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Sommet (anti-)social du 18 janvier 2012

dimanche 15 janvier 2012, par Marc Leblanc

Ça paraît un peu incroyable : au beau milieu d’une crise systémique qui se traduit essentiellement, partout en Europe, par une saignée sans précédent des états et par la destruction des législations sur le Travail et la Protection Sociale, alors que de partout des voix s’élèvent pour dénoncer l’immobilisme de la banque centrale européenne, qui entrave toute possibilité de réaction par les états, et les plans d’austérité qui détruisent un peu plus leurs ressources financières, dans un pays qui a pourtant repoussé on ne peut plus clairement le projet de traité constitutionnel européen, Sarkozy prétend que le salut ne peut venir que d’une intégration accentuée à l’Europe, sa précieuse « règle d’or » issue des fameux critères de convergence de Maastricht.

A moins de 3 mois de l’élection présidentielle qui, par définition, devrait permettre aux Français de dire ce qu’ils souhaitent pour l’avenir du pays, Sarkozy se prend d’une frénésie de réformes toutes plus fumeuses les unes que les autres avec comme objectif essentiel de couper l’herbe sous les pieds de ses principaux adversaires, notamment François Hollande, comme pour les mettre devant le fait accompli en faisant croire qu’il agit jusqu’au bout.

Outre que bon nombre de ces annonces, de toute façon, risquent de ne pas pouvoir passer l’écueil du Parlement faute de temps, cette méthode est pour le moins inacceptable. D’une part, sous prétexte d’une urgence un peu surfaite, après quatre années de crises et de sauvetages tous plus historiques les uns que les autres, il n’y a possibilité d’aucun débat dans le pays. Ce faisant, elle donne donc à penser que seules les solutions préconisées par Sarkozy et ses amis sont recevables, ce qui en matière économique relève d’une prétention sans nuance, confortée par une dramatisation incessante qui vise à faire du Président le sauveur providentiel. D’autre part, à supposer que Sarkozy parvienne à ses fins sur la « règle d’or », elle vide un peu plus de sa substance la responsabilité des élus vis à vis des choix qu’ils proposent, les contraignant de fait à n’agir qu’en vertu du dogme dominant.

Même si les Socialistes ne sont pas pour peu dans l’instauration de ce dogme et même si on n’attend malheureusement pas d’eux des remises en causes révolutionnaires, cette façon de caricaturer le jeu démocratique national est indécente. Et les propos du président UMP de l’Assemblée Nationale, nous jouant une nouvelle version du fameux air « Nous ou le chaos », ne peut qu’ajouter un peu plus au sentiment de mépris que procure cette sinistre comédie.

Mais, finalement, en quoi cette frénésie est-elle surprenante ? Sarkozy, Fillon et consort sont-ils autre chose que les marionnettes consentantes et complices d’un ordre social au profit exclusif de la haute bourgeoisie ?

Lorsque François Fillon, lors d’une récente séance de vœux, déclarait souhaiter que « les entreprises puissent négocier avec leurs salariés la durée du travail », il ne faisait que reprendre à son compte et marteler une des prétentions du MEDEF qui va encore plus loin en voulant réduire les droits des institutions représentatives du personnel (délégués du personnel, comités d’entreprise, comité d’hygiène et sécurité, etc.). Pourquoi se gênerait-il ? Il a le vent en poupe. Toutes les décision prises ces quatre dernières années (au moins) aussi bien en France qu’en Europe vont dans son sens, depuis le recul du droit à une retraite décente jusqu’à la destruction de la sécurité sociale en passant par le démantèlement de la médecine du Travail et des Prudhommes.

Comme par hasard, c’est dans ce contexte qu"un rapport sur le financement des syndicats défraie un peu la chronique parce qu’il a été passé à la trappe. Hélas, on a oublié de nous dire qui si tel fut son sort, c’est pour une bonne part en raison de ce qu’il aurait pu révéler de la FNSEA, un des plus fidèles soutiens de ce pouvoir. Pas très malin de taper sur les bons copains. Mais, heureusement, pour ce qui est de taper sur les mauvais, on peut facilement trouver de vilains exemples comme à la RATP, paraît-il, histoire d’alimenter la rengaine du fameux « Tous pourris ! »

Dans ces conditions, il ne faut guère s’attendre à ce que le prétendu sommet social de Sarkozy, le 18 janvier, soit autre chose qu’un catalogue d’annonces dont la plupart sont déjà connues, à peine enrobées d’une fine pellicule de bons sentiments nationaux mais à fort contenu de liquidation des droits sociaux pour augmenter la précarité, diminuer les salaires, faire taire toute opposition et faire se pâmer d’aise le MEDEF et les patrons de Sarko, au nom du redressement national dont tout ce beau monde n’a cure puisque de toute façon il est gagnant à tous les coups.

Là encore, à moins de 3 mois de l’élection, il y a peu de (mal)chances que tout ceci prenne réellement forme mais sait-on jamais ? Du moins, ceux qui voteront pour Sarkozy, cette fois, ne pourront plus dire qu’ils n’avaient pas compris ses intentions.

Les autres peuvent déjà commencer à se bouger !

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