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Réflexions sur la FFMC et son Mouvement

Articles

    Avant de tomber dans le piège médiatique et moralisateur mis en place par les thuriféraires du tout répressif - l’inénarrable Got et la LCVR en tête comme d’habitude, rejoints pour l’occasion par le CNPA [1] - et par les habituels contempteurs d’un gouvernement si peu de gauche soit-il mais toujours suffisamment à leurs yeux pour être coupable de laxisme [2] quoi qu’il propose en termes de justice, et sans même parler du marigot nauséabond de tous ceux qui persistent à ne voir en Christiane Taubira qu’une infâme guenon simplement parce que : un, c’est une femme ; deux, c’est une femme noire, qui ne s’en laisse pas compter, qui n’a pas sa langue dans sa poche, et qui a osé porter et défendre l’égalité des droits de tous sans faiblir face à la chienlit réactionnaire et rétrograde, je pensais très sincèrement qu’il y aurait quelques voix pour évaluer l’enjeu avec un peu de recul afin de nourrir la réflexion. Mais il faut croire que cet air, venu du Sahara surchauffer notre été, liquéfie les cerveaux. Et puis, il faut reconnaître que ce n’est pas non plus une spécialité de nos médias « mainstream », comme on dit, le recul et la réflexion.

    En France, on nous inculque depuis plus de 40 ans que la seule politique de sécurité routière qui vaille repose sur trois principes fondamentaux, complémentaires et intangibles : un, la répression ; deux, la répression ; et trois, la répression. Il n’est pas impossible que dans un avenir proche, on y ajoute aussi la répression, histoire de garder sa cohérence à l’édifice. Le postulat de départ est donc très simple : tous des criminels. Ou peu s’en faut…
    Alors tu penses : quand une ministre - déjà frappée du sceau infamant du soupçon de laxisme car elle ose dire que le rôle de la justice ne se réduit pas à emplir les prisons - se met en devoir de s’intéresser à la sécurité routière, oulà, scandale ! Non seulement elle se prend des volées de bois vert de la part de ses habituels contempteurs, lesquels enragent de la voir survivre à leurs messes noires et de leur tenir tête, mais, en plus, elle s’attire les foudres du clergé de la sainte chapelle, chargé du respect sourcilleux du dogme sécuritaire en même temps que routier. Déjà qu’en temps normal, le moindre haussement de sourcil dubitatif pouvant signifier un début de manque de conviction dans l’acceptation sans condition du dogme provoque, dans le quart de seconde qui suit, le démarrage d’une harangue fébrile et vindicative de la part de la Grande Prêtresse Perrichon, tu t’imagines bien que sur un coup comme celui-là, on a droit à un prêche digne de l’apocalypse, pour ne pas dire de fin du monde. Ou les deux. C’est un truc à faire claquer tata Chantal d’un infarctus, ça. Au moins ! En plus, avec cette chaleur, je te jure, c’est des choses à pas faire…

    Mais qui a vraiment lu ce projet de loi ? La version intégrale est là. Et voici ce que dit plus précisément ce fameux article qui cristallise les phantasmes les plus hystériques.

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    Notes

    [1] Conseil national des professions de l’automobile

    [2] Oh que c’est vilain, ça !

    Ainsi donc, le Conseil National de la Sécurité Routière (dites CNSR, c’est plus chic), cette sorte de comité Théodule censé délivrer de puissants conseils, s’est réuni le 29 novembre (donc hier) et a décidé de proposer au gouvernement, ça :

    • Instaurer une journée nationale des victimes de la route le 22 février, qui sera un jour de commémoration des personnes et des familles dont le destin a, un jour, sur une route, brutalement basculé dans le drame. Cette journée permettra également de lancer des travaux pour faire progresser la prise en charge des victimes et de leurs familles.

    Sûr que ça a dû phosphorer dur pour y arriver. Je me demande même si on n’a pas frôlé la surchauffe voire la fusion du cœur du réacteur pour arriver à cette quintessence de la pensée sécuritaire. Avouez qu’il aurait été dommage de perdre tant de personnes indispensables dans un stupide accident, juste par manque de ventilation.

    Ici, disons-le tout net, on frise le grandiose, le génie, que dis-je ? le sublime. Les victimes de la route vont enfin avoir leur journée commémorative. Non mais vous réalisez ? Une journée rien qu’à elles, c’est hyper cool, ça ! Bien sûr, trouver une date n’a pas été si simple car des « Journée » de ceci ou de cela, il y en a en pagaille. A une époque où on aime se donner bonne conscience à peu de frais, il est de bon ton d’initier une petite journée qui en jette même si, dans le fond, tout le monde s’en tape.

    Nous avions déjà la journée sans voiture, l’autre sans tabac, celle de la courtoisie (un grand succès, paraît-il), une autre de l’Europe (passée totalement inaperçue, hélas heureusement !), celle de la Femme, bien sûr avec dans la foulée, celle de l’andouille de Vire ou du cassoulet de Castelnajac, la journée du Patrimoine, et patin et couffin. Avec un calendrier qui limite mesquinement le nombre annuel de journées à 365 voire 366 de temps à autres, c’est réellement un sacré exercice que d’en caser une nouvelle sans rien déranger.

    Les victimes de la route auront donc leur journée, coincée, si j’ai bien compris, entre la Journée du Topinambour et celle du Mimosa, en plein dans la période des carnavals, ce qui doit avoir sa signification, certainement.

    D’aucuns s’étonneront que la Toussaint ne suffise pas à honorer ces morts-là. C’est que d’abord la Toussaint (en fait, le 2 novembre, jour des morts) est estampillée « chrétienté » même si ce sont des païens qui en ont eu l’idée les premiers, il y a déjà un bail. Une République laïque ne peut évidemment pas se permettre une telle limitation religieuse. Et puis, franchement, créer une journée spéciale pour les victimes de la route, c’est bien dans l’air d’une époque où le premier blaireau et la première pétasse venus ne rêvent que de leur quart d’heure de gloire et ne craignent pas d’étaler l’insignifiance de leurs vies sur les chaînes de la TNT où la vulgarité la plus crasse le dispute à une empathie bien poisseuse. Il aurait été regrettable de se priver de la perspective de ces témoignages qu’on nous concoctera bien larmoyants à souhait et ourlés d’une morale au ras du bitume comme on l’aime chez les associations de victimes, LCVR en tête, où les rôles sont toujours très manichéens : fautif = chauffard, victime = innocent. Pas de demi-mesure, pas de nuance. Les bons morts d’un côté, les autres à la fosse commune.

    Le Point allait même jusqu’à titrer : le 11-novembre des victimes. Faut pas se gêner surtout ! Toujours cette surenchère dans l’exploitation de l’émotion qui finit par donner la nausée. Oser comparer la mort brutale sur la route, aussi douloureuse et injuste qu’elle puisse être pour les proches, à celle des soldats de cette guerre atroce, au sacrifice de ces hommes pour leur pays, notre pays et notre liberté, mais quelle infamie ! Quel manque de retenue et de discernement, quel manque de pudeur et de respect, quelle bêtise confondante ! Voilà où nous en serions, alors ? A reléguer le sacrifice suprême de nos grand-pères au rang de simple fait-divers ?

    J’entends déjà les gémissements d’horreur des oiseaux de malheur. Car oser ne pas se pâmer devant une idée aussi géniale, c’est forcément manquer de cœur, c’est obligatoirement mépriser ces victimes et leurs familles, c’est se ranger délibérément du côté des méchants, des chauffards. Hélas, je ne méprise personne hormis ceux qui, sous prétexte de défendre les victimes, ne font qu’exploiter leur douleur.

    Et qu’on ne me dise surtout pas que je ne suis pas concerné.

    Sinon, le CNSR a aussi décidé de proposer au gouvernement l’expérimentation de la circulation inter-files, c’est à dire une pratique que les motards expérimentent grandeur nature depuis plusieurs dizaines d’années dans toutes les grandes villes de France et que la FFMC revendique depuis plus de 30 ans. Mais attention, l’expérimentation « officielle » ne concernera que 4 villes-tests. L’expérimentation officieuse continuera donc comme avant. Ils sont vraiment trop forts, au CNSR. Quelle audace ! Mais jusqu’où s’arrêteront-ils ?

    Franchement, quand on voit ce cinéma, on envie nos cousins belges chez qui la même décision n’a pas nécessité tant de chichis sans qu’on note la moindre aggravation de l’accidentalité. Et pour cause !

    Pas facile à comprendre pour une élite française, ça…

    Le juif errant

    samedi 1er juin 2013, par Marc Leblanc

    Le monde a tendance à se dépeupler ces dernières années et ma discothèque à ressembler de plus en plus à un mur commémoratif où se succèdent les disques des artistes que j’ai aimés : Brassens, Ferrat, Reggiani, Brel, Leclerc, Ferré, Béranger, Pagani, Caradec, Barbara, etc.

    Georges Moustaki vient à son tour d’éteindre les feux de la rampe et de baisser le rideau, discrètement, à l’image de sa vie, après longtemps de silence. Il était entré dans mon univers musical en 1969, comme pour beaucoup de gens, je suppose, avec sa chanson « Le Métèque ». Dans l’album qui l’accompagnait, j’avais découvert un artiste étonnant par sa voix douce et claire et par son talent à marier les plus délicates harmonies aux poèmes les plus beaux.

    En réalité, sans que je le sache, Moustaki existait déjà dans mon univers grâce aux chansons de Reggiani, la sublime « Sarah », bien sûr, et plus particulièrement « Ma liberté » que je m’appliquais à chanter autour des feux de camps estivaux en grattouillant piteusement ma guitare. Il y existait même depuis bien plus longtemps encore car, à la maison, mes parents vouaient une grande admiration à Édith Piaf pour qui il avait composé « Milord ».

    J’aimais bien ce type et l’image qu’il donnait, celle d’un gars nonchalant, calme qui ne parlait ni ne chantait jamais en élevant la voix mais qui pouvait dire avec simplicité des choses d’une rare justesse qui me touchaient. A bien des égards, il était l’archétype du méridional, du méditerranéen, du grec même, apôtre du temps de vivre et du temps partagé avec les amis, du temps que l’on prend pour faire les choses calmement, sans se précipiter, posément pour aimer ou pour chanter, le cauchemar des libéraux de cette Europe du Nord qui méprisent tant celle du Sud où ils ne voient que voleurs, profiteurs et tire-au-flanc et qu’ils s’emploient à humilier avec une persévérance qui confine au racisme. Moustaki, c’était notre frère à nous les méridionaux, qui, par son talent et par la beauté de ses musiques et de ses textes, nous redonnait la fierté d’être ce que nous sommes avec nos rares défauts et nos généreuses qualités. Ecoutez « En méditerranée » ou « Grand-père », il y parle de chez nous. Pour autant, il était aussi gourmand de découvertes d’humanités diverses, de musiques du monde, notamment brésilienne. Même s’il n’étalait pas sa vie dans les médias et ne se posait pas en maître à penser, il était de ces gens qu’on aime simplement parce qu’ils nous rendent notre sourire et nous considèrent avec gentillesse.

    Ses chansons m’ont accompagné toute ma vie. Comme celles d’autres, bien sûr, mais souvent elles sont venues résonner dans mon crâne, plus encore depuis que mon système auditif décline. Les textes sont si beaux, les musiques si agréables. On peut préférer telle chanson à telle autre mais il me semble qu’on ne peut pas ne pas les aimer toutes tant elles sonnent comme de la poésie à l’état pur. Une chanson de Moustaki, c’est un pur instant de douceur et de bonheur.

    Lui aussi s’était vu mettre le pied à l’étrier par Georges Brassens dont il a été l’élève et dont il a pris le prénom en signe d’éternel hommage. Pourtant, il s’appelait Joseph ce qui, toute charge biblique mise à part, n’était pas mal non plus. Mais on n’imagine pas le bien que le facétieux moustachu a fait à la chanson française en aidant et en soutenant tant de jeunes talents au front aujourd’hui blanchi.

    Et puis, Moustaki était aussi motard, sans ostentation mais sans faux semblant. Et cela collait bien à l’image de son personnage à la fois discret (on peut être motard et ne pas se complaire dans la démonstration) et déterminé. Libre comme ceux qui donneront naissance à la FFMC.

    Oui, le monde se dépeuple ces dernières années. Mais Georges Moustaki nous laisse une discographie si belle qu’elle nous aidera à surmonter la tristesse de son départ. Il me restera aussi le privilège d’organiser dans ma tête de somptueux concerts privés où la douceur de Moustaki se conjuguera à la chaleur de Ferrat et de Reggiani sous le regard bienveillant de Brassens.

    Merci Monsieur Moustaki pour avoir embelli ce monde par vos chansons et nous avoir aidés à cultiver l’espoir de le changer vraiment.

    Voici ce qu’écrivait Georges Brassens en mai 1954 à l’attention de Georges Moustaki, le poète qui avait alors 20 ans :

    Il existe encore des poètes. Mais ils se cachent çà et là entre deux pierres ou dans des trous d’aiguille. On les traque sans relâche (Pères indignés. Faut embrasser une carrière. Gagner sa vie. Que vont dire les gens !). Ils meurent presque tous très jeunes, les poètes, et l’homme leur survit comme on raconte. Bien sûr, un certain nombre échappe au massacre. Et alors on les fête comme une victoire nationale. On les cajole, on les appelle « cher maître » au sérieux, on se délecte à les écouter chanter leur feu ni lieu d’avant la ratification (Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux de Richepin ou d’ailleurs). Mais quand ils n’en menaient pas large, on leur fermait la porte au nez. Moustaki en est un. Il a eu vingt ans tout à l’heure et c’est plus difficile qu’on ne le suppose (Le petit cheval de Paul Fort, dans le mauvais temps, qu’il avait donc du courage). Il écrit des chansons entre les lignes. Il aurait pu bâcler des insanités et se faire chanter par la canaille lyrique. Il a choisi les chemins escarpés, les chemins coupés. Il fait confiance au public. Il aura sa récompense.
    Un temps viendra où les chiens auront besoin de leur queue et de Moustaki, poète inébranlable, et ceux qui s’apprêtent à le mordre aujourd’hui lui passeront la main dans les cheveux, s’il lui en reste.
    Soyez bons pour les animaux, même les tigres. Chante Moustaki. Ta chanson s’envolera vers les oreilles. Le temps s’en charge. Tu n’es pas seul. Écoute Guy Charles-Cros :

    Avec des mots chantés à voix profonde et douce
    Avant qu’un peu de terre emplisse notre bouche
    Confier à la vie notre lucide amour,
    C’est là notre travail sans trêve et notre fête,
    Notre raison de vivre et de mourir poète,
    Notre unique et divin recours.

    Un petit coup pour la route

    samedi 7 juillet 2012, par Marc Leblanc

    Alors, voilà. Il paraît que depuis le 1er juillet dernier on doit avoir par devers soi un éthylotest dès lors qu’on est au volant d’une caisse ou au guidon d’une bécane de plus de 50 cm3. C’est dingue tout ce qu’on fait pour la sécurité routière dans ce pays, quand on y pense. J’en suis tout ébaudi, parole !

    Mes pensées émues et admiratives vont vers les auteurs de cette initiative si géniale, n’ayons pas peur des mots. Fallait oser, non ? Allez, ne dites pas le contraire. Vous n’y auriez pas pensé. Sauf, évidemment, si vous êtes VRP en éthylotests ou si vous pédégez une entreprise qui en fabrique. Mais à part ces cas extrêmes, que dalle ! Personne d’un peu sensé n’y aurait pensé. Et c’est là qu’on voit affleurer tout le génie de nos technocrates. C’est payé combien avec nos impôts un (haut) fonctionnaire de la DSCR ? Un max, non ? Sûrement. Il doit y en avoir eu une belle palanquée qui de réunions de service en réunions de secouement de neurones, avec l’aide des pédégés cités précédemment, en est arrivé à cette évidence : "pour lutter contre l’alcoolisme - surtout au volant - chaque citoyen de ce pays devrait posséder un éthylotest. Allez, zou ! Ça s’arrose, tiens !" C’est dire si un truc de rien du tout qui est censé être vendu entre 1 et 2 €, nous a déjà coûté bonbon, rien que là !

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    Cons et la vue basse

    samedi 10 mars 2012, par Marc Leblanc

    Comme on le sait, la sécurité routière en France, c’est beaucoup de fumée et surtout de répression, beaucoup de déclarations stupides et de vent de la part de ceux qui sont censés la … euh… comment dire ?… penser (Non, quoi, rigolez pas, c’est avec votre argent !). Surtout en ce qui concerne celle des motards, bien sûr. Je ne reviendrai pas sur le désormais célèbre brassard fluo ni sur la taille de nos plaques qui valent ses plus riches heures à celui qu’on devrait appeler "M. Moto National" mais qui n’est finalement que l’avatar le plus misérable d’une politique qui prétend vouloir notre bien. Voilà un gus qui voulait certainement se faire mousser devant les copains et qui se couvre de ridicule chaque fois que son patron ouvre la bouche. Quelle belle constance !

    Tout cela nous conduit donc à donner de la voix les 24 et 25 mars prochain pour affirmer qu’une autre politique de sécurité routière est possible.

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    Voilà, c’est dit, ami motard : si tu as une bécane d’avant 2004, il ne faudra peut-être bientôt plus espérer te rendre dans un centre-ville. Parce que Madame Nathalie Kociusco-Morizet (NKM), ci-devant Secrétaire d’État à l’Écologie, en a décidé ainsi : une moto d’avant 2004, c’est sale. Beurk ! C’est une vieille moto bien crade et, c’est maintenant officiel, une vieille salope l’air que respirent les gentilles gens de la ville.

    Cherche pas, c’est comme ça.

    Pourquoi 2004 ? Ben, euh… Parce que ! Et pis c’est tout !

    Avançons tout de même une explication : on dit que le rythme de renouvèlement du parc des 2-roues motorisés (DRM) français est de 7 ans. Fais le calcul, on y est. Mais ça peut aussi bien être une autre raison. Sauf qu’on ne la connaît pas. Nous autres, crétins de citoyens tout juste bons à mettre un bulletin dans une urne de temps en temps, on n’est pas assez intelligents pour comprendre. Bien sûr. Alors, quand un ministre décide un truc, on est juste priés de le croire sur parole, de dire merci — car c’est pour notre bien — et, même, si c’est pas trop demander, d’applaudir.

    Dans cette histoire, il y a forcément des persifleurs qui osent rappeler que jamais, ô grand jamais, pas une seule fois, un quelconque plan d’incitation au renouvèlement du parc DRM n’a germé dans le cerveau d’un ministre. Tu sais, comme pour les bagnoles, quoi ! Tu as une vieille bécane, tu la mets à la casse et tu en achètes une neuve. Et, paf ! l’État verse une prime à la casse, genre « jupette », « balladurette » et, dernièrement, « fillonnette ».

    C’est que, vois-tu, en France, on n’a pas trop de constructeurs de motos, scooters et autres cyclos. Le dernier, on l’a laissé crever. Libre entreprise oblige. Alors, filer des ronds pour que ces salauds de motards achètent des brèles même pas françaises, faut pas rêver. Tandis que des caisses, c’est pas pareil. On a des marques bien d’cheu nous. Bon, elles n’y fabriquent plus trop, mais on ne va pas chipoter pour si peu.

    Et puis, les vieilles bécanes, ça coûte forcément moins cher que des neuves. Ça joue, au moment du choix, quand on n’a pas le porte-feuille à l’ami Bolloré (ou Rothschild, comme tu veux). Et, en ce moment, il y en a quand même un petit peu qui comptent leurs sous. Des fois, même, des gens qui se mettent au 125cc pour échapper aux embouteillages interminables des grandes villes et qui ne veulent pas se ruiner. Sans même parler du fait que pour se loger pas loin du boulot, aujourd’hui, ce n’est pas toujours une sinécure. Alors, tu penses bien qu’on ne va pas s’arrêter à de tels détails aussi mesquins : si t’as pas les moyens de loger en centre-ville et de payer un loyer exorbitant, t’es qu’un gagne petit et un pollueur. Allez, ouste ! Dehors !

    Et je ne parle même pas de ceux qui chevauchent des anciennes parce qu’ils aiment ça, tout simplement. Eux, c’est bien fait pour leur gueule ! Feraient mieux d’acheter des bécanes en plastoc estampillées « Euro6 » au lieu de nous la faire à l’esbroufe façon Monnet-Goyon. Non, mais !…

    Bref, t’as une bécane d’avant 2004, tu dégages et en silence, encore.

    Ça s’appelle de la pédagogie.

    D’accord ! C’est assez nouveau dans la bouche des gens de ce gouvernement. Alors, ils tâtonnent un peu, c’est compréhensible. Quand on est mal équipé question imagination, faut pas non plus s’attendre à des décisions lumineuses toutes les cinq minutes. Dire qu’on est à l’abri d’une usure prématurée de la rétine est un euphémisme : on est encore loin du feu d’artifice.

    Sauf pour la connerie : là, ils ont gagné le pompon !

    A preuve : Messieurs Fillon et Guéant ne devaient pas être au courant que, depuis deux ans, une palanquée de gens concernés par la pratique du DRM — au premier rang desquels la FFMC et son Mouvement — se réunissaient régulièrement avec les services de l’État pour mettre à plat l’ensemble des problématiques liées à ce mode de déplacement. Et là, plein d’idées saugrenues ont été battues en brèche. S’ils l’avaient su, je pense qu’ils auraient puisé dans les propositions faites pour améliorer vraiment la sécurité de ces usagers. Encore que j’ai un doute : on y parlait trop de formation et d’éducation, de pratique raisonnée, bref d’intelligence et de partage. Ça ne pouvait pas coller avec le goût du grand spectacle qu’on affectionne tant en haut lieu. Pas assez de mesures à deux balles, pas assez de répression qui fait entrer plein de sous dans les caisses vides.

    Alors, nos deux beaux sires ont voulu faire les intéressants et entrer dans l’histoire de la moto, comme le fit jadis le peu regretté Christian Gérondeau, pourfendeur de la moto assassine et des motards délinquants.

    Des plaques spéciales « malvoyants » et des trucs « rétro-réfléchissants » (autrement dit, des gilets fluorescents), voilà tout ce qu’ils ont réussi à pondre. Ça valait la peine de discuter pendant deux ans pour en arriver là, vraiment !

    Pour ce qui est d’améliorer la sécurité des usagers de DRM, ça fait un peu pitié, quand même. Des grandes plaques, c’est génial : ça peut servir d’aérofreins et limiter l’usure des plaquettes. Pas bon pour la consommation mais comme ce sont le Premier ministre et son copain de l’Intérieur qui disent que c’est bien, on applaudit bien fort.

    Après avoir voulu nous retirer la seule originalité qui pouvait contribuer un peu à notre sécurité, en voulant imposer l’allumage des feux de croisement le jour à tout le monde et après que l’Europe les a imposés au travers des feux diurnes — qui sont un pis aller à peine plus acceptable — voilà qu’ils se lamentent maintenant de notre peu de visibilité. Y a pas : c’est cohérent !

    On attend pour la prochaine fois l’obligation du port, au-dessus du casque, d’une grande pancarte « Attention j’arrive ! » ou d’un gyrophare ou de guirlandes de Noël lumineuses. Là, on aura fait un grand pas vers la sécurité car on nous verra enfin vraiment.

    Sauf que tout cela est pitoyable et indigne de gens qui se disent préoccupés par la sécurité routière.

    Comprends-moi bien : que, pour toi, le port de larges bandes réfléchissantes ou de gilet « de haute sécurité » soit un élément rassurant, pourquoi pas ? Mais ce n’est que l’illusion de la sécurité. Et si tu te fies à ta panoplie étincelante pour croire que tu seras vu, je crains que tu n’aies rapidement de très douloureuses désillusions. Nous faire croire que l’on résoudra le problème de la faible perception des DRM par un tel procédé est tout simplement irresponsable et assassin.

    Car ce problème est lié à l’incapacité physiologique de notre cerveau à percevoir dans un temps relativement bref un petit objet en mouvement. Ce qui est le cas de l’automobiliste qui ne voit pas la moto arriver ou la voit trop tard. En fait, son cerveau ne la perçoit pas car il ne sait pas interpréter le signal envoyé par ses yeux. Or, pour cela, il faut être sensibilisé à l’éventualité de cette présence sur la route, c’est à dire penser qu’une moto peut arriver et prendre le temps de s’assurer que ce n’est pas le cas. De fait, les automobilistes qui conduisent des DRM sont bien moins impliqués que ceux qui n’en conduisent pas dans les accidents avec les DRM. C’est simple : ils pensent moto.

    Par conséquent, MM Fillon, Guéant et consorts, lorsqu’ils nous imposent le port du gilet jaune comme solution à notre problème de perception, nous prennent tout simplement pour des cons. Leur décision est tout bonnement criminelle. Ils insinuent l’idée que ce minable gilet améliorera la sécurité et prennent le risque que ceux qui les croiront se dispensent de toute autre mesure d’anticipation. Et l’on sait que, sur un DRM peut-être plus que pour tout autre véhicule, trop de certitude et de confiance est facteur de danger.

    Pour ma part, je préfère être mal vu par les autres usagers — même avec mon feu allumé en permanence — et chercher à comprendre et à anticiper leurs réactions, à attirer raisonnablement leur attention. Car finalement, c’est l’insécurité générée par l’incertitude qui m’oblige à être attentif en permanence et à adopter les comportements les plus à même de me mettre en sécurité sur ma moto. Un gilet n’y changera de toute façon rien. C’est d’ailleurs le non sens des feux de jour : ce n’est pas aux automobilistes d’être vus et d’en avoir la certitude, c’est à eux d’être suffisamment attentifs aux autres.

    Je considère donc que c’est faire acte de civisme que de refuser de me plier à un diktat qui met en danger les utilisateurs de DRM. Et s’il fallait une autre raison encore plus motivée, je dirais qu’accepter de se plier à cette décision imbécile, ce serait passer par pertes et profits deux années durant lesquelles nous, militants du DRM, avons bataillé pour proposer des solutions basées sur l’expérience, la pratique et le bon sens. Solutions dont la pertinence a été reconnue par l’ensemble des acteurs de la moto mais dont ceux qui nous gouvernent (ou qui prétendent le faire un jour) n’ont pas le courage politique de les mettre en œuvre.

    Or, au train où vont les choses, c’est notre droit à circuler à bord du véhicule de notre choix, qui est remis en cause. C’est l’existence même des deux-roues à moteur qui est attaquée de façon insidieuse et hypocrite.

    Que notre personnel politique ne comprenne rien, dans sa grande majorité, à nos préoccupations et à nos problématique est une chose. Mais, plutôt que de céder aux sirènes de la démagogie et de l’empathie lacrymale, ils seraient mieux inspirés de nous écouter, nous, citoyens. Nous avons des choses intelligentes à leur dire. Ça devrait leur faire du bien.

    Tu crois pas ?

    Je t’invite à lire ceci.

    Et pis, c’est tout !

    Vieux motard que jamais !

    mardi 28 décembre 2010, par Marc Leblanc

    Dans son édito du n°37 de « Box’R Mag » (novembre-décembre 2010), intitulé « Vieux jeunes », Pascal Litt fait le constat de la morosité qui semble avoir baigné le dernier Salon (de la moto) de Cologne. Pour l’expliquer, il invoque bien sûr la crise, à quoi s’ajouterait, selon lui, une cause encore plus « structurelle », si je puis dire : le vieillissement de la population motarde.
    Je ne suis évidemment pas certain que le fait de vieillir soit obligatoirement synonyme de « sinistrose ». Tout au plus, cette évolution aurait-elle pour conséquence une modification — semble-t-il sensible, selon Pascal Litt — des goûts du public motard, davantage orientés vers des machines moins généralistes, peut-être moins radicales (encore que…) et plus typées (confort, voyage, rétro, etc.).

    La chose mériterait certainement d’être approfondie car, malgré tout le respect que j’ai pour Pascal Litt et « Box’R Mag », leur dévotion — que je partage — à la cause de la marque à l’hélice [1] ne rend pas cette analyse des plus objectives, surtout lorsque les victimes désignées de ce vieillissement sont… les marques japonaises.

    A défaut d’être assidu aux grands événements motards (Salons, Bol d’Or, 24 Heures du Mans, Grands Prix, Super Cross, etc.) qui drainent toujours des foules considérables de passionnés, je participe régulièrement aux multiples réunions qui jalonnent la vie des militants de la FFMC [2]. Si c’est toujours un plaisir d’y retrouver des têtes connues avec lesquelles j’ai souvent tissé quelques liens amicaux et même parfois complices, je ne puis nier que le ramage de beaucoup d’entre elles vire, année après année, au poivre et sel quand ce n’est pas franchement au blanc. Peut-être y suis-je plus sensible depuis que mon propre pelage s’enneige plus vite que je ne le souhaiterais mais le fait est là : la proportion de « vieux » militants ne semble pas baisser malgré l’augmentation continue du nombre des adhérents.

    Bien sûr, voyons les choses positivement, cette persistance de la génération qui a fondé le Mouvement FFMC [3] est, à bien des égards, un important facteur de pérennité en termes de transmission des valeurs qu’il porte, des réflexions menées et de l’expérience acquise en trente ans. Sans doute aussi, cette génération fût-elle un impressionnant bouillon de culture duquel ont jailli la plupart des idées qui furent mises en pratique. En somme, elle a défriché la voie dans laquelle se sont engouffrées les générations suivantes de militants et, si viendra immanquablement le temps où ses rangs s’éclairciront, il est normal qu’elle les accompagne et qu’elle continue de jouer un rôle important.

    Il serait toutefois erroné de penser que les effectifs ne se renouvèlent pas. Il n’est qu’à voir la jeunesse nombreuse qui compose certains Conseils d’antenne pour s’en convaincre. La relève est là et, d’ailleurs, le Bureau National de la FFMC est majoritairement composé de trentenaires et de quadragénaires. Sa moyenne d’âge chutera encore très sensiblement lorsque je rendrai à mon tour mon tablier. Ainsi va la vie.

    Cependant, si le constat de Pascal Litt (et de quelques autres), certainement empirique, s’avère juste, il me semble que nous, motards, aurions intérêt à en cerner les causes et à y trouver remède. Ne serait-ce que pour ne pas être classés par les Nations-Unies dans le répertoire des espèces en voie de disparition. Quel soulagement ce serait alors, pour tous ceux qui, depuis plus de trente ans, espèrent plus ou moins ouvertement l’éradication du motard, du scoutard et autre cyclomotoriste ! Enfin, un monde entièrement dévolu aux quatre-roues, voire plus. Quelle horreur ! Un vrai cauchemar !

    Il est vrai que, trop souvent, le discours développé autour des 2-roues motorisés insiste plus que lourdement sur leur dangerosité. Dans une société qui voue le moindre risque aux gémonies et ne jure que par le « risque zéro », cela n’a rien de très surprenant même si cela en devient presque pitoyable à force d’outrances. Comment, dans ces conditions, des parents, tant soit peu soucieux de leurs enfants, verraient-ils d’un bon œil ces derniers enfourcher de si terrifiantes machines ?
    Pourtant, sans nier les risques encourus par quiconque circule en deux-roues (motorisé ou pas, d’ailleurs), la moto ce n’est pas ça. C’est bien plus que ça, beaucoup plus. C’est aussi une somme de plaisirs auxquels chacun peut s’abreuver selon son goût : plaisir de la conduite nez au vent, bien sûr, mais aussi plaisir des sensations distillées par la machine et par son moteur, plaisir d’évoluer au contact de l’environnement et de ses fragrances, plaisir de la découverte, plaisir des rencontres de hasard, plaisir du partage, plaisir de la fatigue au retour d’un roulage qui nous a enivré de plaisirs, plaisir du temps retrouvé lorsqu’on peut s’arrêter où bon nous chante et admirer un paysage sublime.

    D’ailleurs, c’est avant tout cela la moto : du plaisir à l’état pur et des souvenirs à foison. On peut y venir, un peu contraint, pour son côté pratique, voire économique mais, même dans ce cas, on y trouve du plaisir (et pas seulement des avantages). Et, quand on fait le compte, tous ces plaisirs accumulés triomphent sans peine des inconvénients qui lui sont aussi liés. Que ce soit sur la route, sur la piste ou sur les chemins, la moto est un véhicule merveilleux. Et si son apprentissage est plus long et plus sérieux que pour d’autres véhicules, plus faciles ou plus confortables, avec une bonne formation et une bonne préparation elle saura toujours conquérir de nouveaux adeptes.

    C’est d’ailleurs, à ma connaissance, le seul véhicule qui fait tant briller les yeux des enfants et… des vieux.

    Sacré moto, va !

    Notes

    [1] BMW, pour les ignares

    [2] Fédération Française des Motards en Colère

    [3] La Fédé elle-même mais aussi la Mutuelle des Motards, l’Association pour la Formation des Motards, Moto Magazine et la FFMC-Loisirs

    Ce en quoi je crois

    mercredi 20 octobre 2010, par Marc Leblanc

    Ydikoi a donc posé les premiers jalons d’une nouvelle aventure que je lui souhaite longue, heureuse, intense, exaltante et pleine de rencontres riches.
    Il partira un jour, promis, à bord de son beau voilier — le Tandikoi, peut-être — dans le sillage des Moitessier, Gerbault, Colas ou Tabarly, à la conquête des mers du sud, du nord et de partout.

    Mais avant de partir, il nous a laissé un témoignage de ses motivations à l’égard du Mouvement FFMC, duquel je tire ce simple extrait :

    Il y a presque dix ans que je milite dans le mouvement FFMC.

    J’y suis rentré avec circonspection, puis me suis engagé avec passion : les valeurs humanistes que notre projet politique et économique véhicule ont fait écho à cette vision utopiste d’une société meilleure qui traînait au fond de moi, et que nous cherchons collectivement à mettre en place.

    D’abord localement à l’antenne PPC, puis au Bureau National et enfin au Conseil d’administration de notre Mutuelle, je suis resté convaincu par ce projet trentenaire, et toujours d’actualité : au plein milieu d’une crise économique de grande ampleur, refuser le repli sur soi et s’ouvrir aux autres, à la différence ; refuser l’individualisme galopant de notre société au profit d’un fonctionnement collectif assumé ; affirmer son soutien et revendiquer son appartenance au monde de l’Economie sociale et au mutualisme, mettant en avant le refus du profit comme finalité de toute activité ; c’est l’expression même d’une volonté d’organisation non seulement économique, mais également politique et démocratique.

    Il se trouve que cette lettre, adressée au Mouvement et qui contient une référence appuyée aux valeurs qui l’ont fondé, arrive à un moment où, au sein même de la FFMC, des voix s’élèvent pour les remettre en cause. Je sais : c’est un peu brutal comme constat mais je le ressens ainsi.
    Certes, ce n’est pas nouveau. C’est même assez récurrent. Deux conceptions de l’action s’affrontent en permanence, dans ce Mouvement : l’une, motardo-motardesque dirons-nous, se veut uniquement centrée sur le motard et sa monture. Tout va bien tant qu’on ne parle que de ça. Il y a les motards et les autres. Point barre. L’autre s’inscrit dans une vision sociétale de la pratique de la moto. Elle se veut ouverte aux autres, estimant que, à bien des égards, nous faisons partie de ces autres avec lesquels nous partageons bien plus que la route. Elle cherche à convaincre plutôt qu’à défendre obstinément un point de vue de victime.

    Si, à la base, les constats sont les mêmes et les moyens d’action souvent similaires, le désaccord tourne autour des valeurs dans lesquelles elles s’inscrivent. Ces valeurs — liberté, solidarité, égalité, partage, entraide, tolérance, démocratie — sont pourtant bien celles que l’on prête généralement au monde motard. Mais, pour les uns, elles ne doivent s’appliquer qu’à lui tandis que, pour les autres, elles sont universelles. Et c’est cette dernière conception qui, jusqu’à aujourd’hui, est majoritaire dans le Mouvement.

    Dès avant les Assises 2001 d’Eymoutiers, un impressionnant travail de mise en forme de ces valeurs avait été réalisé. Le préambule des statuts de la FFMC en est le résultat. Tout cela a été pesé et débattu. Il n’y a pas de mot choisi au hasard. Tout cela avait aussi pour but de sortir la tête des militants du guidon de leurs motos : regarder autour de nous le monde dont nous sommes partie prenante et tenir compte de ses problèmes dans nos propres analyses. Comment peut-on parler de sécurité routière en niant les conséquences des crises que traverse la société sur les comportements routiers ?

    Ce préambule, le voici :

    En 1980, au moment où pratiquer la moto était un moyen d’affirmer sa passion pour la liberté et son attachement à la solidarité, une façon de se démarquer et d’afficher son anticonformisme, la Fédération Française des Motards en Colère (F.F.M.C.) est née d’un combat collectif contre la politique motophobe des pouvoirs publics.
    Son objectif est de fédérer les usagers des deux et trois roues motorisés (du cyclo au gros cube) autour des valeurs qui ont motivé sa création et continuent de l’animer.

    Elle agit pour développer la pratique des deux-roues motorisés ou engins assimilés. Elle défend, sans corporatisme, leurs utilisateurs en tant qu’usagers de la route et en tant que consommateurs. Elle agit pour la sécurité et le partage de la route sur la base du développement de l’information, de la prévention, et de la formation, et pour faire prévaloir la connaissance et la prise de conscience plutôt que les mesures répressives.

    Elle agit également pour promouvoir les valeurs de solidarité, d’égalité et de liberté, visant à permettre au plus grand nombre la pratique des deux et trois roues motorisés (du cyclo au gros cube), dans un esprit de responsabilité et d’entraide.

    Elle préserve son indépendance vis à vis de tout pouvoir et rassemble les motards sans discrimination. Elle se prononce contre le racisme et tout ce qui tendrait à instaurer des discriminations, que ce soit l’origine ethnique, le niveau social, les choix politiques ou religieux, l’âge, le sexe ou les préférences sexuelles. Elle fonde son action sur la responsabilisation et la tolérance. Partie prenante du mouvement social, elle favorise l’intervention des motards en tant que citoyens

    Dans la continuité de ses valeurs, la F.F.M.C. se reconnaît dans les principes de l’Economie sociale qui place en son centre les individus, le fonctionnement démocratique, et où le profit n’est pas une finalité. Elle en soutient les fondements par ses actions et ses prises de position, que ce soit dans les instances de la Fédération ou dans les structures qu’elle reconnaît comme appartenant au mouvement F.F.M.C.

    Il y manque certainement une référence à l’Éducation Populaire. Pourtant, c’est bien sur cette base que s’est fondée la FFMC-Loisirs qui œuvre depuis trente ans pour la jeunesse et que prolonge aujourd’hui notre politique d’intervention dans les établissements scolaires et assimilés [1]. C’est aussi, d’ailleurs, sur le principe de solidarité inter-générationnelle que s’est construit cet ensemble d’actions destinées aux plus jeunes, sans prosélytisme : le but n’est pas de recruter de nouveaux motards mais de se servir de l’expérience des motards pour sensibiliser la jeunesse aux risques mais aussi aux plaisirs du 2-roues motorisé, sans discours moralisateur.

    Il y manque également l’affirmation de notre attachement à la laïcité même si ce principe apparaît en contrepoint des valeurs de tolérance et du refus des discriminations.

    Que cela ne plaise pas à tous est une évidence. C’est même normal si l’on admet que ces valeurs ne sont pas partagées par tous, dans le monde motard comme à l’extérieur. Il suffit, pour s’en convaincre, de voir avec quel entrain ce gouvernement foule au pied les droits fondamentaux et se fait rappeler à l’ordre par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.
    Nous le savions et nous avons privilégié la fidélité à ces valeurs républicaines plutôt qu’un discours unanimiste uniquement centré sur les problématiques motardes, sorties de tout contexte sociétal. Cela aurait été, de toute façon, une hérésie encore plus dommageable à nos combats car hors de toute approche réaliste et pouvant être perçu comme strictement corporatiste. Or, nous voulions justement refuser le corporatisme, forcément réducteur et facteur d’enfermement. Ces valeurs ne sont rien d’autre — du moins pour certaines d’entre elles — que celles énoncées dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen dont la majorité des premiers militants exigeait qu’elles s’appliquent aussi aux motards, désignés alors comme des parias. Se voulant des citoyens à part entière, ils affirmaient leur attachement aux principes républicains en les reprenant à leur compte.

    L’attachement à l’économie sociale (et solidaire), quant à lui, coule de source, si l’on peut dire. C’est bel et bien de cette forme d’entreprise que les « motards en colère » ont voulu doter leur création emblématique : la Mutuelle des Motards. Et ça marche plutôt bien.

    On me dit que ces valeurs sont de gauche. Peut-être. A vrai dire, je n’en sais rien. Peut-être sont-elles plus souvent défendues à gauche qu’à droite mais on peut citer maints exemples où des gens dits de gauche les trahissent et des gens de droite les défendent. D’ailleurs, qui peut dire si les valeurs de notre République sont de gauche ou de droite ? Il ne viendrait à l’esprit de personne, je pense, de leur donner une couleur politique car ce sont, en fait, des valeurs humanistes, héritières des Lumières, qui suffisent aux gens de bonne volonté et sont le socle de notre « vivre ensemble ». En tout état de cause, c’est sur ces valeurs que se sont construits la FFMC et son Mouvement.

    La France traverse une grave crise morale qui va jusqu’à la remise en cause, par une partie des citoyens et des personnels politiques, des valeurs de la République et celles des Lumières. Là encore, ce n’est pas nouveau : souvenez-vous de l’affaire Dreyfus puis des ligues factieuses dans les années 30 et, enfin, de Pétain et de sa révolution nationale. Le FN en est l’héritier mais Sarkozy a réussi une sorte de prouesse en intégrant certaines de ces remises en cause à une politique d’État. Alors que les partis républicains avaient tenté de marginaliser le FN dans les années 80, force est de constater que c’est lui qui a phagocyté les partis de la droite de gouvernement (républicaine). De fait, la droite réactionnaire a gagné la bataille des idées, ces dernières années, face à une gauche atone privée de toute idée novatrice et même complice de l’instauration du dogme libéral comme seul discours politique valable. Or, le libéralisme n’est rien d’autre que la prééminence du pouvoir économique sur le pouvoir politique et est, de plus, porteur d’une négation de l’État et d’une division de la société. Plus grave donc, la droite réactionnaire a aussi gagné face aux Républicains soucieux des principes démocratiques et qui se recrutent, quoi qu’on en dise, dans toutes les tendances politiques modérées.

    Pas étonnant, dès lors, que ce prétendu débat se retrouve à l’intérieur de la FFMC. Si en 2001, il était déjà nécessaire de réaffirmer fortement les valeurs fondatrices du Mouvement, ceci devient aujourd’hui une nécessité plus grande encore. Or, nous constatons que de nombreux militants, pourtant conscients de l’héritage historique des fondateurs, préfèrent baisser pavillon face aux attaques visant précisément le préambule des statuts. Au nom de l’idée qu’il faudrait, pour la FFMC, accueillir tous les motards quitte à mettre ses valeurs au fond de ses poches avec un mouchoir par dessus. Surtout ne crisper personne.

    Je le dis : c’est une gageure. Il y a plus de chances que nous y perdions notre âme que nous réussissions à convaincre davantage. Si tel était le cas, il y a longtemps que nous aurions plus d’un million d’adhérents. Or, si on en est loin, ce n’est pas à cause de nos valeurs mais parce que l’adhésion à un tel projet n’est plus de mise aujourd’hui. C’est chacun pour soi. Sans parler de ceux qui ont fait une spécialité de toujours critiquer la FFMC quoi qu’elle fasse. Et, de toute façon, on ne pourra jamais plaire à tout le monde et à son père, comme dit le proverbe !

    Certains se disent choqués que la FFMC ait pu s’associer aux manifestations du 4 septembre sur le thème : Non à la politique du pilori !. Pourquoi ? Parce qu’on y trouvait des associations et des partis labellisés « de gauche » et qu’on y défendait aussi les Roms et les immigrés. Quel voisinage indécent, en effet ! Oubliées, du coup, les déclarations d’Hortefeux, le 13 août, en Auvergne, stigmatisant les motards sur le même mode que lui, son petit chef et leur garde prétorienne ont utilisé après les émeutes de Grenoble et de Saint-Aygnan et qui justifiaient pourtant amplement que la FFMC s’associe à ce mouvement de protestation.
    Ce qui me choque, moi, ce sont les mensonges et les amalgames utilisés pour condamner une prétendue « dérive gauchiste » comme si ce que nous réclamons avec force pour nous-mêmes ne devait surtout pas être mélangé avec ces sujets moins dignes d’intérêts.

    Évidemment, en toute logique, la décision du Bureau National de signer le pacte citoyen de la Ligue des Droits de l’Homme entraine les mêmes cris d’orfraies des mêmes vertus outragées. Lesquelles oublient, par ignorance ou par calcul, que le rapprochement avec la LDH n’est que la suite logique des décisions prises depuis 2001, date à laquelle c’est toute l’assemblée générale de la FFMC qui est allée à la rencontre de celle de la Ligue.

    Dès lors, quoi d’étonnant d’entendre certains affirmer que « les statuts ne sont pas immuables ». Nous y voilà donc ! Il s’agit bien d’une entreprise de démolition.

    Une chose est sûre pour moi : un projet, quel qu’il soit, qui ne repose pas sur une vision humaniste et tolérante de l’action à conduire ne vaut pas tripette. Il faut un idéal pour fonder l’action militante. Le nôtre c’est le partage et non pas le repli sur soi. C’est bien ce qu’affirment nos valeurs et je me battrai de toutes mes forces pour les défendre, y compris contre ceux qui, à l’intérieur de la Fédé, œuvrent aujourd’hui pour les réduire à néant ou préfèrent la politique de l’autruche en pensant ne pas se faire mal. Je me méfie de ceux qui se prétendent apolitiques et accusent les autres de dérive politicienne. Souvent, ils avancent masqués pour diffuser leurs idées qui sont tout sauf apolitiques en tentant de discréditer leurs adversaires. Il n’y a pas meilleur procureur pour accuser l’autre d’arrières-pensées politiciennes que celui qui veut cacher les siennes.

    Sans les valeurs affirmées dans le préambule des statuts, la FFMC et son Mouvement ne seraient que des coquilles vides et ne seraient plus la FFMC, tout simplement. Tout juste un moto-club et encore !

    Notes

    [1] Éducation Routière de la Jeunesse et 2-Roues Motorisé - ERJ2RM

    On a beau savoir que ça va arriver, et on a beau s’en réjouir, quand la première amarre est hissée à bord, on réalise d’un coup ce qui est en train de se jouer.

    C’est sûr, il y a une pointe de nostalgie dans ce que j’écris. Tout ce que nous avons partagé, ces combats menés ensemble même, et surtout, si nous n’étions pas d’accord sur tout. Le respect mutuel, l’amitié, le doute et l’enthousiasme. La fatigue aussi, pourquoi le nier ? Mais cette conviction d’avoir apporté notre pierre, même modeste, à un édifice dans lequel nous croyons.

    Et puis, il y a de la joie aussi à l’idée d’assister à un accomplissement.

    Bref, Ydikoi a largué sa première amarre et son regard se tourne déjà vers l’horizon. Et vers le chantier naval un peu aussi vu que sa coquille de noix n’a pas encore dépassé le stade de la 2D. Mais ça va viendre.

    Et je suis heureux pour lui.

    Et pis c’est tout !

    Non au motard d’élevage®

    mercredi 15 septembre 2010, par Marc Leblanc

    Ce « slogan » provient en droite ligne du site Motorhino.com qui, hormis son forum, semble plutôt inactif depuis plus d’un an. D’où le « ® » du titre afin de rendre à Jules ce qui appartient à César.

    Le site en question est celui d’une association éponyme qui, pour ce que j’en sais, s’est constituée autour de l’idée d’engager des équipes dans le « Dark Dog Moto Tour », il y a quelques années et qui l’a effectivement fait. Mais c’est aussi un de ces forums de motards dont l’un des dénominateurs communs est un humour acéré et potache — comme c’est souvent le cas chez les motards que je connais — et, en tout cas chez l’un de ses principaux animateurs qui signe « Klink », une vision de la société en général dont je me sens très proche.

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    Motorhino

    Inutile de dire que j’ai acheté le T-shirt vendu par ces sauvages et que je le porte assez fréquemment ce qui fait toujours son effet.

    Le « motard d’élevage » dont au sujet duquel il est question chez Motorhino, serait, selon l’acception maison, le pilote d’usine par opposition à la foule des amateurs qui peinent à préparer une machine en vue du Moto-Tour ou les adeptes des motos de grandes séries, le plus souvent pleines de plastique — comme le dit une autre de mes références, le dessinateur Marc Bertrand, journaliste à Moto Magazine et Chargé de Mission Sécurité Routière au sein du secrétariat national de la FFMC — par opposition aux amateurs de bécanes au caractère prononcé, vieilles gimbardes de récup’ ou mises au goût exclusif de leur proprio. C’est du moins ce que j’ai compris au travers de mes quelques visites et je ne garantis rien. Si Klink passe par ici, il se fera certainement un plaisir de rectifier. Marc Bertrand - Mondial du 2-roues 2007

    Évidemment, de ce point de vue, je suis un motard d’élevage. Ma bécane est bel et bien une moto de série sans l’ombre d’une modification, hormis les autocollants dont je l’ai décorée, et pleine de plastique. Je pense même qu’il serait difficile d’en mettre plus. Ce ne serait vraiment pas raisonnable ! Malgré tout, comme je garde une vieille nostalgie de ma bonne Moto Guzzi 1000 California III (à injection) et qu’il me prend souvent le désir d’en acquérir une autre, je considère avec fierté que je n’ai pas que des goûts de chiottes même si ma BMW R1200RT ne saurait entrer dans la catégorie des motos sans intérêt. Elle est même sublime, ma Brunehilde !

    Mais revenons à notre slogan.

    Personnellement, je l’ai fait mien en droite ligne de mon engagement dans le Mouvement FFMC. En effet, être motard est souvent perçu comme un anachronisme dans une société où la sécurité est portée au pinacle. Faire de la moto est loin d’être sans risque, on le sait, et le discours de la DSCR [1], de ce point de vue, est ultra-formaté et fort explicite. En un sens, il est aussi le reflet d’une société qui peine à comprendre que l’on puisse accepter de mettre sa vie en danger au seul motif d’une passion ou par pragmatisme (déjouer les difficultés de déplacement urbain, par exemple) alors que, par opposition, la voiture est autrement plus sécurisante et confortable.

    Si l’on ajoute à cela l’image d’une « communauté » à l’instinct grégaire prononcé [2], dotée d’un esprit de dérision et d’auto-dérision souvent affûté, qui défend becs et ongles la pratique de la moto — au besoin en descendant bruyamment dans la rue — et dont les codes restent le plus souvent obscurs pour les non-initiés, on a là tous les ingrédients pour faire des motards des sortes d’extra-terrestres auxquels s’attachent nombres de fantasmes dont beaucoup ont la vie dure et sont totalement injustifiés.

    J’en veux pour preuve les récentes déclarations d’Hortefeux [3] promettant une répression accrue pour les utilisateurs de 2-roues motorisés, rendus responsables par la DSCR, encore elle, de la stagnation du nombre des tués sur la route en 2009. Parce que, pour ce beau monde, si les motards se tuent, c’est parce qu’ils aiment prendre des risques et ne respectent rien, surtout pas les règles. Bref, s’ils se tuent, c’est qu’ils le cherchent. Un peu comme si, chaque motard, chaque fois qu’il enfourche sa bécane, avait pour unique objectif, non pas d’arriver à destination, et surtout entier, mais, au contraire, d’aller exploser les statistiques de la DSCR rien que pour faire chi.. madame Merli ! Ridicule, bien sûr.

    Je ne reprendrai pas ici l’argumentaire de la FFMC qu’il est aisé de trouver sur son site.

    Dans ce cadre militant, le motard d’élevage serait celui dont rêvent bon nombre de politiques et de technocrates : un individu qui roulerait sagement, vêtu d’un gilet jaune fluo, en rasant le bas-côté sur une machine poussive tout juste capable de descendre une côte. Mieux : le motard idéal s’éclaterait sur des motos virtuelles devant sa console de jeux vidéo mais ne roulerait sur les routes que dans des boites à quatre roues.

    Et bien, non ! Désolé. Je ne remiserai ma moto que le jour où je serai devenu incapable de la conduire. D’ici là, je revendique le droit de rouler aussi souvent qu’il me plaît. J’exige que l’on fasse confiance à mon discernement et à ma raison pour prendre soin de ma vie et de celle des autres usagers en conduisant non pas dans un strict respect de règles qui peuvent parfois me mettre en danger mais en adaptant ma conduite aux circonstances et à l’environnement, les yeux sur la route plutôt que sur le compteur de vitesse. Je veux qu’on accorde foi à mon intelligence et à mon souci de l’autre.

    Et tant qu’il se trouvera des élus et des hauts fonctionnaires pour vouloir m’enfermer dans leurs élevages en batterie pour citoyens conformes et amorphes, je me battrai pour être un motard au grand air et en liberté.

    Et pis, c’est tout !

    Notes

    [1] Direction de la Sécurité et de la Circulation Routières

    [2] Il suffit pour s’en convaincre de compter le nombre de moto-clubs plus ou moins formalisés et les concentrations, bourses d’échange, puces et autres réunions motardes organisées régulièrement de par le pays.

    [3] 13 août 2010

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