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Présidentielle 2012

L’air vivifiant de la campagne

dimanche 22 janvier 2012, par Marc Leblanc

Il y a deux mois de cela (c’était le dimanche 27 novembre dernier), j’écoutais l’émission « Radio France Politique » sur France Culture dont l’invitée du jour était Marine Le Pen.
Qu’on n’y voit aucun signe d’une quelconque accoutumance, j’avoue avoir renouvelé la chose courant janvier, un peu malgré moi, toujours sur la même station, et pour une autre émission qui recevait cette fois un vice-président du parti de la Marine, paraît-il, dont je n’ai pas retenu le nom. Mais on s’en fout. C’est juste que je voulais me faire une idée de l’état d’avancement du « ripolinage » des façades du parti d’extrême-droite devenu si fréquentable depuis que la Marine en aurait pris les destinées en main, selon certains.

Bon, ben, déjà, la bonne nouvelle : Le front national n’est pas (ou n’est plus, c’est vous qui voyez) un parti d’extrême-droite. Avouez que ça valait la peine d’écouter ça. La Marine y croit dur comme fer et en donne des preuves irréfutables. Tel son attachement — somme toute assez récent — aux valeurs de la République comme la Laïcité. Si, si ! Nananèreuh !
Bon, attention quand même : à ce que j’ai cru comprendre en d’autres occasions, c’est surtout au voisinage de musulmans qu’ils se souviennent de la laïcité, les « frontistes » (arf !), sinon l’intégrisme religieux les fait pas plus frémir que ça, du moins s’il porte la croix. Parce que, le christianisme ma bonne dame, c’est les racines de la France, quand même, alors que l’Islam c’est les racines des bou étrangers. On notera au passage que Laurent Wauquiez, sous-ministre de la République (donc UMP), dans un récent numéro de fayotage sarkolâtre, n’a pas dit autre chose sans même se rendre compte du contre-sens grotesque contenu dans son propos, destiné à pourfendre Eva Joly et minimiser les droits des autres religions. C’est dire si la République a du mouron à se faire avec des défenseurs pareils !

Mais il n’y a pas que la Laïcité. La Marine et ses copains ont investi tous les champs sociaux et politiques pour les détourner. Ah, ça rouscaille dur contre la désindustrialisation du pays, contre le chômage, contre l’Europe et l’Euro. Pourtant, on ne se souvient pas vraiment de l’engagement du FN au moment de la bagarre pour les retraites ni, d’ailleurs, jamais pour aucune bagarre pour la sauvegarde de l’emploi et des droits et de la dignité de ceux à qui les copains de Sarko demandent de travailler toujours plus pour gagner toujours moins, de sacrifier les 35 heures sur l’autel de la sauvegarde d’emplois qui seront, de toute façon, détruits quelques mois plus tard, par exemple. Bah non ! Le FN, il aime bien les besogneux mais plutôt ceux qui la bouclent que ceux qui se battent. Sa bête noire, c’est les syndicats, au FN. L’aime pas ça, les syndicats, le FN. Il veut des syndicats « libres », le FN, comprenez : des syndicats qui aiment à cirer les bottes ferrées d’un patronat de choc plus qu’à défendre les intérêts des travailleurs. On appelle ça aussi des syndicats « apolitiques ». C’est beau, l’« apolitisme » ! On dirait du Sarkozy, non ?

C’est qu’il est pour un État fort, le FN, droit dans ses bottes (là aussi) et ses fonctions régaliennes. On imagine aisément ce que cela signifie, un « État fort ». En même temps, il est pour un État non interventionniste en termes économiques. Ça aussi, on sait ce que ça signifie. Guère différent de ce que fait Sarko aujourd’hui.

Bien sûr, elle s’est rendue compte, la Marine, qu’il ne suffisait pas de se lamenter sur la méchanceté du grand capital pour faire une politique sociale. Alors, elle promet des augmentations de salaire pour les petits. Genre, 200 à 300 € pour ceux qui gagnent moins de 1500 € par mois. C’est beau. C’est grand. Sauf qu’on lui laisse pas le temps de finir sa phrase, à la Marine, qui dit que ça sera financé par une baisse des cotisations sociales. En d’autres termes, du flouze pour vivre ou du flouze pour se soigner, mais pas les deux à la fois.

Faut dire que tout ça, malgré tout, c’est un peu la faute des étrangers. Elle aime pas ça non plus, les étrangers, la Marine ! Quel que soit le sujet qu’elle aborde, elle le rhabille d’une manière un peu plus affriolante que son père ne le faisait, sans rien modifier du fond. Elle ne parle plus de « préférence nationale », par exemple. Papa l’a un peu trop usée, cette expression. Non, elle nous parle de « priorité nationale », ce qui veut dire pareil mais en plus neuf. C’est surtout affaire de ton, donc, mais elle en vient toujours à parler des étrangers, la Marine, ces immigrés clandestins en puissance (ou pas, d’ailleurs), nécessairement nuisibles, profiteurs, « abuseurs » de la grande générosité française un peu naïve et tout ça. Une obsession. Aucun ne trouve grâce à ses yeux. Ni l’artiste africain (comme si ça pouvait exister) accusé de vouloir contourner la vigilance de nos vaillants policiers aux frontières ni, bien sûr, l’étudiant étranger car, c’est bien connu, c’est gens-là sont hyper-doués question embrouilles. On ne la fait pas à la Marine. Presque, elle embrasserait Guéant s’il n’était pas du clan Sarko. Bref, pas grand chose de nouveau. Quand on gratte un peu le vernis, ce sont les mêmes relents xénophobes et racistes qui remontent.

Il faut dire que depuis que l’UMP a repris à son compte à peu près tous les thèmes de ce pauvre FN – alors qu’elle est censée être un parti républicain et continue de se présenter comme tel – ce dernier s’est vu, en quelque sorte, délivrer un certificat de républicanisme dûment estampillé par Sarko sous le couvert de la « droite décomplexée ». A l’UMP, ça s’appelle maintenant « la droite populaire » tandis qu’avant, au FN et dans sa petite galaxie, ça s’appelait « extrême-droite », c’est-à-dire une sorte de fascisme, quoi. Du reste, comme pour bien signifier qu’on est un peu de la même famille, on ne dit plus « extrême-droite », non plus, mais « droite extrême ». Les copains au bout de la rangée, en somme. Et comme un fait exprès, nombreux sont ceux qui franchissent depuis longtemps les cloisons pas très étanches de cette mitoyenneté. A Nice, ils en savent quelque chose et ça ne dérange personne, apparemment.
En fait, c’est juste histoire de dire tout haut, et avec l’écho que confère l’exercice du pouvoir, ce que Le Pen et sa clique disent déjà tout haut dans un langage tout aussi fleuri et imagé. Tout ça, bien sûr, au prétexte que le bon peuple vit des réalités si sordides qu’il faut être con ou bobo gauchiste (pléonasme de droite) pour refuser de les prendre en compte.

Marine nous annonce donc qu’on va économiser vachement de sous en réduisant de façon drastique l’immigration. Tant pis si toutes les études menées par de soi-disant experts plutôt judéo-musulmans démontrent, au contraire, que l’immigration est une source de richesse pour la France. Au bar de la Marine, l’immigré coûte. Point barre ! Alors, on va lui retirer les allocs, à ce sale étranger, et ça va faire de sacrées économies. Et pour faire bon compte, on va aussi les supprimer aux familles dont un des parents est étranger. Y a pas de raison ! Les métis, c’est presque aussi pire que l’étranger pur jus.

Dire qu’il y en a pour trouver que le FN a changé ! Il paraît même que près d’un tiers des Français trouverait ses idées… recevables. La xénophobie, le racisme, tout cela ne serait que le fruit des méchants préjugés bourgeois d’une gauche aux idées rétrogrades et ringardes, cause de notre décadence. A côté de la plaque, en somme ! La modernité, ce serait donc le rejet de l’autre et la soumission au dogme ultra-libéral. Il faut dire qu’il est tout beau, le FN, maintenant, dans ses nouveaux habits brodés de respectabilité. Un parti républicain comme un autre. C’est vrai qu’à considérer l’UMP, on se demande bien ce que ça veut dire, aujourd’hui, le mot « République ».

Le pire, c’est qu’on imagine aisément la suite : à force de renoncements, viendra très probablement le jour où la droite dite « populaire » s’alliera au FN pour gouverner le pays. Du moins, si on ne fait rien…

Je plains de tout mon cœur ceux qui, au nom d’une démocratie d’opérette, protestent de la respectabilité républicaine du FN, un parti désormais prétendument comme les autres et contre les soi-disant obstacles anti-démocratiques à l’expression de la Marine dans cette élection présidentielle. Ces fameuses 500 signatures censées limiter l’accès au scrutin des fantaisistes et autres rigolos. Ce qui n’a jamais empêché ces derniers de se présenter, soit dit en passant.
Elle les aura ses 500 signatures, la Marine, qu’ils n’aient crainte, nos pauvres docteurs en démocratie au rabais. Non pas au nom de la démocratie, d’ailleurs, faut pas pousser, non pas car elle aura dûment obtenu son certificat d’honorabilité démocratique mais parce qu’elle représente la meilleure chance pour Sarkozy de renouveler son mandat. Car à force de brouiller les enjeux et les discours, il pourrait bien arriver que le meilleur allié de Sarkozy ne soit autre que le FN. Avec le risque même que le sauveur compulsif de l’Europe, de la France et de tout ce qui fait « bling-bling » ne se fasse gentiment boulotter par le si respectable et démocratique FN. Mais pourquoi s’inquiéter ? La France n’est ni la Hongrie ni l’Autriche ni l’Italie ni la Grèce ni les Pays-Bas ni la Pologne ni la Russie, ni la Chine, ni…

Juste la France. Un pays devenu myope et amnésique. On pourra lire avec profit cet article d’Abel Mestre et Caroline Monnot ou celui-ci d’Alain Hayot.

Amnésique aussi comme au sujet de François Bayrou, d’ailleurs, qui se lamente, comme d’autres, de la désindustrialisation du pays et appelle doctement à « acheter français ». C’est beau !
Il oublie juste que ses mentors, Valéry Giscard d’Estaing et Raymond Barre, du temps de leur splendeur, voulaient que la France renforce son industrie dans les domaines où elle était forte et laisse tomber ceux où elle était moyenne ou faible. Résultat : on est des spécialistes mondiaux du nucléaire et de l’armement, avec le succès que l’on sait. Pour le reste, on est absents de secteurs pourtant jugés jadis stratégiques tels que la sidérurgie, la machine-outil et les biens de consommation, que certains de nos voisins jugent toujours suffisamment lucratifs pour les occuper encore malgré la concurrence des pays émergents (pour ne pas dire chinoise). Si ça c’est pas de la stratégie de haut vol et à long terme !…

Mais on n’est pas toujours suffisamment attentifs à ce qui se dit, y compris par les lieutenants des ténors. Telle Marielle de Sarnez, bras droit du gentil Bayrou, qui déclarait en substance, il y a peu, que dans les situations exceptionnelles telles que la crise que nous traversons, il fallait des remèdes exceptionnels. Autrement dit, ne refuser aucune solution, aucun bouleversement.
Certes, elle est toute gentille et très sympa Marielle. J’ai eu l’occasion de la rencontrer et c’est une femme de grand talent, très respectable dont la moindre des qualités qu’on peut lui reconnaître est de ne pas sombrer dans les excès de langage ni l’arrogance que l’on rencontre si souvent dans les rangs UMP (par exemple). Cependant, ce n’est pas non plus une contemptrice très acharnée du libéralisme ambiant même si on dénote chez elle un soupçon de regrets quant à la part d’inhumanité du stade actuel du capitalisme mondial. De là à penser que ses fameux remèdes de cheval s’appliqueront avec zèle davantage aux petits qu’aux puissants, il n’y a qu’un pas que je ne lui ferai pas l’offense de franchir mais qui nourrit cependant un furieux doute chez moi. Car dans notre monde tout entier voué au profit de quelques-uns, le démantèlement du Code du travail, aussi bien en France que partout ailleurs en Europe, est une tentation que partagent aisément les libéraux, qu’ils se piquent de considérations humanistes et sociales, comme Marielle, ou qu’ils défendent un dogme brutal, comme le FN et Sarkozy. Même si, incontestablement, je préfère le sourire de Marielle à celui de Marine ou de Nicolas, je ne suis pas près de mettre dans l’urne un bulletin au nom de son poulain.

Comme il est assez peu probable que je vote pour Eva Joly à qui je reconnais pourtant un certain courage. Ses prises de position au sujet du 14 juillet et du 11 novembre m’ont parues piquées au point de la vérité historique et du bon sens citoyen. Au point de faire apparaître d’une incroyable bêtise et d’un manque de culture à peine imaginable, les déclarations de ceux qui s’en sont pris à elle en se drapant dans leur qualité de Français bon teint, par opposition à cette importune Norvégienne à l’accent si prononcé. La bêtise élevée au rang de décoration nationale, voilà aussi une grande réussite de l’UMP de Sarko.
Mais cela ne suffit pas à me convaincre de voter écolo. Rien que la « taxe carbone », par exemple, me paraît une belle ineptie dans le contexte actuel. En même temps, les débats qu’elle devrait porter au cours de cette élection, comme sur le nucléaire et l’énergie, me semblent être relégués au second plan par un souci d’occuper le terrain médiatique qui ne me semble pas correspondre aux enjeux réels de la société.

Il est vrai que la campagne n’est pas encore tout à fait lancée et qu’il faut aller chercher très au-delà des thèmes retenus par les médias pour avoir une idée un peu consistante des intentions des candidats. Il n’empêche que cette élection ne peut se réduire au seul objectif de se débarrasser de Sarko. Même si tout (sauf Le Pen) vaut mieux que lui, cet objectif ne peut pas se substituer au débat que ce pays doit conduire sur son avenir. Hollande sera peut-être notre prochain président mais il ne doit pas être seul à rédiger le bail.

Et pis, c’est tout !

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