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vendredi 3 septembre 2010, par
Je rentre à peine d’une petite virée de près de 2000 km en région Centre. Que de belles choses vues et de beaux paysages traversés. France, que tu es belle !
Mais je vous en reparlerai sous peu.
Pour l’instant, les affaires reprennent lentement. Avant de me plonger dans la lecture des 9638 courriels en souffrance de la FFMC, petite plongée dans l’actualité qui n’a, hélas, guère changé en une semaine.
Et pour commencer ce superbe billet de Maître Eolas sur les Roms (notamment). De la belle ouvrage dont je vous laisse juge : cliquez ici.
Et pis c’est tout (pour l’instant) !
lundi 23 août 2010, par
Voici un texte auquel j’adhère sans réserve.
Pour signer la pétition qui le prolonge, rendez vous à cette adresse : http://nonalapolitiquedupilori.org/
J’ai mis en italique un passage que je considère capital.
Une avalanche de discours et d’annonces provocatrices s’est abattue depuis plusieurs jours sur notre pays. Jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, on entend des propos qui étaient jusqu’à présent l’apanage de l’extrême droite. Le président de la République, lui-même, montre du doigt des communautés et des groupes sociaux entiers, stigmatise les Roms, les Gens du voyage, les étrangers, les Français qui ne sont pas « de souche », les parents d’enfants délinquants, etc. Ce faisant, il ne lutte en rien contre la délinquance, qui est répréhensible pour tout individu sans distinction de nationalité ou d’origine : il met délibérément en cause les principes qui fondent l’égalité républicaine, alors que déjà une crise sociale et économique d’une extrême gravité menace la cohésion de la société tout entière.
En quelques jours, les plus hautes autorités de l’Etat sont passées de l’exploitation des préjugés contre les Gens du voyage au lien, désormais proclamé, entre immigration et délinquance, puis à la remise en cause de la nationalité française dans des termes inédits depuis 1945. Ce qui est à l’œuvre dans cette démarche s’inscrit dans une logique de désintégration sociale porteuse de graves dangers.
Il ne s’agit plus du débat légitime en démocratie sur la manière d’assurer la sûreté républicaine, mais bien d’une volonté de désigner comme a priori dangereuses des millions de personnes à raison de leur origine ou de leur situation sociale. Quelle que soit la légitimité que confère l’élection, aucun responsable politique n’a reçu mandat de violer les principes les plus élémentaires sur lesquels la République s’est construite.
Parce que le seuil ainsi franchi nous inquiète pour l’avenir de tous, nous, organisations associatives, syndicales et politiques diverses mais qui avons en commun l’attachement aux principes fondamentaux de la République laïque, démocratique et sociale, rappelons avec force que l’article 1er de la Constitution « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion », et que toutes propositions qui méconnaîtraient cette règle fondatrice de la démocratie constituent une atteinte à la paix civile.
Nous n’accepterons sous aucun prétexte que le nécessaire respect de l’ordre public soit utilisé pour créer des distinctions entre les habitants de ce pays et désigner des boucs émissaires.
Nous appelons donc l’ensemble des citoyens de ce pays à manifester publiquement leur opposition aux stratégies de stigmatisation et de discrimination et aux logiques de « guerre » qui menacent le vivre ensemble. A cet effet, nous proposerons dans les prochains jours à la signature en ligne un « Appel citoyen » refusant toute politique de la peur ou de la haine. Et nous appelons à un grand rassemblement citoyen à l’occasion du 140e anniversaire de la République, le samedi 4 septembre Place de la République à Paris, à 14h00, et partout en France, pour dire ensemble notre attachement à la liberté, à l’égalité et à la fraternité qui sont et qui resteront notre bien commun.
Paris le 4 août 2010
Signataires :
AC ! Agir ensemble contre le chômage, Les Alternatifs, Les amoureux au banc public, Association de défense des droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM), Association France Palestine Solidarité (AFPS), Association des Marocains en France (AMF), Association nationale des Gens du voyage catholiques (ANGVC), Association républicaine des anciens combattants (ARAC), ATTAC, Autremonde, Cedetim, Confédération française démocratique du travail (CFDT), Confédération générale du travail (CGT), La Confédération Paysanne, La Cimade, Le Cran, Droit au logement (DAL), Emmaüs France, Europe Ecologie, Fédération pour une alternative sociale et écologique (Fase), Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés (FASTI), Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS), Fédération SUD Education, Fédération syndicale unitaire (FSU), Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), FNASAT-Gens du voyage, Fondation Copernic, France Terre d’Asile, Gauche unitaire, Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI), Les Jeunes Verts, Ligue des droits de l’Homme (LDH), Ligue de l’enseignement, Marches européennes, Médecins du Monde, Le Mouvement de la Paix, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), le Parti communiste français (PCF), le Parti de Gauche, le Parti socialiste (PS), Réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’Homme (RAIDH), Réseau Education Sans Frontière (RESF), SNESUP-FSU, SOS Racisme, Syndicat des avocats de France (SAF), Syndicat de la magistrature (SM), Union syndicale Solidaires, Les Verts.
mardi 10 août 2010, par
Quand un ministre de l’Intérieur se fend d’une déclaration à la presse, on s’attend à ce que ce soit pour féliciter la police d’avoir mis hors d’état de nuire un de ces gros bonnets de la pègre, trafiquant de drogue et d’êtres humains, ou un grand profiteur, bref pour avoir mené à terme une enquête minutieuse mettant en lumière quelque trafic, des fraudes lourdes ou des systèmes de prévarication. Non pas que la violence quotidienne à laquelle sont confrontés certains de nos concitoyens soit sans importance mais parce que, bien souvent, elle se nourrit des réseaux de ces gros bonnets difficilement atteignables et qui profitent des misères et des difficultés économiques pour étendre leur emprise sur une partie de la société.
Mais c’est pas facile la vie d’un ministre de l’Intérieur. Des fois, même quand on vous apporte l’affaire encore toute chaude, tout juste démoulée et qu’il resterait plus qu’à bomber le torse et monter sur ses ergots pour tirer la couverture à soi, pas de chance, c’est pas la bonne affaire : on va pas enterrer un bon copain, pas vrai ?
Alors, on se rabat sur le menu fretin, sur les minables dont les nuisances sont forcément plus visibles aux yeux des petites gens puisqu’ils en subissent directement les conséquences. Des fois aussi, on a ses marottes. C’est bien commode les marottes, ça permet d’occuper le terrain et de faire croire qu’on se préoccupe du bien-être du peuple.
Notre cher ami Hortefeux a trouvé la sienne le jour béni entre tous où un flic nantais – de par sa fonction forcément intègre et impartial – a verbalisé une femme de religion musulmane conduisant sa voiture vêtue à la Belphégor (elle, pas la voiture. Faut suivre un peu !) bien que le code de la route ne prévoit rien pour ce cas d’espèce. En tirant le fil de la pelote – un vrai travail d’investigation qu’il convient de saluer – on remontera ainsi jusqu’au mari que l’on découvre « polygame de fait », une notion créée tout spécialement pour l’occasion. De là à penser qu’il fraude avec les alloc, il n’y a qu’un pas et l’affaire est entendue.
Du miel pour notre Brice qui ronge son frein dans l’ombre de l’Empereur Nicolas 1er le Petit, lequel se complait à dire qu’il a tué le job de ministre de l’Intérieur pour 10 ans. Et on sait, depuis qu’il a été condamné en première instance pour injure raciste, que notre premier flic d’Auvergne fait une fixation toute particulière sur les Arabes musulmans.
Bingo ! Voilà que le boucher halal – le mari de Belphégor et l’amant de ses copines du même club – est accusé de violences sur une ancienne compagne. C’est vrai que ça valait une conférence de presse pour dire que l’homme est « présumé coupable » (puisqu’il est mis en examen, n’est-ce pas ?), bien que pas encore jugé (s’il l’est jamais) et que, dans certain cas, Briçounet souhaite que la déchéance de la nationalité française soit possible. On notera au passage que si le quidam est ici « présumé coupable », il en va autrement des amis du ministre qui, eux, restent « présumés innocents » de tout un tas de choses pas très reluisantes malgré des indices que de fort mauvais esprits trouvent pourtant assez convaincants. Mais on ne joue pas non plus dans la même cour. Faut pas mélanger les torchons et les serviettes sinon où irait le monde, je vous demande un peu, ma bonne dame ?
Évidemment, la fraude aux organismes sociaux, la polygamie, surtout « de fait », et la violence faite aux femmes devraient entrer dans cette catégorie de méfaits indignes du drapeau. C’est qu’il est intraitable, le bougnat de bazar, surtout avec les Arabes musulmans qui viennent bouffer le pain des vrais Français. Jean-Marie, ils sont en train de te piller !
D’ailleurs, pour dire s’il a vraiment trouvé sa marotte, ce pauvre gars, il va plus loin que le petit philosophe des bacs à ordure qui lui sert de guide spirituel. Le furoncle de la République, pour sa part, ne souhaitait la déchéance de nationalité que pour les agressions et les crimes perpétrés sur des personnes dépositaires de l’autorité publique. Déjà pas si mal, non ? Comme si la loi ne suffisait pas à punir ces actes. Comme si les autres citoyens de ce pays ne méritaient pas la même indignation !
Parce que, on s’en doute bien, perdre la nationalité française est une menace lourde de nature à faire rentrer n’importe quel délinquant dans le droit chemin. Juré ! Que n’y avait-on pas pensé avant ?
Évidemment, des âmes sensibles et angéliques (forcément !) se sont émues de ce discours pourtant moderne et novateur quoique un poil brutal : inconstitutionnel ! Et l’égalité des citoyens devant la loi ?
A lire les commentaires de quelques experts… du commentaire sur les sites Internet de certains journaux, la solution serait pourtant simple : on change la Constitution en supprimant tout ce qui entrave la marche en avant du petit timonier et on en profite au passage pour faire un référendum. Et là, ça clora le bec de tous ces doux rêveurs que la sécurité des vrais Français laisse de marbre ! C’est qu’ils en ont dans la tête, ces gens-là, même si ça paraît pas. Pardi ! C’est tellement évident.
Du coup, le chœur des chantres de la sécurité entonne l’air de la vertu nationale outragée et souligne la partition du soliste. Ainsi, Thierry Mariani, député du Vaucluse, sera, en septembre, le rapporteur d’une loi du même tonneau. Promis-juré, cela n’a rien à voir avec Sarko : la preuve, il y réfléchissait depuis début juillet. Et, en plus, il s’agira simplement de remettre en service des dispositions qui étaient en vigueur avant 1998, ce qu’on appelait alors « la double peine », abrogées parce que contrevenant au principe d’égalité des citoyens devant la loi. Pas sûr d’ailleurs qu’en mélangeant le code de la nationalité avec le code pénal, on rende service à ce dernier. Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Si tout ceci n’a guère de chance de se révéler efficace, comme toutes les déclarations guerrières de Sarko depuis huit ans, il s’agit surtout de se faire mousser.
Bien sûr, le brillant Christian Estrosi, député-maire de Nice, ne pouvait rester coi. Ce mec-là, dès qu’il y a une connerie à brailler, on peut être sûr qu’il va prendre un porte-voix. « Français ou voyou, il faut choisir ». Il veut semer la panique sur la riviéra, lou ravi de Nizza, ou quoi ? Et d’apporter son soutien à un troisième larron, Eric Ciotti, lui aussi député des Alpes-Maritimes, qui veut rien moins que jeter en taule les parents d’enfants délinquants. Que cela taille en pièce un principe fondamental de notre Droit n’émeut guère la bande de zozos. Pour pêcher l’électeur frontiste, plus l’appât est gros et moche, mieux c’est.
Il n’est d’ailleurs pas vraiment surprenant que ce soient ces trois-là qui s’y collent : d’une façon générale, le Midi est un bastion du Front National et pour être élu ici, quand on est de droite, mieux vaut se montrer conciliant avec ses électeurs. Le pari est pourtant risqué pour Sarko qui prépare sa campagne pour 2012 car ce n’est plus le vieux Le Pen qu’il aura sur sa route mais sa fille que d’aucuns jugent bien moins répugnante. De plus, il n’est pas dit que l’électeur de droite moyen se montre enthousiaste face à son bilan, tous sujets confondus, pas plus que face à ce voisinage nauséabond.
Mais faut-il que ce pays aille mal pour que ce pouvoir usé et incapable nous ressorte la vieille rengaine de la stigmatisation et du bouc-émissaire ?
Stigmatisation des gens du voyage, après les émeutes de Saint-Aignan, auxquels on amalgame au passage les parias de l’Europe, les Roms, en pensant plus spécialement à ceux de Roumanie, donc des étrangers, alors que ceux de France (Gitans et autres Manouches) sont pourtant, comme les commerçants forains, majoritairement des Français, parfois même depuis plus de 400 ans. Mais les nomades ont toujours eu mauvaise presse chez les sédentaires. Ce sont des cibles faciles. Quel merveilleux prétexte pour les montrer du doigt, tous ensemble, que la bonne occasion offerte par la violence imbécile de quelques-uns d’entre eux (d’ailleurs sédentarisés), motivée par la mort d’un des leurs, présenté comme un délinquant. Donc indéfendable. Tant pis, si les Roms (ceux de Roumanie) n’y sont pour rien. Ils sont étrangers et ils puent. A croire que Sarkosy a gardé de ses origines hongroises la haute opinion que les gens du coin (Roumanie, Hongrie, Bulgarie) professent de cette minorité, indésirable depuis la nuit des temps et souvent persécutée comme telle. Pour les autres, on instille ce poison qui fait d’eux des Français de seconde main, par nature nuisibles. On justifie donc le refus de certaines municipalités de les accueillir, comme la loi l’exige pourtant de celles de plus de 5000 habitants. Ou bien, quand elles veulent bien créer les aires d’accueil, le fait de les aménager loin de la ville ou près de la déchetterie ! Parfois les deux.
Stigmatisation des étrangers auxquels on attribue la responsabilité de la délinquance. Là encore, suite aux émeutes de Grenoble générées par la mort d’un braqueur. Autres violences imbéciles avec tirs à balles réelles sur la police. Indéfendable. Inadmissible.
C’est pourtant évident, à écouter les déclarations imbéciles du ravi de Nice : il n’y a pas de délinquant français. Forcément, s’il y a des délinquants, c’est donc qu’ils sont étrangers et qu’ils viennent piller le butin des délinquants vrais français. Mais s’ils sont Français, c’est que ça doit pas faire longtemps. Donc ils sont pas encore vraiment Français. Bref, c’est compliqué ! D’ailleurs, il n’y a qu’à demander aux immigrants italiens ou polonais du début du XXième siècle. Y avait pas pire comme délinquants. Y en avait plein les prisons. C’est bien un signe, ça, que les étrangers sont nuisibles. D’ailleurs, qu’ils soient Tziganes ou Arabes, ils roulent tous avec des grosses bagnoles. Ça aussi, c’est un signe. Quand on a pas la peau claire et le bon vieux type aryen, on n’a rien à faire au volant d’une Audi ou d’une Béhème. Et ne venez surtout pas parler de crise, d’exclusion et de toutes ces conneries. Ça n’a rien à voir. C’est gens-là sont mauvais et pis c’est tout !
Il y a dans l’actuelle majorité, hélas, tout un courant qui s’abreuve à la politique glorieuse menée jadis par Pétain et le gouvernement de Vichy. Le seul d’ailleurs à avoir instauré de façon systématique la déchéance de nationalité : à l’égard des Juifs. Certes, aujourd’hui, il n’y a ni étoile jaune ni camps d’extermination à la clé mais l’idée de diviser les Français sur la base d’un mérite illusoire et de leurs origines est tout simplement répugnante et indigne.

Ce ne sont pas les dernières déclarations évidemment fielleuses et pitoyable du pitbull Lefèbvre, à l’endroit de Michel Rocard et de quelques autres personnalités, qui y changeront quelque chose : Sarkosy et ses sbires sont dangereux. Pour préserver, espèrent-ils, le pouvoir qu’ils ont acquis des urnes, ils ouvrent la boite de Pandore au risque de faire exploser la société française. Mais qu’importe ! Cela leur donnera l’occasion d’accentuer leur répression. Un bon Français est un Français qui ferme sa gueule et se laisse manger la laine sur le dos.
Mais eux, ils ne nous respectent pas. Ils ne respectent ni la France ni les Français. Seuls leurs intérêts immédiats comptent. S’il y a une faute lourde, comme le prétend l’autre demeuré, c’est bien la leur : ils déshonorent ce pays et méprisent ses citoyens tout en les asservissant aux intérêts particuliers de leurs amis. C’est petit. C’est indigne. Et c’est peut-être ça la déchéance. Celle d’une nation toute entière à la merci de quelques tristes sires.
Putain, encore deux ans ! Ça va être long !
vendredi 23 juillet 2010, par
Qu’y a-t-il de plus agréable, en ces temps de chaleur quasi-caniculaire, que de trouver ici ou là un havre de fraîcheur ?
Plutôt que de rester enfermés chez soi, volets et persiennes clos, à attendre les heures bénies de la journée où la température, enfin, commence à décliner, il existe ici, à Bédarrides, une solution sympathique : s’offrir une petite balade au fil de l’eau.
Comme cela est désormais de notoriété mondiale, Bédarrides est un charmant village provençal bâti au confluent de sept rivières dont les deux plus importantes doivent leur célébrité à des raisons quasiment opposées.
Tout d’abord, il y a l’Ouvèze, rivière longue de plus de 120 km au régime torrentiel et dont les crues brutales peuvent être dévastatrices. Ainsi celle du 22 septembre 1992, de sinistre mémoire, qui a frappé cruellement le village et encore plus Vaison-la-Romaine située en amont.
Et puis, il y a la Sorgue, petite rivière d’à peine 35 km de long, au caractère plutôt placide, bien que son débit moyen soit d’environ 18 m3/s, et qui est, sans nul doute possible, la résurgence la plus célèbre de France, pour ne pas dire — soyons fou — de la Terre et au delà. Sa source n’est autre, en effet, que la splendide Fontaine de Vaucluse, nichée au cœur du village éponyme. Elle arrose notamment la non moins célèbre ville de l’Isle-sur-la-Sorgue d’où elle se scinde en plusieurs bras, dont la Sorgue de Velleron et celle d’Entraigues qui se rejoignent en amont de Bédarrides et de son confluent avec l’Ouvèze. Sans parler du canal de Vaucluse, troisième bras important de la rivière, qui rejoint Avignon. La Sorgue est véritablement l’artère nourricière de cette partie du département de Vaucluse à laquelle elle apporte l’eau vitale en quantité abondante et relativement régulière tout au long de l’année.
Depuis quelques années, un effort important a été réalisé pour mettre en valeur le patrimoine du village et pour l’aménager afin d’y rendre la vie plus agréable. En effet, Bédarrides, bourg relativement important, souffre d’un déficit d’image auprès du grand public par le fait que, hormis les vignobles qui le bordent du côté de Châteauneuf-du-Pape, son patrimoine et son histoire sont relativement peu connus. Dans la période récente, les dernières crues catastrophiques de l’Ouvèze l’ont évidemment desservi en mettant en exergue les risques liés à son hydrographie capricieuse. Ceci a, bien entendu, des conséquences importantes sur le plan d’occupation des sols. La vie politique de Bédarrides, on le comprend aisément, tourne également en grande partie sur la façon dont les municipalités en place et leurs adversaires appréhendent cet épineux problème.
Des travaux très importants ont été entrepris pour sécuriser le village et limiter les conséquences des crues de l’Ouvèze avec l’espoir que ces dispositifs impressionnants éviteront que se renouvellent les désagréments liés à ce voisinage.
Il faut cependant tempérer quelque peu cette vision « apocalyptique » : si l’Ouvèze est parfois une menace, ces sautes d’humeur ne touchent que très exceptionnellement le village dont la vie, somme toute, s’écoule de la façon la plus pacifique qui soit. Bédarrides somnole paisiblement sous le soleil.
L’actuelle municipalité a encore accentué le programme d’aménagement du village. Ainsi, entre autres initiatives que je trouve personnellement très heureuses, a-t-elle aménagé sur les bords de la Sorgue deux pontons depuis lesquels il est possible d’embarquer sur une barque à fond plat, opportunément appelée « Ville de Bédarrides », pour une petite balade instructive et rafraîchissante le long de cette rivière, entre son confluent avec l’Ouvèze et la réunion de ses deux bras de Velleron et d’Entraigues.
C’est donc par un beau samedi ensoleillé et, bien sûr, fort chaud, qu’Elle et moi avons décidé de nous offrir cette croisière.
Nous n’étions que deux à solliciter la jeune et charmante personne dévolue au rôle d’« éco-guide », ainsi que l’appellent les prospectus vantant ces voyages.
Nous avons pris place dans l’esquif et sommes donc partis tous les trois à la découverte de notre rivière sacrée qui a, à cet endroit, près de 3 m de profondeur. Direction l’amont, c’est à dire Entraigues. Le courant est relativement important et le petit moteur de la barque travaille vaillamment à le surmonter.
Les berges sont couvertes d’une abondante végétation composée notamment de peupliers blancs, d’ormes et de frênes. Beaucoup de ces arbres sont majestueux. Beaucoup d’ormes sont malheureusement frappés d’une maladie incurable et en train de crever. D’ailleurs, nombreux sont les vestiges de cette essence qui jonchent le lit de la rivière, offrant ainsi un spectacle étonnant. Toutefois, le cours d’eau a été en grande partie nettoyé des cadavres les plus encombrants et la navigation s’y fait sans grand problème. La rivière est relativement large et ses eaux à 10°C dispensent une agréable fraîcheur bienvenue.
Au fil de la balade, notre guide nous sert une présentation du spectacle qui s’offre à nous, arrêtant le moteur de la barque à plusieurs endroits pour nous dispenser un très intéressant cours d’histoire naturelle qu’elle possède à la perfection. La flore en occupe une bonne partie. Elle est remarquable, car inhabituelle en Provence, en raison de l’abondance de l’eau et surtout de sa température à peu près constante tout au long de l’année. Selon notre guide, ce genre de végétation ne se retrouve que plus au nord ou plus en altitude.
On apprend aussi que la rivière est colonisée par des castors — Bédarrides s’enorgueillit d’ailleurs d’en héberger un couple que l’on peut, paraît-il, apercevoir parfois le soir —, des rats musqués et des ragondins, pleins d’oiseaux dont des rapaces et des hérons et pleins d’insectes. D’ailleurs, nous pouvons assister au ballet incessant de libellules bleues (des demoiselles). Seul un antipathique taon viendra brièvement nous visiter. Découragé par l’attention que je lui porte, il finira par repartir à la recherche d’un autre sang à ponctionner. Sale bête !
La Sorgue est également un petit paradis pour les pêcheurs. Elle abrite des truites, des carpes, des brochets et que sais-je encore ? et le long de cette balade nous apercevons deux ou trois pontons privés installés par quelques riverains chanceux auxquels sont amarrées de petites barques. Des supports de cannes à pêche sont également laissés à demeure par endroit, témoignant de l’assiduité des passionnés.
Nous croisons un premier affluent à tribord qui n’est autre qu’une partie de la Sorgue d’Entraigue qui s’est séparée en deux bras à l’aval de la ville, créant ainsi une ile assez importante. A bâbord, un deuxième affluent : la Vallat-Mians (?), un ancien canal de drainage qui s’est peu à peu transformé en rivière ; puis un troisième, l’Auzon (?). Nous arrivons au confluent des Sorgues d’Entraigues et de Velleron. Sur l’embarcadère, un homme fait la sieste, profitant de la fraîcheur conjuguée de l’ombre des hauts arbres et de la rivière. Veinard !
Puis la barque fait un demi-tour et reprend son odyssée vers son port d’attache. Le courant est désormais porteur et le petit moteur ne s’active plus que pour permettre à notre guide de diriger l’embarcation entre les rares écueils. Elle l’arrête encore à deux ou trois reprises pour nous montrer des souches d’arbres rongées d’une manière caractéristique, attestant la présence des castors. On apprend ainsi qu’il est possible de distinguer dans l’eau ces bestioles des rats musqués : le castor ne sort que la tête de l’eau tandis que l’autre montre aussi son dos. Mais nous ne verrons ni l’un ni l’autre.
Nous parvenons ainsi à notre point de départ où nous amarrons le "Ville de Bédarrides" à son embarcadère.
Au total, la petite balade aura duré une bonne demi-heure et nous aura coûté 5,00 € par personne. Le plus important est tout de même qu’elle a été très agréable à tous les points de vue. De plus, bien qu’ayant passé ici une bonne partie de ma vie (notamment ma jeunesse), j’ai encore appris des choses. Bref, cette croisière sans prétention est un vrai petit plaisir que je ne saurais trop conseiller à tout ceux à qui la simplicité et le (quasi) silence ne répugnent pas. Vous ne le regretterez pas.
Pour en savoir plus, cliquez sur les liens ci-dessous :
Dernière précision : ces balades en barques sont organisées de juin à septembre, du vendredi au dimanche et de 14h00 à 19h30.
Bon voyage, donc. Et encore un grand merci à notre sympathique « éco-guide » pour sa gentillesse et son érudition ainsi qu’aux promoteurs de ce projet original et réjouissant.
Et pis c’est tout !
dimanche 18 juillet 2010, par
C’est une affaire entendue : les étrangers sont de mauvaises gens, surtout lorsque, en plus, ils sont journalistes. Parce que les journalistes, déjà en France, c’est pire que tout. Alors s’ils sont étrangers, c’est encore pire ! Voyez ?
Parce qu’il faut bien le dire, les étrangers sont des jaloux. Oui, des jaloux ! Ils nous envient sans parvenir à être aussi parfaits que nous, aussi intelligents, aussi généreux et tout ça. Alors, ça les aigrit, les étrangers et, par dépit, ils font rien qu’à dire des horreurs sur nous autres, les Français, pourtant si gentils.
A preuve, la dernière livraison de Courrier International (n°1027 du 8 au 14 juillet 2010) titré « La France plumée - Affaires : la presse mondiale se déchaîne » et avec pour sous-titres :
La palme revient sans conteste à Manfred Rist, journaliste apparemment suisse qui, dans un article paru dans le « Neue Zürcher Zeitung », assène :
Les ministres français ne semblent guère se laisser guider par la morale, la loyauté envers le peuple ou même le bon sens.
Et ils y vont tous de leurs moqueries acerbes, ces salauds d’étrangers, de l’Allemagne à l’Espagne, du Royaume-Uni à l’Italie et du Maroc au Burkina-Faso. Oui, même les Africains dont, pourtant, notre vénéré président, dans sa grande mansuétude et sa grande clairvoyance, avait dit, dans un élan d’un lyrisme époustouflant dont seuls ses magnifiques conseillers peuvent avoir le talent et le secret, « qu’ils n’étaient pas assez entrés dans l’Histoire ». Et là, d’un coup, retour de bâton : avec Sarko, ce serait la France qui serait en train d’en sortir, de l’Histoire. Putain, la gueule que doit faire l’autre blondinet comique — comment c’est déjà son nom ? Ah oui : Hortefeux — : des Auvergnats qui nous font la leçon ! Pan dans la gueule ! Ouh, que ça doit faire mal, ça !
Il faut dire, à la décharge de ces enfoirés de journalistes étrangers, que ces histoires de cigares, d’appartements, de vols en jets privés et tout ça, même ici, au pays de la tolérance, ça la fout un peu mal. Et pourtant, on a l’habitude, pas vrai ? Combien de ministres, de maires, de députés, de conseillers généraux, de hauts-fonctionnaires sont passés sous les projecteurs brûlants de l’actualité pour avoir favorisé telle entreprise contre une petite offrande, bien naturelle entre gens de bonne éducation, ou pour avoir utilisé le personnel placé sous leurs ordres pour entretenir leur modeste datcha ou servir quelque collation lors de petites soirées privées entre amis ? A tel point que, pour un peu, on finirait par croire que c’est la chose la plus naturelle du monde et qu’on s’inquièterait presque de ne pas voir surgir un nouveau scandale.
Et encore, tous ces articles, d’une méchanceté gratuite à vous faire regretter d’être gentil, ont été écrits avant la superbe prestation télévisée de notre Guide Lumineux — que le nectar de ses Saintes Paroles nourrisse à jamais nos esprits insatiables. Alléluia ! — Sinon, qu’est-ce que ce serait ?
Je résume, en vrac, pour les mécréants qui n’ont pas assisté à la messe : « Avec Carlita on en a bavé. C’est pas facile d’être président. Woerth est un mec chouette. Avec sa femme, ils en ont bavé. C’est pas facile d’être ministre. Y en a des qui ont fait des bêtises : on va les gronder. Et, au fait, au sujet de la crise, on va faire des économies (finis les ballons et les guirlandes aux fêtes, finie la chasse à courre, etc.) mais on va aussi trouver un moyen indolore de vous la mettre bien profond, à commencer par vos retraites. »
Bien entendu, si M. le président de la République s’est cru obligé de faire les gros yeux à certains de ses sous-fifres, ce n’est certes pas à cause des calomnies honteuses, pour ne pas dire la boue nauséabonde, déversées par la presse haineuse et, notamment, par le Canard Enchaîné. Que nenni, allons ! C’est uniquement parce que Son Indigence a l’œil partout et qu’il a décelé de ridicules écarts incompatibles avec sa très haute conception de l’exemplarité et de la probité. Tout simplement pitoyable !
Caricatural ? A peine. Et encore, je n’ai pas eu le courage de regarder jusqu’au bout tellement le spectacle était navrant et prévisible.
Bien sûr, les habituels roquets ayant été lâchés peu de temps avant pour préparer le terrain, on connaissait déjà un peu la rengaine. Même la Morano y est allé de ses fines analyses, allant jusqu’à parler de « fascisme » au sujet de la presse hystérique et de la gauche « trotskisante » qui s’acharnent sur ce malheureux Woerth. Faut dire que mémère sait de quoi elle parle en matière de fascisme. L’indispensable Bertrand se dit scandalisé par cette « chasse à l’homme » et l’humoriste Lefèbvre, quant à lui, s’extasie sur les tubes de dentifrice de son président. La belle équipe que voilà !
En substance, Woerth est un honnête homme, il est innocent et il n’y a pas de conflit d’intérêt. L’affaire est close, circulez, y a rien à voir.
Il n’y a peut-être pas de conflit d’intérêt, ce que tout de même un esprit par trop chagrin pourrait avoir le culot de contester, mais selon Gascogne, il pourrait bien y avoir un léger parfum de concussion [1] voire de prise illégale d’intérêt. Nous voilà rassurés, en somme : rien que de très normal pour nous autres, phares du monde démocratique.
Dans un article de Marie-Pierre Subtil, paru le 17 juillet 2010 dans Le Monde, Marcel Gaucher [2] analyse les raisons pour lesquelles, selon lui, cette succession d’affaires marque davantage ce quinquennat.
Extrait :
Cette affaire marque-t-elle une étape dans le mandat de Nicolas Sarkozy ?
Elle me semble marquer l’arrivée de la facture de la crise. C’est ce qui explique son retentissement. La crise prend complètement à contre-pied le dispositif politique de Sarkozy, à savoir le projet d’une banalisation libérale de la France, pour sortir d’une exception jugée dommageable par les élites.
Cela se résumait dans l’idée chère à Sarkozy de décomplexer le rapport des Français à l’argent, sur le thème "laissez faire les gens bien placés pour gagner beaucoup d’argent, et vous en profiterez tous". Son tour de force a été de présenter cela comme une forme de justice : si vous vous donnez du mal, vous gagnerez, seuls les paresseux perdront. Il avait trouvé un thème de campagne très efficace, en conciliant libéralisme et justice.
La crise a réduit à néant cette belle construction. Dans un premier temps, Sarkozy s’en est très bien tiré, en affichant son volontarisme. Mais les belles paroles n’ont pas eu de suite. Nous savons que la facture de la rigueur va être lourde et que nous allons tous devoir payer plus d’impôts. Cela repose le problème de la justice fiscale et sociale en de tout autres termes, et cela jette une autre lumière, rétrospectivement, sur les intentions initiales. L’affaire Woerth-Bettencourt restera peut-être sans aucune suite, mais elle révèle quelque chose de profond : elle fait surgir au grand jour la désillusion de l’opinion à l’égard de la promesse sarkozienne.
Cette désillusion est-elle imputable à Nicolas Sarkozy, ou aux élites dans leur ensemble ?
L’épisode réactive un contentieux larvé entre le peuple et les élites. Sarkozy avait donné l’impression d’être conscient du problème et de vouloir modifier les choses. Il ne l’a pas fait, et même, par certains côtés, il a aggravé le malaise, par son style de star égocentrique et autoritaire.
En France, les élites (un mot que je n’aime pas mais il n’y en a pas d’autres) ont une haute opinion d’elles-mêmes et ne se rendent pas compte du fossé qui les sépare de la population. Elles entretiennent à son égard un mépris bienveillant. Elles veulent son bien, mais elles estiment que leurs mérites éminents doivent être récompensés.
Quand M. Joyandet ou M. Estrosi prennent un avion privé à prix d’or pour rentrer à Paris plus vite, ils le font avec une parfaite bonne conscience, pensant que l’importance de leur personne et de leur fonction le justifie.
Et quand certains profitent d’un permis de construire indus ?
Là, nous sommes dans un autre registre. Leur idée implicite est qu’ils appartiennent à une catégorie à part, qui leur donne des droits particuliers. Vous trouvez cela à tous les niveaux, y compris dans la vie politique locale — la boîte noire de la vie publique française —, comme cela va finir par se savoir. Règne l’idée que le fait de se dévouer pour le bien public mérite reconnaissance, c’est-à-dire privilèges.
M. Gaucher renvoie quelque peu gauche et droite dos à dos, même si les manières de faire ne sont pas identiques. Mais, sans faire une généralité de pratiques pour le moins critiquables — il existe bien des hommes politiques intègres — il présente nos « élites », au moins en partie, comme une caste en rupture totale avec la raison d’être de ses mandats démocratiques. En cela, il rejoint la sentence de Manfred Rist, cité au début de ce billet, sans le dire de manière aussi désagréable.
Quant à la démocratie et à Sarkosy, justement, il conclut :
Au-delà de cette affaire Woerth-Bettencourt, avez-vous le sentiment d’une remise en question des principes démocratiques ?
Non, au contraire. Ce n’est pas la démocratie en tant que telle qui est remise en question, c’est la manière dont certains en profitent. Le culte de la chose publique est plus fortement intériorisé en France que partout ailleurs.
Les gens sont donc très choqués quand les individus au pouvoir se comportent en individus privés. La plus grande faille de Nicolas Sarkozy, c’est qu’il n’a pas le sens de l’institution. Le côté privé du personnage prend toujours le dessus. Il n’arrive pas à être un homme d’Etat.
(Vous pouvez tenter votre chance ici pour lire l’intégralité de l’article)
« Il n’arrive pas à être un homme d’Etat ». C’est presque aussi dur qu’un article de presse étranger, ça ! Ce n’est pas moi qui le dit mais cela fait assez longtemps que j’en ai la conviction profonde.
Pas étonnant que ce pays soit la risée du monde. Pauvre France.
Et pis c’est tout !
[1] Non, non, c’est pas un gros mot.
[2] Historien et philosophe, Marcel Gauchet, 63 ans, est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Rédacteur en chef de la revue Le Débat, qui vient de fêter ses 30 ans, il est l’auteur de plus d’une vingtaine d’essais, centrés sur la démocratie, la religion, l’éducation et le pouvoir. Il s’exprime ici en tant qu’"observateur de la vie politique française, et rien de plus", et précise qu’il n’a pas pris part, jusqu’à présent, au débat pro ou anti-Sarkozy.
jeudi 1er juillet 2010, par
C’était il y a deux ou trois jours.
Je m’apprêtais à rejoindre mon cher plumard. Avant d’éteindre la télé que, sans raison valable, j’avais laissé allumée alors que je ne la regardais plus depuis un moment, je me mets à pitonner [1] la télécommande pour faire défiler les programmes. Et là, je tombe sur… Frédéric Lefèbvre, ci-devant porte-parole de l’UMP, interrogé par Benoit Duquesne dans son émission « Complément d’enquête », sur France 2.
Le premier haut-le-cœur passé, j’interromps le mouvement de pression que j’amorçais sur le bouton d’arrêt en entendant la voix de son maître faire l’éloge de celui-ci :
Quand Il prend un avion de la République, Il se sert de son propre dentifrice…
Je cite de mémoire.
Bon, reconnaissons que ce pauvre gars n’a pas la tâche facile : comparé à, au hasard, De Gaulle qui payait ses factures d’électricité ou ses timbres-postes à usage personnel lorsqu’il était à l’Élysée, l’exemple donné par son gourou à lui fait un peu minable. Surtout si on se remémore l’usage assez immodéré qu’il a fait des avions de la République. Certainement a-t-il dû rechercher vainement des exemples de probité un peu plus clinquants et finir, en désespoir de cause, par se rabattre sur celui-là. Il faut dire que notre petit timonier ne nous a guère habitué à la jouer modeste. N’est pas un grand homme politique qui veut.
Évidemment, il Lui sera toujours plus facile, avec ce comportement aussi édifiant qu’exemplaire, d’aller faire la morale à cet autre parangon de vertu républicaine qu’est Christian Blanc, lequel, si l’on en croit le Canard Enchaîné (mais comment ne pas le croire ?), a réussi à s’offrir aux frais de la princesse pour 12000 € de cigares de luxe. Pour en rembourser généreusement 3500 € une fois ses frasques jetées en pâture au petit peuple. Salauds de journalistes !
Entre les appartements des uns, les cigares des autres, les permis de construire de complaisance de celui-ci et les copinages douteux de celui-là, il est vrai qu’il était temps que le chef d’orchestre entame une opération « mani pulite [2] » pour redorer le blason quelque peu terni d’un gouvernement qui n’a jamais vraiment brillé par la pudeur de certains de ses membres. Surtout au moment où les mêmes voudraient nous convaincre que la crise économique causée par la rapacité de leurs amis devra être payée, en définitive et comme d’habitude, par le sacrifice de nos droits sociaux. Bref par nous.
Alors, c’est sûr : un petit tube de dentifrice, ça paraît rien comme ça, mais quand on s’apprête à jeter sur la paille des millions de citoyens qui n’émargeront jamais au bouclier fiscal, en fait, c’est énorme.
Et c’est beau. Et c’est émouvant. Si, si ! Vraiment !
Je parle, bien sûr, de cette façon toute en finesse de nous prendre pour des cons.
Et pis c’est tout !
Voici donc revenu la fin de l’année scolaire et son cortège de fêtes et de kermesses des écoles.
Ceux qui ont des enfants d’âge scolaire — ou qui en ont eu — comprendront certainement la joie profonde, quoique un peu crispée, ressentie par nombre de parents à l’idée d’aller admirer leur progéniture affublée d’improbables déguisements (qui la libellule ou le bourdon, qui le meunier ou la paysanne, qui le renard ou le corbeau, qui le prince ou la princesse ; j’en passe et des plus insolites) pour esquisser des pas de danses maladroits et émouvants sur la scène de l’école, dressée spécialement pour l’occasion. Ce n’est pas pour rien, finalement, que ce qui apparaît souvent sur l’instant comme une corvée (osons le mot) devient, bien des années plus tard, l’image d’un petit bonheur furtif passé au rang des souvenirs à l’évocation desquels on se prend à sourire avec émotion.
Ah ! Si seulement on pouvait revenir en arrière, quelques fois !
La mairie d’Orange, cette année, s’est donnée beaucoup de mal pour que ces fêtes soient de vraies réussites, aptes à rejoindre, dans la mémoire des parents et des enseignants, les plus beaux souvenirs qu’ils garderont à jamais de tous ces minots en ribambelles. Qu’on en juge plutôt.
Figurez-vous que, dans certaines écoles situées dans des quartiers de la ville à forte population d’origine étrangère — et pour tout dire musulmane, les organisateurs ont décidé de proposer aux participants, à la buvette où ils pourront se restaurer, des produits « halal ». Après tout, si les athées et les catholiques peuvent s’envoyer des casses-dalles au saucisson et au jambon, il semblerait normal que les musulmans, dont les enfants vont dans ces écoles, puissent eux-aussi participer pleinement à la fête de bout en bout tout en engouffrant des aliments adaptés à leurs croyances. C’est tout de même jour de fête et les minots sont contents de voir leurs parents y rester le plus longtemps possible.
Sauf que ça ne convient pas à monsieur le maire d’Orange qui y voit une entorse insupportable au principe de laïcité. Si, si ! Du coup, la ville a fait savoir à ces dangereux cléricaux que, s’ils persistaient dans leur incroyable volonté anti-laïque, ils devraient se passer du généreux soutien matériel de la municipalité. Entendez : pas de chaises, pas de tables, pas d’estrades, pas de barrières, peut-être pas de sono, etc. C’est qu’on rigole pas avec la laïcité à Orange !
A vrai dire, on reconnaît bien là l’art tout en finesse de l’extrême-droite à accommoder les principes républicains à sa sauce alors que d’une façon générale elle n’a que faire des valeurs de la République.
La liberté ne se conçoit pour elle que dans celle d’approuver son discours xénophobe, homophobe et raciste ; l’égalité n’est valable que pour les Français « de souche », sauf les pédés et les gouines, bien sûr, l’étranger n’obtenant son label de respectabilité que s’il ferme sa gueule, embrasse le drapeau tricolore chaque matin en chantant la Marseillaise, pour preuve de son amour indéfectible pour sa terre d’accueil (et encore !) ; la fraternité relevant du même tonneau. Bien sûr, on se souvient de la laïcité surtout lorsqu’elle n’est pas en phase avec les valeurs chrétiennes si vaillamment symbolisées par Jeanne d’Arc.
Rien d’étonnant alors à ce que tout ce qui évoque l’Islam, de près ou de loin, provoque chez ces gens-là des bouffées d’aigreur : ils en sont restés à l’époque des Croisades avec un petit détour en arrière par 732 et Charles Martel, figure héroïque entre toutes. Bien entendu, tout cela n’a rien à voir avec le temps béni de la colonisation et de ses apports positifs et encore moins avec l’indépendance algérienne. Que nenni ! C’est juste pour la laïcité, qu’on se le dise.
Ceci n’est pas sans rappeler ces récents détournements des apéritifs géants, façon « fesse-bouc », ou de la « fête des voisins », sur la base de saucisson et de pinard. Autrement dit : interdits aux musulmans… et aux juifs.
Organisés par des groupuscules fascistes, reprenant une soi-disant laïcité ouvertement anti-musulmane, ces pitoyables démonstrations xénophobes sont évidemment l’exact contraire des initiatives plus ou moins heureuses qui, elles, avaient cependant un réel objectif de partage et de convivialité, voulant instaurer le dialogue entre des gens qui se côtoient mais ne se connaissent pas. Ne seraient les excès de certaines de ces réunions (fesse-bouc toujours), et toute apologie de l’alcool et des substances illégales mise à part, il y a là, à mes yeux, bien plus de laïcité que ne pourra jamais revendiquer la plus courue des parades « sauciflard et gros rouge qui tache ».
Car on n’est pas ici dans une simple dénonciation des excès engendrés par une islamisation réelle ou supposée d’une partie de la société. Si, dans certains cas comme à Paris ou d’autres villes de France, on assiste à une certaine lâcheté des élus face à des demandes injustifiées de représentants religieux [1], sous couvert de « laïcité positive » ou pour ne pas être accusés d’intolérance, l’extrême-droite se nourrit de l’exaspération provoquée par de telles concessions et s’en sert pour amalgamer l’ensemble des citoyens de confession musulmane et leur nier jusqu’à leur droit à l’existence… chez nous.
Or, si d’un côté, on ne peut que s’interroger sur l’absence de vision de certains politiques face à ce qui ressemble bien à des provocations communautaires extrêmement ciblées et mal ressenties par les autres composantes de la société, de l’autre on ne peut qu’être écœuré par le discours intolérant et simpliste de l’extrême-droite. Et inquiet, aussi. Là où des gens confrontés à la réalité d’une société multiculturelle tentent avec leurs faibles moyens d’œuvrer pour la tolérance, le partage et la compréhension, d’autres ne pensent qu’à répondre par le rejet, la négation de l’autre, voire par la haine. Ils confondent volontairement le prosélytisme plus ou moins avéré que représentent des signes religieux ostensibles dans une école républicaine et laïque avec une simple main tendue à l’autre et le respect qui lui est dû en tant qu’être humain.
Je ne dirai jamais assez la répugnance que j’éprouve à l’égard de ces gens-là.
Vouloir comprendre l’autre, ce n’est certainement pas approuver sans réserve ce qu’il prône, c’est simplement vouloir échanger librement avec lui et le connaître mieux, dans un respect mutuel. Pour parler à des musulmans (mais j’en connais avec qui je peux le faire sans aucun souci), je ne me convertirai certainement pas à l’Islam (ce dont je doute qu’ils me le demandent jamais). Mais si pour montrer que je les respecte au même titre que n’importe qui je dois partager leur repas et manger halal, je n’hésiterai pas une seconde. Sans compter que j’en serai honoré.
Alors bon courage aux enseignants et aux parents des écoles d’Orange. Ce sont eux qui sont respectables.
Et pis c’est tout !
[1] comme, par exemple, la prière en pleine rue alors que les salles réservées à cette usage sont amplement suffisantes
Petite citation prémonitoire :
La retraite faut la prendre jeune.
Faut surtout la prendre vivant. C’est pas dans les moyens de tout le monde.
(R. Dalban/A.Weber dans les Barbouzes de G. Lautner - 1964)
Michel Audiard
Et pis c’est tout !
Bon ben voilà : c’est plié !
Même s’il était difficile de croire réellement au miracle, cette fois on est fixé pour de bon sur le sort des Bleus. Allez ouste ! A la maison !
Tout juste reconnaîtra-t-on qu’ils ont été un poil moins mauvais contre les Sud-Africains que dans leurs matches précédents puisqu’ils ont marqué un but et n’en ont pas encaissé plus que contre le Mexique. C’est déjà ça. Mais enfin, pas de quoi pavoiser.
On souhaite vraiment bonne chance à Laurent Blanc qui va prendre ses fonctions dans des conditions plus que désastreuses.
On nous promet le grand déballage dans les jours qui viennent. Au moins, on aura quelques révélations croustillantes à se mettre sous la dent et puis ça va bien occuper le devant de la scène durant quelques semaines, voire quelques mois. Ça nous distraira un peu de tout le reste, des retraites et tout ça. Qu’y a-t-il de plus important que les vicissitudes de l’équipe de France de football ? On se le demande.
Déjà, on a un espoir : le président de la fédération française, Jean-Pierre Escalettes, va réunir son monde pour analyser et tirer les conséquences du fiasco sud-africain. Comme on n’est pas des experts, on se gardera bien de lui suggérer de se regarder dans une glace pour voir un des responsables. Il finira bien par trouver tout seul, j’espère. Mais sans doute sera-t-il bien plus confortable de charger Domenech. Plus confortable et surtout plus simple, vu qu’il a beaucoup travaillé en ce sens.
Dans le grand nettoyage de linge sale qui se profile à l’horizon, gageons que nous aurons encore la joie d’entendre les déclarations ébouriffantes de cette pauvre Marine Le Pen pour qui les responsables semblent tout désignés. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que l’UMP a déjà dégainé son arme de racolage massif en la personne d’Éric Raoult. C’est dire si le niveau du « débat » va atteindre des sommets ! Ce sera certainement à qui lavera plus blanc, bien entendu.
Bon ben, les enfants, on a bien rigolé mais on a des choses un peu plus urgentes à régler. Alors on oublie tout ça, on se retrousse les manches et on va défendre nos retraites. Et un peu aussi un certain modèle de société qui n’a rien à voir avec cette odeur persistante de fric pourri. Ce n’est probablement pas monsieur Woerth qui dira le contraire.
Alors, rendez-vous le 24 juin.
Et pis c’est tout !
lundi 21 juin 2010, par
On ne tire pas sur une ambulance, dit-on. Et on a bien raison.
Bien sûr, le spectacle donné par l’équipe de France de football et son entourage n’a pas vraiment de quoi nous réjouir, qu’on aime ce sport ou pas. Encore que, dans ce dernier cas, la raillerie serait à peu près compréhensible si, toute tentation chauvine mise à part, elle n’éclaboussait indirectement ceux de nos concitoyens qui, sans verser dans les excès auxquels il nous est donné d’assister trop souvent, se contentent d’y puiser un plaisir simple et sans prétention. Le football est le sport populaire par excellence et l’équipe de France se devrait d’être un modèle.
Certes, on le sait depuis quelques années, la génération actuelle de footballeurs « de haut niveau » qui a constitué les différentes versions de cette équipe de France, ressemble à beaucoup de choses, peut-être même à une armée mexicaine, mais assez peu à une équipe qui aurait la prétention de jouer les premiers rôles. Le problème, évidemment, c’est qu’après sa déculottée face au Mexique, justement, il vaudrait mieux réviser son répertoire de railleries de journalistes sportifs.
Aye ! Aye ! Aye ! Caramba ! Que viva Mexico !
Ce n’est pas nouveau : il y a en France quasiment autant de sélectionneurs que de supporteurs des Bleus et aucun sélectionneur en titre n’a échappé aux critiques enflammées, surtout lorsque l’équipe de France ne faisait pas montre d’une inspiration digne des dieux de l’Olympe. Même Aymé Jacquet s’est retrouvé quelques fois cloué au pilori jusqu’à ce que son équipe décroche la couronne mondiale. Depuis, lui et ses protégés sont des références même pour vendre des lunettes de vue ou des assurances obsèques. C’est dire !
Les oiseaux de mauvais augure, en raison même de leur constance méritoire dans l’annonce des catastrophes à venir, ont forcément raison un jour. Ce jour est donc arrivé pour Raymond Doménech et les Bleus. Oublié l’exploit inespéré de 2006, place à la curée.
Il est vrai que le premier doit avoir un don particulier pour se rendre antipathique et les seconds celui de pouvoir s’endormir eux-mêmes à défaut de leurs adversaires. Il y a belle lurette que cette équipe ne fait plus rêver grand monde. C’est une chose d’avoir des joueurs de talent, et même parfois de grand talent, qui font les beaux jours de grands clubs étrangers (le plus souvent), c’en est une autre que de trouver l’alchimie qui fait les équipes de génie. La nôtre n’est que la juxtaposition de joueurs plus ou moins doués pour jouer au ballon mais… pas ensemble.
En définitive, nous espérons une équipe de rois, dominatrice, impressionnante et talentueuse, capable de venir à bout de n’importe quel adversaire et nous n’avons qu’un ensemble plutôt médiocre qui ne fait peur qu’à lui-même et à ses supporteurs.
Peut-être est-ce là le résultat d’un système où de jeunes gens un peu doués se retrouvent portés au pinacle, avec des revenus mirobolants, alors qu’ils sont incapables de penser aux autres ; des enfants gâtés sans conscience collective.
Pourtant, cette Coupe du Monde ne semble pas être d’un niveau exceptionnel. Ne seraient les comportements ridicules de notre équipe et de certains de ses joueurs, sélectionneur compris, elle ne détonnerait pas dans une compétition où à peu près tous les supposés ténors prennent l’eau, chacun à leur tour. Notre équipe est certainement mauvaise mais finalement guère plus que les autres favorites. N’est-ce pas messieurs les Italiens ?
Amélioration du niveau général ? Usure des équipes nationales habituées à jouer les premiers rôles et soumises à la loi des clubs ? Sûrement un peu de tout cela.
Reste que porter le maillot national n’est pas une simple formalité. C’est un honneur dont il faut se montrer digne car il n’est pas donné à tout le monde de le revêtir. Combien de joueurs amateurs ou de petits clubs professionnels se sentiraient pousser des ailes si, une seule fois dans leur vie, ils pouvaient porter le maillot tricolore ? Alors, quand on a ce privilège, il serait indigne de tomber sans se battre vraiment.
Il paraît que les équipes de France ne sont jamais meilleures que lorsqu’elles ne sont pas favorites, qu’elles sont au pied du mur. C’est vrai aussi en rugby. Parfois. Souvent, disons. On garde aussi le souvenir de ces Bleus qui chutaient à deux doigts du podium après des parcours de légende. Pour un peu, on chérirait davantage les rêves qu’ils nous ont fait miroiter que ce fameux trophée de 1998. C’est que ces aventures-là sont restées exemplaires et ont écrit les grandes heures du sport français.
Alors, aujourd’hui, il semble bien que l’équipe de France ne puisse descendre encore plus bas qu’elle n’est déjà. Du moins, on espère que ces joueurs ne seront pas tentés de prouver le contraire. Elle n’a donc pas d’autre solution, pour laver l’affront qu’elle s’est infligée à elle-même et à nous-mêmes, que de produire un match de rêve. Éliminée ou pas, l’heure est venue de sortir le grand jeu et d’être plus, bien plus, que la somme de onze talents individuels : une équipe enfin !
Allez les Bleus !