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Justice

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    Pitoyable

    dimanche 18 juillet 2010, par Marco

    C’est une affaire entendue : les étrangers sont de mauvaises gens, surtout lorsque, en plus, ils sont journalistes. Parce que les journalistes, déjà en France, c’est pire que tout. Alors s’ils sont étrangers, c’est encore pire ! Voyez ?

    Parce qu’il faut bien le dire, les étrangers sont des jaloux. Oui, des jaloux ! Ils nous envient sans parvenir à être aussi parfaits que nous, aussi intelligents, aussi généreux et tout ça. Alors, ça les aigrit, les étrangers et, par dépit, ils font rien qu’à dire des horreurs sur nous autres, les Français, pourtant si gentils.

    A preuve, la dernière livraison de Courrier International (n°1027 du 8 au 14 juillet 2010) titré « La France plumée - Affaires : la presse mondiale se déchaîne » et avec pour sous-titres :

    • Des ministres sans foi ni loi
    • Du bling-bling à la pénitence
    • Plutôt Feydeau que Shakespeare

    La palme revient sans conteste à Manfred Rist, journaliste apparemment suisse qui, dans un article paru dans le « Neue Zürcher Zeitung », assène :

    Les ministres français ne semblent guère se laisser guider par la morale, la loyauté envers le peuple ou même le bon sens.

    Et ils y vont tous de leurs moqueries acerbes, ces salauds d’étrangers, de l’Allemagne à l’Espagne, du Royaume-Uni à l’Italie et du Maroc au Burkina-Faso. Oui, même les Africains dont, pourtant, notre vénéré président, dans sa grande mansuétude et sa grande clairvoyance, avait dit, dans un élan d’un lyrisme époustouflant dont seuls ses magnifiques conseillers peuvent avoir le talent et le secret, « qu’ils n’étaient pas assez entrés dans l’Histoire ». Et là, d’un coup, retour de bâton : avec Sarko, ce serait la France qui serait en train d’en sortir, de l’Histoire. Putain, la gueule que doit faire l’autre blondinet comique — comment c’est déjà son nom ? Ah oui : Hortefeux — : des Auvergnats qui nous font la leçon ! Pan dans la gueule ! Ouh, que ça doit faire mal, ça !

    Il faut dire, à la décharge de ces enfoirés de journalistes étrangers, que ces histoires de cigares, d’appartements, de vols en jets privés et tout ça, même ici, au pays de la tolérance, ça la fout un peu mal. Et pourtant, on a l’habitude, pas vrai ? Combien de ministres, de maires, de députés, de conseillers généraux, de hauts-fonctionnaires sont passés sous les projecteurs brûlants de l’actualité pour avoir favorisé telle entreprise contre une petite offrande, bien naturelle entre gens de bonne éducation, ou pour avoir utilisé le personnel placé sous leurs ordres pour entretenir leur modeste datcha ou servir quelque collation lors de petites soirées privées entre amis ? A tel point que, pour un peu, on finirait par croire que c’est la chose la plus naturelle du monde et qu’on s’inquièterait presque de ne pas voir surgir un nouveau scandale.

    Et encore, tous ces articles, d’une méchanceté gratuite à vous faire regretter d’être gentil, ont été écrits avant la superbe prestation télévisée de notre Guide Lumineux — que le nectar de ses Saintes Paroles nourrisse à jamais nos esprits insatiables. Alléluia ! — Sinon, qu’est-ce que ce serait ?

    Je résume, en vrac, pour les mécréants qui n’ont pas assisté à la messe : « Avec Carlita on en a bavé. C’est pas facile d’être président. Woerth est un mec chouette. Avec sa femme, ils en ont bavé. C’est pas facile d’être ministre. Y en a des qui ont fait des bêtises : on va les gronder. Et, au fait, au sujet de la crise, on va faire des économies (finis les ballons et les guirlandes aux fêtes, finie la chasse à courre, etc.) mais on va aussi trouver un moyen indolore de vous la mettre bien profond, à commencer par vos retraites. »

    Bien entendu, si M. le président de la République s’est cru obligé de faire les gros yeux à certains de ses sous-fifres, ce n’est certes pas à cause des calomnies honteuses, pour ne pas dire la boue nauséabonde, déversées par la presse haineuse et, notamment, par le Canard Enchaîné. Que nenni, allons ! C’est uniquement parce que Son Indigence a l’œil partout et qu’il a décelé de ridicules écarts incompatibles avec sa très haute conception de l’exemplarité et de la probité. Tout simplement pitoyable !

    Caricatural ? A peine. Et encore, je n’ai pas eu le courage de regarder jusqu’au bout tellement le spectacle était navrant et prévisible.

    Bien sûr, les habituels roquets ayant été lâchés peu de temps avant pour préparer le terrain, on connaissait déjà un peu la rengaine. Même la Morano y est allé de ses fines analyses, allant jusqu’à parler de « fascisme » au sujet de la presse hystérique et de la gauche « trotskisante » qui s’acharnent sur ce malheureux Woerth. Faut dire que mémère sait de quoi elle parle en matière de fascisme. L’indispensable Bertrand se dit scandalisé par cette « chasse à l’homme » et l’humoriste Lefèbvre, quant à lui, s’extasie sur les tubes de dentifrice de son président. La belle équipe que voilà !

    En substance, Woerth est un honnête homme, il est innocent et il n’y a pas de conflit d’intérêt. L’affaire est close, circulez, y a rien à voir.

    Il n’y a peut-être pas de conflit d’intérêt, ce que tout de même un esprit par trop chagrin pourrait avoir le culot de contester, mais selon Gascogne, il pourrait bien y avoir un léger parfum de concussion [1] voire de prise illégale d’intérêt. Nous voilà rassurés, en somme : rien que de très normal pour nous autres, phares du monde démocratique.

    Dans un article de Marie-Pierre Subtil, paru le 17 juillet 2010 dans Le Monde, Marcel Gaucher [2] analyse les raisons pour lesquelles, selon lui, cette succession d’affaires marque davantage ce quinquennat.

    Extrait :

    Cette affaire marque-t-elle une étape dans le mandat de Nicolas Sarkozy ?

    Elle me semble marquer l’arrivée de la facture de la crise. C’est ce qui explique son retentissement. La crise prend complètement à contre-pied le dispositif politique de Sarkozy, à savoir le projet d’une banalisation libérale de la France, pour sortir d’une exception jugée dommageable par les élites.

    Cela se résumait dans l’idée chère à Sarkozy de décomplexer le rapport des Français à l’argent, sur le thème "laissez faire les gens bien placés pour gagner beaucoup d’argent, et vous en profiterez tous". Son tour de force a été de présenter cela comme une forme de justice : si vous vous donnez du mal, vous gagnerez, seuls les paresseux perdront. Il avait trouvé un thème de campagne très efficace, en conciliant libéralisme et justice.

    La crise a réduit à néant cette belle construction. Dans un premier temps, Sarkozy s’en est très bien tiré, en affichant son volontarisme. Mais les belles paroles n’ont pas eu de suite. Nous savons que la facture de la rigueur va être lourde et que nous allons tous devoir payer plus d’impôts. Cela repose le problème de la justice fiscale et sociale en de tout autres termes, et cela jette une autre lumière, rétrospectivement, sur les intentions initiales. L’affaire Woerth-Bettencourt restera peut-être sans aucune suite, mais elle révèle quelque chose de profond : elle fait surgir au grand jour la désillusion de l’opinion à l’égard de la promesse sarkozienne.

    Cette désillusion est-elle imputable à Nicolas Sarkozy, ou aux élites dans leur ensemble ?

    L’épisode réactive un contentieux larvé entre le peuple et les élites. Sarkozy avait donné l’impression d’être conscient du problème et de vouloir modifier les choses. Il ne l’a pas fait, et même, par certains côtés, il a aggravé le malaise, par son style de star égocentrique et autoritaire.

    En France, les élites (un mot que je n’aime pas mais il n’y en a pas d’autres) ont une haute opinion d’elles-mêmes et ne se rendent pas compte du fossé qui les sépare de la population. Elles entretiennent à son égard un mépris bienveillant. Elles veulent son bien, mais elles estiment que leurs mérites éminents doivent être récompensés.

    Quand M. Joyandet ou M. Estrosi prennent un avion privé à prix d’or pour rentrer à Paris plus vite, ils le font avec une parfaite bonne conscience, pensant que l’importance de leur personne et de leur fonction le justifie.

    Et quand certains profitent d’un permis de construire indus ?

    Là, nous sommes dans un autre registre. Leur idée implicite est qu’ils appartiennent à une catégorie à part, qui leur donne des droits particuliers. Vous trouvez cela à tous les niveaux, y compris dans la vie politique locale — la boîte noire de la vie publique française —, comme cela va finir par se savoir. Règne l’idée que le fait de se dévouer pour le bien public mérite reconnaissance, c’est-à-dire privilèges.

    M. Gaucher renvoie quelque peu gauche et droite dos à dos, même si les manières de faire ne sont pas identiques. Mais, sans faire une généralité de pratiques pour le moins critiquables — il existe bien des hommes politiques intègres — il présente nos « élites », au moins en partie, comme une caste en rupture totale avec la raison d’être de ses mandats démocratiques. En cela, il rejoint la sentence de Manfred Rist, cité au début de ce billet, sans le dire de manière aussi désagréable.

    Quant à la démocratie et à Sarkosy, justement, il conclut :

    Au-delà de cette affaire Woerth-Bettencourt, avez-vous le sentiment d’une remise en question des principes démocratiques ?

    Non, au contraire. Ce n’est pas la démocratie en tant que telle qui est remise en question, c’est la manière dont certains en profitent. Le culte de la chose publique est plus fortement intériorisé en France que partout ailleurs.

    Les gens sont donc très choqués quand les individus au pouvoir se comportent en individus privés. La plus grande faille de Nicolas Sarkozy, c’est qu’il n’a pas le sens de l’institution. Le côté privé du personnage prend toujours le dessus. Il n’arrive pas à être un homme d’Etat.

    (Vous pouvez tenter votre chance ici pour lire l’intégralité de l’article)

    « Il n’arrive pas à être un homme d’Etat ». C’est presque aussi dur qu’un article de presse étranger, ça ! Ce n’est pas moi qui le dit mais cela fait assez longtemps que j’en ai la conviction profonde.

    Pas étonnant que ce pays soit la risée du monde. Pauvre France.

    Et pis c’est tout !

    Notes

    [1] Non, non, c’est pas un gros mot.

    [2] Historien et philosophe, Marcel Gauchet, 63 ans, est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Rédacteur en chef de la revue Le Débat, qui vient de fêter ses 30 ans, il est l’auteur de plus d’une vingtaine d’essais, centrés sur la démocratie, la religion, l’éducation et le pouvoir. Il s’exprime ici en tant qu’"observateur de la vie politique française, et rien de plus", et précise qu’il n’a pas pris part, jusqu’à présent, au débat pro ou anti-Sarkozy.

    Le traître, l’innocent et la morale

    mercredi 16 juin 2010, par Marco

    Le 14 juin dernier, la Provence rapportait la venue à Marseille (XVième arrondissement, c’est-à-dire les fameux « quartiers Nord ») d’Éric Besson, le ministre des expulsions, à l’invitation d’un conseiller municipal apparenté PS, Karim Zéribi, fondateur d’un club dénommé « Nouvelle France », pour participer à un débat organisé par ycelui. Et sur quoi, le débat, d’après vous ? Allons, réfléchissez deux minutes : de quel unique sujet Besson est-il capable de parler quand il ne s’adonne pas au mensonge ?

    Il était tout heureux, notre Marseillais : « On a démontré qu’on pouvait accueillir un ministre de manière républicaine dans les quartiers Nord », se vante-t-il. C’est vrai qu’on aurait pu craindre que les facétieux habitants de ces quartiers ne passent plutôt le pitoyable ministre, traître au PS, au goudron et aux plumes ! Il a donc de quoi être fier le presque-socialo. D’autant plus que Besson n’y est pas allé de main morte sur la dithyrambe : « Avec Karim on n’a pas le même maillot mais on a la même passion, la vie de la Cité, les valeurs de la République, le souci de l’intégration ». C’est vraiment trop émouvant !

    Sûr que dans la bouche d’un ministre qui ne manque jamais de justifier les pires dérapages de sa prétendue politique d’immigration, les mots « valeurs de la République » et « intégration » prennent une saveur particulière. Et, content de lui, comme toujours, Besson ajoute : « On reparlera encore d’identité nationale. Droite et gauche réunies ont intérêt à le faire car c’est indispensable si nous voulons rester une nation unie ». Pardi ! Encore un peu et c’est lui qui fixera les ordres du jour et les éléments de langage pour mieux cerner cet indispensable débat. Lequel risque plutôt d’avoir l’effet inverse question unité de la nation. Par contre, pour ce qui est de l’enfumage, là, le valet de pied de Zébulon a bien appris sa leçon.

    Il s’est bien gardé, le bougre, de parler de son copain d’équipe, un mec qui porte le même maillot que lui, c’est peu dire, et qui vient d’être condamné par la justice, en première instance, pour des propos à caractère raciste que, d’ailleurs, il reconnaît avoir tenus (bien obligé !) : notre valeureux ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux. Et pensez-vous que, dans notre République où les ministres sont si prompts à donner des leçons de morale au populo quand il s’agit de lui serrer le kiki, il existe au moins un ministre qui soit prêt à donner l’exemple ? Vous rigolez, ces choses là c’est bon pour les petits, pas pour l’élite (enfin, l’élite, je me comprends, faut le dire vite !). Pas question, donc, que Monsieur le Ministre démissionne. C’est pas si grave, des propos racistes. Surtout quand ils n’étaient pas destinés à être publiés. Salauds de journalistes ! Et puis, comme tout citoyen, paraît-il, surtout ceux qui sont plus égaux que les autres, comme disait Coluche, notre ami Brice doit bénéficier de la fameuse « présomption d’innocence ». Si, si ! Ce sont ses « amis » qui le disent. C’était ça ou bien une garde à vue avec fouille au corps et doigt dans le cul, je pense. Je vois pas d’autre explication à cette solidarité sans nuance.

    Et là, on se perd en conjecture : ayant été condamné pour des propos qu’il reconnaît avoir tenus, il n’est plus innocent de l’injure faite à un groupe de citoyens à raison de leur origine et de leur religion, même s’il conteste, en fait, la validité de la procédure. Ses « amis » veulent-ils signifier alors qu’il n’aurait pas toute sa tête à l’instar de l’« innocent du village » ? Sont-ils taquins, non ?

    Il faut dire que ses façons de faire laissent planer un sérieux doute. Pour coincer le fameux « polygame de fait » nantais dont l’épouse conduit avec un niqab, Briçounet a mobilisé rien moins que les plus hautes autorités policières, histoire de ne pas passer pour un abruti, une fois de plus, ce qui, de toute évidence, est loin d’être acquis. Car, bien entendu, notre brillant premier flic n’a pu s’empêcher de crier victoire tout en s’emmêlant un peu plus les pinceaux. De l’art de faire d’un fait divers dérisoire une affaire d’Etat, en somme. Et tout ça pour quoi ? Pour enfoncer le clou sur sa marotte : déchoir de sa nationalité française l’infâme musulman un peu trop radical à ses yeux. Au nom de la morale, bien sûr !

    Là, je vous le dis, on est bien. Avec des gugusses pareils au gouvernement, on ne va pas tarder à les voir se pointer avec des nez rouges, de grandes chaussures et des habits dépareillés pour nous enseigner les bienfaits des valeurs républicaines à la sauce bananière. On a beau dire qu’on a les ministres qu’on mérite, notre punition semble ici bien trop cruelle. Pauvre France !

    Entre Besson et sa fière politique de quota d’expulsions et Hortefeux, ses fines plaisanteries racistes et sa fixation sur les musulmans, nous sommes gouvernés par des gens qui méprisent les étrangers, les fustigent, les clouent au pilori, sous prétexte qu’ils abuseraient de la générosité française, en fait, simplement parce qu’ils existent, parce qu’ils osent être chez nous. Des gens si courageux qu’ils n’ont même pas le courage d’assumer leur idéologie nauséabonde. Ça parle de « valeurs de la République » alors que ça baigne jusqu’au bout des cheveux dans une idéologie qui ferait se pâmer d’aise les vieux pétainistes. Tristes sires que ces gens-là !

    On lira avec profit les billets suivants sur ces mêmes sujets :

    Les deux derniers sont assez longs (c’est du Maître Eolas, ne l’oublions pas) mais l’ensemble doit se déguster, comme d’habitude, comme de grands crus.

    Bonne lecture et bonne dégustation.

    Et pis c’est tout !

    11 novembre

    jeudi 12 novembre 2009, par Marco

    Une fois n’est pas coutume, je vais saluer une initiative de notre furoncle national : l’invitation de la Chancelière allemande, Angela Merkel, aux cérémonies commémorant l’armistice du 11 novembre 1918.

    Un symbole fort à mes yeux.

    Il était plus que temps, 91 ans après la fin de cette monstruosité, d’en finir avec l’idée destructrice — et qui a conduit à la Seconde Guerre mondiale, entre autres motifs — qu’il y avait une France victorieuse — mais à quel prix ? — et une Allemagne vaincue, pour ne retenir que la folie meurtrière incompréhensible et la souffrance infinie des peuples. Au final, deux pays exsangues et traumatisés, deux peuples ravagés, plongés dans un deuil terrifiant.
    On me dira ce qu’on voudra. Si toutes les guerres sont dans ce cas, celle-ci (14-18) et celle qui l’a malheureusement suivie (39-45), plus que toute autre sans doute, ne sont que les victoires de la folie et de la barbarie sur l’intelligence et c’est l’Humanité elle-même qui en est sortie vaincue.

    En associant l’Allemagne à la commémoration de la fin de cette tragique boucherie — et ce, au lendemain du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, autre plaie abjecte de l’histoire européenne — Sarkosy, quelles que puissent être ses motivations réelles, fait œuvre utile en célébrant davantage un drame partagé par deux peuples (et par d’autres aussi) que la gloire militaire, ici terriblement futile et absurde.
    J’objecterais simplement que, comme pour la commémoration du débarquement du 6 juin 1944, il a oublié d’y associer les pays qui ont été impliqués dans ce conflit et ont, eux aussi, payé un sanglant tribut. Même si l’affirmation de l’amitié franco-allemande, par ce geste symbolique fort, n’en est que plus éclatante, il n’est pas possible d’oublier la souffrance des autres peuples. C’est une faute de ne pas l’avoir rappelé avec insistance.

    Pourtant, il semble que tous les préjugés ne soient pas vaincus pour autant. Pour preuve, Olivier de Kersauson, chroniqueur dans une émission de Laurent Ruquier sur Europe 1, en principe humoristique, qui dérape :

    Comment peut-on apprendre l’allemand ? C’est une langue de collabo !

    Et déverse ensuite un fiel germanophobe qui n’avait rien de très drôle car empreint de racisme.
    Il est possible que cela ne soit qu’une de ces provocations dont l’homme, par ailleurs talentueux, a le secret. Hélas, j’en doute. Ce mépris injurieux de l’Allemagne, de sa langue et de sa culture —laquelle n’a vraiment rien à envier à la nôtre — est tout simplement abjecte. Là, l’Amiral, tu me déçois beaucoup !

    Comme Jacques Tardi, qui, depuis plus de quinze ans, fouille la boue sanglante des tranchées pour y révéler la souffrance terrifiante des hommes dans le déchainement de l’enfer, je suis fasciné par la Grande Guerre. Je l’ai déjà exprimé. Je ne comprends pas comment des êtres humains ont pu supporter tant de souffrance et de misère. Je ne comprends pas comment des hommes dont la vie n’était jamais menacée ont pu sacrifier, par tant de décisions absurdes et criminelles, celles de millions de leurs compatriotes. Quel mépris du peuple ! Surtout, je ne comprends pas qu’une telle saignée n’ait jamais (ou quasiment) donné lieu à une demande d’explications démocratique. Le sacrifice de toutes ces vies était-il réellement indispensable, même au nom de la sauvegarde du pays ? Personne n’en a jamais rendu compte. On célèbre les bouchers, en donnant leurs noms à nos rues, mais, finalement, pas les simples troufions déchiquetés au fond de leurs trous à rats au nom de la grandeur de la France. Surtout, on fait comme si ceux qui sont comptables de leur mort, politiques et militaires, avaient agi au mieux. L’énormité du massacre signifie pourtant que c’est loin d’avoir été le cas.

    C’est pourquoi je ne partage pas le mépris que Siné exprime, dans le numéro 61 de son hebdo du 4 novembre dernier, à l’égard des familles des militaires français tués en Afghanistan, dans une embuscade talibane, en août 2008, lesquelles attaquent en justice l’Etat français pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui ». Siné écrit :

    Elle est bonne, celle-là ! Les engagés volontaires sont payés pour, oui ou merde ? Tuer de l’ennemi ou se faire zigouiller par lui, c’est leur boulot. Ils aiment ça le sang. Je conçois qu’ils préfèrent verser celui des autres que le leur, mais que leurs indignes géniteurs nous lâchent la grappe avec leurs pleurs et leurs gémissements !

    J’ai abordé ce sujet dans mon billet « La guerre, ça tue ! Troisième couche ». Je n’ai pas changé d’avis sur le constat qui me semble évident : à la guerre les soldats meurent. Ma question reste également la même : que fait la France dans ce merdier ? Et comme il semble bien que la classe politique, dans sa grande majorité, refuse de demander des comptes, pas plus que l’opinion publique qui semble se foutre comme d’une guigne de l’engagement de notre armée dans ce conflit, je ne trouve finalement pas si absurde que les familles de ces militaires demandent des comptes.
    Evidemment, s’il s’agit simplement de faire pleurer les foules parce que leur « grand bébé » est mort au combat, douleur que je respecte, je ne pense pas qu’il en sorte grand chose. Mais s’il s’agit de dire aux hommes politiques et à l’armée, mais aussi au peuple apparemment indifférent, qu’ils sont responsables de la vie, et de la mort, des soldats qu’ils envoient guerroyer au nom des soit-disant « intérêts supérieurs de la nation », alors je suis d’accord.
    C’est en notre nom que ces hommes sont là-bas. Qu’ils aient choisi volontairement [1] ce métier n’y change rien : leur vie est aussi précieuse que la nôtre. Personne n’a le droit de la mépriser par des choix politiques irresponsables.

    Si c’est là le seul moyen de mettre la question de l’engagement de la France au cœur du débat public, alors je suis d’accord. Et je pense que c’est le droit du peuple de toujours exiger des comptes du sacrifice de la vie des citoyens. Pour que les hommes politiques sachent que la guerre n’est jamais un choix anodin et que ce choix ne relève pas d’un droit régalien qui les exonèrerait de toute responsabilité.

    Et pis c’est tout !

    Notes

    [1] Mais dans le fond combien avaient réellement le choix d’une autre carrière professionnelle, dans la situation économique que l’on connait ?

    La belle affaire !

    dimanche 7 septembre 2008, par Marco

    A en croire la presse et certaines bonnes âmes promptes à s’émouvoir dès que l’ombre de l’Islam plane sur nos chers vieux clochers, voilà que notre République, une, indivisible, laïque et sociale - surtout laïque, dans le cas présent - verrait ses principes foulés au pied par un malfrat devant être jugé sept ans après les faits qui lui sont reprochés. Pensez ! L’homme est musulman et il fait le ramadan. Du coup, son avocat a demandé le renvoi du procès d’Assises qui doit le juger, ce qu’a accordé le président de la cour « pour une bonne administration de la justice ». Mais où va la France ?

    Et voilà un nouveau scandale qui donne à tout un chacun loisir d’exprimer, au nom de la défense de la laïcité, bien entendu, tout les craintes que ces bonnes et vertueuses consciences éprouvent à l’idée que notre belle République se « déculotte » une fois de plus devant les insupportables exigences des religieux musulmans.

    Je vous invite à lire, d’une part, cet article du Monde :

    puis cette analyse de Maître Eolas :

    Est-il-interdit-de-juger-un-musulman-pendant-le-ramadan ?

    De mon modeste point de vue, tout ceci s’apparente aux tempêtes dans des verres d’eau dont on nous abreuve régulièrement à n’en plus finir. Du bon vieux scandale pour pas cher qui permet d’émouvoir le bon peuple en agitant devant ses yeux le chiffon rouge du communautarisme et de l’intégrisme mis à toutes les sauces de l’indignation.
    Je ne vois pas, en effet, ce qu’il y aurait de scandaleux à faire en sorte qu’un prévenu se présente devant ses juges dans les meilleures dispositions possibles. Qu’il soit musulman ou malade ne change pas grand chose. Ceci d’autant moins que, quand on parle de laïcité, il ne faudrait pas oublier que nos « racines judéo-chrétiennes », selon la formule consacrée, instaurent une curieuse inégalité qui, elle, n’offusque personne. En effet, les tribunaux ne tiennent pas session le dimanche - jour du seigneur chez les chrétiens - ni les jours fériés dont certains sont directement issus, encore une fois, des pratiques chrétiennes (lundi de Pâques, Noël, Toussaint).

    Pour dire les choses comme elles sont, je m’en accommode fort bien, d’ailleurs, toujours ravi de prendre un jour de repos. Et si l’on pouvait étendre ces largesses à toutes les religions, je ne m’en porterais pas plus mal. Or ici, il ne s’agit en rien du fait que le ramadan interdit aux musulmans d’avoir une quelconque activité. Ce ne sont pas des jours fériés. Il semble que, pour la défense, le prévenu serait amoindri par son jeûne. A cela s’ajoute d’autres éléments que le juge a pris en considération et qu’il n’a pas plus à citer pour justifier sa décision : il n’a pas à la justifier de toute façon, sa décision est souveraine.

    Or, de tous ces éléments dont personne, ou à peu près, ne sait rien, c’est le caractère religieux d’un seul d’entre eux qu’on jette en pâture à la presse qui se fait un devoir de nous le rapporter comme si c’était là la preuve d’une offensive de l’axe du mal !

    Décidément, nous vivons une époque exaltante où des malades mentaux doivent absolument être jugés et où il faudrait, au nom de la laïcité, ne pas s’embarrasser de la moindre idée de tolérance pour les croyances d’autrui. En quoi la Justice en sort-elle grandie ?
    Il est vrai que, comme le rapporte Maître Eolas, des israélites se sont déjà vu refuser de pareilles mesures à l’occasion de leurs fêtes religieuses. A contrario, le même éminent juriste rappelle que de telles mesures ont déjà été accordées pour les mêmes raisons sans pour autant que cela ne fasse la une des journaux.

    Alors quoi, cela deviendrait-il scandaleux parce que les talibans ont récemment massacré dix de nos soldats ? Je ne comprends pas et, franchement, je m’en bats l’œil ! Je pense que, en matière d’atteintes à la laïcité, il y a bien d’autres motifs de scandale, à commencer par certaines déclarations et certaines attitudes de celui qui en est - ou devrait en être - constitutionnellement le garant.

    Pouah !

    Ecoeurant

    jeudi 7 août 2008, par Marco

    Fab’ parle du meurtre du petit Valentin sur son blog. Il aborde le sujet sous l’angle de la récupération politique. Je n’ai pas pu m’empêcher d’y ajouter mon grain de sel, vous me connaissez ;0)

    Cependant, cette affaire provoque chez moi un profond malaise. Qui ne serait pas écœuré, d’ailleurs, par le meurtre d’un enfant ? Par un meurtre aussi sauvage. L’œuvre d’un dément, comment en serait-il autrement ?

    Écœuré, je le suis également par la façon dont elle est traitée par les médias. Une fois de plus. Par certains propos, aussi, tenus par des membres de la famille, que je n’ai malheureusement pas pu mémoriser, mais qui, sur le moment, m’ont fait douter que ce soit la vérité qui importait. Comme si le fait que deux marginaux passant par là puissent faire des coupables idéaux leur suffisait. A la famille, on peut naturellement le pardonner. On comprend leur douleur, elle doit être terrible. Et on se dit qu’à leur place, nous réagirions de la même façon, tout simplement parce que c’est insupportable.

    Mais voilà, nous ne sommes pas à leur place et, aussi dégueulasse que soit ce crime, nous avons la faculté de réfléchir sans passion à la façon dont les choses se passent.

    Mais les médias ? Mais les politiques ? Même si les faits semblent désormais établis :

    Parce que, une nouvelle fois, avant même que le soupçon ne soit devenu lourde présomption, on a pu assister à un terrible déballage sur ces deux personnes. Pensez ! Des illuminés, des mystiques, des marginaux. Comme si tous ceux qui ne jurent que par la volonté divine et s’en croient les dépositaires étaient naturellement prédisposés au meurtre. Au meurtre d’enfant, qui plus est. Comme si tous ceux qui vivent en marge de la société, par choix ou par contrainte, étaient des assassins en puissance.

    Cette façon de penser est trop commode. Elle n’est que le reflet de nos psychoses, de nos œillères. Elle est dangereuse. On l’a vu à Outreau.

    En quoi cela nous regarde-t-il, la manière de vivre de ces gens, ce qu’ils sont, ce qu’ils font ? A quoi bon ces interviewes de leur entourage, de leurs familles, de ces gens qui se retrouvent ainsi jetés en pâture à l’opinion, pathétiques, et qui auraient sans doute préféré que ce soit parce qu’ils avaient gagné au Loto. Ne peut-on les laisser tranquilles avec leur propre douleur et cette honte qu’ils ne savent pas dire ? Quelle impudeur, quel manque de retenue !

    Cela me fait penser aux réactions des villageois lorsque des « gens du voyage » s’installent sur la commune. Il faut fermer à doubles tours. Il n’y a pas plus de vols que d’habitude mais s’il n’y en a qu’un, c’est forcément ces « romanichelles » !

    Cela fait penser à l’affaire d’Outreau, encore. Au fameux « Y a pas de fumée sans feu » qui permet de désigner des coupables sans se soucier de la vérité, de briser des vies avec bonne conscience. Encore des affaires concernant des enfants. Est-ce que cela justifie tout ?

    Cela permet aux habituels justiciers de salon d’exiger le rétablissement de la peine de mort pour « les assassins d’enfants ». La faute inexcusable de Badinter, pardi ! Elle aurait donné quoi, à Outreau, la peine de mort ? Violer un enfant, n’est-ce pas aussi une forme d’assassinat ?

    Et de réfuter par avance que le meurtrier puisse être un dément. Comme si, de toute façon, mieux valait l’emprisonner à jamais que l’envoyer en hôpital psychiatrique. C’est vrai que c’est la vie de château, un hôpital psy ! C’est trop doux. Quelle ineptie ! Peut-être, au fond, est-il plus réconfortant, pour tous ces gens, de se dire qu’un individu « sain d’esprit » a pu commettre un tel acte. Moi, je trouverais ça terrifiant ! Quelle perversion, quand on y pense.

    Tout cela m’écœure jusqu’à la nausée car, finalement, ce n’est qu’un fait divers, tragique, terrible, aux conséquences humaines destructrices, ravageuses, pour la famille, mais un fait divers quand même que l’on rangera dans un coin de nos mémoires d’ici quelques jours car ainsi va la vie. On passera à autre chose. On oubliera. Eux, les parents, n’oublieront jamais mais, nous, cela ne nous concernera plus. Je suis écœuré car c’est un fait divers sur lequel se font des déclarations politiques opportunistes et démagogiques pour justifier des lois inutiles et dangereuses.

    Si tous les journalistes utilisaient leur talent d’investigation et d’écriture avec la même ardeur pour nous éclairer sur tous les sujets qui touchent à nos vies, sans doute serions-nous suffisamment informés pour exercer pleinement notre devoir de contrôle citoyen sur nos dirigeants. Hélas, il est plus facile d’émouvoir le bon peuple avec des histoires sordides (par ce qu’elles le touchent aussi dans sa chair) que de s’attaquer sur le fond aux politiques mises en œuvre, que de les analyser pour en comprendre les enjeux. Non, là, surtout ne pas penser, ne pas réfléchir, rester dans le flou et le dogmatisme.

    Pauvres médias ! Pauvres nous !

    Mon ami Guillaume (que Dieu le garde en Sa Sainte Protection) m’a fait l’insigne honneur de citer mon modeste billet "Beaucoup de bruit pour rien" en guise d’introduction à sa contribution à ce qu’on pourrait appeler "l’affaire de la fausse vierge répudiée". Ainsi soit-il.

    J’avais moi-même fait suite à un billet de mon autre très estimé administrateur ami Machin dont le billet avait titillé mon esprit, notamment grâce aux liens très instructifs qu’il fournissait et que j’ai moi-même repris.

    Outre la teneur du billet de Guillaume qui débat sur l’opposition entre sphère privée et sphère publique, sur la place de la femme et conclut "Devons-nous changer la loi sur le mariage ?", il y a cette réaction de la CGT que je vous livre dans son intégralité :

    Égalité entre les femmes et les hommes : des forces diverses tentent de revenir sur des principes ou sur des droits chèrement acquis dans le monde du travail et dans la société.

    En vertu de l’article 180 du Code civil qui stipule qu’en cas « d’erreur sur les qualités essentielles de la personne » le Tribunal de grande instance de Lille a annulé un mariage.

    Désormais, donc, la virginité serait considérée comme une qualité essentielle de la personne !

    La justice française prend position et rejoint sur ce terrain certaines coutumes ou pratiques religieuses qui seules le prétendaient jusque là.

    Cette décision va à l’encontre des principes d’indépendance et de laïcité de la justice comme doivent l’être toutes les administrations françaises.

    Cette décision va à l’encontre du droit des femmes à leur intimité et à la libre disposition de leur corps.

    Cette décision va à l’encontre des principes d’égalité entre les femmes et les hommes (comment monsieur va-t-il prouver ou non qu’il est vierge ?)

    La CGT y voit un traitement inégalitaire qui vise à inférioriser la femme, un retour au passé.

    Cette vision rétrograde, semble faire son chemin et trouve d’autres résurgences dans certaines décisions politiques.

    Pour exemple, le 15 mai dernier le sénat en transposant une directive européenne concernant la discrimination au travail, a adopté un amendement au texte qui autorise l’organisation d’enseignements par regroupement des élèves en fonction de leur sexe, sans aucune limitation ni encadrement ! Pourtant le code de l’éducation porte comme nécessité absolue la mixité dans les écoles. Un retour en arrière de 40 ans !

    Toute ségrégation renforce le sexisme. Au contraire la mixité est un instrument de l’apprentissage du vivre ensemble, de la connaissance de l’autre, indispensables à la conquête de l’égalité.

    Pour 86% des Français quelques soient l’âge, le genre la catégorie socio professionnelle, le niveau de diplôme ou la préférence politique, c’est d’abord dans le domaine de l’égalité entre les femmes et les hommes que Mai 68 a fait avancer les choses. Cet héritage est précieux.

    Pour la CGT, l’égalité entre les femmes et les hommes reste une bataille de tous les instants. L’égalité reste à gagner dans l’entreprise, dans le travail : c’est ce qui fera avancer l’égalité dans la société.

    J’ai beaucoup de respect et de sympathie pour la CGT, pour laquelle je vote régulièrement et à laquelle je vais probablement adhérer sous peu pour différentes raisons d’ordre politique et professionnel. Le sujet n’est pas là. Je ne parle même pas des liens d’amitié avec Guillaume avec qui j’ai de nombreuses fois débattu de bien des sujets sur lesquels nous nous sommes parfois frictionnés (putain d’écolo) mais dont je partage en très grande partie la philosophie et les idées. Comme pour la CGT.

    Et comme pour le Canard Enchainé (Voir l’édition d’aujourd’hui, article "Comédie hymen" en première page).

    Sauf sur ce coup. Et je m’en explique.

    La Justice a annulé ce mariage civil non pas sur le motif que l’absence de virginité de la femme était une qualité essentielle recevable mais en raison du fait que cette femme avait menti et l’a reconnu en séance, de même qu’elle a reconnu que ce mensonge avait été de nature à fausser le consentement de son futur époux puisqu’il l’a induit en erreur. C’est bien l’aveu de ce mensonge (que, au passage, le juge n’avait aucune obligation à rechercher) qui a motivé l’annulation. Voir ce qu’en disent Maitre Eolas et ses amis.

    Or, depuis que cette affaire est connue, la seule chose qui fait débat est de savoir si la virginité peut être posée comme condition à un mariage. Je dis que cela ressort de la sphère privée.

    De plus, au nom des grands principes républicains et laïques et de la cause des femmes, on fait mine d’oublier que ce jugement satisfait la femme qui se voit débarrassée d’un mariage pour le moins mal parti.

    Certes, comme le rappelle justement Guillaume, un mariage civil est un contrat public qui impose des droits et des devoirs. Ce n’est pas un contrat commercial. C’est un contrat à la fois matériel (entraide, assistance mutuelle, partage des ressources et des charges, etc.) et moral (respect mutuel, éducation des enfants, etc.).

    Mais ce contrat que l’on signe en grande pompe devant monsieur le Maire et à la face de la société n’est que l’aboutissement d’un processus plus ou moins long (parade amoureuse, mandolines, baisers, fleurs, cadeaux, confidences, j’en passe et des meilleurs) dont ledit contrat public ne dit rien et n’a d’ailleurs rien à dire. Le contrat ne fait que constater que les deux personnes sont d’accord pour unir leurs destinées. Point barre.

    Car tout ce qui pousse deux êtres à vouloir vivre ensemble est de l’ordre de l’intime. Les points qui les rapprochent ne répondent pas à un cadre légal qui en ferait la liste mais à des affinités que l’on peut supposer partagées et réciproques. De plus, dès lors que l’on fait référence à la morale, on touche inévitablement à la conception que chacun de nous a de la vie en général et de la vie en couple en particulier. Ces conceptions nous appartiennent en propre, elles ne sont pas discutables dans notre vie privée même si, au regard de la société, certaines d’entre elles le sont, doivent l’être ou ne sont tout simplement pas acceptables parce que contraires aux droits et devoirs que nous nous sommes donnés en tant que citoyens d’un État de droit.

    Ces conceptions sont aussi le résultat de l’éducation que nous avons reçue et des principes qui en découlent ou que nous avons acquis en adhérant à certaines philosophies ou religions. Et c’est naturel. La laïcité n’a rien à voir là-dedans car ces croyances sont de l’ordre de l’intime. Elle sont privées. La laïcité est relative à la vie publique, pas à la vie privée.

    Dès lors, nous ne pouvons pas reprocher à 2 personnes de vouloir se marier selon les préceptes de leur religion ou philosophie, ou de l’idée qu’elles s’en font, si elles sont toutes deux d’accord pour en faire les bases de leur vie commune. De quel droit le ferions-nous, du reste ?

    En portant un jugement sur les motifs qui ont conduit à l’annulation de ce mariage, c’est bien ce droit d’ingérence que nous nous octroyons. De plus, nous le faisons sur la base de principes qui ont aujourd’hui force de loi, pourrait-on dire, dans l’organisation de la société et qui garantissent, pour une grande part, la paix civile et le droit (public) des individus. Cela ne nous autorise pas à nous immiscer dans la vie privée de ces 2 personnes sauf si l’une est victime de mauvais traitements infligés par l’autre. Or, si l’on veut entrer dans le vaste champ des supputations hasardeuses, on pourrait dire aussi que c’est à cela que pourrait conduire le refus d’annuler ce mariage.

    Sauf à prouver qu’il s’agit d’un mariage arrangé, donc contraint, ce qui existe effectivement mais ne peut être généralisé et touche essentiellement aujourd’hui à la perception de l’Islam par de nombreux non-musulmans, et ce que la Justice n’avait pas été chargée de déterminer, rien ne nous permet de juger de la recevabilité du motif (le mensonge). Car la conséquence serait de contraindre à vivre ensemble deux personnes qui ne le souhaitent plus.

    Elles pourraient divorcer, disent certains. C’est oublier que cette union repose sur des bases religieuses. Le contrat civil est donc complémentaire du mariage religieux. Il semble évident que si la répudiation religieuse (car il s’agit bien de cela) est affaire privée, elle ne pourra être complète que si intervient une annulation du mariage civil qui en supprimera toute trace alors qu’un divorce n’y satisferait pas puisque dûment enregistré par l’état-civil. L’annulation dit : "Vous n’avez jamais été mariés" ; le divorce : "Vous n’êtes plus mariés" (donc, vous l’avez été).

    De plus, en France, le mariage religieux seul n’a aucune valeur juridique. On pourrait donc se féliciter que ces deux personnes reconnaissent sa prééminence et lui accordent un tel respect.

    Laïcité

    Je suis désolé de le dire mais lire que la Justice devrait être garante de la laïcité me fait doucement rigoler.

    La Justice se doit d’être laïque en ce qu’elle se doit d’être rendue sans référence d’aucune sorte à des préceptes religieux. Nous ne sommes pas aux États-Unis où l’on prête serment sur la Bible. Et contrairement à ce qu’affirment le Canard Enchainé, la CGT et quelques autres, ce jugement ne se prononce pas sur le bien-fondé d’une exigence religieuse mais sur une erreur de consentement consécutive à un mensonge, pieu ou pas.

    Et de toute façon, la laïcité ne peut pas être prétexte à la répression (pour autant qu’il n’y ait pas trouble à l’ordre public). La laïcité, c’est la tolérance et la liberté de penser.

    La cause des femmes

    Il y a bien des sujets sur lesquels il y a effectivement lieu de s’inquiéter pour la place des femmes dans notre société. Et cela n’a pas nécessairement de lien particulier avec les religions. Je dirais même que les religions sont un sujet facile pour s’émouvoir à bon compte, y compris d’ailleurs sur leur conception globale de l’humanité.

    Mais ne serait-ce que dans notre société laïque et prétendûment évoluée, il y aurait beaucoup à dire sur l’égalité homme-femme en termes d’accès aux responsabilités, de salaires, de libre disposition de son propre corps.

    Ce que dit la CGT dans la seconde partie de son commentaire est vrai. Mais cela n’a pas de lien avec ce jugement.

    Annuler ce jugement ne fera pas avancer la cause des femmes. Ce n’est pas en sacrifiant celle-ci que le sort des autres sera amélioré. Sa virginité, personne n’en a cure. Ce qui importe, c’est qu’elle soit de nouveau libre et plus avertie de l’imbécilité de certains hommes. Peut-être croyait-elle qu’il l’aurait aimée par delà ce détail (pour nous). Elle sait désormais ce qu’il en est. Tant mieux pour elle, même si c’est douloureux et humiliant. Elle s’en sort finalement bien. Dans d’autres pays, ça aurait pu être l’acide chlorhydrique ou le meurtre. Vive la Justice républicaine et laïque.

    Vie privée, vie publique

    Je suis un peu surpris de voir que, au nom de principes auxquels je souscris totalement, on en vient à oublier des évolutions de notre société contre lesquelles, par ailleurs, on s’insurge avec la même force. En effet, nous sommes tout de même nombreux à refuser l’immixtion de plus en plus prégnante de la société dans nos vies privées par le biais de lois sécuritaires qui réduisent toujours davantage le champ de nos libertés. On nous fiche ; on nous surveille ; on nous dit ce qu’il faut faire ou ne pas faire ; bientôt, on nous dira ce qu’il faut penser ou ne pas penser. Et nous nous insurgeons.

    Et dès lors que quelqu’un prétend régler un engagement qui touche au plus profond de ses convictions intimes, fut-ce au nom de sa religion, on en appelle à la loi pour lui refuser ce droit ? J’y vois une contradiction absolue. Ceci d’autant plus que cette affaire, à l’origine, n’est pas censée avoir de préjudice pour aucune des 2 parties dans sa conclusion. Si c’est le cas, il faut le prouver et pas seulement par des hypothèses ou des allégations. Par des faits concrets et tangibles.

    Pourtant, si l’on parle de mariage, oui, je pense que la loi doit être changée : Au nom de toute personne à s’unir solennellement avec la personne de son choix, je demande que l’institution du mariage permette à 2 personnes du même sexe de s’unir.

    Et plus encore : Au nom du droit de toute personne à élever des enfants, je demande à ce que la loi autorise 2 personnes du même sexe à reconnaitre ou à adopter des enfants.

    Beaucoup de bruit pour rien

    dimanche 1er juin 2008, par Marco

    Scandaleux ! Une pauvre femme bafouée ! L’Islam substitue la charia à la loi républicaine.

    Voilà en gros ce qu’il ressort du jugement rendu par le tribunal de grande instance de Lille le 1er avril dernier, annulant un mariage à la demande d’un mari qui tenait pour "qualité essentielle" la virginité de sa femme, laquelle, le sachant, aurait omis de lui signaler la disparition de son hymen et reconnait les faits.

    Ce qui est intéressant, ce sont les commentaires non seulement des politiques et autres intellectuels de notre fier pays mais aussi du commun des mortels qui réagissent sur les sites des journaux ou ailleurs. Et comme il fallait s’y attendre, l’Islam en prend pour son grade.

    Cependant, comme le dit Maitre Eolas, finalement, les juges n’ont fait qu’appliquer la loi. Et d’aucuns de s’empresser alors : Si la loi est mal faite, changeons la loi.

    Incroyable comme une affaire relevant, à la base, de la sphère intime, privée, puisse ainsi enflammer la sphère publique. Le fait qu’il s’agisse ici d’un couple musulman est parfaitement secondaire puisqu’aussi bien des catholiques ou des protestants évangélistes, par exemple, auraient pu faire la même démarche. Mais les fantasmes liés à l’Islam sont un motif commode pour s’émouvoir de sa pénétration sournoise. Le soupçon proféré parfois à l’encontre du juge de céder trop facilement aux injonctions de cette religion en découle directement.

    Pour d’autres, cette affaire de virginité nous renvoie à l’archaïsme musulman ou à celui de notre propre Moyen-Âge. Qui se préoccupe encore de la virginité au XXIème siècle quand on ne peut que se féliciter du fait qu’un homme et une femme qui veulent se marier, ce qui suppose un engagement durable, aient évacué au préalable tous les "démons" de la jeunesse ?

    D’autres encore, s’interrogent sur les pressions qui auraient pu être exercées sur la jeune femme au point de la conduire à ce pieu mensonge. On imagine aisément l’opprobre qui rejaillira immanquablement sur elle et sur sa famille après un tel aveu. Et ceux-là de craindre que ce jugement ne conduisent encore davantage de jeunes filles à recourir à la chirurgie plastique pour reconstituer ce qu’elle n’ont plus et qu’elles perdront de toute façon à nouveau dès le soir du mariage. Comme si elles ne l’auraient pas fait de toute manière pour ne pas être mises à l’index ! Oui mais voilà, en l’occurrence, ces pressions ne sont que des supputations et, à moins que la jeune fille en fasse état et en amène la preuve, elles ne sont pas recevables pour la Justice.

    En fait, cette histoire n’est qu’un prétexte de plus pour stigmatiser une communauté religieuse qui, si elle ne brille pas forcément par un "modernisme" ébouriffant (mais c’est quoi le modernisme, dans le fond ?) et sur laquelle il est facile de taper pour cause de non respect de la dignité de la femme, n’est ni la plus inquiétante ni la seule à posséder de tels travers. Si les questions soulevées ont parfois un fond de bon sens (le statut de la femme, l’inégalité entre l’homme et la femme face à la virginité tangible, etc.) elles n’avaient certainement pas besoin de ce fait divers pour être posées. De plus, elles occultent un fait que la Justice a reconnu : Le mari et la femme étaient d’accords sur les motifs. Reste donc à nos chevaliers blancs à prouver que la femme y a été contrainte.

    Pour une fois, je reconnais que le refus de la Garde des Sceaux (à champagne, comme dit le Canard Enchainé) d’interjeter appel du jugement me satisferait plutôt. On peut imaginer que dans un tel contexte, les deux époux auraient divorcé par consentement mutuel, ce qui leur aurait épargné de donner un motif et ainsi de s’exposer à ce débat douteux. Mais surtout, et ce point est relevé par quelques commentateurs, ce faisant, madame Dati aurait ni plus ni moins reconnu à la société le droit d’intervenir dans le plus intime de nos choix, celui de la personne avec qui nous voulons vivre. Et là, forcément, j’y vois personnellement un très, très, très gros problème.

    Voir aussi à ce sujet :
    - Authueil
    - Diner’s Room
    - Libération

    et les différents commentaires sur ces articles.

    La gifle !

    samedi 2 février 2008, par Marco

    Un enseignant est poursuivi devant le tribunal d’Avesnes sur Helpe pour avoir nous dit-on giflé un élève de 6° de 11 ans qui l’avait traité de connard. De fait ce professeur de technologie d’un collège de Berlaimont, dans le Nord, a été placé en garde à vue pendant 24 heures. Il comparaîtra en mars pour “violence aggravée sur mineur”.

    A en croire l’AFP, l’enseignant mis en cause, avance que lundi matin, il aurait poussé par terre les affaires d’un élève âgé de 11 ans qui refusait de ranger une table en désordre au fond de la classe. L’élève lui aurait demandé une explication et le professeur l’aurait poussé contre la porte du fond. L’enfant, le regardant dans les yeux, aurait alors soufflé “connard” à l’adresse de l’enseignant. Qui l’a alors giflé.

    Source : http://jprosen.blog.lemonde.fr/

    Bon, j’avoue que si un instit’ ou un prof ou qui que ce soit d’ailleurs s’était permis de gifler mon lardon, au demeurant un brin espiègle, je n’aurais probablement pas fait le voyage pour lui remettre une médaille. Ceci d’autant plus que je n’ai jamais levé la main sur mes 2 canailles.

    Il faut dire aussi que j’aurais été extrêmement surpris d’apprendre que l’un d’eux ait pu manquer de respect à quelqu’un. Ce n’est pas ainsi que nous les avons élevés mais sait-on jamais ce qui peut se passer dans la tête d’un enfant qui pense qu’on lui a manqué de respect à lui ? On ne peut évidemment jurer de rien.

    Alors oui, décidément, gifler un enfant est certainement un acte répréhensible de la part d’un adulte qui devrait savoir se maitriser mieux que ça. Tout comme, à l’inverse, il n’est pas acceptable qu’un élève manque de respect à son prof (ou à qui que ce soit d’ailleurs).

    Bien sûr, un enseignant n’est jamais qu’un être humain sujet à la lassitude et à l’exaspération. Ne serait son statut particulier de pédagogue, on peut aussi comprendre que parfois il ait des envies de "meurtre", comme tout un chacun. Que celui qui n’a jamais eu envie d’écorcher vif sa progéniture me jette la première pierre. De là à passer à l’acte, non !

    Dans le contexte particulier d’une classe qui réunit des enfants d’origines diverses, éduqués selon des principes qui peuvent être extrêmement différents, il est fort possible qu’un enfant habituellement poli se lache un peu sous l’influence de quelques camarades moins inhibés. Après tout, l’enfance, c’est aussi la transgression pour jauger les limites de l’interdit. Pour le coup, celui-là a gagné le pompon !

    Reste que dans ce cas, une sanction disciplinaire avec explication aux parents me paraitrait amplement suffisante. Et nécessaire. Personnellement, j’en aurais remis une couche une fois rentré à la maison.

    Là où je m’interroge, c’est sur la rapidité avec laquelle cet enseignant s’est retrouvé mis en garde à vue avec une plainte pour "violence aggravée sur mineur". Fichtre, je veux bien qu’il ait commis une faute, que frapper un enfant est inacceptable, mais tout de même !

    Il est vrai que le papa du minot est gendarme. Ceci explique sans doute en partie cela. Je me demande si la justice aurait fait pareillement diligence si le paternel avait été un péquin lambda. M’est avis que non. Et pour dire le fond de ma pensée, je pense même que si le père de Rachid ou de Mohammed s’était déplacé dans un poste de police ou une gendarmerie pour déposer plainte contre un enseignant à la main trop leste, il aurait eu plus de difficultés que ça pour entamer une procédure.

    Toutefois, on nous dit :

    ”Le procureur de la République assume la poursuite devant le tribunal correctionnel. Pour lui, l’enseignant serait allé au-delà d’une simple gifle. Il aurait plaqué violemment l’enfant au mur, l’aurait tiré dans la salle de classe devant les élèves. Il parle d’alcool et laisse entendre que les faits sont reconnus par l’enseignant.

    En fait, cette histoire, d’une insondable stupidité, n’est sans doute pas aussi simple et limpide qu’on a bien voulu la rapporter. Le côté sensationnel de la chose explique sans doute ce manque de retenue médiatique dans une société qui ne sait plus trop comment regarder ses enfants, forcément fautifs du laxisme supposé de leurs parents.

    Le professeur se dit choqué par le traitement qui lui a été infligé. Mais l’enfant ?

    Attendons donc le 27 mars et ce qu’en dira la justice.

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