Accueil > Blogue > Une histoire de tolérances

[Blogue] Une histoire de tolérances

vendredi 14 octobre 2011

Je lisais dernièrement, dans un récent numéro d’Auto Plus, le courrier d’un lecteur un poil ronchon et sentencieux qui disait en substance ceci : « Si l’on est verbalisé avec une vitesse retenue de 131 km/h, compte tenu des marges d’erreur, c’est qu’on roulait à plus de 145 km/h. Inacceptable ! »

A mon avis, ce qui est inacceptable, c’est plutôt ce genre de raccourci à deux balles qui traduit au mieux l’ignorance de celui qui le profère, au pire son extrême mauvaise foi. En effet, cette affirmation contient sa propre contradiction : s’il y a des marges d’erreur, c’est que les mesures ne sont pas exactes. CQFD. Par conséquent, la vitesse à laquelle on roule ne peut pas être 145 km/h ou plus.

Il faut se faire une raison : il n’existe aucun appareil de mesure capable de donner la valeur exacte de la grandeur mesurée. Aussi précis soient-ils, tous les appareils de mesure commettent une erreur. Plus ou moins grande. D’ailleurs, si on parle de précision, c’est bien que la valeur qu’ils indiquent est une valeur approchante sinon on ne se poserait même pas la question.

De plus, la mesure d’une grandeur est également affectée d’autres erreurs, plus ou moins importantes, qui tiennent à la méthode utilisée et à ses interactions éventuelles avec l’élément à mesurer, aux conditions dans lesquelles est réalisée la mesure (température, pression, etc.) et à l’opérateur lui-même. A bien y regarder, ça fait beaucoup d’erreurs qui s’accumulent.

Tout l’art de la mesure va donc consister à estimer cette erreur et à donner la valeur approchante. On dira qu’on a mesuré « n unités à plus ou moins x pour-cents près. » C’est à dire que la valeur exacte se trouve dans une fourchette qu’on va tenter de rendre la plus étroite possible, pour autant qu’on ait besoin d’une grande précision.

C’est ce qu’on appelle « les tolérances » et ça s’applique à tous les domaines, aussi bien la mécanique, que l’électricité ou que l’épicerie.

Dans la vie courante, la précision ne revêt pas forcément une importance capitale. La plupart du temps, on se contentera d’avoir la certitude que la grandeur mesurée ne nous vole pas. Si mon compteur d’électricité m’annonce 150 kWh de consommation, je veux avoir la certitude que la valeur réelle est plus proche de 151 que de 149. Pareil si j’achète 500 g de fraises : le poids réel de ma barquette devra être légèrement supérieur pour ne pas payer du vent.

Dans le cas de la vitesse, deux logiques entrent en compte. D’une part, celle de l’usager qui veut avoir la garantie que sa vitesse réelle ne sera pas supérieure à celle qu’annonce son compteur. Sinon, c’est la prune à tous les coups. De l’autre, la maréchaussée qui, elle, veut que la vitesse qu’elle a mesurée soit à coup sûr inférieure à la vitesse réelle du véhicule contrôlé, pour éviter les contestations et les injustices. Oui, un peu quand même !...

Dans un cas, on a besoin d’un compteur qui donne des valeurs par excès et de l’autre d’un cinémomètre qui donne des valeurs par défaut.

On retrouve cette préoccupation dans beaucoup de magazines spécialisés qui étalonnent les compteurs des voitures aux vitesses standards (130, 90 et 50 km/h). On y découvre ainsi que lorsque telle voiture annonce 130 km/h, elle roule en fait à 120 mais que telle moto roule à 128.

Quant aux radars, leur marge d’erreur est paraît-il de 3 % mais pour tenir compte de toutes les incertitudes liées à la mesure, le code de la route admet une tolérance de 5 km/h jusqu’à 100 km/h et de 5 % au-dessus.

Pour une vitesse réelle autorisée de 130 km/h, la valeur limite de la mesure est donc 136,5 km/h. Personne ne peut donc affirmer que je roulais à plus de 130 si je suis chronométré à 135. Et si mon compteur, à ce moment-là, affichait 145, soit une erreur assez fréquente de 10 km/h par excès, cela n’a donc rien d’épouvantable : en réalité je roulais dans la fourchette de vitesse autorisée. Rien de plus, rien de moins.

Et si par hasard, je reçois un PV à 131 km/h « retenus », cela signifiera que j’ai été mesuré à 138 km/h, soit 1 km/h au-dessus de la limite légale et rien de plus car les 148 km/h que mon compteur était censé indiquer ne reflètent aucune réalité physique. Ils n’existent tout simplement pas.

Et pis, c’est tout ! Nanmého !

Blogue | Suivre la vie du site RSS 2.0