Accueil du site > Mots-clés > Themes > Europe
vendredi 3 septembre 2010, par
Je rentre à peine d’une petite virée de près de 2000 km en région Centre. Que de belles choses vues et de beaux paysages traversés. France, que tu es belle !
Mais je vous en reparlerai sous peu.
Pour l’instant, les affaires reprennent lentement. Avant de me plonger dans la lecture des 9638 courriels en souffrance de la FFMC, petite plongée dans l’actualité qui n’a, hélas, guère changé en une semaine.
Et pour commencer ce superbe billet de Maître Eolas sur les Roms (notamment). De la belle ouvrage dont je vous laisse juge : cliquez ici.
Et pis c’est tout (pour l’instant) !
Un entrefilet dans La Provence du 20/07/2010 et un article plus complet sur son site :
(extrait)
La foi, les religions et les œuvres de charité jouent un rôle primordial pour surmonter les conséquences de la crise économique et financière, ont estimé lundi les présidents de la Commission, du Conseil et du Parlement européens.
José Manuel Barroso, Herman van Rompuy et Jerzy Buzek ont par ailleurs estimé que l’Europe devait s’inspirer de l’expérience des Eglises et communautés religieuses dans la lutte contre la pauvreté.
Au moment où, partout en Europe, se développe une offensive sans précédent pour, paraît-il, assainir les finances des Etats en réduisant les salaires et en démantelant protection sociale des citoyens et services publics — pour leur substituer des entreprises privées axées sur le profit —, et, notamment, la Santé et l’Education, voilà que les trois pitres du machin européen ont trouvé LA solution pour mettre du baume sur les plaies ouvertes des misérables : la foi et la charité.
C’est effectivement un peu plus pimpant qu’une politique sociale fondée sur la justice et la solidarité et ça coûte bien moins cher. Ça a, de plus, l’avantage de ne pas écorner les sacro-saints principes ultra-libéraux de cette Europe qui ne jure que par les marchés, par essence (divine ?) infaillibles !
Et c’est finalement d’une cohérence implacable : la soumission au dogme qui définit un ordre social immuable, la fatalité des vicissitudes humaines posée comme un principe intangible puisque résultant de la volonté divine et l’espoir d’une vie bien meilleure, dans l’au-delà, pour ceux qui se seront conformés aux paroles de leur dieu miséricordieux. Ou, s’ils sont du bon côté du manche, qui auront fait acte de charité à l’égard des malheureux.
Crevez en silence, braves gens, l’Europe et Dieu vous récompenseront juste après votre mort !
Le joli programme que voilà ! La bourgeoisie du XIXième siècle (et même d’après) ne l’aurait certainement pas renié. Charité bien ordonnée commence toujours par soi-même et ces gens-là en savent quelque chose (les autres aussi, d’ailleurs !). Quelle témérité dans la marche vers le progrès, vraiment ! Le siècle des Lumières et ses philosophes se voient renvoyés dans les culs de basses fosses. Dieu, enfin, est de retour pour régler la vie des petits. Vive l’Europe !
L’année 2010 est placée dans l’UE sous le signe de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale et la stratégie Europe 2020 récemment adoptée par l’UE prévoit de diminuer de 25% d’ici dix ans le chiffre actuel de 84 millions de pauvres en Europe.
Même si, promis juré, les « organisations philosophiques et non-confessionnelles seront quant à elles reçues à Bruxelles sur le même thème le 15 octobre », il est proprement hallucinant de voir ainsi une institution politique en appeler aux religions et à leurs pantins pour prétendre résoudre les catastrophes qu’elle a elle-même engendrées par son dogmatisme.
Le traité de Lisbonne prône « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les associations représentatives et la société civile » nous dit-on, comme s’il s’agissait d’un exercice démocratique ordinaire. Or, il s’agit rien moins que de justifier la prise en compte des exigences des différents groupes de pression économiques, d’une part, et, d’autre part, celles du Vatican, symbole des « racines chrétiennes de l’Europe ». Que les musulmans et les israëlites soient associés à la fête n’est qu’une mascarade destinée à calmer les remous que cette prétention avait suscités lors des débats autour de la Constitution européenne.
Voilà donc qui va être la cause d’un orgasme intempestif chez le grand crétin pontife et chez ses charmants comparses qui pourront voir venir à eux les petits enfants. Et chez tous ceux qui ne jurent que par la prééminence des lois prétendument divines sur celles des Etats laïques.
Qu’ils aillent au diable ! Le « curé mieux que l’instituteur », cher à notre bienheureux chanoine de Latran, se voit conforté par un « la charité plutôt que la solidarité » qui sonne comme une nouvelle claque à la laïcité.
Va falloir ressortir les plumes et le goudron, semble-t-il !
Et pis c’est tout !
Comme la plupart des gens qui donnent leur avis sur tout, parlent de tout, savent tout, etc., j’ai aussi tout fait. Donc, je vous le dis tout de go : j’ai joué au handball dans une autre vie. Au lycée, plus exactement. Ouaip ! C’est pas d’hier. Jamais en compétition mais assez souvent pour aimer ce sport. D’ailleurs, jusqu’à mon entrée dans « la vie active », comme on dit, c’est celui que j’ai le plus pratiqué, loin devant le rugby, le foot ou le volley.
Bref ! Vous n’en avez rien à faire mais ça me fait plaisir. Si, si…
Tout ça pour dire que je suis très heureux de la très belle performance réalisée par l’équipe de France de handball qui vient de remporter l’Euro après avoir déjà accroché à son palmarès la Coupe du Monde et la médaille d’or olympique. Une première mondiale !
Vous me direz, c’est facile : ils ont le droit de mettre les mains, eux. Et personne n’en fait toute une histoire quand ils marquent avec. C’est quand même pas leur faute, aux handballeurs, si nos footballeurs jouent comme des pieds ! D’ailleurs, les rugbymans ont aussi le droit de mettre les mains, et bien, ils ont pas encore décroché la timbale. Alors, c’est pas vrai que c’est facile.
En tout cas, bravo à l’équipe de France de handball.
Et pis c’est tout !
jeudi 12 novembre 2009, par
Une fois n’est pas coutume, je vais saluer une initiative de notre furoncle national : l’invitation de la Chancelière allemande, Angela Merkel, aux cérémonies commémorant l’armistice du 11 novembre 1918.
Un symbole fort à mes yeux.
Il était plus que temps, 91 ans après la fin de cette monstruosité, d’en finir avec l’idée destructrice — et qui a conduit à la Seconde Guerre mondiale, entre autres motifs — qu’il y avait une France victorieuse — mais à quel prix ? — et une Allemagne vaincue, pour ne retenir que la folie meurtrière incompréhensible et la souffrance infinie des peuples. Au final, deux pays exsangues et traumatisés, deux peuples ravagés, plongés dans un deuil terrifiant.
On me dira ce qu’on voudra. Si toutes les guerres sont dans ce cas, celle-ci (14-18) et celle qui l’a malheureusement suivie (39-45), plus que toute autre sans doute, ne sont que les victoires de la folie et de la barbarie sur l’intelligence et c’est l’Humanité elle-même qui en est sortie vaincue.
En associant l’Allemagne à la commémoration de la fin de cette tragique boucherie — et ce, au lendemain du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, autre plaie abjecte de l’histoire européenne — Sarkosy, quelles que puissent être ses motivations réelles, fait œuvre utile en célébrant davantage un drame partagé par deux peuples (et par d’autres aussi) que la gloire militaire, ici terriblement futile et absurde.
J’objecterais simplement que, comme pour la commémoration du débarquement du 6 juin 1944, il a oublié d’y associer les pays qui ont été impliqués dans ce conflit et ont, eux aussi, payé un sanglant tribut. Même si l’affirmation de l’amitié franco-allemande, par ce geste symbolique fort, n’en est que plus éclatante, il n’est pas possible d’oublier la souffrance des autres peuples. C’est une faute de ne pas l’avoir rappelé avec insistance.
Pourtant, il semble que tous les préjugés ne soient pas vaincus pour autant. Pour preuve, Olivier de Kersauson, chroniqueur dans une émission de Laurent Ruquier sur Europe 1, en principe humoristique, qui dérape :
Comment peut-on apprendre l’allemand ? C’est une langue de collabo !
Et déverse ensuite un fiel germanophobe qui n’avait rien de très drôle car empreint de racisme.
Il est possible que cela ne soit qu’une de ces provocations dont l’homme, par ailleurs talentueux, a le secret. Hélas, j’en doute. Ce mépris injurieux de l’Allemagne, de sa langue et de sa culture —laquelle n’a vraiment rien à envier à la nôtre — est tout simplement abjecte. Là, l’Amiral, tu me déçois beaucoup !
Comme Jacques Tardi, qui, depuis plus de quinze ans, fouille la boue sanglante des tranchées pour y révéler la souffrance terrifiante des hommes dans le déchainement de l’enfer, je suis fasciné par la Grande Guerre. Je l’ai déjà exprimé. Je ne comprends pas comment des êtres humains ont pu supporter tant de souffrance et de misère. Je ne comprends pas comment des hommes dont la vie n’était jamais menacée ont pu sacrifier, par tant de décisions absurdes et criminelles, celles de millions de leurs compatriotes. Quel mépris du peuple ! Surtout, je ne comprends pas qu’une telle saignée n’ait jamais (ou quasiment) donné lieu à une demande d’explications démocratique. Le sacrifice de toutes ces vies était-il réellement indispensable, même au nom de la sauvegarde du pays ? Personne n’en a jamais rendu compte. On célèbre les bouchers, en donnant leurs noms à nos rues, mais, finalement, pas les simples troufions déchiquetés au fond de leurs trous à rats au nom de la grandeur de la France. Surtout, on fait comme si ceux qui sont comptables de leur mort, politiques et militaires, avaient agi au mieux. L’énormité du massacre signifie pourtant que c’est loin d’avoir été le cas.
C’est pourquoi je ne partage pas le mépris que Siné exprime, dans le numéro 61 de son hebdo du 4 novembre dernier, à l’égard des familles des militaires français tués en Afghanistan, dans une embuscade talibane, en août 2008, lesquelles attaquent en justice l’Etat français pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui ». Siné écrit :
Elle est bonne, celle-là ! Les engagés volontaires sont payés pour, oui ou merde ? Tuer de l’ennemi ou se faire zigouiller par lui, c’est leur boulot. Ils aiment ça le sang. Je conçois qu’ils préfèrent verser celui des autres que le leur, mais que leurs indignes géniteurs nous lâchent la grappe avec leurs pleurs et leurs gémissements !
J’ai abordé ce sujet dans mon billet « La guerre, ça tue ! Troisième couche ». Je n’ai pas changé d’avis sur le constat qui me semble évident : à la guerre les soldats meurent. Ma question reste également la même : que fait la France dans ce merdier ? Et comme il semble bien que la classe politique, dans sa grande majorité, refuse de demander des comptes, pas plus que l’opinion publique qui semble se foutre comme d’une guigne de l’engagement de notre armée dans ce conflit, je ne trouve finalement pas si absurde que les familles de ces militaires demandent des comptes.
Evidemment, s’il s’agit simplement de faire pleurer les foules parce que leur « grand bébé » est mort au combat, douleur que je respecte, je ne pense pas qu’il en sorte grand chose. Mais s’il s’agit de dire aux hommes politiques et à l’armée, mais aussi au peuple apparemment indifférent, qu’ils sont responsables de la vie, et de la mort, des soldats qu’ils envoient guerroyer au nom des soit-disant « intérêts supérieurs de la nation », alors je suis d’accord.
C’est en notre nom que ces hommes sont là-bas. Qu’ils aient choisi volontairement [1] ce métier n’y change rien : leur vie est aussi précieuse que la nôtre. Personne n’a le droit de la mépriser par des choix politiques irresponsables.
Si c’est là le seul moyen de mettre la question de l’engagement de la France au cœur du débat public, alors je suis d’accord. Et je pense que c’est le droit du peuple de toujours exiger des comptes du sacrifice de la vie des citoyens. Pour que les hommes politiques sachent que la guerre n’est jamais un choix anodin et que ce choix ne relève pas d’un droit régalien qui les exonèrerait de toute responsabilité.
Et pis c’est tout !
[1] Mais dans le fond combien avaient réellement le choix d’une autre carrière professionnelle, dans la situation économique que l’on connait ?
jeudi 9 juillet 2009, par
Un peu dans le droit fil de mon billet précédent « Société Canada Dry », je voudrais revenir sur un article paru dans le Canard Enchainé du 29 mai dernier, en page 5, sous le titre « Un sujet brûlant » (rubrique Confit de Canard).
On y apprend que des chercheurs suédois auraient découvert dans des chips, par hasard, une vraie saloperie, l’acrylamide, un truc qui se forme lorsqu’on cuit à plus de 120°C des aliments contenant de l’amidon, tels que des chips ou des frites, des pains et des pâtisseries ou encore certaines charcuteries, céréales du p’tit-dej’, chocolat en poudre, café et bières. Au bas mot, quelques 73 catégories d’aliments.
Mieux, en poussant leurs recherches, les chercheurs européens qui se sont penchés sur le problème, ont relevé que la cuisson industrielle des aliments génèrerait plus de 800 substances toxiques dont une cinquantaine sont soupçonnées d’être hautement cancérigènes ou génotoxiques. Le Canard cite le « furanne » ou le « HMF » (celui-là, je sais pas ce que c’est mais ça doit être rudement dangereux, rien qu’au sigle mystérieux !).
Vous en avez entendu parler, vous ? Moi non. Pourtant, l’histoire remonte à 2002 et la Commission Européenne a diligenté le programme de recherche en question. Il est vrai qu’une institution dont le rôle est, en principe, de protéger les citoyens européens et qui ne voit pas ce que pourrait bien avoir de nocif de l’huile de tournesol frelatée à l’huile de vidange, n’a pas nécessairement la même notion du danger que tout un chacun. Surtout si cela déplait à l’industrie agro-alimentaire. C’est quand même pas pareil que faire ratifier une constitution de merde ou de lancer de grands programmes tape-à-l’œil pour la sécurité routière. Et comme ici, comme en d’autres occasions, on ne peut guère compter sur les gouvernements nationaux pour faire le ménage, on a de quoi se réjouir.
Alors, bien sûr, je ne verserai pas dans le registre apocalyptique sous prétexte que le sacro-saint principe de précaution est foulé au pied par ceux qui sont si prompts à le sortir dans d’autres occasions et au gré des intérêts qu’ils défendent. Il faut déjà ingurgiter de belles quantités de ces saloperies pour pouvoir envisager sereinement d’être la victime d’un complot politico-alimentaire. J’en suis sincèrement désolé pour les professionnels de la victimisation. C’est du moins ce que pensent nos savants chercheurs, notamment parce qu’il n’y a pas eu de recherche sur l’homme pour pouvoir faire des affirmations crédibles. C’est dire l’état de la recherche : pas le moindre euro disponible pour aller faire des tests dans le tiers-monde. C’est rageant quand même !
Reste que, quand on est un buveur de café invétéré, un gros mangeur de pain, de cornflakes ou un bon buveur de bière (j’en passe), on doit pouvoir commencer à ressentir les premiers effets de l’empoisonnement.
Personnellement, j’avoue ne plus me sentir très bien depuis que j’ai découvert que les Spéculoos, ces délicieux biscuits flamants et germaniques, étaient de la fête. Je les adore ! J’imagine la panique chez nos sympathiques voisins belges. Les malheureux sont attaqués sur au moins trois piliers de leur culture (la bière, les frites et les spéculoos)…
A moins de se laisser mourir d’inanition en constatant que, décidément, tout ce qu’on mange c’est de la merde (selon l’expression consacrée), je ne vois pas trop comment échapper au désastre. Modifier les normes de l’agro-alimentaire ? Oui, bien sûr, mais vu l’empressement des politiques, j’ai comme un vieux doute qui m’étreint. Et faire pression sur eux par une grève de la faim ou en lançant un boycott des produits alimentaires, ça craint un peu.
M’enfin, on n’est pas pressés et on peut toujours se consoler en se disant que, là pareil que sur le siège des vécés, ils sont à la même enseigne que nous.
Et ça, c’est bien fait pour eux !
jeudi 2 juillet 2009, par
Lorsque j’étais enfant (ça fait un fameux bail), nous allions en vacance, certaines années quand le portefeuille parental le permettait, chez ma grand-mère, dans l’Yonne (en Puisaye, exactement). Elle y possédait une petite maison dans un hameau, dont la pièce maitresse était (et est toujours) une ferme.
Les fermiers y élevaient, comme il se doit, des vaches, des moutons et diverses bestioles de basse-cour. D’ailleurs, bien que n’étant pas paysanne, ma grand-mère possédait également un potager et une basse-cour dans laquelle on trouvait des poules, des canards, des oies et des lapins.
Chaque soir, le rituel imposait aux enfants de nourrir les bestioles de Mémère puis d’aller à la ferme chercher le lait.
Ah ce lait ! Nous y allions juste après la traite, alors que la fermière était encore en train de le filtrer et de récupérer la première crème, celle qui sert à faire le beurre. Nous avions, pour le transporter, un pot d’aluminium semblable, mais en miniature, à ces gros bidons dans lesquels il attendait le passage du camion de la coopérative. Comme ce n’était pas suffisant, nous avions aussi, en plus, un ou deux gros saladiers pleins à ras bord.
Sur la cinquantaine de mètres qui séparaient la ferme de la maison, nous prenions le temps, pour ne rien renverser, bien sûr, de ponctionner, chacun à notre tour, un peu de ce lait cru, si odorant et si savoureux. Inutile de dire que nous nous faisions rarement prier pour cette fameuse corvée !
C’est sans doute bête à dire mais ces vacances m’ont laissé la nostalgie du goût de certains produits "fermiers". Hélas, il semble bien que leur saveur ne soit perdue à jamais, dans une société où, d’une part, il n’est pas possible de toujours vivre près d’une ferme et, d’autre part, qui s’est dotée de tant de règlementations qu’il n’est quasiment plus possible d’acheter d’autres produits qu’industriels.
Du coup, lorsque j’aperçois des produits "de terroir", je suis tenté de les acheter même si leur prix est très notablement supérieur à celui des produits standards. Bien sûr, je ne pense pas être naïf au point de croire que tout soit si rose dans ce domaine.
C’est d’ailleurs ce que vient de démontrer (illustrer) le dernier numéro du magazine de Canal Plus, « 90 minutes », diffusé la semaine dernière.
On y apprend, en effet, que la charcuterie corse n’a de corses que le nom, le lieu et la méthode de fabrication puisque le porc qui sert à sa confection est importé de Bretagne, des Pays-Bas ou d’ailleurs, au grand dam des éleveurs corses.
Même si cette charcuterie reste indéniablement meilleure que les productions banales des marques industrielles, cela lui retire à coup sûr un certain attrait. Il est d’ailleurs édifiant d’entendre la réponse du responsable du site de fabrication à la remarque du journaliste prenant exemple sur l’appellation « Jambon de Bayonne » : « Il faudrait que ce soit pareil en Corse », dit le journaliste. « Ben non, je vois pas pourquoi », répond l’autre. Pardi !
Petit tour ensuite du côté de Laguiole, célèbre pour ses couteaux.
On y voit le responsable d’une petite coutellerie qui se bat comme un beau diable pour faire vivre son entreprise. Sadique, le journaliste l’emmène sur un salon parisien censé vanter les beaux produits des terroirs français et sur lequel on trouve des laguioles à 20 €, voire moins, dont l’œil expert du coutelier ne tarde pas à découvrir qu’ils ne sont pas fabriqués à Thiers et encore moins à Laguiole mais en Chine.
Pour parfaire son supplice, le journaliste emmène donc notre homme dans une ville chinoise où les rues sont bordées d’ateliers de coutelleries produisant quelque chose comme 3 laguioles à la minute, dans des conditions de travail dignes du XIXème siècle et avec des aciers plus ou moins douteux. Moins d’un euro en fin de fabrication. Notre chef d’entreprise est atterré.
Du coup, je regarde d’un œil méfiant mes deux laguioles à manches de corne, achetés il y a presque 20 ans à Salers ! Non, quand même pas ! Si ?
Retour sur le salon parisien : le tenancier d’un stand devient fort désagréable quand le coutelier lui fait remarquer l’arnaque. Rien n’indique que les couteaux sont chinois et l’autre délivre même des certificats d’authenticité. Motif : Laguiole n’est pas une marque déposée et, de toute façon, les Chinois ne reconnaissent pas les brevets étrangers. Facile, vu comme ça.
On continue avec quelques autres exemples. Tel ce camembert « de campagne ». Sans doute par opposition aux camemberts des villes ? Plutôt aux camemberts des laiteries industrielles. Histoire de lui donner une petite patine fermière qu’il ne peut pas avoir, de toute façon, puisqu’il est industriel à souhait et fabriqué avec les mêmes méthodes. C’est juste qu’il contient des trucs pour lui donner une saveur qui fait « terroir ». Mais qui fait, seulement.
Bref, on vit dans un monde de faux-semblant, d’ersatz et de duperie. On profite de l’aspiration des consommateurs à trouver des produits de qualité, évoquant un certain art de vivre, donc plus chers, pour leur vendre de la merde en profitant des lacunes de la règlementation. Le mensonge érigé en politique commerciale.
Erigé en politique tout court, d’ailleurs.
L’interdiction de la vente des ampoules à incandescence en est une autre illustration. Ces malheureuses ne transforment que 20 % de l’énergie électrique en lumière, le reste est de la chaleur. La belle affaire ! Que je sache, on s’éclaire plus en hiver, en raison de la courte durée des jours et il se trouve que c’est aussi en cette saison qu’on a le plus besoin de chauffage. Par conséquent, la chaleur que l’éclairage ne produira pas devra être compensée par d’autres sources. Au final, on y gagne quoi ? Pas grand chose. Mais ça fait bien de dire qu’on agit pour la planète, c’est super écolo. Un peu comme de faire le tour de la Terre en hélicoptère et de planter des arbres ensuite pour expier son pêcher.
Sauf que les ampoules « basse consommation », censées durer plus longtemps, coûtent 5 à 10 fois plus cher que les incandescentes, qu’elles contiennent quelques saloperies, comme le mercure, qui sont censées imposer un recyclage rigoureux (mais bien sûr) et qu’elles génèrent des harmoniques en pagaille, sortes de parasites ondulatoires qui pourrissent les réseaux. Au point qu’il faut modifier les circuits de distribution et imposer des règles de conception des installations électriques dont le coût n’est pas anodin. Sans même parler du fait que ces ampoules si écolo sont pour la plupart fabriquées en Chine ou en Inde. Dans les mêmes conditions que les laguioles ? Ça promet ! Et qui c’est qui va se frotter les mains tandis que les fabricants ferment leurs usines européennes ?
Bref, toujours du spectacle mais surtout de la poudre aux yeux. C’est ça une société Canada Dry. Ça pisse pas bien loin mais ça rapporte beaucoup de pognon. Tant qu’il y a des couillons pour payer, pas vrai ?
vendredi 5 juin 2009, par
Ceux qui me connaissent peu ou prou le savent : j’ai une vraie passion pour l’Histoire. Celle avec un grand « H ». Celle des évènements qui ont jalonné l’histoire des peuples et des gens sans importance, comme moi.
Concernant notre Histoire (relativement) récente, et au-delà des contextes politiques qui contribuent à l’expliquer, j’éprouve un profond respect pour ces gens qui ont sacrifié leur vie pour libérer le monde du monstre nazi. Je dirais même que c’est un respect presque viscéral. L’évocation du débarquement du 6 juin 1944, qui reste sans conteste la plus vaste opération militaire de tous les temps, me donne toujours la chair de poule. Comment exprimer la reconnaissance due à ces femmes et à ces hommes qui sont venus libérer notre pays ? Aucun mot ne peut exprimer le respect que nous devons à leur courage et à leur sacrifice.
Pourtant, la guerre m’écœure. C’est rien de le dire.
Visiblement, ce genre de question n’effleure pas l’esprit étriqué de celui que les Français se sont donnés pour président. Cet homme-là est trop préoccupé par sa petite personne et par une recherche maladive d’une reconnaissance qu’il ne mérite pas et d’un prestige qu’il n’aura jamais.
Ainsi, pour le 65ième anniversaire du débarquement, notre furoncle vient, une fois de plus, de donner une fort élégante illustration de son inconsistance.
En voulant se donner de grands airs de sauveur du monde et, accessoirement, de l’Europe, et apparaître seul comme un grand sur la photo aux côtés du très médiatique président Obama, il a tout simplement réussi le tour de force d’offenser le dernier chef d’état encore vivant à avoir participé (et sous l’uniforme) à la dernière [1] guerre mondiale : la reine Elizabeth d’Angleterre (83 ans). Et, à travers elle, les peuples britanniques qui ont payé un lourd tribut à ce conflit. Une paille ! Une belle prouesse pour notre petit président qui, il y a environ un an, a été reçu en grande pompe chez la « Queen ». Bravo, la diplomatie sarkosyenne !
A force de cirer les pompes aux Américains, Nicolas le Petit donne la mesure de son insignifiance. Certes, les États-Unis ont été les maîtres d’œuvre de la victoire finale et le peuple américain a payé plus que sa part de sang et de larmes. Mais on ne peut pas oublier que le Royaume-Uni a tenu seul durant quasiment un an et demi face aux nazis (de juin 40 à décembre 1941, date de l’entrée en guerre des États-Unis, suite à l’attaque japonaise contre Pearl Harbour) et même après.
On ne peut pas oublier, non plus, que l’Angleterre a accueilli des combattants venus de toute l’Europe occupée (Polonais, Tchèques, etc.) parmi lesquels le Général de Gaulle et les Forces Françaises Libres, qu’elle a équipés et qui ont renforcé les armées britanniques.
On ne peut pas oublier, enfin, que les Britanniques et les Canadiens étaient présents le Jour J, pour l’opération Overlord, d’ailleurs partie d’Angleterre : les Britanniques sur les plages Gold et Sword ; les Canadiens sur la plage Juno.
Au total, 17500 soldats britanniques et 5300 soldats canadiens sont morts pour libérer la France. Avec une mention spéciale pour les Canadiens, envoyés au casse-pipe pour tester le dispositif allemand, à Dieppe, le 19 août 1942. Bilan : sur 5000 hommes débarqués, 1200 tués, 3000 blessés ou prisonniers.
Certes, on ne peut opposer ces morts-là aux morts américains ni à d’autres. Ce serait totalement abjecte. La plage d’Omaha fut certainement la plus meurtrière du débarquement et plus de 400000 soldats américains (sur 17 millions) ont perdu la vie au cours du conflit.
Reste que si l’hommage est nécessaire, indispensable, le geste de Sarko est un camouflet à tous ces morts passés au rang des accessoires pour de vils motifs de politique politicienne.
Car, le président, fidèle à son mépris des principes démocratiques, n’a pour seule ambition que son propre service. La campagne officielle pour l’élection du Parlement Européen sera close depuis la veille… pour tout le monde sauf pour lui et l’UMP. La commémoration du Débarquement est donc transformée, par la grâce de Sa Majesté, en ultime tribune électorale pour faire valoir tout ce que l’Europe, le monde et la France doivent à ce type.
Un tel égocentrisme, un tel narcissisme, ne confinent pas seulement à la pathologie. C’est aussi le signe extérieur d’une rigueur morale non pas défaillante mais tout simplement inexistante. Cet homme est tout de même censé représenter notre pays, un pays qui doit sa liberté au sacrifice de milliers d’hommes et de femmes, pas seulement américains. L’oublier et les mépriser de la sorte est aussi une injure faite à la France et, pour tout dire, une abjection.
Une de plus.
[1] à ce jour mais tous les espoirs d’une suivante ne sont pas perdus
mercredi 3 juin 2009, par
Franchement, vous appelez ça une campagne électorale, vous ? Quelle pitié ! Si je n’avais pas fait un nœud à mon mouchoir jetable pour m’en souvenir, c’est sûr, j’aurais oublié que le 7 juin se tient l’élection du parlement européen (PE).
Et ce n’est pas la qualité de la campagne officielle à la télé qui devrait mieux faire comprendre les enjeux et encore moins les programmes des différents partis. En gros, on sait qu’il faut changer l’Europe. Bien, et puis ? Cherche ! Comment on fait ? T’occupes !
Pas étonnant dans ces conditions que les médias prennent davantage les paris sur le taux d’abstention que, d’ailleurs, les sondages annoncent « record ». Quel pied, pas vrai ? Il faut dire que, à la place des « grands partis », on ferait profil bas pour moins que ça. Après le coup de poignard dans le dos du peuple français que constitue la ratification par le parlement national du traité de Lisbonne, venir donner des leçons de démocratie serait un brin déplacé. Mais, on le sait, ces gens-là n’ont pas de pudeur. Ils sont convaincus d’avoir raison puisque c’est pour le bien du pays, dimension que le peuple est bien incapable d’appréhender.
Alors, d’aucuns prétendent réconcilier les antagonistes d’hier — comprenez les partisans du oui et ceux du non. Ben tiens ! Maintenant qu’on s’est fait enfler, on n’a vraiment plus aucune raison de s’écharper. Quelle grandeur d’âme ! Notre voix recommence à compter dès lors que la norme est respectée. Curieuse conception du suffrage populaire.
Et surtout ne demandez pas quel est le bilan des sortants. Ce serait malpoli. Mieux vaut pour cela faire des recherches sur internet, paraît-il, pour dégoter les sites recensant les votes des parlementaires, leur assiduité, leurs rapports, leurs participations aux commissions de travail, etc. Comme votewatch.eu, malheureusement en anglais, lancé par l’Université Libre de Bruxelles et la London School of Economics après la fermeture de parlorama.eu et europarliament.net qui en disaient sûrement trop… Car ce ne sont pas les partis « dominants » qui s’en vantent le plus. Et pour cause : la recherche maladive du consensus au parlement européen a une fâcheuse tendance à gommer les antagonismes politiques et, pour un peu, on pourrait se demander quel intérêt il y aurait à voter PS (au hasard) plutôt qu’UMP (idem). A ce niveau de connivence, être europhile est bien suffisant, non ?
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que j’enrage contre les partis politiques français qui n’ont jamais donné à cette élection le niveau d’importance réelle qui est objectivement le sien. Comment comprendre les enjeux et les forces en présence quand tout le discours ne tourne qu’autour de questions nationales, sans donner la moindre indication des orientations qui seront portées par les élus et avec qui ils comptent les défendre ?
Télérama (n°3098 - du 30 mai au 5 juin) pose la question : pourquoi l’Europe ne fait plus rêver ? Et il va chercher la réponse auprès de Thierry Chopin, directeur des études à la Fondation Robert Schuman et professeur au collège d’Europe à Bruges et à Sciences-Po.
Notre homme, qui donne par ailleurs des réponses assez intéressantes sur les pouvoir du PE, conclut que, en somme, si les Français ont du mal avec ce parlement, c’est parce que chez nous le lobbying passe mal ou que nos parlementaires passent plus de temps à défendre le français ou le siège de Strasbourg qu’à s’impliquer dans les commissions qui comptent. Autrement dit, à s’occuper de questions secondaires.
Bien sûr, il y a des questions bien plus politiques en regard du libéralisme dans lequel baigne l’Europe mais mettre le lobbying et la prétendue « société civile », sorte de nébuleuse inconsistante, sur le même plan que le suffrage universel, merci, pas d’accord. Quant à faire de la défense du français une question annexe, encore moins. C’est aussi là que j’ai un problème avec cette Europe.
Néanmoins, j’irai voter. Et contrairement à l’image que veulent rapporter les médias d’un vote par défaut, résigné, je sais pour quelle liste je voterai. Pas pour le PS et encore moins pour l’UMP, c’est sûr ! Pas pour Cohn-Bendit ni pour Bayrou, non plus. Pas pour les fachos du FN ni pour les Royalistes, faut pas pousser. Mais pour une vraie liste de gauche. Je ne voterai pas contre Sarkosy — dont, à ce niveau, je me fiche comme de mon premier bulletin de vote — mais pour élire des gens qui ne sont pas des thuriféraires du libéralisme économique, même mâtiné de considérations sociales juste ce qu’il faut pour le rendre sympathique. Non, de la gauche de combat, pas de salon !
jeudi 11 décembre 2008, par
Ça a l’air de bien chauffer en Grèce, ces temps-ci. Un peu comme il y a deux ou trois ans dans nos banlieues à nous, bien représentatives de l’idéal français d’intégration. Mais là, d’après ce qu’on voit à la téloche, on dirait que ce sont des jeunes tout propre sur eux qui plantent le boxon. Et qui expriment des inquiétudes finalement pas si éloignées de celles qu’exprimaient naguère nos zonards à nous : no future ! Pas d’avenir, pas de place dans votre bonne vieille société démocratique, nous disent-ils, ces jeunes !
Chose frappante (en plus de la police, bien sûr), c’est le même mépris qui répond à cette révolte. Ici, on voulait donner du « Kärcher » pour nettoyer à grands jets haute pression nos banlieues polluées par les « racailles ». Là-bas, ils sont carrément les ennemis de la démocratie.
C’est sûrement un brave homme, ce premier ministre grec mais, sur ce plan, il ferait mieux de la fermer : il semblerait que son gouvernement ne soit pas un modèle d’intégrité. Alors, forcément, la démocratie, dans ce contexte, elle fait pâle figure. Mais pour ce qui est de l’avenir, les jeunes peuvent toujours se torcher.
J’éprouve un profond malaise à voir et à évoquer cela. Tout se passe comme si notre société (la française mais finalement l’européenne aussi) était peu à peu entrée en guerre contre sa propre jeunesse, c’est à dire son avenir, comme si elle s’en défiait, comme si elle en avait peur.
A vrai dire, la chose n’est certainement pas nouvelle. Chaque génération, à son tour, a dû éprouver de manière plus ou moins aigüe le même ressentiment à l’égard des générations précédentes, qui détenaient quasiment tous les pouvoirs sur elle. Un sentiment d’étouffement, plus ou moins justifié, lié surtout, peut-être, à l’impatience de voler de ses propres ailes, de prendre son sort en main.
En 68, ce sentiment résultait sans doute de la sclérose de la société de l’époque, rigide et conformiste, bien que prospère. Ce n’était pas l’avenir, le souci de la jeunesse, même s’il pouvait donner le sentiment un poil désespérant d’être un peu trop à l’image de la vie des parents. Il y manquait la fantaisie, la liberté (une certaine forme), l’ouverture d’esprit.
Pourtant, d’une certaine façon, c’est cette génération-là, issue de 68, qui, détenant depuis longtemps maintenant les manettes de la société, a peu à peu mis en place les conditions d’une révolte de la jeunesse d’aujourd’hui. Bien sûr, pas tous, mais tandis que l’on instille dans les esprits l’idée que les désordres de notre société seraient le résultat incontestable du laisser-aller post-soixante-huitard, la grande majorité laisse faire, ce qui est une forme d’approbation tacite.
Ainsi, on nous promet de dépister dès la maternelle ces comportements déviants censés être propices à la délinquance. Tant pis si ces enfants-là, grâce à des fichiers ad hoc, porteront à jamais le sceau de l’infamie : individu potentiellement dangereux. La prise en charge ? Trop chère, trop de temps perdu, pas de rémission possible. Comme un gène qui vous est légué à la naissance : on ne devient pas délinquant, on nait délinquant. Ainsi soit-il et ceux qui prétendent le contraire sont de dangereux idéalistes. Des inconscients.
Bien sûr, il y a une cohérence dans cette logique. On pourrait emprisonner des mineurs à partir de 12 ans (contre 13 aujourd’hui). Si la chose n’est pas acquise, l’idée est jetée en pâture à une société vieillissante et apeurée. Demain, elle pourrait devenir réalité. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi pas 11 ans puis 10 ans puis, cauchemardons un peu, 5 ans et ainsi de suite jusqu’à la sortie de l’utérus ! Absurde ? Voire ! Faut-il qu’ils nous fassent peur, tous ces jeunes !
On notera que, dans le même temps où l’on veut abaisser l’âge de responsabilité des enfants, on leur dénie celle de pouvoir conduire un cyclo dès 14 ans. On veut bien les mettre en taule mais pas qu’ils fassent les zouaves sur leurs scooteurs. Drôle de logique. Faut dire qu’ils ne sont pas malins, nos p’tits jeunes. Ils se tuent sur leurs cyclos débridés avec des pots qui font du bruit. Ils ont le décibel meurtrier, en somme. Et pour faire bonne mesure, on les met tous dans le même panier : les urbains, les ruraux, les agités et les sages comme des images. Tant pis si cela devrait aussi poser quelques problèmes à leurs parents qui attendaient un peu de laisser du champ à leurs ados en mal d’autonomie.
Cohérence toujours avec le démantèlement du système éducatif. Savoir lire, écrire et compter, c’est bien suffisant pour être chômeur à 20 ans ! On manque d’à peu près tout, dans ce pays, d’ingénieurs, de médecins, d’infirmières, de chercheurs, de techniciens, etc. mais l’école ça coûte trop cher. Un nid de gauchistes, en plus, comme le démontre le résultat des élections depuis trente ans. Mieux vaut désengorger nos lycées et nos universités et les réserver à ceux qui ont vraiment les « moyens » d’apprendre. De préférence les enfants de la bourgeoisie, moyenne ou grande, au sein de laquelle il est tout de même plus judicieux de recruter l’élite. Et puis, pour compenser, il y a le tiers-monde : un vrai gisement de gens compétents pour pas cher, dont la formation ne nous aura pas coûté un kopeck. Tout bénef ! Du moins, si ces crève-la-faim daignent accepter de venir en France plutôt que dans un autre pays européen un peu moins pingre…
Et puis, maintenant, les vieux vont pouvoir devoir bosser jusqu’à 70 balais. Histoire de crever au boulot plutôt que dans la misère. Quoique, c’est pas garanti non plus. Ça pourrait bien être les deux. Mais le cycle des générations est juste un peu ralenti : Finies ces niaiseries stupides de passer le relais aux jeunes, de leur léguer le peu qu’on a appris durant nos vies professionnelles avant de leur laisser la place pour aller se dorer la pilule. Maintenant, faudra s’accrocher jusqu’au bout, comme ça il y aura deux traine-misère : le vieux con radoteur à son poste de travail et le jeune con ignare au chomedu !
« No future ! » qu’ils disent les jeunes. « Pas de place pour nous dans votre société corrompue ». Force est de constater qu’ils ont raison. Tout est en place pour leur voler leurs vies. Si encore ça rendait les nôtres, à nous les vieux cons, plus réjouissantes. Mais même pas. On fait juste mine de ne rien voir pour se rassurer. De ne pas voir la poudrière à côté de laquelle on a allumé les braséros censés réchauffer nos fins de vies et qui finira par nous péter à la gueule. A faire mine d’être impuissants face à la déliquescence du modèle de société qui a été le nôtre pendant si longtemps et dont nous avons tout accepté, y compris la remise en cause de tous les mécanismes de solidarité. Par peur, par lâcheté, par égoïsme.
Ah, la solidarité ! Peut-être que maintenant que nous aurons moins à partager (paraît-il), on va en sentir un peu plus la nécessité. Qui sait ? Et peut-être que les jeunes auront enfin l’occasion d’imaginer une autre société quand, de gré ou de force, cette génération merdeuse devra céder la place. Chiche !
samedi 4 octobre 2008, par
Il paraît qu’on n’a pas le choix : sans crédit pas d’activité économique qui tienne ! Alors faut aider les banquiers. C’est comme ça. C’est les spécialistes qui le disent. Ces mecs qui vous parlent de ratios, de millions ou de milliards, comme moi je parle de mes centimes, avec un tel détachement qu’on en oublierait presque qu’au bout de la chaine, ceux qui trinquent, c’est nous !
Du coup, les Etasuniens dépensent 700 milliards de dollars pour renflouer leurs banques qui menacent de sombrer dans les remous d’une crise financière qu’elles ont plus ou moins elles-mêmes suscitée. Et pour ne pas être en reste, on nous parle de 300 milliards d’euros pour en faire autant de ce côté-ci de l’Atlantique.
Bref, il y a de la nationalisation dans l’air. Bien sûr, on nationalise la merde et on rendra tout au privé quand ça ira mieux. Jusqu’à la prochaine fois.
C’est beau le capitalisme, quand même : quand ça roule, on s’en met plein les poches avec une arrogance qui confine au mépris, on s’approprie tout ce qui peut se transformer en espèces sonnantes et trébuchantes, notamment les retraites des gens qui se crèvent le cul pour gagner de quoi survivre ; puis quand ça merdoye, on trouve encore le moyen d’aller pomper le pognon des petits épargnants [1] pour renflouer plus ou moins directement ceux qui s’enrichissent avec nos dettes. Si j’aurais su, j’aurais été capitalisse !
Il y a même des petits malins qui, après avoir trouvé le moyen de ruiner leur banque, se font lourder avec des indemnités mirobolantes. Je vais tenter le coup avec mon patron ; lui faire boire la tasse sur une mission qui aurait dû être juteuse pour voir si ça fonctionne aussi pour un minable petit technicien comme moi. Quelque chose me dit que non mais ça doit être ma paranoïa qui me joue des tours.
Et puis, c’est râpé, paraît-il : les parachutes dorés sont morts, vraiment trop immoraux par ces temps de déconfiture généralisée. On y croit, on y croit, on y croit… Pas vraiment !
Quand même, ce sont des enculés ! Vous avez bien lu. Enculés. Après avoir jeté à la rue des millions d’Etasuniens pris à la gorge par la hausse des taux d’intérêt de leurs crédits immobiliers, voilà que maintenant, après avoir bien joué avec la misère des gens, on doit encore filer du pognon à ces affreux pour réparer leurs errements. Mais eux, nous en auraient-ils donné du pognon s’ils avaient affiché des gains époustouflants ?
Il n’y a pas si longtemps, on nous disait que les chômeurs étaient des grosses faignasses qui vivaient de la générosité du bon peuple laborieux. Alors fallait les stimuler, ces sales profiteurs, les obliger à travailler même si ça leur rapporte que des clopinettes. On a même inventé le revenu de solidarité active pour permettre aux patrons de mieux s’en donner à cœur-joie avec les salaires de misère et les emplois précaires à tire-larigot. Ils ont bonne mine nos moralisateurs sentencieux : le boulot va se faire rare. Ils comptent en faire quoi des chômeurs-fainéants-profiteurs ?
Et tout ces milliards d’euros qui vont partir en fumée pour aller au secours de nos amis richards si généreux, bizarrement, on n’avait pas songé à les débloquer pour aider ceux qui en aurait eu un besoin vital pour pas crever la gueule ouverte. Heureusement d’ailleurs, car comment aurait-on fait pour secourir la foule des spéculateurs, des délocalisateurs, de ceux qui nous saignent au moindre découvert !
Ce qui vous requinque, c’est d’entendre les mêmes doctes spécialistes qui hier juraient, la bouche en cul de poule et la main sur le cœur, que tout n’était pas aussi pire que ça, nous affirmer aujourd’hui qu’on va en chier. Ils nous l’auraient sorti il y a dix mois, on n’aurait pas été plus dépaysé que ça, on a l’habitude depuis le temps. Mais, il paraît que la France est un pays béni des dieux : les crises nous touchent moins qu’ailleurs. C’est vrai, on sait tout faire mieux que les autres. La preuve : on est les premiers en récession. Si c’est pas un gage du génie de nos classes dirigeantes, ça !
Et l’autre, le gai Fillon, qui ose venir nous parler d’union sacré, d’union nationale. L’heure est grave braves gens, serrons-nous les coudes autour de notre belle et grande bourgeoisie qui souffre le martyr ! Pensez, 19 milliards d’euros de bouclier fiscal, c’était à peine suffisant. Maintenant, il faut un geste beau, grand et noble : renonçons à nos salaires minables et offrons-leur nos petites économies.
Là, mon François, tu déconnes grave. Pour qu’il y ait union, il faudrait au minimum un semblant de consensus autour d’un projet solide, un truc qui donne à chacun l’impression qu’il en sortira sinon gagnant, du moins sans trop de dégâts. Ou que ceux-ci soient équitablement répartis. Mais là, on a un peu le sentiment de connaître à l’avance les dindons de la farce. Rien de bien nouveau, au demeurant, ce sont toujours les mêmes. Alors ton union nationale, tu vois, tu te la tailles en pointe et tu te l’enfonces bien profond dans le fondement, t’auras déjà une idée précise de ce que l’on ressent, nous autres, à voir des guignols comme toi et tes amis nous enfumer avec leurs belles paroles.
[1] 22 milliards d’euros, pris sur les CODEVI et livrets d’épargne populaire, pour aider les PME que les banques abandonnent
Pages 1 | 2