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[Blogue] Le Hobbit : un voyage inattendu

Peter Jackson et J.R.R. Tolkien

mercredi 12 décembre 2012

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Martin Freeman : Bilbo le Hobbit

Cela faisait bientôt dix ans que je m’étais fait à l’idée de ne plus voir un quelconque Hobbit traîner sur un écran de cinéma, pas plus que les Orques, Magiciens, Elfes, Nains et tant d’autres qui peuplent la Terre du Milieu et l’univers de J.R.R. Tolkien. Malgré tout, je me disais que, si d’aventure Peter Jackson — qui a si bien su rendre en images qui bougent la fameuse trilogie — avait l’idée de porter à l’écran « Bilbo le Hobbit », le petit livre écrit par Tolkien une vingtaine d’années avant « le Seigneur des Anneaux », je ne bouderais certainement pas mon plaisir.

Alors, quand ont commencé à fuiter les premières informations sur un retour prochain de la Terre du Milieu, de la Comté et de leurs habitants, j’ai accueilli cette perspective avec beaucoup de satisfaction.

Bien sûr, après la fantastique épopée du Seigneur des Anneaux, j’avais la crainte que, comme c’est parfois le cas pour le cinéma grand public avec les reprises, les suites ou les antécédents censés tout expliquer, nous ne soyons déçus par une production de plus surtout vouée à exploiter un filon juteux et l’engouement mérité suscité par la trilogie. Il faut dire que les trois films illustrent à merveille les trois tomes de l’œuvre de Tolkien sans la dénaturer par un élagage sans doute rendu nécessaire par les contraintes de durée. Si tout n’y est pas, ce qui manque ne nuit en rien à la restitution de l’atmosphère du livre ni à sa puissance narrative ni à son intensité dramatique. Au contraire même, on ressent très bien, à la fin de l’aventure, la profonde blessure qu’elle a infligé au héros, Frodon, confronté malgré lui à la faiblesse de sa condition humaine, malgré son héroïsme, par des forces bien trop supérieures à sa volonté. Il en va d’ailleurs de même pour Gollum qui est sans doute le personnage le plus misérable et le plus maltraité de cette histoire, qu’on n’arrive jamais vraiment à maudire ni à plaindre, tantôt jouet d’un esprit maléfique, tantôt innocent en quête de rédemption.

De la très belle ouvrage, donc, encore rehaussée par les somptueux paysages de Nouvelle-Zélande, écrin parfait pour un tel joyau.

C’est donc le jour de la sortie officielle que j’ai pris place dans cette salle pour assister à ce spectacle tant attendu depuis de si longs mois. Pour tout dire, c’est la première fois que cela m’arrive. Nous n’étions pas aussi nombreux que je l’imaginais à cette première (en 2D). Je ne sais pas si ce fut mieux pour la version 3D mais la salle était bien loin d’être comble, ce qui nous a permis de choisir un bon emplacement et d’éviter la bousculade.

Et là, dès les premières images, la féérie agit de nouveau. La Comté toujours si belle et ses habitants toujours si nonchalants. Et l’histoire qui commence à se dérouler lentement, le temps qu’il faut pour y entrer peu à peu et se l’approprier. Sûr, on est loin de l’intensité dramatique du Seigneur des Anneaux. Ici, il n’est pas question de Sauron, ou très peu, qui n’est encore pour certains qu’une menace diffuse qu’ils ne savent pas encore nommer. Si l’histoire a pour but en filigrane d’introduire ce qui se passera dans la trilogie — sinon à quoi bon emporter un Hobbit dans cette expédition ? — le prétexte invoqué est finalement l’occasion d’un récit épique, une geste héroïque où un groupe de Nains s’est mis en tête de récupérer son ancien royaume volé par le dragon Smaug.

Évidemment, le livre de Tolkien n’est pas bien épais : environ 300 pages en format de poche. Et le film ne couvre à peu près que les 100 premières. Il est donc assez évident que Jackson veut nous refaire le coup de la trilogie d’avant la trilogie inauguré par Lucas. Sauf que pour cela, il est obligé de délayer, ce qui est assez discutable sur le principe, puisque c’est une façon de détourner l’œuvre de Tolkien. Convenons cependant que celui-ci a laissé suffisamment d’indications sur son univers et sa genèse pour que les ajouts scénaristiques ne soient pas ressentis comme une injure ou un viol caractérisé. Cela nous offre même un nouveau personnage, Radagast (joué par Sylvester McCoy), collègue un peu fêlé et déjanté de Gandalf (Ian McKellen). Même le méchant chef des Gobelins montés sur leurs hideux wargs s’intègre bien à l’histoire malgré la liberté prise par Jackson de la bouleverser un peu.

Finalement, le film tient ses promesses dont celles de suites au moins aussi palpitantes et même drôles, si, si ! Car l’humour n’est pas absent, lui non plus ! C’est d’ailleurs une des marques du livre original. Du reste, même dans le Seigneur des Anneaux, on arrive à en trouver sans se lancer dans des recherches de grande ampleur mais il est un peu occulté par le fil dramatique général. Rien de tel ici même si on alterne sourires et angoisse ! Et toujours les paysages somptueux de Nouvelle-Zélande dont on sent bien ici qu’ils servent aussi à magnifier la 3D. Facile !

On saluera en la personne de notre jeune Bilbo, l’acteur Martin Freeman qui fut récemment un Watson très convainquant dans la série iconoclaste « Sherlock » aux côtés de Benedict Cumberbatch et qui endosse ici le rôle du Hobbit avec réussite.

Autant dire qu’on attend avec impatience la suite de cet excellent film bien agréable à la veille de Noël... Il est bon ce Tolkien, quand même !

La critique d’AlloCiné
Celle de Télérama

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