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Religion

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    Un espoir enfin

    Ou l’éternelle alliance du sabre et du goupillon

    mardi 20 juillet 2010, par Marco

    Un entrefilet dans La Provence du 20/07/2010 et un article plus complet sur son site :

    (extrait)

    La foi, les religions et les œuvres de charité jouent un rôle primordial pour surmonter les conséquences de la crise économique et financière, ont estimé lundi les présidents de la Commission, du Conseil et du Parlement européens.

    José Manuel Barroso, Herman van Rompuy et Jerzy Buzek ont par ailleurs estimé que l’Europe devait s’inspirer de l’expérience des Eglises et communautés religieuses dans la lutte contre la pauvreté.

    Au moment où, partout en Europe, se développe une offensive sans précédent pour, paraît-il, assainir les finances des Etats en réduisant les salaires et en démantelant protection sociale des citoyens et services publics — pour leur substituer des entreprises privées axées sur le profit —, et, notamment, la Santé et l’Education, voilà que les trois pitres du machin européen ont trouvé LA solution pour mettre du baume sur les plaies ouvertes des misérables : la foi et la charité.

    C’est effectivement un peu plus pimpant qu’une politique sociale fondée sur la justice et la solidarité et ça coûte bien moins cher. Ça a, de plus, l’avantage de ne pas écorner les sacro-saints principes ultra-libéraux de cette Europe qui ne jure que par les marchés, par essence (divine ?) infaillibles !

    Et c’est finalement d’une cohérence implacable : la soumission au dogme qui définit un ordre social immuable, la fatalité des vicissitudes humaines posée comme un principe intangible puisque résultant de la volonté divine et l’espoir d’une vie bien meilleure, dans l’au-delà, pour ceux qui se seront conformés aux paroles de leur dieu miséricordieux. Ou, s’ils sont du bon côté du manche, qui auront fait acte de charité à l’égard des malheureux.

    Crevez en silence, braves gens, l’Europe et Dieu vous récompenseront juste après votre mort !

    Le joli programme que voilà ! La bourgeoisie du XIXième siècle (et même d’après) ne l’aurait certainement pas renié. Charité bien ordonnée commence toujours par soi-même et ces gens-là en savent quelque chose (les autres aussi, d’ailleurs !). Quelle témérité dans la marche vers le progrès, vraiment ! Le siècle des Lumières et ses philosophes se voient renvoyés dans les culs de basses fosses. Dieu, enfin, est de retour pour régler la vie des petits. Vive l’Europe !

    L’année 2010 est placée dans l’UE sous le signe de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale et la stratégie Europe 2020 récemment adoptée par l’UE prévoit de diminuer de 25% d’ici dix ans le chiffre actuel de 84 millions de pauvres en Europe.

    Même si, promis juré, les « organisations philosophiques et non-confessionnelles seront quant à elles reçues à Bruxelles sur le même thème le 15 octobre », il est proprement hallucinant de voir ainsi une institution politique en appeler aux religions et à leurs pantins pour prétendre résoudre les catastrophes qu’elle a elle-même engendrées par son dogmatisme.

    Le traité de Lisbonne prône « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les associations représentatives et la société civile » nous dit-on, comme s’il s’agissait d’un exercice démocratique ordinaire. Or, il s’agit rien moins que de justifier la prise en compte des exigences des différents groupes de pression économiques, d’une part, et, d’autre part, celles du Vatican, symbole des « racines chrétiennes de l’Europe ». Que les musulmans et les israëlites soient associés à la fête n’est qu’une mascarade destinée à calmer les remous que cette prétention avait suscités lors des débats autour de la Constitution européenne.

    Voilà donc qui va être la cause d’un orgasme intempestif chez le grand crétin pontife et chez ses charmants comparses qui pourront voir venir à eux les petits enfants. Et chez tous ceux qui ne jurent que par la prééminence des lois prétendument divines sur celles des Etats laïques.

    Qu’ils aillent au diable ! Le « curé mieux que l’instituteur », cher à notre bienheureux chanoine de Latran, se voit conforté par un « la charité plutôt que la solidarité » qui sonne comme une nouvelle claque à la laïcité.

    Va falloir ressortir les plumes et le goudron, semble-t-il !

    Et pis c’est tout !

    Que la fête soit belle

    Manifeste anti-"saucisson et pinard"

    dimanche 27 juin 2010, par Marco

    Voici donc revenu la fin de l’année scolaire et son cortège de fêtes et de kermesses des écoles.
    Ceux qui ont des enfants d’âge scolaire — ou qui en ont eu — comprendront certainement la joie profonde, quoique un peu crispée, ressentie par nombre de parents à l’idée d’aller admirer leur progéniture affublée d’improbables déguisements (qui la libellule ou le bourdon, qui le meunier ou la paysanne, qui le renard ou le corbeau, qui le prince ou la princesse ; j’en passe et des plus insolites) pour esquisser des pas de danses maladroits et émouvants sur la scène de l’école, dressée spécialement pour l’occasion. Ce n’est pas pour rien, finalement, que ce qui apparaît souvent sur l’instant comme une corvée (osons le mot) devient, bien des années plus tard, l’image d’un petit bonheur furtif passé au rang des souvenirs à l’évocation desquels on se prend à sourire avec émotion.
    Ah ! Si seulement on pouvait revenir en arrière, quelques fois !

    La mairie d’Orange, cette année, s’est donnée beaucoup de mal pour que ces fêtes soient de vraies réussites, aptes à rejoindre, dans la mémoire des parents et des enseignants, les plus beaux souvenirs qu’ils garderont à jamais de tous ces minots en ribambelles. Qu’on en juge plutôt.

    Figurez-vous que, dans certaines écoles situées dans des quartiers de la ville à forte population d’origine étrangère — et pour tout dire musulmane, les organisateurs ont décidé de proposer aux participants, à la buvette où ils pourront se restaurer, des produits « halal ». Après tout, si les athées et les catholiques peuvent s’envoyer des casses-dalles au saucisson et au jambon, il semblerait normal que les musulmans, dont les enfants vont dans ces écoles, puissent eux-aussi participer pleinement à la fête de bout en bout tout en engouffrant des aliments adaptés à leurs croyances. C’est tout de même jour de fête et les minots sont contents de voir leurs parents y rester le plus longtemps possible.
    Sauf que ça ne convient pas à monsieur le maire d’Orange qui y voit une entorse insupportable au principe de laïcité. Si, si ! Du coup, la ville a fait savoir à ces dangereux cléricaux que, s’ils persistaient dans leur incroyable volonté anti-laïque, ils devraient se passer du généreux soutien matériel de la municipalité. Entendez : pas de chaises, pas de tables, pas d’estrades, pas de barrières, peut-être pas de sono, etc. C’est qu’on rigole pas avec la laïcité à Orange !

    A vrai dire, on reconnaît bien là l’art tout en finesse de l’extrême-droite à accommoder les principes républicains à sa sauce alors que d’une façon générale elle n’a que faire des valeurs de la République.
    La liberté ne se conçoit pour elle que dans celle d’approuver son discours xénophobe, homophobe et raciste ; l’égalité n’est valable que pour les Français « de souche », sauf les pédés et les gouines, bien sûr, l’étranger n’obtenant son label de respectabilité que s’il ferme sa gueule, embrasse le drapeau tricolore chaque matin en chantant la Marseillaise, pour preuve de son amour indéfectible pour sa terre d’accueil (et encore !) ; la fraternité relevant du même tonneau. Bien sûr, on se souvient de la laïcité surtout lorsqu’elle n’est pas en phase avec les valeurs chrétiennes si vaillamment symbolisées par Jeanne d’Arc.
    Rien d’étonnant alors à ce que tout ce qui évoque l’Islam, de près ou de loin, provoque chez ces gens-là des bouffées d’aigreur : ils en sont restés à l’époque des Croisades avec un petit détour en arrière par 732 et Charles Martel, figure héroïque entre toutes. Bien entendu, tout cela n’a rien à voir avec le temps béni de la colonisation et de ses apports positifs et encore moins avec l’indépendance algérienne. Que nenni ! C’est juste pour la laïcité, qu’on se le dise.

    Ceci n’est pas sans rappeler ces récents détournements des apéritifs géants, façon « fesse-bouc », ou de la « fête des voisins », sur la base de saucisson et de pinard. Autrement dit : interdits aux musulmans… et aux juifs.
    Organisés par des groupuscules fascistes, reprenant une soi-disant laïcité ouvertement anti-musulmane, ces pitoyables démonstrations xénophobes sont évidemment l’exact contraire des initiatives plus ou moins heureuses qui, elles, avaient cependant un réel objectif de partage et de convivialité, voulant instaurer le dialogue entre des gens qui se côtoient mais ne se connaissent pas. Ne seraient les excès de certaines de ces réunions (fesse-bouc toujours), et toute apologie de l’alcool et des substances illégales mise à part, il y a là, à mes yeux, bien plus de laïcité que ne pourra jamais revendiquer la plus courue des parades « sauciflard et gros rouge qui tache ».

    Car on n’est pas ici dans une simple dénonciation des excès engendrés par une islamisation réelle ou supposée d’une partie de la société. Si, dans certains cas comme à Paris ou d’autres villes de France, on assiste à une certaine lâcheté des élus face à des demandes injustifiées de représentants religieux [1], sous couvert de « laïcité positive » ou pour ne pas être accusés d’intolérance, l’extrême-droite se nourrit de l’exaspération provoquée par de telles concessions et s’en sert pour amalgamer l’ensemble des citoyens de confession musulmane et leur nier jusqu’à leur droit à l’existence… chez nous.

    Or, si d’un côté, on ne peut que s’interroger sur l’absence de vision de certains politiques face à ce qui ressemble bien à des provocations communautaires extrêmement ciblées et mal ressenties par les autres composantes de la société, de l’autre on ne peut qu’être écœuré par le discours intolérant et simpliste de l’extrême-droite. Et inquiet, aussi. Là où des gens confrontés à la réalité d’une société multiculturelle tentent avec leurs faibles moyens d’œuvrer pour la tolérance, le partage et la compréhension, d’autres ne pensent qu’à répondre par le rejet, la négation de l’autre, voire par la haine. Ils confondent volontairement le prosélytisme plus ou moins avéré que représentent des signes religieux ostensibles dans une école républicaine et laïque avec une simple main tendue à l’autre et le respect qui lui est dû en tant qu’être humain.

    Je ne dirai jamais assez la répugnance que j’éprouve à l’égard de ces gens-là.

    Vouloir comprendre l’autre, ce n’est certainement pas approuver sans réserve ce qu’il prône, c’est simplement vouloir échanger librement avec lui et le connaître mieux, dans un respect mutuel. Pour parler à des musulmans (mais j’en connais avec qui je peux le faire sans aucun souci), je ne me convertirai certainement pas à l’Islam (ce dont je doute qu’ils me le demandent jamais). Mais si pour montrer que je les respecte au même titre que n’importe qui je dois partager leur repas et manger halal, je n’hésiterai pas une seconde. Sans compter que j’en serai honoré.

    Alors bon courage aux enseignants et aux parents des écoles d’Orange. Ce sont eux qui sont respectables.

    Et pis c’est tout !

    Notes

    [1] comme, par exemple, la prière en pleine rue alors que les salles réservées à cette usage sont amplement suffisantes

    Le traître, l’innocent et la morale

    mercredi 16 juin 2010, par Marco

    Le 14 juin dernier, la Provence rapportait la venue à Marseille (XVième arrondissement, c’est-à-dire les fameux « quartiers Nord ») d’Éric Besson, le ministre des expulsions, à l’invitation d’un conseiller municipal apparenté PS, Karim Zéribi, fondateur d’un club dénommé « Nouvelle France », pour participer à un débat organisé par ycelui. Et sur quoi, le débat, d’après vous ? Allons, réfléchissez deux minutes : de quel unique sujet Besson est-il capable de parler quand il ne s’adonne pas au mensonge ?

    Il était tout heureux, notre Marseillais : « On a démontré qu’on pouvait accueillir un ministre de manière républicaine dans les quartiers Nord », se vante-t-il. C’est vrai qu’on aurait pu craindre que les facétieux habitants de ces quartiers ne passent plutôt le pitoyable ministre, traître au PS, au goudron et aux plumes ! Il a donc de quoi être fier le presque-socialo. D’autant plus que Besson n’y est pas allé de main morte sur la dithyrambe : « Avec Karim on n’a pas le même maillot mais on a la même passion, la vie de la Cité, les valeurs de la République, le souci de l’intégration ». C’est vraiment trop émouvant !

    Sûr que dans la bouche d’un ministre qui ne manque jamais de justifier les pires dérapages de sa prétendue politique d’immigration, les mots « valeurs de la République » et « intégration » prennent une saveur particulière. Et, content de lui, comme toujours, Besson ajoute : « On reparlera encore d’identité nationale. Droite et gauche réunies ont intérêt à le faire car c’est indispensable si nous voulons rester une nation unie ». Pardi ! Encore un peu et c’est lui qui fixera les ordres du jour et les éléments de langage pour mieux cerner cet indispensable débat. Lequel risque plutôt d’avoir l’effet inverse question unité de la nation. Par contre, pour ce qui est de l’enfumage, là, le valet de pied de Zébulon a bien appris sa leçon.

    Il s’est bien gardé, le bougre, de parler de son copain d’équipe, un mec qui porte le même maillot que lui, c’est peu dire, et qui vient d’être condamné par la justice, en première instance, pour des propos à caractère raciste que, d’ailleurs, il reconnaît avoir tenus (bien obligé !) : notre valeureux ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux. Et pensez-vous que, dans notre République où les ministres sont si prompts à donner des leçons de morale au populo quand il s’agit de lui serrer le kiki, il existe au moins un ministre qui soit prêt à donner l’exemple ? Vous rigolez, ces choses là c’est bon pour les petits, pas pour l’élite (enfin, l’élite, je me comprends, faut le dire vite !). Pas question, donc, que Monsieur le Ministre démissionne. C’est pas si grave, des propos racistes. Surtout quand ils n’étaient pas destinés à être publiés. Salauds de journalistes ! Et puis, comme tout citoyen, paraît-il, surtout ceux qui sont plus égaux que les autres, comme disait Coluche, notre ami Brice doit bénéficier de la fameuse « présomption d’innocence ». Si, si ! Ce sont ses « amis » qui le disent. C’était ça ou bien une garde à vue avec fouille au corps et doigt dans le cul, je pense. Je vois pas d’autre explication à cette solidarité sans nuance.

    Et là, on se perd en conjecture : ayant été condamné pour des propos qu’il reconnaît avoir tenus, il n’est plus innocent de l’injure faite à un groupe de citoyens à raison de leur origine et de leur religion, même s’il conteste, en fait, la validité de la procédure. Ses « amis » veulent-ils signifier alors qu’il n’aurait pas toute sa tête à l’instar de l’« innocent du village » ? Sont-ils taquins, non ?

    Il faut dire que ses façons de faire laissent planer un sérieux doute. Pour coincer le fameux « polygame de fait » nantais dont l’épouse conduit avec un niqab, Briçounet a mobilisé rien moins que les plus hautes autorités policières, histoire de ne pas passer pour un abruti, une fois de plus, ce qui, de toute évidence, est loin d’être acquis. Car, bien entendu, notre brillant premier flic n’a pu s’empêcher de crier victoire tout en s’emmêlant un peu plus les pinceaux. De l’art de faire d’un fait divers dérisoire une affaire d’Etat, en somme. Et tout ça pour quoi ? Pour enfoncer le clou sur sa marotte : déchoir de sa nationalité française l’infâme musulman un peu trop radical à ses yeux. Au nom de la morale, bien sûr !

    Là, je vous le dis, on est bien. Avec des gugusses pareils au gouvernement, on ne va pas tarder à les voir se pointer avec des nez rouges, de grandes chaussures et des habits dépareillés pour nous enseigner les bienfaits des valeurs républicaines à la sauce bananière. On a beau dire qu’on a les ministres qu’on mérite, notre punition semble ici bien trop cruelle. Pauvre France !

    Entre Besson et sa fière politique de quota d’expulsions et Hortefeux, ses fines plaisanteries racistes et sa fixation sur les musulmans, nous sommes gouvernés par des gens qui méprisent les étrangers, les fustigent, les clouent au pilori, sous prétexte qu’ils abuseraient de la générosité française, en fait, simplement parce qu’ils existent, parce qu’ils osent être chez nous. Des gens si courageux qu’ils n’ont même pas le courage d’assumer leur idéologie nauséabonde. Ça parle de « valeurs de la République » alors que ça baigne jusqu’au bout des cheveux dans une idéologie qui ferait se pâmer d’aise les vieux pétainistes. Tristes sires que ces gens-là !

    On lira avec profit les billets suivants sur ces mêmes sujets :

    Les deux derniers sont assez longs (c’est du Maître Eolas, ne l’oublions pas) mais l’ensemble doit se déguster, comme d’habitude, comme de grands crus.

    Bonne lecture et bonne dégustation.

    Et pis c’est tout !

    Ca pue !

    Burqa, niqab, polygamie et vieux relents d’intolérence

    mardi 27 avril 2010, par Marco

    J’ai du mal à comprendre ce qui peut parfois traverser la tête d’un flic. Si, si, je vous jure !

    Il s’en est trouvé un pour verbaliser une jeune femme qui conduisait sa voiture coiffée d’un voile intégral au motif qu’elle n’aurait pas été en mesure de contrôler correctement son véhicule. Ou un truc du même tonneau. C’était du côté de Nantes et ça fait les titres de toute la presse.

    Bon, je ne m’étends pas : cette mode vestimentaire ne me convainc pas plus que ça mais, encore une fois, chacun s’habille comme il l’entend. Le problème n’est, de toute façon, pas là.

    Il devait être bien fatigué, ce malheureux fonctionnaire ou, alors, il n’aime vraiment pas les musulmanes à voiles. Du coup, je m’interroge : si avec un voile, la dame ne peut pas conduire correctement sous prétexte que ça gênerait sa vision (c’est paraît-il le motif du PV), qu’en est-il des motards avec leur casque sur la tête ? Pourtant, si je ne m’abuse, le port du casque est obligatoire sur un deux-roues motorisé. Mais alors, peut-on en conduire un en n’étant pas gêné pour appréhender correctement toutes les manœuvres nécessaires ? Avouez que depuis que les flics (du moins, certains) se mettent à « faire » la loi, la vie dans notre belle société devient un sacré casse-tête. Et je ne parle même pas des pilotes de grands prix ou de rallyes qui doivent être sacrément embêtés pour concourir tout en respectant des normes de sécurité qui les handicapent. Sont-ils timides, tous ces champions, pour ne pas l’avoir révélé !

    De plus, pourquoi faire la chasse à nos gamins juchés sur des cyclos et portant leur casque à leur coude ? J’avoue ne plus rien comprendre : le port du casque est obligatoire mais il se pourrait bien qu’il soit illégal !

    Le plus comique de l’histoire est que l’habillement n’entre pas dans les éléments énoncés par le code de la route comme pouvant gêner la conduite. Donc, notre aimable gardien de la paix semble avoir commis un abus de pouvoir. Rien moins. Bravo pour la connaissance de la loi !

    Probablement, toute cette mise en scène, pour le moins ridicule, n’était destinée qu’à coincer le salaud de mari qui serait, paraît-il, polygame. Tiens ! V’là aut’ chose, ma bonne dame ! Et question ridicule, il y a des experts dans ce gouvernement. A voir comment le ministre de l’Intérieur, le flic en chef, Hortefeux le boute-feu, s’est saisi de l’aubaine pour pousser des cris d’orfraie et menacer le quidam d’une déchéance de sa nationalité française. Rien moins !
    Car, il paraîtrait même que le zigue, avec toutes ses femmes et les lardons qu’il leur a fait, s’en mettrait plein les poches avec les allocs. Vieille rengaine. Sauf que là, ce sont les nanas qui percevraient ces allocations de parents isolés, pas le gugusse, à condition qu’elles existent encore (elles ont été fusionnées avec le RSA de notre bon ami des pauvres, Martin Hirsch). Il a pas l’air très bien informé, notre ministre de l’Intérieur. Ça la fout mal, non ?

    Bon courage donc à notre flamboyant Brice pour trouver de quoi constituer un délit. Les conneries de Monsieur le Ministre fusent plus vite que ne fonctionne son bulbe rachidien, apparemment.

    J’ai aussi du mal, je l’avoue, à imaginer comment les fins limiers de la sécurité intérieure vont s’y prendre pour prouver la polygamie. A moins que notre homme ne soit assez con pour être allé se marier plusieurs fois à la mairie de son bled, je ne vois pas trop quelle loi de notre pays de rêve interdit à quiconque de s’envoyer en l’air avec plusieurs partenaires, hors des liens sacrés du mariage républicain. Le seul que la République reconnaisse, puisque jusqu’à encore pas longtemps, elle était laïque. Visiblement, c’est en voie de réforme, ça aussi.
    Or, l’adultère ne constitue plus un délit en France depuis… 1975. Le législateur de l’époque, pris d’une frénésie de bon sens, s’est en effet avisé que punir l’adultère était un peu ridicule. De quoi je me mêle, nan mého ! Il faut dire que bon nombre de gens biens sous tous rapports — des pipeules comme on dit aujourd’hui — avaient certainement beaucoup de mal à respecter à la lettre leur contrat de mariage. Même des Présidents de la République, à ce qu’il paraît. Sacré, Brice, toujours en retard d’un train, hein ?

    De toute façon, pas besoin d’être musulman pour pratiquer ce genre de sport, par ailleurs, excellent pour la santé, à ce qu’on dit.

    Du coup, on tremble. Si tous les adeptes de l’adultère doivent être déchus de la nationalité française, ça va faire du vide dans les registres d’état-civil. Et puis, je ne savais pas la République si pointilleuse sur la morale. Jusqu’à présent, je pensais naïvement que ce qui lui importait, c’était qu’on fasse des lardons, peu importait avec qui. L’essentiel, c’était d’avoir une belle courbe démographique pour avoir un rien de chair à canon et pour payer les retraites des vieux. Il semble que, désormais, on va nous mettre un flic au pied de chaque lit pour s’assurer qu’on baise dans la légalité et la morale. Jusqu’où va se nicher l’ordre ?

    Il a donc beau jeu, l’autre comique, le mari « adultère », de jouer les martyrs. Y a pas à dire, ils sont fortiches nos gouvernants et leurs sbires.

    A moins, mais je dois sûrement avoir l’esprit bien mal placé, que tout ce cirque ne soit destiné, une fois de plus à stigmatiser les musulmans. On voudrait en faire des Français provisoires ou conditionnels qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

    Déjà, ce triste clown de Besson, avec son pitoyable débat sur l’identité — qui a essentiellement servi à libérer la parole de ces malheureux timorés qui voient en tout être différent d’eux une menace pour la France éternelle — avait surtout réussi à pointer du doigt la menace musulmane et étrangère. Beau résultat. Ce sur quoi, « l’honorable » parlementaire Copé a embrayé avec sa fameuse loi sur la burqa, anti-sociale et anti-républicaine mais surtout musulmane. Tiens encore !

    Pas étonnant, dans un tel contexte, que l’initiative d’un chef de bureau de poste d’Arles, il y a deux semaines environ, ait déchainé une tempête… dans un verre d’eau. Songez : notre homme, considérant qu’il y avait beaucoup de Maghrébins parmi les usagers de son service, public pour quelques temps encore, avait jugé que ce serait les aider que d’afficher le mode d’emploi de sa machine à affranchir en arabe littéraire. Il partait du principe que ça ne jurerait pas avec les 3 ou 4 autres langues (européennes, il est vrai, celles-là) que proposait déjà le robot.
    Pauvre homme ! C’est devenu la grosse affaire arlésienne que même que c’était écrit dans le journal (La Provence du 16 avril 2010). Un vrai scandale ! Il s’est fait agonir de noms d’oiseaux au motif que la langue de la République est le français, que ça servait à rien qu’il y en ait qui se décarcassent pour apprendre le français à ces gens-là, et tout ça. Il y a juste deux ou trois péquins qui ont fait observer que ça ne servait pas à grand chose car les maghrébins âgés ne lisent que très rarement l’arabe littéraire et que les plus jeunes, majoritairement nés en France, pratiquent le français, étant Français eux-mêmes.
    Bon, ça rendrait service à seulement 10 personnes que ça ne serait pas totalement inutile et on peut même penser que s’il l’a fait, c’est qu’il a dû en voir une paire rester en carafe devant la machine. Mais comme il s’agit de l’arabe, ça file des verrues à certains. J’imagine leurs mines dégoûtées quand ils lisent les inscriptions sur les briques de lait ou n’importe quel produit « mondialisé » ! Pouah ! De l’arabe partout ! Quelle horreur.

    Bizarrement, et dans la même veine, voilà qu’un as de la bombe de peinture vient épancher ses tristes pensées sur les murs de mon village. Il y avait longtemps que je n’avais pas vu ce genre d’insanité fleurir avec cet art de l’orthographe qui doit rendre ivre d’orgueil tout bon Français fier de son identité. A vomir.

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    25 avril 2010 Un crétin se défoule

    Avec la réponse, pas forcément plus fine, d’un concitoyen outré.

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    25 avril 2010 Pas sûr que ça aide

    Bref ! Tout ceci sent très mauvais et finit par être un brin lassant. Comme s’il n’y avait pas de sujets plus importants avec la débâcle économique du pays et l’avenir de nos retraites, par exemple. Je n’ose pas croire que ce gouvernement nous pratiquerait une manœuvre de diversion à sa façon pour détourner nos regards de ses vicissitudes. Qui sont surtout les nôtres, il faut bien le reconnaître. En tout cas, à force d’envoyer des œillades aux électeurs du Front National, on récolte ce qu’il a semé question intolérance et ça fait comme un courant d’air avec les fosses à purin. Ça pue !

    On lira avec profit ce billet de Maître Eolas. Malgré son antériorité, je jure avoir écrit le mien avant d’avoir lu le sien.

    Et pis c’est tout !

    Laïcité : un voile sur la liste ?

    vendredi 12 février 2010, par Marco

    Il y a eu cet affligeant débat sarko-bessonnien prétendant revisiter notre identité nationale pour mieux stigmatiser l’immigration, notamment musulmane, sur fond de votation suisse anti-minaret et de rapport parlementaire « spécial burqa ». Pardi ! A part la casse de l’outil industriel, des services publics, de la protection sociale et des retraites, préoccupations bien évidemment secondaires, il est vrai qu’on n’a guère de sujets de discussion importants. Faut bien distraire le bon peuple, pas vrai ?

    Et puis, voilà quelques jours, on nous annonce que le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) présentera en Provence-Alpes-Côte-d’Azur (PACA) une jeune femme portant un voile. Qui plus est, une Avignonnaise. Musulmane, donc.

    Sur le coup, je me suis dit que ce devait être une de ces inénarrables provocations dont les trotskystes ont parfois le secret, bien que leur sens de la fantaisie me paraisse le plus souvent opaque. Mais, pourquoi pas ? Encore que l’idée de présenter une jeune femme voilée rien que pour emmerder Besson, Le Pen et Sarkosy réunis, objectif en lui-même fort louable, me paraisse limite injurieux pour ladite demoiselle.
    Et puis, il y a eu ces articles de Marianne (n°668 du 6 au 12 février 2010) : « Notre opinion », de Joseph Macé-Scaron, sous-titré « Les Soviets plus l’obscurité », « Ça va mieux en le disant », de Guy Konopnicki, sous-titré « Ils ont encore assassiné Trotski », « Attendez-vous à appendre », de Renaud Dély, sous-titré « Besancenot, Besson, les deux font la paire ! » Etc.

    Évidemment, le moins que l’on puisse dire est que, chez Marianne, on ne porte guère les trotskistes dans son cœur, accusés d’antisémitisme et de pro-islamisme. Mais bon, c’est leur droit. Simplement, tant d’acharnement à crier au fou, à l’alliance objective de Besancenot et de Sarkosy, forcément ça interpelle quelque part, comme on dit. Alors, j’ai voulu savoir et j’ai trouvé cet article du Monde, repris par le site du NPA.
    Pour sûr, c’est un peu plus éclairant que les éructations de Marianne. On comprend mieux la genèse de cette histoire.

    Pour autant, je reste dubitatif et très partagé sur cette démarche. J’ai du mal à comprendre comment on peut parler de libération de la femme et afficher ouvertement sa propre soumission à un dogme religieux dont la symbolique (commune aux 3 grandes religions monothéistes, d’ailleurs) est justement la négation de la femme. C’est une contradiction de fond. Cela signifie donc que malgré sa conviction proclamée d’appartenir à un courant de pensée progressiste, cette jeune femme n’a pas encore remis en question ce socle de croyances qui maintiennent les femmes sous le joug.
    Une évidence aussi : la tentative du NPA d’attirer vers ses listes une population extrêmement sensible à l’appartenance communautaire, parce que victime d’exclusion, et peu encline à user de son droit de vote pour la même raison. Mais cela au détriment de l’idéal laïque et du refus de laisser les religions interférer dans le débat démocratique. L’opium du peuple reprend du poil de la bête !

    La ficelle est donc un peu grosse, même si ce voile-là n’a rien d’aussi apparemment extrémiste que la burqa. Le risque est aussi que cette initiative soit noyée dans la médiocrité du pseudo-débat identitaire alors que la seule vraie question est celle du communautarisme et des moyens à mettre en œuvre pour le faire reculer. Il y a fort à parier que notre furoncle national, Nicolas 1er le petit, saura récupérer cette lacune à sa façon, en lançant un nouveau débat sur les droits et devoirs des citoyens français, lorsque ce contre-feu deviendra nécessaire.
    En attendant, élections régionales et catastrophes sociales obligent, on nous agite la burqa et ses dérivés sous le nez pour qu’ils masquent, en plus des visages féminins, les autres grandes questions politiques du moment. Le réveil sera douloureux !

    Notre inconscient collectif porte encore les stigmates des guerres de religion qui ont ensanglanté le pays [1] aux XVIème [2] et XVIIème siècles. Il faudra attendre la Révolution et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen pour que la question soit véritablement apaisée. Il n’empêche que ces tueries innombrables ont probablement ancré en nous la conviction que pour vivre en paix avec ses voisins mieux valait ne rien laisser paraître de ses convictions même si la loi nous reconnait désormais le droit fondamental de les affirmer. Rien d’étonnant donc à ce que les questions religieuses provoquent un réflexe de défense : tout ce qui apparaît comme pouvant mettre en péril la paix civile du pays doit être banni. Et, bien sûr, les signes extérieurs affichés par certains, au nom de leur liberté de conscience, alimentent cette crainte.

    Parler des racines chrétiennes de l’Europe, un peu comme on parlerait des apports positifs de la colonisation, mais sur nous-mêmes cette fois, en occultant les conséquences de l’Histoire, en en faisant aussi une bulle étanche qui n’aurait pas subi d’influences externes, est un argument un peu court. Ce que nous sommes aujourd’hui — la société dont nous avons hérité — est le fruit de multiples péripéties auxquelles sont liés ceux qui viennent aujourd’hui s’afficher jusqu’au cœur de nos villes, même s’ils n’en ont pas toujours conscience, pas plus d’ailleurs que ceux qui les regardent de travers.

    Le monde n’est évidemment pas binaire et angélique : d’un côté de vilains Européens de culture chrétienne, intolérants et bêtes, tels qu’au Moyen-Âge ; de l’autre de gentils musulmans [3], innocents de tout prosélytisme et d’arrières-pensées politiques anti-occidentales, victimes des idées reçues et des obsessions des premiers. L’inverse ne me parait pas plus conforme à la réalité.

    Il y a, au travers de l’apparition de ces pratiques, de réelles et légitimes interrogations sur le sens et le respect de notre contrat collectif, encore basé sur la laïcité affirmée de notre République, ce sur quoi nous nous accordons tous. Mais il faut prendre garde de ne pas faire de confusion : notre société est laïque en ce qu’elle permet le libre exercice des pratiques religieuses à ses citoyens et qu’elle garantit la neutralité des institutions de l’État à leur égard. Non seulement, les « églises [4] » n’ont pas à se mêler des affaires de l’État mais l’Administration ne doit pas se mêler des affaires religieuses.
    Il est par conséquent exclu, pour moi, que les règles religieuses, auxquelles chacun est libre de se soumettre ou non, prennent le pas sur les lois de la Nation là où sa neutralité est requise. C’est évidemment le cas des fonctionnaires et celui de l’école publique. Si cela heurte leurs convictions, ces personnes sont libres de ne pas postuler à des emplois dans l’Administration ou de mettre leurs enfants dans des écoles religieuses qu’il n’appartient pas à l’État d’administrer. Dès lors, nul ne peut invoquer son exclusion sous couvert d’intolérance et de non respect de sa liberté de conscience car c’est la rigidité de ses convictions qui le pousse à ne pas vouloir respecter la règle commune, laquelle est un moyen terme nécessaire à une vie collective pacifique, selon les leçons de notre Histoire.
    Et c’est d’ailleurs surtout ce principe là que les adeptes d’une religiosité sans partage voudraient voir aboli. Je pense même que, de ce point de vue, il y a une réelle communauté d’intérêt entre tous ceux qui, quelle que soit leur religion, n’ont jamais vraiment digéré la séparation des églises et de l’État. Qu’aujourd’hui ce soient des musulmans qui s’y frottent, offre un bel exercice d’hypocrisie, au nom d’une tolérance qui leur est fondamentalement étrangère, à quelques chrétiens particulièrement réactionnaires et conservateurs.
    Malheureusement pour ces gens-là, ce principe est probablement celui qui est le plus légitimé par la très grande majorité de nos concitoyens, quelles que soient leurs convictions, dans la mesure où la première aspiration de tout un chacun est de vivre en paix et de ne pas être emmerdé par les autres [5].

    Là où l’on subodore donc une manœuvre pour le moins perfide, c’est que ce sont « d’innocentes » jeunes filles qui sont mises ainsi sur le devant de la scène. En effet, masquer ses cheveux, son visage ou son corps ne s’applique qu’à elles tandis que les hommes ne s’imposent pas les mêmes contraintes. Une iniquité fondamentale, donc. Mais, à la négation du corps de la femme, et donc symboliquement de son existence, à laquelle l’Islam les soumettrait selon les affirmations de certains radicaux, ces derniers nous répondent par notre intransigeance qui interdirait à ces femmes l’accès à l’éducation ou à certaines fonctions. En d’autres termes, elles ne sont pas victimes d’une certaine façon d’interpréter le Coran mais d’une société intolérante malgré ses références permanentes et appuyées aux Droits de l’Homme qui, en l’occurrence, sont aussi ceux de la Femme. Un comble lorsqu’on leur préfère des règles religieuses qui les foulent au pied !
    Que l’attitude de ces femmes résulte d’un choix personnel ou d’une pression plus ou moins explicite de l’environnement familial ou communautaire, il est clair qu’elle sert de paravent à l’action des partisans d’un Islam politique. Pour autant, il est difficile d’affirmer que ce soit leur principale préoccupation, à elles. Affirmer son appartenance à une communauté, par l’affichage de sa préférence religieuse, est surtout l’expression d’un repli communautaire visant à affirmer son existence dans une société que ces gens jugent hostile, quelques fois avec raison, il faut bien le reconnaître, simplement parce qu’ils aimeraient s’y fondre. Un paradoxe que confirme le fait que nombre de jeunes filles couvertes d’un foulard ont finalement accepté de le retirer à l’école après qu’on leur eût donné l’occasion d’en parler à des gens qui ne les jugeaient pas. En respectant leur droit à la différence mais en restant ferme sur le principe de laïcité, chacun y a trouvé son compte, sauf bien sûr, les plus extrémistes.

    La rue et la place publique ne sont certes pas l’école. Chacun est libre de s’y comporter comme il l’entend pourvu que cela ne nuise pas à autrui. Et la loi n’interdit en rien d’afficher ses opinions et ses préférences, dans les mêmes limites. Seule la sagesse voudrait que l’on affiche moins ce qui nous sépare que ce qui nous rassemble.
    S’agissant d’élections [6], on pourrait même, à la rigueur, se féliciter que des candidats veuillent révéler ce qu’ils sont réellement. Ça nous changerait un peu de tous ces gens qui veulent nous vendre une simple image d’eux-mêmes, non ? Après tout, voter en connaissance de cause, c’est l’essentiel. Encore faudrait-il que le débat ait réellement lieu car toute confusion à ce sujet est propice à une radicalisation qui servira davantage les thèses politiques les plus fumeuses que notre « vivre ensemble pacifiquement ».

    Pour ma part, je ne suis pas prêt de voter pour des gens pour qui leur appartenance religieuse est plus importante que le besoin de rassembler et la laïcité des institutions.

    Et pis c’est tout !

    Notes

    [1] Mais aussi une grande partie de l’Europe

    [2] Pour les guerres de religion proprement dites, auxquelles l’Edit de Nantes de Henri IV mettra un terme en 1598. Mais sa révocation par Louis XIV et son Edit de Fontainebleau, en 1685, près d’un siècle plus tard, provoquera une nouvelle vague de persécutions contre les protestants et une forte émigration de ceux-ci vers les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Angleterre.

    [3] Puisque la burqa et les voiles les concernent

    [4] Au sens large du terme

    [5] Voir plus haut

    [6] on est bien là aussi dans le concept de place publique, d’« agora »

    Les oripaux de l’intolérance

    mercredi 24 juin 2009, par Marco

    Je l’avoue : j’éprouve un certain malaise lorsque je croise des femmes portant un foulard. Je me dis qu’il y a là plus que l’expression d’une conviction religieuse, un signe extérieur de repli communautarisme.

    La religion, c’est une affaire intime. C’est le droit de chacun de pratiquer ou non et l’État n’a pas à s’en mêler. Il est même garanti par la Constitution. En conséquence, si ces femmes veulent couvrir leurs cheveux et leur corps, voire leur visage, cela ne me regarde pas. De toute façon, une religion induit une forme extrême de sujétion et je ne vois pas en quoi la religion musulmane ferait plus problème que les autres.
    Sauf qu’il y a là, bien sûr, une forme de discrimination visant à nier le corps de la femme et c’est ça qui devient gênant. Mais quoi ? Va-t-on légiférer sous prétexte que leur liberté serait bafouée, sans tenir compte de leurs propres convictions ? Autant interdire toutes les religions, alors, et là, bonjour la pagaille !

    Je n’ai jusqu’ici entendu personne s’offusquer de la même pratique chez les religieuses catholiques alors que leur accoutrement a les mêmes origines orientales que celui des femmes musulmanes. Alors pourquoi cette cristallisation sur ces seules dernières ?

    C’est vrai, pour justifier cet intérêt pour le moins malsain, on se donne bonne conscience en professant que les musulmanes ne seraient pas réellement libres de choisir leur mode vestimentaire. Je n’ai pourtant jamais lu de gros titres dans la presse lorsque, dans les années soixante, nos pères interdisaient à nos sœurs de porter la mini-jupe ou bien sur l’interdiction qui leur était faite, dans les lycées ou ailleurs, de porter un pantalon. Pour la liberté vestimentaire, on repassera donc ! Et je me souviens très bien qu’à la même époque, nombre de femmes se coiffaient d’un foulard (un fichu) même s’il n’avait rien d’aussi radical, le plus souvent, que celui des musulmanes.
    Quant aux raisons qui poussent une jeune femme (ou un jeune homme, d’ailleurs) à entrer dans les ordres, je suis certain que, en cherchant bien, on trouverait enfoui quelque part dans leur subconscient, une forme d’aliénation qui hypothèquerait gravement leur liberté de choix. Pourtant, je ne sache pas qu’on envisage de légiférer sur celle-ci.

    Je me console en me disant que certaines de ces femmes musulmanes exhalent une féminité éclatante. Il y a, dans la façon de s’habiller de certaines d’entre elles, une grâce et une sensualité qui me touchent. Parfois, ce voile tant décrié souligne des traits d’une grande finesse et une beauté qui réjouissent l’œil. Bien sûr, avec la burqa, c’est déjà plus difficile d’apprécier…

    Mais s’il faut s’interroger sur cet engouement relativement récent pour l’affirmation publique de ses origines et/ou de ses croyances, il me semble qu’il serait bien plus pertinent de se pencher sur l’hypocrisie de notre système « d’intégration » (même si, en réalité, nombre de musulmans actuels ne sont pas issus de l’immigration). L’accueil que nous réservons à un grand nombre des étrangers, et cela depuis très longtemps, ne me semble pas correspondre exactement aux principes républicains. C’est le moins qu’on puisse dire. Comment, dès lors, pourrions-nous leur reprocher de se raccrocher à ce qui les rassure : leurs origines et leur pratiques religieuses ?

    Et puis, à supposer que nous soyons aussi vertueux et accueillants que nous le prétendons, peut-être faut-il également s’interroger sur cette recherche de spiritualité qui pousse de plus en plus de gens vers les religions mais pas nécessairement vers celles qui sont, paraît-il, nos prétendues racines. Il faut dire que la religion catholique, en France, a depuis longtemps fait la preuve de sa connivence avec les pouvoirs les plus réactionnaires et que, sans doute, au moment de choisir, d’aucuns préfèrent l’écarter.
    Toujours est-il que, si je regrette personnellement ce que je considère comme une forme d’aliénation, je ne me sens pas le droit de juger ceux de mes contemporains qui pensent y trouver une forme de réalisation, une espérance et un réconfort. A chacun de mener sa vie comme il l’entend.

    Alors, pour finir, ces histoires de foulards, de voiles et de burqa me paraissent davantage être l’expression d’une intolérance vis à vis de populations déjà souvent fragiles. Leur interdiction systématique, et donc aveugle, me paraît présenter un risque d’effets secondaires encore plus graves que ces pratiques ne sont gênantes en elles-mêmes. Focaliser le débat sur ces femmes ne peut qu’accentuer leur repli communautaire. Il doit nécessairement y avoir des moyens plus humains et plus judicieux pour prévenir une supposée prolifération.

    Et puis, il me semble que nous avons d’autres chats à fouetter qu’à nous chercher des boucs-émissaires un peu trop faciles. La ficèle est un peu trop grosse à mon goût.

    Alors, foutons-leur la paix ! C’est pourtant simple : ça s’appelle la tolérance.

    Crétinisme pontifical

    vendredi 27 mars 2009, par Marco

    Il paraît que ça parle au nom de Dieu, tout puissant et miséricordieux. Vous me direz peut-être qu’il y en a beaucoup de ces gens qui portent la parole divine et que, au bout du compte, ça fait un peu cacophonie. Certes ! D’autres diront que celui-là, au moins, la porte assortie d’un message de paix et que ça fait toujours moins de morts que quelques autres porte-parole enturbannés. Suivez mon regard.
    Moins de morts ? C’est à voir.

    La dernière sortie du père Benoit sur le préservatif, c’est du lourd… de conséquences. De quoi pousser vers la mort quelques millions de personnes de par le monde. Heureusement, ce sera au nom de Dieu qui, bien entendu, reconnaitra les siens. Elle s’ajoute à deux ou trois autres broutilles qui « interpellent quelque part », comme disent certains : soit le sus-nommé est un crétin de haute volée et sa sénilité galopante en est la cause car on imagine assez mal tous ces sages cardinaux élire un abruti au poste de chef. Si ? Ah bon ! Soit c’est un réactionnaire furieux, sous ses airs de « ravi » angélique, et on se demande alors où est la miséricorde divine ?

    Déjà, réintégrer sans contre-partie les traditionalistes dans le giron de la mère Église, dont le minable et désormais tristement célèbre négationniste Williamson, si ça fait un peu vieille querelle de… clocher, comme ça, de prime abord, c’est surtout la traduction dans les faits de cette tentation d’une partie de l’épiscopat à penser le catholicisme comme une obligation universelle hors de laquelle il n’y aurait point de salut. La petite gué-guerre sur le retour du latin ou sa suppression en a fait rigoler plus d’un (y compris, bien sûr, Brassens, en 1976, dans l’indispensable « Tempête dans un bénitier ») mais elle occulte (c’est le cas de le dire) leurs attaques contre Vatican II qui renonçait enfin à voir dans les Juifs les responsables de la mort du Christ. Simple question de tolérance, en somme, ou de bon sens, comme on veut.
    La coïncidence entre la décision papale et les déclarations de l’évêque traditionaliste sont une belle gifle aux survivants de l’Holocauste et ceci d’autant plus que la mollesse de la réaction pontificale est à la hauteur du mépris ainsi affiché. Du genre : « Vous, les Juifs, ne nous emmerdez pas avec des détails, comme dirait Le Pen » ! Et une belle idiotie car, pour paraphraser Pancho dans le Canard Enchainé du 11 février 2009, l’existence des chambres à gaz est plus facile à prouver que celle de Dieu ! Ça, c’est sûr !
    Mais bon. Qui pourrait en vouloir à une aussi sympathique sainteté de commettre d’innocentes erreurs de jeunesse ? Car bien sûr, à lui aussi, sa bonne foi (pardi) a été abusée à l’insu de son plein gré. Oui, c’est ça la foi : croire sans douter. Bien sûr !

    Puis, il y a eu l’histoire de cette petite brésilienne de 9 ans, enceinte de l’assiduité toute de pur amour de son gentil papa attentionné. Bien sûr, l’excommunication de l’équipe médicale et de la fillette n’a pas été prononcée par notre aimable pontife mais on a du mal à croire que le patron n’ait pas validé les explications emberlificotées du secrétariat papal, sans condamnation ni de la décision du calotin brésilien ni de l’attendrissant paternel, ou si peu. Motif : l’inceste c’est quand même moins grave que l’avortement, hé, oh, faut pas pousser !
    Que de l’amour, je vous dis ! Un bel encouragement à tous ces joyeux pervers qui ne voient dans les enfants que de sympathiques jouets sexuels et auxquels le pardon divin est désormais acquis pourvu qu’ils n’oublient pas de proclamer que, eux, au moins, ils ont de la morale car ils sont contre l’avortement. Amen. Et puis, faut savoir respecter certaines traditions de l’Église et le goût de certains de ses prêtres pour la jeunesse.

    Alors forcément, quand notre Benoit profite de sa folle dynamique pour fustiger le préservatif et affirmer qu’il ne sert à rien dans la lutte contre le sida, on ne peut qu’être admiratif. Surtout pour l’explication lumineuse qu’en ont donné ses prétoriens : figurez-vous qu’il y aurait des petits malins qui s’échangeraient les préservatifs usagés. Fallait oser la sortir celle-là ! Pourquoi pas un trafic international de caoutchouc, aussi ! Allez savoir. Un curé, c’est forcément au fait de ces pratiques, non ? On imagine qu’une enquête approfondie a été menée par le clergé et qu’il a envoyé ses plus fins limiers infiltrer les réseaux de trafiquants au péril de leurs fesses.
    Quant aux quelques millions de personnes qui, de par le vaste monde, sont atteintes de cette maladie, et qui, accessoirement, sont aussi croyantes, pour certaines, tant pis si les déclarations irresponsables du petit vieux sonnent comme un arrêt de mort. Passées au registre des pertes et profits de la grande pantalonnade dogmatique de la morale papiste. Va avoir du boulot, le Saint-Pierre !

    Alors, c’est vrai que je ne suis pas le plus fervent supporteur de l’Église et de son pape. Il y a belle lurette que je considère avec un certain détachement (pour ne pas dire mépris) la prétention de certains religieux de tous bords à vouloir imposer leur prétendue morale divine et à régenter nos vies. Du moins, je respecte ceux qui acceptent de les suivre, pourvu qu’ils ne cherchent pas à me convaincre. Après tout, c’est leur affaire. Mais là, pardon ! Quand un con pareil dépense autant d’énergie pour faire le lit des idées les plus nauséabondes ou démolir le long travail de tant de gens contre une maladie aussi meurtrière (qui a dit un fléau de Dieu ?) ou pour avilir de simples gestes d’humanité, je me dis que, vraiment, lui trouver des excuses est au-dessus de tout entendement. Ce mec-là est un danger public. Il est l’image la plus détestable de l’Église, sentencieuse et dénuée de toute compassion. Criminelle, même. A vomir !

    Décidément, on vit une époque formidable ! Pauvre humanité !


    Pour reprendre la réflexion de Ydikoi, notamment dans son billet, l’article de maître Eolas dont il parle est là.

    Trois remarques :
    - Pour les intégristes, c’est du détail. Savoir que Lefebvre, Williamson et consorts ne sont pas réintégrés comme évêques, c’est sûrement mieux pour la vérité mais ça interroge tout de même sur la démarche. Mais bon, c’est la salade catho. Qu’ils s’en démerdent.
    - Pour Carmen, la petite Brésilienne, je reconnais avoir dit une connerie : c’est pas elle qui a été excommuniée mais sa mère. Ça ne change pas grand chose à la connerie de l’évêque de Récife, mais au moins, la levée de cette excommunication par la conférence des évêques du Brésil, est à l’honneur de cette Église-là. Dont acte, donc, et mea culpa.
    - Pour le préservatif, que les propos du pape aient été déformés, c’est sûrement aussi pas très joli mais tout de même, faut pas nous prendre que pour des benêts : que l’Église ne fasse pas la promotion du pêcher, c’est une chose compréhensible, mais que tous les prétextes soient bons pour tailler en pièce les actions de prévention, ça va un peu. Et je maintiens que ces sorties sont criminelles, dussè-je peiner le très talentueux Maître Eolas.

    La belle affaire !

    dimanche 7 septembre 2008, par Marco

    A en croire la presse et certaines bonnes âmes promptes à s’émouvoir dès que l’ombre de l’Islam plane sur nos chers vieux clochers, voilà que notre République, une, indivisible, laïque et sociale - surtout laïque, dans le cas présent - verrait ses principes foulés au pied par un malfrat devant être jugé sept ans après les faits qui lui sont reprochés. Pensez ! L’homme est musulman et il fait le ramadan. Du coup, son avocat a demandé le renvoi du procès d’Assises qui doit le juger, ce qu’a accordé le président de la cour « pour une bonne administration de la justice ». Mais où va la France ?

    Et voilà un nouveau scandale qui donne à tout un chacun loisir d’exprimer, au nom de la défense de la laïcité, bien entendu, tout les craintes que ces bonnes et vertueuses consciences éprouvent à l’idée que notre belle République se « déculotte » une fois de plus devant les insupportables exigences des religieux musulmans.

    Je vous invite à lire, d’une part, cet article du Monde :

    puis cette analyse de Maître Eolas :

    Est-il-interdit-de-juger-un-musulman-pendant-le-ramadan ?

    De mon modeste point de vue, tout ceci s’apparente aux tempêtes dans des verres d’eau dont on nous abreuve régulièrement à n’en plus finir. Du bon vieux scandale pour pas cher qui permet d’émouvoir le bon peuple en agitant devant ses yeux le chiffon rouge du communautarisme et de l’intégrisme mis à toutes les sauces de l’indignation.
    Je ne vois pas, en effet, ce qu’il y aurait de scandaleux à faire en sorte qu’un prévenu se présente devant ses juges dans les meilleures dispositions possibles. Qu’il soit musulman ou malade ne change pas grand chose. Ceci d’autant moins que, quand on parle de laïcité, il ne faudrait pas oublier que nos « racines judéo-chrétiennes », selon la formule consacrée, instaurent une curieuse inégalité qui, elle, n’offusque personne. En effet, les tribunaux ne tiennent pas session le dimanche - jour du seigneur chez les chrétiens - ni les jours fériés dont certains sont directement issus, encore une fois, des pratiques chrétiennes (lundi de Pâques, Noël, Toussaint).

    Pour dire les choses comme elles sont, je m’en accommode fort bien, d’ailleurs, toujours ravi de prendre un jour de repos. Et si l’on pouvait étendre ces largesses à toutes les religions, je ne m’en porterais pas plus mal. Or ici, il ne s’agit en rien du fait que le ramadan interdit aux musulmans d’avoir une quelconque activité. Ce ne sont pas des jours fériés. Il semble que, pour la défense, le prévenu serait amoindri par son jeûne. A cela s’ajoute d’autres éléments que le juge a pris en considération et qu’il n’a pas plus à citer pour justifier sa décision : il n’a pas à la justifier de toute façon, sa décision est souveraine.

    Or, de tous ces éléments dont personne, ou à peu près, ne sait rien, c’est le caractère religieux d’un seul d’entre eux qu’on jette en pâture à la presse qui se fait un devoir de nous le rapporter comme si c’était là la preuve d’une offensive de l’axe du mal !

    Décidément, nous vivons une époque exaltante où des malades mentaux doivent absolument être jugés et où il faudrait, au nom de la laïcité, ne pas s’embarrasser de la moindre idée de tolérance pour les croyances d’autrui. En quoi la Justice en sort-elle grandie ?
    Il est vrai que, comme le rapporte Maître Eolas, des israélites se sont déjà vu refuser de pareilles mesures à l’occasion de leurs fêtes religieuses. A contrario, le même éminent juriste rappelle que de telles mesures ont déjà été accordées pour les mêmes raisons sans pour autant que cela ne fasse la une des journaux.

    Alors quoi, cela deviendrait-il scandaleux parce que les talibans ont récemment massacré dix de nos soldats ? Je ne comprends pas et, franchement, je m’en bats l’œil ! Je pense que, en matière d’atteintes à la laïcité, il y a bien d’autres motifs de scandale, à commencer par certaines déclarations et certaines attitudes de celui qui en est - ou devrait en être - constitutionnellement le garant.

    Pouah !

    Mon ami Guillaume (que Dieu le garde en Sa Sainte Protection) m’a fait l’insigne honneur de citer mon modeste billet "Beaucoup de bruit pour rien" en guise d’introduction à sa contribution à ce qu’on pourrait appeler "l’affaire de la fausse vierge répudiée". Ainsi soit-il.

    J’avais moi-même fait suite à un billet de mon autre très estimé administrateur ami Machin dont le billet avait titillé mon esprit, notamment grâce aux liens très instructifs qu’il fournissait et que j’ai moi-même repris.

    Outre la teneur du billet de Guillaume qui débat sur l’opposition entre sphère privée et sphère publique, sur la place de la femme et conclut "Devons-nous changer la loi sur le mariage ?", il y a cette réaction de la CGT que je vous livre dans son intégralité :

    Égalité entre les femmes et les hommes : des forces diverses tentent de revenir sur des principes ou sur des droits chèrement acquis dans le monde du travail et dans la société.

    En vertu de l’article 180 du Code civil qui stipule qu’en cas « d’erreur sur les qualités essentielles de la personne » le Tribunal de grande instance de Lille a annulé un mariage.

    Désormais, donc, la virginité serait considérée comme une qualité essentielle de la personne !

    La justice française prend position et rejoint sur ce terrain certaines coutumes ou pratiques religieuses qui seules le prétendaient jusque là.

    Cette décision va à l’encontre des principes d’indépendance et de laïcité de la justice comme doivent l’être toutes les administrations françaises.

    Cette décision va à l’encontre du droit des femmes à leur intimité et à la libre disposition de leur corps.

    Cette décision va à l’encontre des principes d’égalité entre les femmes et les hommes (comment monsieur va-t-il prouver ou non qu’il est vierge ?)

    La CGT y voit un traitement inégalitaire qui vise à inférioriser la femme, un retour au passé.

    Cette vision rétrograde, semble faire son chemin et trouve d’autres résurgences dans certaines décisions politiques.

    Pour exemple, le 15 mai dernier le sénat en transposant une directive européenne concernant la discrimination au travail, a adopté un amendement au texte qui autorise l’organisation d’enseignements par regroupement des élèves en fonction de leur sexe, sans aucune limitation ni encadrement ! Pourtant le code de l’éducation porte comme nécessité absolue la mixité dans les écoles. Un retour en arrière de 40 ans !

    Toute ségrégation renforce le sexisme. Au contraire la mixité est un instrument de l’apprentissage du vivre ensemble, de la connaissance de l’autre, indispensables à la conquête de l’égalité.

    Pour 86% des Français quelques soient l’âge, le genre la catégorie socio professionnelle, le niveau de diplôme ou la préférence politique, c’est d’abord dans le domaine de l’égalité entre les femmes et les hommes que Mai 68 a fait avancer les choses. Cet héritage est précieux.

    Pour la CGT, l’égalité entre les femmes et les hommes reste une bataille de tous les instants. L’égalité reste à gagner dans l’entreprise, dans le travail : c’est ce qui fera avancer l’égalité dans la société.

    J’ai beaucoup de respect et de sympathie pour la CGT, pour laquelle je vote régulièrement et à laquelle je vais probablement adhérer sous peu pour différentes raisons d’ordre politique et professionnel. Le sujet n’est pas là. Je ne parle même pas des liens d’amitié avec Guillaume avec qui j’ai de nombreuses fois débattu de bien des sujets sur lesquels nous nous sommes parfois frictionnés (putain d’écolo) mais dont je partage en très grande partie la philosophie et les idées. Comme pour la CGT.

    Et comme pour le Canard Enchainé (Voir l’édition d’aujourd’hui, article "Comédie hymen" en première page).

    Sauf sur ce coup. Et je m’en explique.

    La Justice a annulé ce mariage civil non pas sur le motif que l’absence de virginité de la femme était une qualité essentielle recevable mais en raison du fait que cette femme avait menti et l’a reconnu en séance, de même qu’elle a reconnu que ce mensonge avait été de nature à fausser le consentement de son futur époux puisqu’il l’a induit en erreur. C’est bien l’aveu de ce mensonge (que, au passage, le juge n’avait aucune obligation à rechercher) qui a motivé l’annulation. Voir ce qu’en disent Maitre Eolas et ses amis.

    Or, depuis que cette affaire est connue, la seule chose qui fait débat est de savoir si la virginité peut être posée comme condition à un mariage. Je dis que cela ressort de la sphère privée.

    De plus, au nom des grands principes républicains et laïques et de la cause des femmes, on fait mine d’oublier que ce jugement satisfait la femme qui se voit débarrassée d’un mariage pour le moins mal parti.

    Certes, comme le rappelle justement Guillaume, un mariage civil est un contrat public qui impose des droits et des devoirs. Ce n’est pas un contrat commercial. C’est un contrat à la fois matériel (entraide, assistance mutuelle, partage des ressources et des charges, etc.) et moral (respect mutuel, éducation des enfants, etc.).

    Mais ce contrat que l’on signe en grande pompe devant monsieur le Maire et à la face de la société n’est que l’aboutissement d’un processus plus ou moins long (parade amoureuse, mandolines, baisers, fleurs, cadeaux, confidences, j’en passe et des meilleurs) dont ledit contrat public ne dit rien et n’a d’ailleurs rien à dire. Le contrat ne fait que constater que les deux personnes sont d’accord pour unir leurs destinées. Point barre.

    Car tout ce qui pousse deux êtres à vouloir vivre ensemble est de l’ordre de l’intime. Les points qui les rapprochent ne répondent pas à un cadre légal qui en ferait la liste mais à des affinités que l’on peut supposer partagées et réciproques. De plus, dès lors que l’on fait référence à la morale, on touche inévitablement à la conception que chacun de nous a de la vie en général et de la vie en couple en particulier. Ces conceptions nous appartiennent en propre, elles ne sont pas discutables dans notre vie privée même si, au regard de la société, certaines d’entre elles le sont, doivent l’être ou ne sont tout simplement pas acceptables parce que contraires aux droits et devoirs que nous nous sommes donnés en tant que citoyens d’un État de droit.

    Ces conceptions sont aussi le résultat de l’éducation que nous avons reçue et des principes qui en découlent ou que nous avons acquis en adhérant à certaines philosophies ou religions. Et c’est naturel. La laïcité n’a rien à voir là-dedans car ces croyances sont de l’ordre de l’intime. Elle sont privées. La laïcité est relative à la vie publique, pas à la vie privée.

    Dès lors, nous ne pouvons pas reprocher à 2 personnes de vouloir se marier selon les préceptes de leur religion ou philosophie, ou de l’idée qu’elles s’en font, si elles sont toutes deux d’accord pour en faire les bases de leur vie commune. De quel droit le ferions-nous, du reste ?

    En portant un jugement sur les motifs qui ont conduit à l’annulation de ce mariage, c’est bien ce droit d’ingérence que nous nous octroyons. De plus, nous le faisons sur la base de principes qui ont aujourd’hui force de loi, pourrait-on dire, dans l’organisation de la société et qui garantissent, pour une grande part, la paix civile et le droit (public) des individus. Cela ne nous autorise pas à nous immiscer dans la vie privée de ces 2 personnes sauf si l’une est victime de mauvais traitements infligés par l’autre. Or, si l’on veut entrer dans le vaste champ des supputations hasardeuses, on pourrait dire aussi que c’est à cela que pourrait conduire le refus d’annuler ce mariage.

    Sauf à prouver qu’il s’agit d’un mariage arrangé, donc contraint, ce qui existe effectivement mais ne peut être généralisé et touche essentiellement aujourd’hui à la perception de l’Islam par de nombreux non-musulmans, et ce que la Justice n’avait pas été chargée de déterminer, rien ne nous permet de juger de la recevabilité du motif (le mensonge). Car la conséquence serait de contraindre à vivre ensemble deux personnes qui ne le souhaitent plus.

    Elles pourraient divorcer, disent certains. C’est oublier que cette union repose sur des bases religieuses. Le contrat civil est donc complémentaire du mariage religieux. Il semble évident que si la répudiation religieuse (car il s’agit bien de cela) est affaire privée, elle ne pourra être complète que si intervient une annulation du mariage civil qui en supprimera toute trace alors qu’un divorce n’y satisferait pas puisque dûment enregistré par l’état-civil. L’annulation dit : "Vous n’avez jamais été mariés" ; le divorce : "Vous n’êtes plus mariés" (donc, vous l’avez été).

    De plus, en France, le mariage religieux seul n’a aucune valeur juridique. On pourrait donc se féliciter que ces deux personnes reconnaissent sa prééminence et lui accordent un tel respect.

    Laïcité

    Je suis désolé de le dire mais lire que la Justice devrait être garante de la laïcité me fait doucement rigoler.

    La Justice se doit d’être laïque en ce qu’elle se doit d’être rendue sans référence d’aucune sorte à des préceptes religieux. Nous ne sommes pas aux États-Unis où l’on prête serment sur la Bible. Et contrairement à ce qu’affirment le Canard Enchainé, la CGT et quelques autres, ce jugement ne se prononce pas sur le bien-fondé d’une exigence religieuse mais sur une erreur de consentement consécutive à un mensonge, pieu ou pas.

    Et de toute façon, la laïcité ne peut pas être prétexte à la répression (pour autant qu’il n’y ait pas trouble à l’ordre public). La laïcité, c’est la tolérance et la liberté de penser.

    La cause des femmes

    Il y a bien des sujets sur lesquels il y a effectivement lieu de s’inquiéter pour la place des femmes dans notre société. Et cela n’a pas nécessairement de lien particulier avec les religions. Je dirais même que les religions sont un sujet facile pour s’émouvoir à bon compte, y compris d’ailleurs sur leur conception globale de l’humanité.

    Mais ne serait-ce que dans notre société laïque et prétendûment évoluée, il y aurait beaucoup à dire sur l’égalité homme-femme en termes d’accès aux responsabilités, de salaires, de libre disposition de son propre corps.

    Ce que dit la CGT dans la seconde partie de son commentaire est vrai. Mais cela n’a pas de lien avec ce jugement.

    Annuler ce jugement ne fera pas avancer la cause des femmes. Ce n’est pas en sacrifiant celle-ci que le sort des autres sera amélioré. Sa virginité, personne n’en a cure. Ce qui importe, c’est qu’elle soit de nouveau libre et plus avertie de l’imbécilité de certains hommes. Peut-être croyait-elle qu’il l’aurait aimée par delà ce détail (pour nous). Elle sait désormais ce qu’il en est. Tant mieux pour elle, même si c’est douloureux et humiliant. Elle s’en sort finalement bien. Dans d’autres pays, ça aurait pu être l’acide chlorhydrique ou le meurtre. Vive la Justice républicaine et laïque.

    Vie privée, vie publique

    Je suis un peu surpris de voir que, au nom de principes auxquels je souscris totalement, on en vient à oublier des évolutions de notre société contre lesquelles, par ailleurs, on s’insurge avec la même force. En effet, nous sommes tout de même nombreux à refuser l’immixtion de plus en plus prégnante de la société dans nos vies privées par le biais de lois sécuritaires qui réduisent toujours davantage le champ de nos libertés. On nous fiche ; on nous surveille ; on nous dit ce qu’il faut faire ou ne pas faire ; bientôt, on nous dira ce qu’il faut penser ou ne pas penser. Et nous nous insurgeons.

    Et dès lors que quelqu’un prétend régler un engagement qui touche au plus profond de ses convictions intimes, fut-ce au nom de sa religion, on en appelle à la loi pour lui refuser ce droit ? J’y vois une contradiction absolue. Ceci d’autant plus que cette affaire, à l’origine, n’est pas censée avoir de préjudice pour aucune des 2 parties dans sa conclusion. Si c’est le cas, il faut le prouver et pas seulement par des hypothèses ou des allégations. Par des faits concrets et tangibles.

    Pourtant, si l’on parle de mariage, oui, je pense que la loi doit être changée : Au nom de toute personne à s’unir solennellement avec la personne de son choix, je demande que l’institution du mariage permette à 2 personnes du même sexe de s’unir.

    Et plus encore : Au nom du droit de toute personne à élever des enfants, je demande à ce que la loi autorise 2 personnes du même sexe à reconnaitre ou à adopter des enfants.

    Beaucoup de bruit pour rien

    dimanche 1er juin 2008, par Marco

    Scandaleux ! Une pauvre femme bafouée ! L’Islam substitue la charia à la loi républicaine.

    Voilà en gros ce qu’il ressort du jugement rendu par le tribunal de grande instance de Lille le 1er avril dernier, annulant un mariage à la demande d’un mari qui tenait pour "qualité essentielle" la virginité de sa femme, laquelle, le sachant, aurait omis de lui signaler la disparition de son hymen et reconnait les faits.

    Ce qui est intéressant, ce sont les commentaires non seulement des politiques et autres intellectuels de notre fier pays mais aussi du commun des mortels qui réagissent sur les sites des journaux ou ailleurs. Et comme il fallait s’y attendre, l’Islam en prend pour son grade.

    Cependant, comme le dit Maitre Eolas, finalement, les juges n’ont fait qu’appliquer la loi. Et d’aucuns de s’empresser alors : Si la loi est mal faite, changeons la loi.

    Incroyable comme une affaire relevant, à la base, de la sphère intime, privée, puisse ainsi enflammer la sphère publique. Le fait qu’il s’agisse ici d’un couple musulman est parfaitement secondaire puisqu’aussi bien des catholiques ou des protestants évangélistes, par exemple, auraient pu faire la même démarche. Mais les fantasmes liés à l’Islam sont un motif commode pour s’émouvoir de sa pénétration sournoise. Le soupçon proféré parfois à l’encontre du juge de céder trop facilement aux injonctions de cette religion en découle directement.

    Pour d’autres, cette affaire de virginité nous renvoie à l’archaïsme musulman ou à celui de notre propre Moyen-Âge. Qui se préoccupe encore de la virginité au XXIème siècle quand on ne peut que se féliciter du fait qu’un homme et une femme qui veulent se marier, ce qui suppose un engagement durable, aient évacué au préalable tous les "démons" de la jeunesse ?

    D’autres encore, s’interrogent sur les pressions qui auraient pu être exercées sur la jeune femme au point de la conduire à ce pieu mensonge. On imagine aisément l’opprobre qui rejaillira immanquablement sur elle et sur sa famille après un tel aveu. Et ceux-là de craindre que ce jugement ne conduisent encore davantage de jeunes filles à recourir à la chirurgie plastique pour reconstituer ce qu’elle n’ont plus et qu’elles perdront de toute façon à nouveau dès le soir du mariage. Comme si elles ne l’auraient pas fait de toute manière pour ne pas être mises à l’index ! Oui mais voilà, en l’occurrence, ces pressions ne sont que des supputations et, à moins que la jeune fille en fasse état et en amène la preuve, elles ne sont pas recevables pour la Justice.

    En fait, cette histoire n’est qu’un prétexte de plus pour stigmatiser une communauté religieuse qui, si elle ne brille pas forcément par un "modernisme" ébouriffant (mais c’est quoi le modernisme, dans le fond ?) et sur laquelle il est facile de taper pour cause de non respect de la dignité de la femme, n’est ni la plus inquiétante ni la seule à posséder de tels travers. Si les questions soulevées ont parfois un fond de bon sens (le statut de la femme, l’inégalité entre l’homme et la femme face à la virginité tangible, etc.) elles n’avaient certainement pas besoin de ce fait divers pour être posées. De plus, elles occultent un fait que la Justice a reconnu : Le mari et la femme étaient d’accords sur les motifs. Reste donc à nos chevaliers blancs à prouver que la femme y a été contrainte.

    Pour une fois, je reconnais que le refus de la Garde des Sceaux (à champagne, comme dit le Canard Enchainé) d’interjeter appel du jugement me satisferait plutôt. On peut imaginer que dans un tel contexte, les deux époux auraient divorcé par consentement mutuel, ce qui leur aurait épargné de donner un motif et ainsi de s’exposer à ce débat douteux. Mais surtout, et ce point est relevé par quelques commentateurs, ce faisant, madame Dati aurait ni plus ni moins reconnu à la société le droit d’intervenir dans le plus intime de nos choix, celui de la personne avec qui nous voulons vivre. Et là, forcément, j’y vois personnellement un très, très, très gros problème.

    Voir aussi à ce sujet :
    - Authueil
    - Diner’s Room
    - Libération

    et les différents commentaires sur ces articles.

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