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[Blogue] Vieux motard que jamais !

mardi 28 décembre 2010

Dans son édito du n°37 de « Box’R Mag » (novembre-décembre 2010), intitulé « Vieux jeunes », Pascal Litt fait le constat de la morosité qui semble avoir baigné le dernier Salon (de la moto) de Cologne. Pour l’expliquer, il invoque bien sûr la crise, à quoi s’ajouterait, selon lui, une cause encore plus « structurelle », si je puis dire : le vieillissement de la population motarde.
Je ne suis évidemment pas certain que le fait de vieillir soit obligatoirement synonyme de « sinistrose ». Tout au plus, cette évolution aurait-elle pour conséquence une modification — semble-t-il sensible, selon Pascal Litt — des goûts du public motard, davantage orientés vers des machines moins généralistes, peut-être moins radicales (encore que...) et plus typées (confort, voyage, rétro, etc.).

La chose mériterait certainement d’être approfondie car, malgré tout le respect que j’ai pour Pascal Litt et « Box’R Mag », leur dévotion — que je partage — à la cause de la marque à l’hélice [1] ne rend pas cette analyse des plus objectives, surtout lorsque les victimes désignées de ce vieillissement sont... les marques japonaises.

A défaut d’être assidu aux grands événements motards (Salons, Bol d’Or, 24 Heures du Mans, Grands Prix, Super Cross, etc.) qui drainent toujours des foules considérables de passionnés, je participe régulièrement aux multiples réunions qui jalonnent la vie des militants de la FFMC [2]. Si c’est toujours un plaisir d’y retrouver des têtes connues avec lesquelles j’ai souvent tissé quelques liens amicaux et même parfois complices, je ne puis nier que le ramage de beaucoup d’entre elles vire, année après année, au poivre et sel quand ce n’est pas franchement au blanc. Peut-être y suis-je plus sensible depuis que mon propre pelage s’enneige plus vite que je ne le souhaiterais mais le fait est là : la proportion de « vieux » militants ne semble pas baisser malgré l’augmentation continue du nombre des adhérents.

Bien sûr, voyons les choses positivement, cette persistance de la génération qui a fondé le Mouvement FFMC [3] est, à bien des égards, un important facteur de pérennité en termes de transmission des valeurs qu’il porte, des réflexions menées et de l’expérience acquise en trente ans. Sans doute aussi, cette génération fût-elle un impressionnant bouillon de culture duquel ont jailli la plupart des idées qui furent mises en pratique. En somme, elle a défriché la voie dans laquelle se sont engouffrées les générations suivantes de militants et, si viendra immanquablement le temps où ses rangs s’éclairciront, il est normal qu’elle les accompagne et qu’elle continue de jouer un rôle important.

Il serait toutefois erroné de penser que les effectifs ne se renouvèlent pas. Il n’est qu’à voir la jeunesse nombreuse qui compose certains Conseils d’antenne pour s’en convaincre. La relève est là et, d’ailleurs, le Bureau National de la FFMC est majoritairement composé de trentenaires et de quadragénaires. Sa moyenne d’âge chutera encore très sensiblement lorsque je rendrai à mon tour mon tablier. Ainsi va la vie.

Cependant, si le constat de Pascal Litt (et de quelques autres), certainement empirique, s’avère juste, il me semble que nous, motards, aurions intérêt à en cerner les causes et à y trouver remède. Ne serait-ce que pour ne pas être classés par les Nations-Unies dans le répertoire des espèces en voie de disparition. Quel soulagement ce serait alors, pour tous ceux qui, depuis plus de trente ans, espèrent plus ou moins ouvertement l’éradication du motard, du scoutard et autre cyclomotoriste ! Enfin, un monde entièrement dévolu aux quatre-roues, voire plus. Quelle horreur ! Un vrai cauchemar !

Il est vrai que, trop souvent, le discours développé autour des 2-roues motorisés insiste plus que lourdement sur leur dangerosité. Dans une société qui voue le moindre risque aux gémonies et ne jure que par le « risque zéro », cela n’a rien de très surprenant même si cela en devient presque pitoyable à force d’outrances. Comment, dans ces conditions, des parents, tant soit peu soucieux de leurs enfants, verraient-ils d’un bon œil ces derniers enfourcher de si terrifiantes machines ?
Pourtant, sans nier les risques encourus par quiconque circule en deux-roues (motorisé ou pas, d’ailleurs), la moto ce n’est pas ça. C’est bien plus que ça, beaucoup plus. C’est aussi une somme de plaisirs auxquels chacun peut s’abreuver selon son goût : plaisir de la conduite nez au vent, bien sûr, mais aussi plaisir des sensations distillées par la machine et par son moteur, plaisir d’évoluer au contact de l’environnement et de ses fragrances, plaisir de la découverte, plaisir des rencontres de hasard, plaisir du partage, plaisir de la fatigue au retour d’un roulage qui nous a enivré de plaisirs, plaisir du temps retrouvé lorsqu’on peut s’arrêter où bon nous chante et admirer un paysage sublime.

D’ailleurs, c’est avant tout cela la moto : du plaisir à l’état pur et des souvenirs à foison. On peut y venir, un peu contraint, pour son côté pratique, voire économique mais, même dans ce cas, on y trouve du plaisir (et pas seulement des avantages). Et, quand on fait le compte, tous ces plaisirs accumulés triomphent sans peine des inconvénients qui lui sont aussi liés. Que ce soit sur la route, sur la piste ou sur les chemins, la moto est un véhicule merveilleux. Et si son apprentissage est plus long et plus sérieux que pour d’autres véhicules, plus faciles ou plus confortables, avec une bonne formation et une bonne préparation elle saura toujours conquérir de nouveaux adeptes.

C’est d’ailleurs, à ma connaissance, le seul véhicule qui fait tant briller les yeux des enfants et... des vieux.

Sacré moto, va !

Notes

[1BMW, pour les ignares

[2Fédération Française des Motards en Colère

[3La Fédé elle-même mais aussi la Mutuelle des Motards, l’Association pour la Formation des Motards, Moto Magazine et la FFMC-Loisirs

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