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Une croisière sur la Sorgue

vendredi 23 juillet 2010, par Marc Leblanc

Qu’y a-t-il de plus agréable, en ces temps de chaleur quasi-caniculaire, que de trouver ici ou là un havre de fraîcheur ?

Plutôt que de rester enfermés chez soi, volets et persiennes clos, à attendre les heures bénies de la journée où la température, enfin, commence à décliner, il existe ici, à Bédarrides, une solution sympathique : s’offrir une petite balade au fil de l’eau.

Comme cela est désormais de notoriété mondiale, Bédarrides est un charmant village provençal bâti au confluent de sept rivières dont les deux plus importantes doivent leur célébrité à des raisons quasiment opposées.

Tout d’abord, il y a l’Ouvèze, rivière longue de plus de 120 km au régime torrentiel et dont les crues brutales peuvent être dévastatrices. Ainsi celle du 22 septembre 1992, de sinistre mémoire, qui a frappé cruellement le village et encore plus Vaison-la-Romaine située en amont.

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Embarcadère de Bédarrides

Et puis, il y a la Sorgue, petite rivière d’à peine 35 km de long, au caractère plutôt placide, bien que son débit moyen soit d’environ 18 m3/s, et qui est, sans nul doute possible, la résurgence la plus célèbre de France, pour ne pas dire — soyons fou — de la Terre et au delà. Sa source n’est autre, en effet, que la splendide Fontaine de Vaucluse, nichée au cœur du village éponyme. Elle arrose notamment la non moins célèbre ville de l’Isle-sur-la-Sorgue d’où elle se scinde en plusieurs bras, dont la Sorgue de Velleron et celle d’Entraigues qui se rejoignent en amont de Bédarrides et de son confluent avec l’Ouvèze. Sans parler du canal de Vaucluse, troisième bras important de la rivière, qui rejoint Avignon. La Sorgue est véritablement l’artère nourricière de cette partie du département de Vaucluse à laquelle elle apporte l’eau vitale en quantité abondante et relativement régulière tout au long de l’année.

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Croisière sur la Sorgue 1

Depuis quelques années, un effort important a été réalisé pour mettre en valeur le patrimoine du village et pour l’aménager afin d’y rendre la vie plus agréable. En effet, Bédarrides, bourg relativement important, souffre d’un déficit d’image auprès du grand public par le fait que, hormis les vignobles qui le bordent du côté de Châteauneuf-du-Pape, son patrimoine et son histoire sont relativement peu connus. Dans la période récente, les dernières crues catastrophiques de l’Ouvèze l’ont évidemment desservi en mettant en exergue les risques liés à son hydrographie capricieuse. Ceci a, bien entendu, des conséquences importantes sur le plan d’occupation des sols. La vie politique de Bédarrides, on le comprend aisément, tourne également en grande partie sur la façon dont les municipalités en place et leurs adversaires appréhendent cet épineux problème.

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Croisière sur la Sorgue 2

Des travaux très importants ont été entrepris pour sécuriser le village et limiter les conséquences des crues de l’Ouvèze avec l’espoir que ces dispositifs impressionnants éviteront que se renouvellent les désagréments liés à ce voisinage.

Il faut cependant tempérer quelque peu cette vision « apocalyptique » : si l’Ouvèze est parfois une menace, ces sautes d’humeur ne touchent que très exceptionnellement le village dont la vie, somme toute, s’écoule de la façon la plus pacifique qui soit. Bédarrides somnole paisiblement sous le soleil.

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Croisière sur la Sorgue 3

L’actuelle municipalité a encore accentué le programme d’aménagement du village. Ainsi, entre autres initiatives que je trouve personnellement très heureuses, a-t-elle aménagé sur les bords de la Sorgue deux pontons depuis lesquels il est possible d’embarquer sur une barque à fond plat, opportunément appelée « Ville de Bédarrides », pour une petite balade instructive et rafraîchissante le long de cette rivière, entre son confluent avec l’Ouvèze et la réunion de ses deux bras de Velleron et d’Entraigues.

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Croisière sur la Sorgue 4

C’est donc par un beau samedi ensoleillé et, bien sûr, fort chaud, qu’Elle et moi avons décidé de nous offrir cette croisière.

Nous n’étions que deux à solliciter la jeune et charmante personne dévolue au rôle d’« éco-guide », ainsi que l’appellent les prospectus vantant ces voyages.
Nous avons pris place dans l’esquif et sommes donc partis tous les trois à la découverte de notre rivière sacrée qui a, à cet endroit, près de 3 m de profondeur. Direction l’amont, c’est à dire Entraigues. Le courant est relativement important et le petit moteur de la barque travaille vaillamment à le surmonter.

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Croisière sur la Sorgue 5

Les berges sont couvertes d’une abondante végétation composée notamment de peupliers blancs, d’ormes et de frênes. Beaucoup de ces arbres sont majestueux. Beaucoup d’ormes sont malheureusement frappés d’une maladie incurable et en train de crever. D’ailleurs, nombreux sont les vestiges de cette essence qui jonchent le lit de la rivière, offrant ainsi un spectacle étonnant. Toutefois, le cours d’eau a été en grande partie nettoyé des cadavres les plus encombrants et la navigation s’y fait sans grand problème. La rivière est relativement large et ses eaux à 10°C dispensent une agréable fraîcheur bienvenue.

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Croisière sur la Sorgue 6

Au fil de la balade, notre guide nous sert une présentation du spectacle qui s’offre à nous, arrêtant le moteur de la barque à plusieurs endroits pour nous dispenser un très intéressant cours d’histoire naturelle qu’elle possède à la perfection. La flore en occupe une bonne partie. Elle est remarquable, car inhabituelle en Provence, en raison de l’abondance de l’eau et surtout de sa température à peu près constante tout au long de l’année. Selon notre guide, ce genre de végétation ne se retrouve que plus au nord ou plus en altitude.
On apprend aussi que la rivière est colonisée par des castors — Bédarrides s’enorgueillit d’ailleurs d’en héberger un couple que l’on peut, paraît-il, apercevoir parfois le soir —, des rats musqués et des ragondins, pleins d’oiseaux dont des rapaces et des hérons et pleins d’insectes. D’ailleurs, nous pouvons assister au ballet incessant de libellules bleues (des demoiselles). Seul un antipathique taon viendra brièvement nous visiter. Découragé par l’attention que je lui porte, il finira par repartir à la recherche d’un autre sang à ponctionner. Sale bête !

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Le paradis des pêcheurs

La Sorgue est également un petit paradis pour les pêcheurs. Elle abrite des truites, des carpes, des brochets et que sais-je encore ? et le long de cette balade nous apercevons deux ou trois pontons privés installés par quelques riverains chanceux auxquels sont amarrées de petites barques. Des supports de cannes à pêche sont également laissés à demeure par endroit, témoignant de l’assiduité des passionnés.

Nous croisons un premier affluent à tribord qui n’est autre qu’une partie de la Sorgue d’Entraigue qui s’est séparée en deux bras à l’aval de la ville, créant ainsi une ile assez importante. A bâbord, un deuxième affluent : la Vallat-Mians (?), un ancien canal de drainage qui s’est peu à peu transformé en rivière ; puis un troisième, l’Auzon (?). Nous arrivons au confluent des Sorgues d’Entraigues et de Velleron. Sur l’embarcadère, un homme fait la sieste, profitant de la fraîcheur conjuguée de l’ombre des hauts arbres et de la rivière. Veinard !

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Embarcadère du Campsec

Puis la barque fait un demi-tour et reprend son odyssée vers son port d’attache. Le courant est désormais porteur et le petit moteur ne s’active plus que pour permettre à notre guide de diriger l’embarcation entre les rares écueils. Elle l’arrête encore à deux ou trois reprises pour nous montrer des souches d’arbres rongées d’une manière caractéristique, attestant la présence des castors. On apprend ainsi qu’il est possible de distinguer dans l’eau ces bestioles des rats musqués : le castor ne sort que la tête de l’eau tandis que l’autre montre aussi son dos. Mais nous ne verrons ni l’un ni l’autre.

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Croisière sur la Sorgue 7

Nous parvenons ainsi à notre point de départ où nous amarrons le "Ville de Bédarrides" à son embarcadère.

Au total, la petite balade aura duré une bonne demi-heure et nous aura coûté 5,00 € par personne. Le plus important est tout de même qu’elle a été très agréable à tous les points de vue. De plus, bien qu’ayant passé ici une bonne partie de ma vie (notamment ma jeunesse), j’ai encore appris des choses. Bref, cette croisière sans prétention est un vrai petit plaisir que je ne saurais trop conseiller à tout ceux à qui la simplicité et le (quasi) silence ne répugnent pas. Vous ne le regretterez pas.

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Croisière sur la Sorgue 8

Pour en savoir plus, cliquez sur les liens ci-dessous :

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Croisière sur la Sorgue 9

Dernière précision : ces balades en barques sont organisées de juin à septembre, du vendredi au dimanche et de 14h00 à 19h30.

Bon voyage, donc. Et encore un grand merci à notre sympathique « éco-guide » pour sa gentillesse et son érudition ainsi qu’aux promoteurs de ce projet original et réjouissant.

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Croisière sur la Sorgue 10

Et pis c’est tout !

5 Messages

  • Le 25 juillet 2010 à 14:44 , par Rouquette

    Cool ! Une sorte de voyage de noces, en somme ? Très original.

  • Le 26 juillet 2010 à 22:33 , par Marco

    J’avais pas envisagé la chose sous cet angle mais pourquoi pas ?

    Sauf que j’ai entendu parler de gondoles et m’est avis que ça doit être plutôt du côté de l’Adriatique que cette suggestion s’orientait. Mais je dis ça, je dis rien !

  • Le 27 juillet 2010 à 01:17 , par Rouquette

    Ben écoute, une croisière, c’est une croisière, non ? Sur le Nil, sur le Grand Canal, sur la Sorgue ; 8 jours, 5 heures, 1/2 heure… Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! ;o))

  • Le 1er septembre 2010 à 15:04 , par Nanard

    Je serai bien curieux de savoir où sont les travaux important entrepris sur l’Ouvèze à Bédarrides, travaux qui d’ailleurs s’avéreraient bien inutile puisque l’eau passe par dessus les digues à l’amont de Bédarrides et si le village est inondé par l’ouvèze, l’eau arrive par le nord-est et rempli le village comme une baignoire.
    Il ne faut pas oublier qu’en 1992 l’eau est arrivée du quartier des lotissement Arc en ciel et Maïs et passait par dessus le parapet dans le sens village ouvèze.
    Le problème à venir pour Bédarrides est bien la Seille qui avec un bassin versant minuscule et très urbanisé à un débit de pointe très rapide et très pointu et là sur ce bassin versant pas de travaux, bien au contraire la commune de Jonquières construit des lotissement à tour de bras (3 en deux ans sur les bordsde la seille sans compensation pluviales sur environ 10ha)
    Courthézon n’est d’ailleurs pas en reste à ce sujet.
    Si on ne peut pas prévoir l’avenir il est plus que probable que les prochaines inondation seront dues à la Seille.

  • Le 3 septembre 2010 à 12:34 , par Marco

    @Nanard : Je faisais allusion bien sûr à ces deux énormes pompes mises en place, l’une en amont du pont roman, sur la Seille justement, l’autre en aval du village, aux Verdeaux. Je parle de travaux très importants en ce sens que ces machineries sont assez imposantes. De là à dire qu’elles sont suffisantes, je ne m’y risquerai certainement pas. Car, et vous le soulignez à juste raison, le problème hydrographique de Bédarrides n’est pas circonscrit à son seul territoire ni même à la seule Ouvèze. Il paraît même assez illusoire de vouloir se préserver des méfaits de la rivière sans une politique de prévention qui concernerait non seulement son propre bassin versant mais certainement aussi très au-delà de celui-ci. De toute évidence, c’est pas gagné !

    Quant aux pompes, j’ai un peu de mal à imaginer comment des engins destinés à fonctionner de manière exceptionnelle pourront remplir leur rôle en usage intensif le moment venu alors que l’on n’est jamais certain de la fiabilité d’un dispositif que s’il fonctionne régulièrement, et encore. Le mieux serait donc de n’avoir jamais à le vérifier.

    Reste à savoir s’il n’est pas un peu prétentieux pour l’Homme d’imaginer s’opposer à la nature qu’il a d’ailleurs contribué à dévoyer. Les exemples que vous citez montrent aussi que l’approche de certaines communes semblent faire peu de cas des analyses de risques si ce n’est du simple bon sens. Il me semble en effet assez difficile d’expliquer à des gens que l’on a laissé construire en zone à risque d’inondation que l’on ne pourra pas les protéger de manière efficace ou certaine. Cela dit, j’avoue que je suis mal placé (ou trop bien, selon le point de vue que l’on veut bien prendre) pour donner des conseils : le jour où l’eau atteindra mon rez-de-chaussée, je crains qu’on n’aperçoive plus de Bédarrides que les toits de ses maisons.

    Bien sûr, c’est là un débat important et passionnant qui mérite mieux que quelques lignes ici mais qui n’était pas vraiment l’objet de mon billet, comme vous l’aurez certainement noté.

    Merci néanmoins de votre contribution.

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