaire est close, circulez, y a rien à voir.
Il n’y a peut-être pas de conflit d’intérêt, ce que tout de même un esprit par trop chagrin pourrait avoir le culot de contester, mais selon Gascogne, il pourrait bien y avoir un léger parfum de concussion [1] voire de prise illégale d’intérêt. Nous voilà rassurés, en somme : rien que de très normal pour nous autres, phares du monde démocratique.
Dans un article de Marie-Pierre Subtil, paru le 17 juillet 2010 dans Le Monde, Marcel Gaucher [2] analyse les raisons pour lesquelles, selon lui, cette succession d’affaires marque davantage ce quinquennat.
Extrait :
Cette affaire marque-t-elle une étape dans le mandat de Nicolas Sarkozy ?
Elle me semble marquer l’arrivée de la facture de la crise. C’est ce qui explique son retentissement. La crise prend complètement à contre-pied le dispositif politique de Sarkozy, à savoir le projet d’une banalisation libérale de la France, pour sortir d’une exception jugée dommageable par les élites.
Cela se résumait dans l’idée chère à Sarkozy de décomplexer le rapport des Français à l’argent, sur le thème "laissez faire les gens bien placés pour gagner beaucoup d’argent, et vous en profiterez tous". Son tour de force a été de présenter cela comme une forme de justice : si vous vous donnez du mal, vous gagnerez, seuls les paresseux perdront. Il avait trouvé un thème de campagne très efficace, en conciliant libéralisme et justice.
La crise a réduit à néant cette belle construction. Dans un premier temps, Sarkozy s’en est très bien tiré, en affichant son volontarisme. Mais les belles paroles n’ont pas eu de suite. Nous savons que la facture de la rigueur va être lourde et que nous allons tous devoir payer plus d’impôts. Cela repose le problème de la justice fiscale et sociale en de tout autres termes, et cela jette une autre lumière, rétrospectivement, sur les intentions initiales. L’affaire Woerth-Bettencourt restera peut-être sans aucune suite, mais elle révèle quelque chose de profond : elle fait surgir au grand jour la désillusion de l’opinion à l’égard de la promesse sarkozienne.
Cette désillusion est-elle imputable à Nicolas Sarkozy, ou aux élites dans leur ensemble ?
L’épisode réactive un contentieux larvé entre le peuple et les élites. Sarkozy avait donné l’impression d’être conscient du problème et de vouloir modifier les choses. Il ne l’a pas fait, et même, par certains côtés, il a aggravé le malaise, par son style de star égocentrique et autoritaire.
En France, les élites (un mot que je n’aime pas mais il n’y en a pas d’autres) ont une haute opinion d’elles-mêmes et ne se rendent pas compte du fossé qui les sépare de la population. Elles entretiennent à son égard un mépris bienveillant. Elles veulent son bien, mais elles estiment que leurs mérites éminents doivent être récompensés.
Quand M. Joyandet ou M. Estrosi prennent un avion privé à prix d’or pour rentrer à Paris plus vite, ils le font avec une parfaite bonne conscience, pensant que l’importance de leur personne et de leur fonction le justifie.
Et quand certains profitent d’un permis de construire indus ?
Là, nous sommes dans un autre registre. Leur idée implicite est qu’ils appartiennent à une catégorie à part, qui leur donne des droits particuliers. Vous trouvez cela à tous les niveaux, y compris dans la vie politique locale — la boîte noire de la vie publique française —, comme cela va finir par se savoir. Règne l’idée que le fait de se dévouer pour le bien public mérite reconnaissance, c’est-à-dire privilèges.
M. Gaucher renvoie quelque peu gauche et droite dos à dos, même si les manières de faire ne sont pas identiques. Mais, sans faire une généralité de pratiques pour le moins critiquables — il existe bien des hommes politiques intègres — il présente nos « élites », au moins en partie, comme une caste en rupture totale avec la raison d’être de ses mandats démocratiques. En cela, il rejoint la sentence de Manfred Rist, cité au début de ce billet, sans le dire de manière aussi désagréable.
Quant à la démocratie et à Sarkosy, justement, il conclut :
Au-delà de cette affaire Woerth-Bettencourt, avez-vous le sentiment d’une remise en question des principes démocratiques ?
Non, au contraire. Ce n’est pas la démocratie en tant que telle qui est remise en question, c’est la manière dont certains en profitent. Le culte de la chose publique est plus fortement intériorisé en France que partout ailleurs.
Les gens sont donc très choqués quand les individus au pouvoir se comportent en individus privés. La plus grande faille de Nicolas Sarkozy, c’est qu’il n’a pas le sens de l’institution. Le côté privé du personnage prend toujours le dessus. Il n’arrive pas à être un homme d’Etat.
(Vous pouvez tenter votre chance ici pour lire l’intégralité de l’article)
« Il n’arrive pas à être un homme d’Etat ». C’est presque aussi dur qu’un article de presse étranger, ça ! Ce n’est pas moi qui le dit mais cela fait assez longtemps que j’en ai la conviction profonde.
Pas étonnant que ce pays soit la risée du monde. Pauvre France.
Et pis c’est tout !
[1] Non, non, c’est pas un gros mot.
[2] Historien et philosophe, Marcel Gauchet, 63 ans, est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Rédacteur en chef de la revue Le Débat, qui vient de fêter ses 30 ans, il est l’auteur de plus d’une vingtaine d’essais, centrés sur la démocratie, la religion, l’éducation et le pouvoir. Il s’exprime ici en tant qu’"observateur de la vie politique française, et rien de plus", et précise qu’il n’a pas pris part, jusqu’à présent, au débat pro ou anti-Sarkozy.
samedi 10 avril 2010, par
C’était soirée courses au supermarché. Pas le genre de truc folichon mais il faut bien manger. On passait dans le rayon fruits et légumes.
Ça te dit des avocats ? me demande-t-elle
Faut voir, pourquoi pas ?
C’est vrai qu’ils ont l’air sympathiques, ces avocats, un peu moins anémiés que d’ordinaire en cette saison. Et puis, finalement, je lui dis :
Non, je n’en veux pas.
Ah bon ? Ils sont beaux pourtant, s’étonne-t-elle
Ben oui mais ils viennent d’Israël.
Et ?…
Ben, j’achète plus rien qui vienne d’Israël. Tant qu’ils feront chier le monde avec leur mur et la colonisation de la Palestine, j’achèterai plus de produits « made in Israël » ni même « made in Palestine ».
Tu boycottes, quoi !
Ouh là, malheureuse, surtout pas ! C’est interdit en France de boycotter les produits israéliens. Donc, je boycotte pas. J’achète plus, nuance.
Ben, je vois pas la différence.
C’est parce que t’es pas assez préoccupée d’écologie. Le bilan carbone des produits israéliens est déjà pas fameux en raison de la distance qu’ils doivent parcourir pour arriver sur nos étals. Mais quand on y ajoute celui qui est dû à l’état de guerre permanent, aux morts et aux mutilés (palestiniens et israéliens, d’ailleurs) qu’il faut transporter, soigner, aux destructions liées à la colonisation et à la guerre et pis tout ça, ben il est vraiment exécrable, leur bilan carbone. Alors, finalement, c’est à la fois pour la planète et aussi pour Israël. Pour lui rendre service. Comme ça, ils ont le choix : soit ils arrêtent la colonisation et la guerre contre le peuple palestinien, soit ils n’exportent plus leurs produits. Et comme ça, ils pollueront moins. C’est quand même sympa, non ?
T’es pas un peu faux-cul, là ?
Si, c’est vrai. Un peu. En fait, j’emmerde Netanyahou et toute sa clique de va-t-en guerre. Passe encore qu’ils s’essuient les pieds sur la diplomatie de ce pauvre Kouchner sans que notre affligeant furoncle, qui est tout de même censé représenter le pays, ait la moindre réaction assimilable à un début de dignité. Passe qu’ils en fassent baver des ronds de chapeaux à leur plus important allié, en humiliant littéralement le vice-président des États-Unis. Mais leur politique est suicidaire. A la limite, si c’est ce que veut le peuple israélien, puisque Israël est une démocratie, grand bien lui fasse. Mais la négation de l’existence et des droits du peuple palestinien ne peut conduire qu’à une impasse. Tôt ou tard, ils paieront l’addition, parce que l’histoire est comme un balancier, et alors ils feront appel à ceux qu’ils méprisent aujourd’hui, Européens et Américains. Israël fanfaronne en faisant des bras d’honneur au monde entier mais il oublie que sans les États-Unis, principalement, et l’Europe, aussi un peu, il ne pourrait pas tenir. Il a tort de penser que ses groupes de pression pourront éternellement contenir les gouvernements et les opinions publiques. Même le peuple américain est capable de lucidité. Israël flirte avec l’irréparable et quand cela surviendra, l’Amérique basculera. Et alors…
C’est quoi l’irréparable ? Il y a déjà eu des massacres de palestiniens et personne n’a bougé.
Sabra et Chatila ? C’étaient les chrétiens libanais même si les Israéliens ont pudiquement détourné les yeux, comme beaucoup d’autres à cette époque. L’irréparable, ils l’ont déjà frôlé : traiter Joe Biden, le vice-président américain, comme un vulgaire diplomate français, c’était déjà limite mais ça pourrait s’envenimer insensiblement. L’argumentaire américain évolue : il se dit désormais que la politique de Netanyahou cause la mort de soldats américains en Irak et en Afghanistan. Les citoyens américains préfèreront toujours penser que les déboires de leur armée sont dus à la connerie du premier ministre israélien plutôt qu’à l’incompétence du président qu’ils ont élu ou de leurs généraux. Surtout si le retour des cercueils est tant soit peu théâtralisé. Même nous, on réagirait comme ça, je pense. Enfin, en temps normal. Si on avait encore un peu de fierté.
Et tu crois que quelques avocats de plus ou de moins, ça va convaincre Netanyahou ?
Il y a peu de chance. Mais même symbolique, c’est une forme de protestation contre la politique israélienne et de soutien au peuple palestinien. C’est pas forcément grand chose mais en parler ça peut finir par créer un vrai mouvement pour la paix dans cette région du monde. Ce pour quoi des gens œuvrent depuis longtemps avec courage et ténacité. Et c’est aussi une façon de les soutenir, pour commencer… Et pourtant, j’aime les avocats…
Et pis c’est tout !
Déjà, une planète avec un nom pareil, Pandora, personnellement, je me serais méfié. Normalement, tu devrais te demander ce qu’il va te tomber sur le coin de la trogne. Mais bon ! On peut pas être un salaud de méchant et connaître la mythologie, pas vrai ? Sinon, il n’y aurait plus de film.
Ensuite, l’histoire : plutôt une resucée d’un autre mythe, celui du bon sauvage. Les Amérindiens de « Danse avec les loups », « Little Big Man », « le soldat bleu », etc. Des gens formidables qui vivent en totale harmonie avec la nature, se baignent dans des rivières cristallines, font mumuse avec des sortes de ptérodactyles hyper-cool, montent sur des canassons qui boivent le nectar des fleurs, communiquent avec les bestioles et les arbres grâce à une sorte de câble USB qu’ils ont dans les cheveux, et tout et tout. Sauf que là, ils sont bleus et mesurent 3 mètres de haut. De quoi apprendre la modestie même à une tige de 190 cm, hauteur déjà respectable chez les sapiens. Ça, c’est les gentils.
Les méchants, ils sont super-graves méchants. Et plus ils sont galonnés, plus ils sont méchants et bornés. Vous imaginez le colonel : l’ordure intégrale. Les autres bidasses, c’est du tout-venant de l’imagerie militaire commune : un cerveau au stade végétatif pour ce qui est de réfléchir par soi-même mais super dégourdis pour ce qui est d’appuyer sur une détente. Pas un fond trop méchant mais bien cons quand même. A quelques exceptions près, bien sûr. Ça roule des mécaniques en riant grassement, ce qui est un signe précurseur de la branlée finale.
Après, il y a le représentant des « actionnaires ». Le genre con borné, lui aussi, bien sûr, digne d’être embauché chez les Marines mais qui a choisi la carrière du gestionnaire. Moins risqué. Avec sa fameuse tirade : « Les actionnaires, ce qu’ils craignent encore plus qu’une mauvaise campagne de presse, c’est un bilan négatif ». Oulà ! On donne dans la subversion et la dénonciation du capitalisme, là ! Si avec des raisonnements pareils, on n’a pas envie de le voir scalpé par les gentils Bleus, comme son copain colonel…
Il y a aussi les doux rêveurs, embauchés pour comprendre les Bleus, subjugués par ce peuple et qui peu à peu prennent fait et cause pour lui. Réglé comme du papier à musique. Là, on trouve Sigourney Weaver, la même que dans la tétralogie « Alien » mais plutôt genre « Gorilles dans la brume ». C’est à dire un microscope à la place de la sulfateuse.
Et puis, il y a le héros, arrivé là un peu par erreur comme sous-Marines, vu qu’il est paraplégique, et qui finit comme chef de guerre des Bleus avec l’aide des rêveurs.
Donc, un scénario quand même plus que prévisible.
Mais il y a les images. Superbes. Des paysages d’une beauté extraordinaire. Les Na’vi (les Bleus), longilignes, graciles, très beaux, eux aussi. Et puis la 3D qui offre une incroyable impression de profondeur, de relief, de réalité alors que tout cela n’est « que » de l’image de synthèse. Le film, c’est d’abord cette succession d’effets spéciaux qui nous conduisent dans un rêve éveillé.
James Cameron disait, lors de sa tournée promotionnelle, que le cinéma devait redevenir un spectacle destiné à faire rêver les spectateurs. Ou quelque chose d’approchant. C’est indéniablement le cas d’« Avatar ». Mission accomplie. Ce film est un pur joyau.
Et le rêve, finalement, il est double : c’est aussi cette idée de pouvoir changer de corps pour s’adapter à l’atmosphère de la planète et approcher les autochtones, qui sont du genre méfiants. J’y vois aussi comme une allégorie : l’invalide qui redevient valide grâce à cet autre corps, cet avatar, et se reconstruit une nouvelle destinée. N’est-ce pas le rêve de tout handicapé que de retrouver l’intégralité de ses fonctions pour revivre « normalement », comme les autres ?
Bref, voilà un excellent divertissement, fort bien réalisé, un beau film d’aventure (dommage qu’il faille toujours des images de guerre et de mort) et d’amour. La fin est l’aboutissement du rêve, à la limite du surnaturel mais on se dit que c’est aussi bien. Parce qu’on voudrait qu’il en soit ainsi pour tous ceux dont le corps n’a pas toutes ses capacités. Si seulement c’était possible…
Alors, si ce n’est déjà fait, allez voir Avatar. Ce film mérite son succès et ça vaut vraiment le coup de faire la queue.
Et pis c’est tout !
jeudi 12 novembre 2009, par
Une fois n’est pas coutume, je vais saluer une initiative de notre furoncle national : l’invitation de la Chancelière allemande, Angela Merkel, aux cérémonies commémorant l’armistice du 11 novembre 1918.
Un symbole fort à mes yeux.
Il était plus que temps, 91 ans après la fin de cette monstruosité, d’en finir avec l’idée destructrice — et qui a conduit à la Seconde Guerre mondiale, entre autres motifs — qu’il y avait une France victorieuse — mais à quel prix ? — et une Allemagne vaincue, pour ne retenir que la folie meurtrière incompréhensible et la souffrance infinie des peuples. Au final, deux pays exsangues et traumatisés, deux peuples ravagés, plongés dans un deuil terrifiant.
On me dira ce qu’on voudra. Si toutes les guerres sont dans ce cas, celle-ci (14-18) et celle qui l’a malheureusement suivie (39-45), plus que toute autre sans doute, ne sont que les victoires de la folie et de la barbarie sur l’intelligence et c’est l’Humanité elle-même qui en est sortie vaincue.
En associant l’Allemagne à la commémoration de la fin de cette tragique boucherie — et ce, au lendemain du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, autre plaie abjecte de l’histoire européenne — Sarkosy, quelles que puissent être ses motivations réelles, fait œuvre utile en célébrant davantage un drame partagé par deux peuples (et par d’autres aussi) que la gloire militaire, ici terriblement futile et absurde.
J’objecterais simplement que, comme pour la commémoration du débarquement du 6 juin 1944, il a oublié d’y associer les pays qui ont été impliqués dans ce conflit et ont, eux aussi, payé un sanglant tribut. Même si l’affirmation de l’amitié franco-allemande, par ce geste symbolique fort, n’en est que plus éclatante, il n’est pas possible d’oublier la souffrance des autres peuples. C’est une faute de ne pas l’avoir rappelé avec insistance.
Pourtant, il semble que tous les préjugés ne soient pas vaincus pour autant. Pour preuve, Olivier de Kersauson, chroniqueur dans une émission de Laurent Ruquier sur Europe 1, en principe humoristique, qui dérape :
Comment peut-on apprendre l’allemand ? C’est une langue de collabo !
Et déverse ensuite un fiel germanophobe qui n’avait rien de très drôle car empreint de racisme.
Il est possible que cela ne soit qu’une de ces provocations dont l’homme, par ailleurs talentueux, a le secret. Hélas, j’en doute. Ce mépris injurieux de l’Allemagne, de sa langue et de sa culture —laquelle n’a vraiment rien à envier à la nôtre — est tout simplement abjecte. Là, l’Amiral, tu me déçois beaucoup !
Comme Jacques Tardi, qui, depuis plus de quinze ans, fouille la boue sanglante des tranchées pour y révéler la souffrance terrifiante des hommes dans le déchainement de l’enfer, je suis fasciné par la Grande Guerre. Je l’ai déjà exprimé. Je ne comprends pas comment des êtres humains ont pu supporter tant de souffrance et de misère. Je ne comprends pas comment des hommes dont la vie n’était jamais menacée ont pu sacrifier, par tant de décisions absurdes et criminelles, celles de millions de leurs compatriotes. Quel mépris du peuple ! Surtout, je ne comprends pas qu’une telle saignée n’ait jamais (ou quasiment) donné lieu à une demande d’explications démocratique. Le sacrifice de toutes ces vies était-il réellement indispensable, même au nom de la sauvegarde du pays ? Personne n’en a jamais rendu compte. On célèbre les bouchers, en donnant leurs noms à nos rues, mais, finalement, pas les simples troufions déchiquetés au fond de leurs trous à rats au nom de la grandeur de la France. Surtout, on fait comme si ceux qui sont comptables de leur mort, politiques et militaires, avaient agi au mieux. L’énormité du massacre signifie pourtant que c’est loin d’avoir été le cas.
C’est pourquoi je ne partage pas le mépris que Siné exprime, dans le numéro 61 de son hebdo du 4 novembre dernier, à l’égard des familles des militaires français tués en Afghanistan, dans une embuscade talibane, en août 2008, lesquelles attaquent en justice l’Etat français pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui ». Siné écrit :
Elle est bonne, celle-là ! Les engagés volontaires sont payés pour, oui ou merde ? Tuer de l’ennemi ou se faire zigouiller par lui, c’est leur boulot. Ils aiment ça le sang. Je conçois qu’ils préfèrent verser celui des autres que le leur, mais que leurs indignes géniteurs nous lâchent la grappe avec leurs pleurs et leurs gémissements !
J’ai abordé ce sujet dans mon billet « La guerre, ça tue ! Troisième couche ». Je n’ai pas changé d’avis sur le constat qui me semble évident : à la guerre les soldats meurent. Ma question reste également la même : que fait la France dans ce merdier ? Et comme il semble bien que la classe politique, dans sa grande majorité, refuse de demander des comptes, pas plus que l’opinion publique qui semble se foutre comme d’une guigne de l’engagement de notre armée dans ce conflit, je ne trouve finalement pas si absurde que les familles de ces militaires demandent des comptes.
Evidemment, s’il s’agit simplement de faire pleurer les foules parce que leur « grand bébé » est mort au combat, douleur que je respecte, je ne pense pas qu’il en sorte grand chose. Mais s’il s’agit de dire aux hommes politiques et à l’armée, mais aussi au peuple apparemment indifférent, qu’ils sont responsables de la vie, et de la mort, des soldats qu’ils envoient guerroyer au nom des soit-disant « intérêts supérieurs de la nation », alors je suis d’accord.
C’est en notre nom que ces hommes sont là-bas. Qu’ils aient choisi volontairement [1] ce métier n’y change rien : leur vie est aussi précieuse que la nôtre. Personne n’a le droit de la mépriser par des choix politiques irresponsables.
Si c’est là le seul moyen de mettre la question de l’engagement de la France au cœur du débat public, alors je suis d’accord. Et je pense que c’est le droit du peuple de toujours exiger des comptes du sacrifice de la vie des citoyens. Pour que les hommes politiques sachent que la guerre n’est jamais un choix anodin et que ce choix ne relève pas d’un droit régalien qui les exonèrerait de toute responsabilité.
Et pis c’est tout !
[1] Mais dans le fond combien avaient réellement le choix d’une autre carrière professionnelle, dans la situation économique que l’on connait ?
mercredi 5 août 2009, par
I regularly receive on this blog posts coming from Asia, to which nobody understand nothing because it are published in ideograms.
I simply want to say to their authors that, if they wish to take part in the life of this modest blog, they have to write in French or, at least, in English.
Of course, I reserve to myself the right to remove any commercial messages or those written in a language which I do not understand and those that I consider inappropriate, without being obliged to justify me.
Here, I am at my home.
Sincerely yours.
Je reçois régulièrement sur ce blogue des « posts » provenant d’Asie auxquels personne ne comprend rien car il sont édités en idéogrammes.
Je veux simplement dire à leurs auteurs que s’ils souhaitent participer à la vie de ce modeste blogue, ils doivent prendre la peine de s’exprimer en français ou, au moins, en anglais.
Bien entendu, je me réserve le droit de supprimer les messages commerciaux ou rédigés dans une langue que je ne comprends pas ainsi que ceux que je juge inappropriés, sans me sentir obligé de me justifier.
Je suis ici chez moi.
Bien à vous.
mercredi 8 juillet 2009, par
Mickaël Jackson est mort. Faudrait vivre au fond d’un puits pour ne pas le savoir. Et encore !
Depuis presque une semaine, on nous rebat les oreilles et les yeux avec la mort du soi-disant roi (autoproclamé) de la pop music et on nous fait vivre dans le détail l’émoi des fans et les petites manœuvres familiales.
Cerise sur le gâteau, hier soir (7 juillet, donc), le concert d’adieu en « mondovision-live ». Chez nous, TF1 et M6 (bien sûr) et même France 2 qui ne voulait pas être en reste, ont retransmis l’évènement planétaire. Et encore, je ne suis pas allé voir sur le satellite, ça devait être une orgie !
Du coup, pour tous ceux qui, comme moi, s’en tamponnent ostensiblement le coquillard et qui n’avaient hier soir que les chaines hertziennes à se mettre sous la dent, il ne restait pas d’autre solution que de regarder la triste vie d’Américains friqués (encore) sur un ilot de l’Atlantique, sur Arte, ou d’éteindre la télé. Avec la seconde solution, à quelque chose malheur fut bon, comme on dit : une bonne soirée familiale à discuter et à rigoler.
J’ignore combien de personnes dans le monde ont été emmerdées par ce cinéma de série Z, mais franchement ce manque total de pudeur est écœurant. Le « Bambi » était certainement un grand artiste (pour ses fans) mais ce n’était qu’un artiste. Aller faire chier la planète pour ça, c’est peut-être un peu disproportionné.
Et vue l’attitude des chaines françaises, je crains le pire pour la mort inévitable de notre ineffable Johnny.
Y a pas ! L’info, c’est un métier. Et la mesure, une denrée rare.
jeudi 2 juillet 2009, par
Lorsque j’étais enfant (ça fait un fameux bail), nous allions en vacance, certaines années quand le portefeuille parental le permettait, chez ma grand-mère, dans l’Yonne (en Puisaye, exactement). Elle y possédait une petite maison dans un hameau, dont la pièce maitresse était (et est toujours) une ferme.
Les fermiers y élevaient, comme il se doit, des vaches, des moutons et diverses bestioles de basse-cour. D’ailleurs, bien que n’étant pas paysanne, ma grand-mère possédait également un potager et une basse-cour dans laquelle on trouvait des poules, des canards, des oies et des lapins.
Chaque soir, le rituel imposait aux enfants de nourrir les bestioles de Mémère puis d’aller à la ferme chercher le lait.
Ah ce lait ! Nous y allions juste après la traite, alors que la fermière était encore en train de le filtrer et de récupérer la première crème, celle qui sert à faire le beurre. Nous avions, pour le transporter, un pot d’aluminium semblable, mais en miniature, à ces gros bidons dans lesquels il attendait le passage du camion de la coopérative. Comme ce n’était pas suffisant, nous avions aussi, en plus, un ou deux gros saladiers pleins à ras bord.
Sur la cinquantaine de mètres qui séparaient la ferme de la maison, nous prenions le temps, pour ne rien renverser, bien sûr, de ponctionner, chacun à notre tour, un peu de ce lait cru, si odorant et si savoureux. Inutile de dire que nous nous faisions rarement prier pour cette fameuse corvée !
C’est sans doute bête à dire mais ces vacances m’ont laissé la nostalgie du goût de certains produits "fermiers". Hélas, il semble bien que leur saveur ne soit perdue à jamais, dans une société où, d’une part, il n’est pas possible de toujours vivre près d’une ferme et, d’autre part, qui s’est dotée de tant de règlementations qu’il n’est quasiment plus possible d’acheter d’autres produits qu’industriels.
Du coup, lorsque j’aperçois des produits "de terroir", je suis tenté de les acheter même si leur prix est très notablement supérieur à celui des produits standards. Bien sûr, je ne pense pas être naïf au point de croire que tout soit si rose dans ce domaine.
C’est d’ailleurs ce que vient de démontrer (illustrer) le dernier numéro du magazine de Canal Plus, « 90 minutes », diffusé la semaine dernière.
On y apprend, en effet, que la charcuterie corse n’a de corses que le nom, le lieu et la méthode de fabrication puisque le porc qui sert à sa confection est importé de Bretagne, des Pays-Bas ou d’ailleurs, au grand dam des éleveurs corses.
Même si cette charcuterie reste indéniablement meilleure que les productions banales des marques industrielles, cela lui retire à coup sûr un certain attrait. Il est d’ailleurs édifiant d’entendre la réponse du responsable du site de fabrication à la remarque du journaliste prenant exemple sur l’appellation « Jambon de Bayonne » : « Il faudrait que ce soit pareil en Corse », dit le journaliste. « Ben non, je vois pas pourquoi », répond l’autre. Pardi !
Petit tour ensuite du côté de Laguiole, célèbre pour ses couteaux.
On y voit le responsable d’une petite coutellerie qui se bat comme un beau diable pour faire vivre son entreprise. Sadique, le journaliste l’emmène sur un salon parisien censé vanter les beaux produits des terroirs français et sur lequel on trouve des laguioles à 20 €, voire moins, dont l’œil expert du coutelier ne tarde pas à découvrir qu’ils ne sont pas fabriqués à Thiers et encore moins à Laguiole mais en Chine.
Pour parfaire son supplice, le journaliste emmène donc notre homme dans une ville chinoise où les rues sont bordées d’ateliers de coutelleries produisant quelque chose comme 3 laguioles à la minute, dans des conditions de travail dignes du XIXème siècle et avec des aciers plus ou moins douteux. Moins d’un euro en fin de fabrication. Notre chef d’entreprise est atterré.
Du coup, je regarde d’un œil méfiant mes deux laguioles à manches de corne, achetés il y a presque 20 ans à Salers ! Non, quand même pas ! Si ?
Retour sur le salon parisien : le tenancier d’un stand devient fort désagréable quand le coutelier lui fait remarquer l’arnaque. Rien n’indique que les couteaux sont chinois et l’autre délivre même des certificats d’authenticité. Motif : Laguiole n’est pas une marque déposée et, de toute façon, les Chinois ne reconnaissent pas les brevets étrangers. Facile, vu comme ça.
On continue avec quelques autres exemples. Tel ce camembert « de campagne ». Sans doute par opposition aux camemberts des villes ? Plutôt aux camemberts des laiteries industrielles. Histoire de lui donner une petite patine fermière qu’il ne peut pas avoir, de toute façon, puisqu’il est industriel à souhait et fabriqué avec les mêmes méthodes. C’est juste qu’il contient des trucs pour lui donner une saveur qui fait « terroir ». Mais qui fait, seulement.
Bref, on vit dans un monde de faux-semblant, d’ersatz et de duperie. On profite de l’aspiration des consommateurs à trouver des produits de qualité, évoquant un certain art de vivre, donc plus chers, pour leur vendre de la merde en profitant des lacunes de la règlementation. Le mensonge érigé en politique commerciale.
Erigé en politique tout court, d’ailleurs.
L’interdiction de la vente des ampoules à incandescence en est une autre illustration. Ces malheureuses ne transforment que 20 % de l’énergie électrique en lumière, le reste est de la chaleur. La belle affaire ! Que je sache, on s’éclaire plus en hiver, en raison de la courte durée des jours et il se trouve que c’est aussi en cette saison qu’on a le plus besoin de chauffage. Par conséquent, la chaleur que l’éclairage ne produira pas devra être compensée par d’autres sources. Au final, on y gagne quoi ? Pas grand chose. Mais ça fait bien de dire qu’on agit pour la planète, c’est super écolo. Un peu comme de faire le tour de la Terre en hélicoptère et de planter des arbres ensuite pour expier son pêcher.
Sauf que les ampoules « basse consommation », censées durer plus longtemps, coûtent 5 à 10 fois plus cher que les incandescentes, qu’elles contiennent quelques saloperies, comme le mercure, qui sont censées imposer un recyclage rigoureux (mais bien sûr) et qu’elles génèrent des harmoniques en pagaille, sortes de parasites ondulatoires qui pourrissent les réseaux. Au point qu’il faut modifier les circuits de distribution et imposer des règles de conception des installations électriques dont le coût n’est pas anodin. Sans même parler du fait que ces ampoules si écolo sont pour la plupart fabriquées en Chine ou en Inde. Dans les mêmes conditions que les laguioles ? Ça promet ! Et qui c’est qui va se frotter les mains tandis que les fabricants ferment leurs usines européennes ?
Bref, toujours du spectacle mais surtout de la poudre aux yeux. C’est ça une société Canada Dry. Ça pisse pas bien loin mais ça rapporte beaucoup de pognon. Tant qu’il y a des couillons pour payer, pas vrai ?
mardi 21 avril 2009, par
Je ne résiste pas au plaisir de partager ce lien que la Rouquette m’a fait passer avec ce commentaire :
Ceci est une célèbre peinture chinoise peinte autour des années 1085-1145 durant la dynastie des Song du nord appelée "Le long de la rivière". Considérée comme un des grands trésors artistiques de la Chine.
L’original mesure 5,28 mètres de large sur 24,8 cm de haut !
Il y a un luxe de détails très fin. On n’ose imaginer le temps qu’il a fallu pour réaliser une telle œuvre.
… laissez le temps au fichier de se charger.
La position du curseur de la souris (à droite ou à gauche de l’écran) permet de se déplacer sur la la toile (vers la droite ou vers la gauche). Plus la souris est loin du centre et plus le déplacement est rapide.
Vous allez voir, dans la toile 3 carrés blancs. Cliquez sur un des carrés et vous ouvrez une petite vidéo d’animation sonore sur la vie sur le fleuve, la ville ou le palais. Il y a 3 miniatures sous la toile qui permettent d’aller directement sur chacun des carrés.
http://www.npm.gov.tw/exh96/orientation/flash_4/index.html
Tout simplement extraordinaire et… superbe !
Merci à la Rouquette pour ce cadeau magnifique.
vendredi 27 mars 2009, par
Il paraît que ça parle au nom de Dieu, tout puissant et miséricordieux. Vous me direz peut-être qu’il y en a beaucoup de ces gens qui portent la parole divine et que, au bout du compte, ça fait un peu cacophonie. Certes ! D’autres diront que celui-là, au moins, la porte assortie d’un message de paix et que ça fait toujours moins de morts que quelques autres porte-parole enturbannés. Suivez mon regard.
Moins de morts ? C’est à voir.
La dernière sortie du père Benoit sur le préservatif, c’est du lourd… de conséquences. De quoi pousser vers la mort quelques millions de personnes de par le monde. Heureusement, ce sera au nom de Dieu qui, bien entendu, reconnaitra les siens. Elle s’ajoute à deux ou trois autres broutilles qui « interpellent quelque part », comme disent certains : soit le sus-nommé est un crétin de haute volée et sa sénilité galopante en est la cause car on imagine assez mal tous ces sages cardinaux élire un abruti au poste de chef. Si ? Ah bon ! Soit c’est un réactionnaire furieux, sous ses airs de « ravi » angélique, et on se demande alors où est la miséricorde divine ?
Déjà, réintégrer sans contre-partie les traditionalistes dans le giron de la mère Église, dont le minable et désormais tristement célèbre négationniste Williamson, si ça fait un peu vieille querelle de… clocher, comme ça, de prime abord, c’est surtout la traduction dans les faits de cette tentation d’une partie de l’épiscopat à penser le catholicisme comme une obligation universelle hors de laquelle il n’y aurait point de salut. La petite gué-guerre sur le retour du latin ou sa suppression en a fait rigoler plus d’un (y compris, bien sûr, Brassens, en 1976, dans l’indispensable « Tempête dans un bénitier ») mais elle occulte (c’est le cas de le dire) leurs attaques contre Vatican II qui renonçait enfin à voir dans les Juifs les responsables de la mort du Christ. Simple question de tolérance, en somme, ou de bon sens, comme on veut.
La coïncidence entre la décision papale et les déclarations de l’évêque traditionaliste sont une belle gifle aux survivants de l’Holocauste et ceci d’autant plus que la mollesse de la réaction pontificale est à la hauteur du mépris ainsi affiché. Du genre : « Vous, les Juifs, ne nous emmerdez pas avec des détails, comme dirait Le Pen » ! Et une belle idiotie car, pour paraphraser Pancho dans le Canard Enchainé du 11 février 2009, l’existence des chambres à gaz est plus facile à prouver que celle de Dieu ! Ça, c’est sûr !
Mais bon. Qui pourrait en vouloir à une aussi sympathique sainteté de commettre d’innocentes erreurs de jeunesse ? Car bien sûr, à lui aussi, sa bonne foi (pardi) a été abusée à l’insu de son plein gré. Oui, c’est ça la foi : croire sans douter. Bien sûr !
Puis, il y a eu l’histoire de cette petite brésilienne de 9 ans, enceinte de l’assiduité toute de pur amour de son gentil papa attentionné. Bien sûr, l’excommunication de l’équipe médicale et de la fillette n’a pas été prononcée par notre aimable pontife mais on a du mal à croire que le patron n’ait pas validé les explications emberlificotées du secrétariat papal, sans condamnation ni de la décision du calotin brésilien ni de l’attendrissant paternel, ou si peu. Motif : l’inceste c’est quand même moins grave que l’avortement, hé, oh, faut pas pousser !
Que de l’amour, je vous dis ! Un bel encouragement à tous ces joyeux pervers qui ne voient dans les enfants que de sympathiques jouets sexuels et auxquels le pardon divin est désormais acquis pourvu qu’ils n’oublient pas de proclamer que, eux, au moins, ils ont de la morale car ils sont contre l’avortement. Amen. Et puis, faut savoir respecter certaines traditions de l’Église et le goût de certains de ses prêtres pour la jeunesse.
Alors forcément, quand notre Benoit profite de sa folle dynamique pour fustiger le préservatif et affirmer qu’il ne sert à rien dans la lutte contre le sida, on ne peut qu’être admiratif. Surtout pour l’explication lumineuse qu’en ont donné ses prétoriens : figurez-vous qu’il y aurait des petits malins qui s’échangeraient les préservatifs usagés. Fallait oser la sortir celle-là ! Pourquoi pas un trafic international de caoutchouc, aussi ! Allez savoir. Un curé, c’est forcément au fait de ces pratiques, non ? On imagine qu’une enquête approfondie a été menée par le clergé et qu’il a envoyé ses plus fins limiers infiltrer les réseaux de trafiquants au péril de leurs fesses.
Quant aux quelques millions de personnes qui, de par le vaste monde, sont atteintes de cette maladie, et qui, accessoirement, sont aussi croyantes, pour certaines, tant pis si les déclarations irresponsables du petit vieux sonnent comme un arrêt de mort. Passées au registre des pertes et profits de la grande pantalonnade dogmatique de la morale papiste. Va avoir du boulot, le Saint-Pierre !
Alors, c’est vrai que je ne suis pas le plus fervent supporteur de l’Église et de son pape. Il y a belle lurette que je considère avec un certain détachement (pour ne pas dire mépris) la prétention de certains religieux de tous bords à vouloir imposer leur prétendue morale divine et à régenter nos vies. Du moins, je respecte ceux qui acceptent de les suivre, pourvu qu’ils ne cherchent pas à me convaincre. Après tout, c’est leur affaire. Mais là, pardon ! Quand un con pareil dépense autant d’énergie pour faire le lit des idées les plus nauséabondes ou démolir le long travail de tant de gens contre une maladie aussi meurtrière (qui a dit un fléau de Dieu ?) ou pour avilir de simples gestes d’humanité, je me dis que, vraiment, lui trouver des excuses est au-dessus de tout entendement. Ce mec-là est un danger public. Il est l’image la plus détestable de l’Église, sentencieuse et dénuée de toute compassion. Criminelle, même. A vomir !
Décidément, on vit une époque formidable ! Pauvre humanité !
Pour reprendre la réflexion de Ydikoi, notamment dans son billet, l’article de maître Eolas dont il parle est là.
Trois remarques :
Pour les intégristes, c’est du détail. Savoir que Lefebvre, Williamson et consorts ne sont pas réintégrés comme évêques, c’est sûrement mieux pour la vérité mais ça interroge tout de même sur la démarche. Mais bon, c’est la salade catho. Qu’ils s’en démerdent.
Pour Carmen, la petite Brésilienne, je reconnais avoir dit une connerie : c’est pas elle qui a été excommuniée mais sa mère. Ça ne change pas grand chose à la connerie de l’évêque de Récife, mais au moins, la levée de cette excommunication par la conférence des évêques du Brésil, est à l’honneur de cette Église-là. Dont acte, donc, et mea culpa.
Pour le préservatif, que les propos du pape aient été déformés, c’est sûrement aussi pas très joli mais tout de même, faut pas nous prendre que pour des benêts : que l’Église ne fasse pas la promotion du pêcher, c’est une chose compréhensible, mais que tous les prétextes soient bons pour tailler en pièce les actions de prévention, ça va un peu. Et je maintiens que ces sorties sont criminelles, dussè-je peiner le très talentueux Maître Eolas.
jeudi 11 décembre 2008, par
Ça a l’air de bien chauffer en Grèce, ces temps-ci. Un peu comme il y a deux ou trois ans dans nos banlieues à nous, bien représentatives de l’idéal français d’intégration. Mais là, d’après ce qu’on voit à la téloche, on dirait que ce sont des jeunes tout propre sur eux qui plantent le boxon. Et qui expriment des inquiétudes finalement pas si éloignées de celles qu’exprimaient naguère nos zonards à nous : no future ! Pas d’avenir, pas de place dans votre bonne vieille société démocratique, nous disent-ils, ces jeunes !
Chose frappante (en plus de la police, bien sûr), c’est le même mépris qui répond à cette révolte. Ici, on voulait donner du « Kärcher » pour nettoyer à grands jets haute pression nos banlieues polluées par les « racailles ». Là-bas, ils sont carrément les ennemis de la démocratie.
C’est sûrement un brave homme, ce premier ministre grec mais, sur ce plan, il ferait mieux de la fermer : il semblerait que son gouvernement ne soit pas un modèle d’intégrité. Alors, forcément, la démocratie, dans ce contexte, elle fait pâle figure. Mais pour ce qui est de l’avenir, les jeunes peuvent toujours se torcher.
J’éprouve un profond malaise à voir et à évoquer cela. Tout se passe comme si notre société (la française mais finalement l’européenne aussi) était peu à peu entrée en guerre contre sa propre jeunesse, c’est à dire son avenir, comme si elle s’en défiait, comme si elle en avait peur.
A vrai dire, la chose n’est certainement pas nouvelle. Chaque génération, à son tour, a dû éprouver de manière plus ou moins aigüe le même ressentiment à l’égard des générations précédentes, qui détenaient quasiment tous les pouvoirs sur elle. Un sentiment d’étouffement, plus ou moins justifié, lié surtout, peut-être, à l’impatience de voler de ses propres ailes, de prendre son sort en main.
En 68, ce sentiment résultait sans doute de la sclérose de la société de l’époque, rigide et conformiste, bien que prospère. Ce n’était pas l’avenir, le souci de la jeunesse, même s’il pouvait donner le sentiment un poil désespérant d’être un peu trop à l’image de la vie des parents. Il y manquait la fantaisie, la liberté (une certaine forme), l’ouverture d’esprit.
Pourtant, d’une certaine façon, c’est cette génération-là, issue de 68, qui, détenant depuis longtemps maintenant les manettes de la société, a peu à peu mis en place les conditions d’une révolte de la jeunesse d’aujourd’hui. Bien sûr, pas tous, mais tandis que l’on instille dans les esprits l’idée que les désordres de notre société seraient le résultat incontestable du laisser-aller post-soixante-huitard, la grande majorité laisse faire, ce qui est une forme d’approbation tacite.
Ainsi, on nous promet de dépister dès la maternelle ces comportements déviants censés être propices à la délinquance. Tant pis si ces enfants-là, grâce à des fichiers ad hoc, porteront à jamais le sceau de l’infamie : individu potentiellement dangereux. La prise en charge ? Trop chère, trop de temps perdu, pas de rémission possible. Comme un gène qui vous est légué à la naissance : on ne devient pas délinquant, on nait délinquant. Ainsi soit-il et ceux qui prétendent le contraire sont de dangereux idéalistes. Des inconscients.
Bien sûr, il y a une cohérence dans cette logique. On pourrait emprisonner des mineurs à partir de 12 ans (contre 13 aujourd’hui). Si la chose n’est pas acquise, l’idée est jetée en pâture à une société vieillissante et apeurée. Demain, elle pourrait devenir réalité. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi pas 11 ans puis 10 ans puis, cauchemardons un peu, 5 ans et ainsi de suite jusqu’à la sortie de l’utérus ! Absurde ? Voire ! Faut-il qu’ils nous fassent peur, tous ces jeunes !
On notera que, dans le même temps où l’on veut abaisser l’âge de responsabilité des enfants, on leur dénie celle de pouvoir conduire un cyclo dès 14 ans. On veut bien les mettre en taule mais pas qu’ils fassent les zouaves sur leurs scooteurs. Drôle de logique. Faut dire qu’ils ne sont pas malins, nos p’tits jeunes. Ils se tuent sur leurs cyclos débridés avec des pots qui font du bruit. Ils ont le décibel meurtrier, en somme. Et pour faire bonne mesure, on les met tous dans le même panier : les urbains, les ruraux, les agités et les sages comme des images. Tant pis si cela devrait aussi poser quelques problèmes à leurs parents qui attendaient un peu de laisser du champ à leurs ados en mal d’autonomie.
Cohérence toujours avec le démantèlement du système éducatif. Savoir lire, écrire et compter, c’est bien suffisant pour être chômeur à 20 ans ! On manque d’à peu près tout, dans ce pays, d’ingénieurs, de médecins, d’infirmières, de chercheurs, de techniciens, etc. mais l’école ça coûte trop cher. Un nid de gauchistes, en plus, comme le démontre le résultat des élections depuis trente ans. Mieux vaut désengorger nos lycées et nos universités et les réserver à ceux qui ont vraiment les « moyens » d’apprendre. De préférence les enfants de la bourgeoisie, moyenne ou grande, au sein de laquelle il est tout de même plus judicieux de recruter l’élite. Et puis, pour compenser, il y a le tiers-monde : un vrai gisement de gens compétents pour pas cher, dont la formation ne nous aura pas coûté un kopeck. Tout bénef ! Du moins, si ces crève-la-faim daignent accepter de venir en France plutôt que dans un autre pays européen un peu moins pingre…
Et puis, maintenant, les vieux vont pouvoir devoir bosser jusqu’à 70 balais. Histoire de crever au boulot plutôt que dans la misère. Quoique, c’est pas garanti non plus. Ça pourrait bien être les deux. Mais le cycle des générations est juste un peu ralenti : Finies ces niaiseries stupides de passer le relais aux jeunes, de leur léguer le peu qu’on a appris durant nos vies professionnelles avant de leur laisser la place pour aller se dorer la pilule. Maintenant, faudra s’accrocher jusqu’au bout, comme ça il y aura deux traine-misère : le vieux con radoteur à son poste de travail et le jeune con ignare au chomedu !
« No future ! » qu’ils disent les jeunes. « Pas de place pour nous dans votre société corrompue ». Force est de constater qu’ils ont raison. Tout est en place pour leur voler leurs vies. Si encore ça rendait les nôtres, à nous les vieux cons, plus réjouissantes. Mais même pas. On fait juste mine de ne rien voir pour se rassurer. De ne pas voir la poudrière à côté de laquelle on a allumé les braséros censés réchauffer nos fins de vies et qui finira par nous péter à la gueule. A faire mine d’être impuissants face à la déliquescence du modèle de société qui a été le nôtre pendant si longtemps et dont nous avons tout accepté, y compris la remise en cause de tous les mécanismes de solidarité. Par peur, par lâcheté, par égoïsme.
Ah, la solidarité ! Peut-être que maintenant que nous aurons moins à partager (paraît-il), on va en sentir un peu plus la nécessité. Qui sait ? Et peut-être que les jeunes auront enfin l’occasion d’imaginer une autre société quand, de gré ou de force, cette génération merdeuse devra céder la place. Chiche !