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    Non merci, sans façon !

    dimanche 13 décembre 2015, par Marc Leblanc

    Demain, je ne choisirai pas entre la Le Pen et l’Estrosi. Inutile d’insister, mais NON !

    Malgré la profonde aversion que j’éprouve à l’égard du parti qui se dit encore "socialiste", j’aurais voté, sans trop traîner des pieds, pour une liste de fusion au second tour qui aurait comporté des représentants du Front de Gauche, dans les conditions qu’explique ici Corinne Morel Darleux. C’est le mode de scrutin débile de ces élections qui l’impose pour permettre la représentation, même insignifiante, d’une partie de l’électorat. Et qu’on ne vienne pas surtout pas me dire que faire cela, c’est aller à la soupe pour préserver des places qui sont bonnes, évidemment. Les tenants du "tous pourris", en l’occurrence, me gonflent.

    Mais en PACA, nous n’aurons même pas cette option puisque, dès avant le premier tour, le (triste) sire Valls avait décrété que la liste P"S" annoncée en troisième position se retirerait. On n’allait quand même pas se compromettre avec la gauche ! C’est sans doute la raison pour laquelle la liste était conduite par un sous-fifre sans grande envergure pour succéder à un calibre comme Michel Vauzelles dont le bilan de mandature, je pense, n’était pas franchement mauvais. Il faut donc reconnaître qu’il y a des arguments plus enthousiasmants pour mobiliser un électorat hésitant… pour le moins.

    Alors, dans ces conditions, entendre "monsieur 5 %" appeler à voter pour la droite contre l’extrême-droite, au nom d’un prétendu "front républicain" qui fait se tordre de rire à la limite de la suffocation le marigot sarkozyste, honnêtement, ça ne passe pas.

    C’est que, même si Estrosi n’est pas seul sur sa liste, franchement, on a souvent du mal à discerner ce qui sépare ses idées de celles des fachistoïdes du FhaiNe. On est là dans le domaine de la nuance subtile, si tant est qu’on puisse appliquer cet adjectif aux effluves de latrines.

    Prenons un simple exemple :

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    Profession de foi Estrosi, détail

    On nous parle de gens qui "méritent" la solidarité, ce qui, venant d’un parti qui ne manque jamais une occasion de fustiger ce qu’il appelle l’assistanat, par exemple, laisse un peu dubitatif. Mais si on creuse un peu, est-ce que, par exemple, accompagner des femmes qui veulent avorter est un engagement assez méritant aux yeux d’Estrosi et de ses amis, malgré ce qu’ils prétendent, pour bénéficier des financements publics ? On nous parle aussi de "discriminations entre Français" alors que l’idéologie pétaino-lepéniste va largement au-delà. Elle concerne les êtres humains dans leur ensemble, tout simplement, car elle est raciste, xénophobe, homophobe et tout plein d’autres gracieusetés phobiques. Se limiter aux Français est une simple pirouette sémantique pour se présenter sous un jour plus avenant mais Estrosi n’est peut-être pas tout à fait le mieux placé pour parler de tolérance lui qui est incapable de voir au-delà des étiquettes.

    Voir Estrosi emboucher le clairon du gaullisme (de la première heure, cela va sans dire) pour appeler le bon peuple provençal à l’esprit de résistance ne manque donc pas de piment. Et puis, une chose est sûre : il respectera certains de ses engagements qui ne devraient pas provoquer trop de nausée chez la Marionnette. S’engager à laisser s’exprimer librement toutes les forces politiques de PACA ne devrait donc pas trop lui coûter. Surtout dans l’enceinte de l’Hôtel de Région ! Mais penser qu’il aurait le pouvoir d’empêcher quiconque de s’exprimer est déjà le signe d’une conception peut-être un poil absolutiste et discrétionnaire de ses attributions. Encore un petit potentat qui se la pète !

    Et puis, on ne vote pas pour ses ennemis de classe. Le P"S" en fait aujourd’hui les frais et laisse le champ libre à la réaction et à la bourgeoisie qu’il sert sans vergogne. Mais il faudra un peu plus que les coups de menton d’un Clemenceau de contrefaçon pour montrer la voie à suivre. Puisque nous voilà condamnés à subir, ne tressons pas la corde qui doit servir à nous pendre.

    Et pour faire bonne mesure, on lira cette tribune de Philippe Torreton qui appelle le peuple de gauche à reprendre la main dès lundi. Il est plus que temps !

    Alors, voter Estrosi ? Non, merci, monsieur Valls, sans façon. Vous n’existez plus !

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    Profession de foi Estrosi recto
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    Profession de foi Estrosi verso

    Avant de tomber dans le piège médiatique et moralisateur mis en place par les thuriféraires du tout répressif - l’inénarrable Got et la LCVR en tête comme d’habitude, rejoints pour l’occasion par le CNPA [1] - et par les habituels contempteurs d’un gouvernement si peu de gauche soit-il mais toujours suffisamment à leurs yeux pour être coupable de laxisme [2] quoi qu’il propose en termes de justice, et sans même parler du marigot nauséabond de tous ceux qui persistent à ne voir en Christiane Taubira qu’une infâme guenon simplement parce que : un, c’est une femme ; deux, c’est une femme noire, qui ne s’en laisse pas compter, qui n’a pas sa langue dans sa poche, et qui a osé porter et défendre l’égalité des droits de tous sans faiblir face à la chienlit réactionnaire et rétrograde, je pensais très sincèrement qu’il y aurait quelques voix pour évaluer l’enjeu avec un peu de recul afin de nourrir la réflexion. Mais il faut croire que cet air, venu du Sahara surchauffer notre été, liquéfie les cerveaux. Et puis, il faut reconnaître que ce n’est pas non plus une spécialité de nos médias « mainstream », comme on dit, le recul et la réflexion.

    En France, on nous inculque depuis plus de 40 ans que la seule politique de sécurité routière qui vaille repose sur trois principes fondamentaux, complémentaires et intangibles : un, la répression ; deux, la répression ; et trois, la répression. Il n’est pas impossible que dans un avenir proche, on y ajoute aussi la répression, histoire de garder sa cohérence à l’édifice. Le postulat de départ est donc très simple : tous des criminels. Ou peu s’en faut…
    Alors tu penses : quand une ministre - déjà frappée du sceau infamant du soupçon de laxisme car elle ose dire que le rôle de la justice ne se réduit pas à emplir les prisons - se met en devoir de s’intéresser à la sécurité routière, oulà, scandale ! Non seulement elle se prend des volées de bois vert de la part de ses habituels contempteurs, lesquels enragent de la voir survivre à leurs messes noires et de leur tenir tête, mais, en plus, elle s’attire les foudres du clergé de la sainte chapelle, chargé du respect sourcilleux du dogme sécuritaire en même temps que routier. Déjà qu’en temps normal, le moindre haussement de sourcil dubitatif pouvant signifier un début de manque de conviction dans l’acceptation sans condition du dogme provoque, dans le quart de seconde qui suit, le démarrage d’une harangue fébrile et vindicative de la part de la Grande Prêtresse Perrichon, tu t’imagines bien que sur un coup comme celui-là, on a droit à un prêche digne de l’apocalypse, pour ne pas dire de fin du monde. Ou les deux. C’est un truc à faire claquer tata Chantal d’un infarctus, ça. Au moins ! En plus, avec cette chaleur, je te jure, c’est des choses à pas faire…

    Mais qui a vraiment lu ce projet de loi ? La version intégrale est là. Et voici ce que dit plus précisément ce fameux article qui cristallise les phantasmes les plus hystériques.

    Lire la suite…

    Notes

    [1] Conseil national des professions de l’automobile

    [2] Oh que c’est vilain, ça !

    On ne dirait pas comme ça mais il y a déjà 3 mois, nous étions des millions à descendre dans les rues des villes de France en hommage aux victimes des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de la porte de Vincennes, à Paris, et crier à la face du monde que nous rejetions le terrorisme et l’intolérance. Nous nous disions « Charlie », alors.

    Depuis, il y a eu Copenhague, Sanaa au Yémen, Tunis et l’Université de Garissa au Kenya. Et toujours l’Irak, la Syrie, la Palestine, le Nigeria, et tous ces endroits oubliés des médias où l’on massacre, parfois loin de la lumière des projecteurs. Une macabre théorie de cadavres ensanglantés.
    Cela fait dire à certains que nous aurions l’indignation sélective puisqu’il ne s’organise pas de nouvelle marche à chaque nouvel attentat. C’est vrai, aussi. Mais à ce compte-là, les délires sanguinaires et meurtriers qui se succèdent à un rythme effrayant seraient aussi indirectement un bon moyen de lutter contre l’obésité. Vous verrez qu’on va finir par les remercier tous ces salopards…

    Il est vrai que ce reproche narquois s’adresse essentiellement à Hollande et à sa clique qui ont été si prompts à célébrer le « fameux esprit du 11 janvier. » J’en ai encore l’œil humide, tellement c’était beau et… bouleversifiant. Voir dans un même élan les rigolos pas drôles de l’Union européenne — les Merkel, Junker, Rajoy, Cameron, etc. — marcher au coude à coude avec d’autres crapules du même acabit (au hasard, Netanyahou et Libermann pour Israël, Bongo pour le Gabon, Orbán pour la Hongrie, pour n’en citer que quelques-unes), alors qu’ils n’ont d’ordinaire que mépris pour les petites gens, les sans-dents comme aurait dit notre bon président, avait de quoi vous retourner l’estomac. Paris, capitale du monde, l’unité nationale, allonzenfants de la patri-illeuh, tralalère ! Je comprends ceux de mes amis qui n’ont pas voulu cautionner une telle mascarade même si je crois que pour la plupart des gens qui étaient présents ce jour-là, l’important n’était pas dans ce spectacle écœurant et hypocrite.

    Depuis, il y a eu la longue litanie de commentaires, plus savants les uns que les autres, pour nous expliquer que, finalement, nous ne représentions pas grand chose. 4 millions de personnes, quand même. Une paille ! Etonnant dans un pays où 900 personnes suffisent à prouver que 75 % des Français sont raides dingues du génie politique de leur gouvernement d’après son fan-club ! Ces manifestations n’étaient donc, bien évidemment, que l’expression d’une classe de bobos, occidentaux bien blancs sur eux, qui se seraient donnés bonne conscience à bon compte car touchés dans leurs prétentions à l’universalité de la devise républicaine — Liberté, Égalité, Fraternité — et au motif, parfaitement exact au demeurant, que rien, en vérité, ne viendrait lui donner un semblant de début de réalité en notre bon pays de France (et de moins en moins, hélas) ni nulle part ailleurs, d’ailleurs !

    On a bien essayé aussi de nous faire comprendre que, si c’est pas joli joli de tuer des dessinateurs, il fallait reconnaître qu’ils l’ont bien cherché, faut dire, allez, un peu quand même, hein ? Faut pas se moquer des religions, ça blesse. Ou plutôt ça tue. Il est vrai qu’on avait un peu perdu l’habitude en France, depuis un ou deux siècles, peut-être un poil plus, de voir zigouiller des gens pour cause de ricanements trop ostensibles aux facéties de religions tellement nobles et généreuses qu’on se demande pourquoi, noun di diou, elles ne sont pas obligatoires. Quel gâchis ! Je reconnais que se poser la question, déjà comme ça, là, ça mérite le bûcher ou la décapitation. Si si, il faut le dire. Mais, que voulez-vous, je ne peux pas m’en empêcher. Bien le pardon, quand même, bien sûr !
    C’est que, voyez-vous, chez certaines personnes, il est difficile de concevoir que Dieu [1] et tout le tralala qui l’entoure, ça puisse ne rien évoquer du tout à de simples mortels. Que dalle ! Nibe de nibe ! Zépi ! Walou ! Nada ! Sauf des moqueries que eux-autres appellent des blasphèmes qu’ils voudraient voir inscrits dans la loi alors que ce ne peut être qu’une notion religieuse, donc PAS UNIVERSELLES du tout, pour le coup, puisqu’il faut croire en l’autre, là-haut, pour qu’elle ait un sens. C’est simple à comprendre, pourtant, non ? Ben non !

    On est mal, je vous le dis !

    Et puis, bien sûr, on a eu pour finir (provisoirement) nos élections Départementales où on s’est demandé si la haine et le rejet de l’autre n’allaient pas l’emporter et devenir le quotidien des citoyens de ce pays. Avec le résultat que l’on sait. Un grand écart, en apparence, que Jacques Rancière analyse dans cet entretien (abonnés).

    Certes, les attentats dont je parle plus haut ont fait beaucoup pour la promotion de l’islamophobie dans nos contrées. Sans doute est-ce l’un des objectifs stratégiques, d’ailleurs, afin d’accentuer le malaise que peuvent éprouver bon nombre de musulmans, en France et en Europe, et leur sentiment d’être rejetés. Et on ne saurait leur donner tort. Il faut dire aussi que notre classe politique ne brille guère par sa fidélité aux valeurs de la République qu’elle vend à longueur de discours et dont elle exige de chacun un respect tatillon mais dont elle sait fort bien se dispenser.
    Ainsi, au lendemain des attentas de Paris, les mêmes qui appelaient à ne pas stigmatiser nos compatriotes musulmans trouvaient-ils parfaitement légitime qu’on arrêtât un gamin de 8 ans pour « apologie du terrorisme. » Ailleurs, c’était des adolescents ayant osé refuser d’« être Charlie » ou de faire silence conformément aux injonctions de l’Etat qui se voyaient sommés de se justifier, et avec eux tous les musulmans de ce pays. Un peu pitoyable, cette forme d’opprobre jetée sur des enfants et leurs familles qui, pour des raisons qu’on se gardait bien de chercher à comprendre sans les caricaturer, refusaient de céder aux injonctions et brisaient la belle unanimité qui faisait si bien sur la photo, et alors même qu’on parlait, avec des trémolos dans la voix, de la liberté d’expression comme d’un bien précieux à défendre. L’emblème de la République française ! Mais dans la France du XXIème siècle, c’est l’Etat seul qui semble pouvoir décider de ce qu’un citoyen, enfant ou adulte, a le droit d’être ou de dire, surtout s’il est musulman. Un comble ! Et ça ne choque même pas les gardiens brevetés des valeurs de cette République !

    Liberté chérie…

    Cependant, la suspicion à l’égard des musulmans n’est pas vraiment récente et la droite n’y est pas pour rien. Mais la gauche non plus, malheureusement, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Du moins, une certaine gauche qui ne l’est plus vraiment et qui se permet toujours de donner des leçons de morale alors qu’elle a abandonné les territoires de l’espoir, du vivre ensemble et du changement de la société pour venir marcher sur les platebandes de la droite.
    Qu’un maire UMP, se mette à piller le patrimoine idéologique du FhaiNe et supprime les menus de substitution dans les cantines des écoles primaires ne peut évidemment pas surprendre. Il y a longtemps qu’une certaine engeance à l’esprit étriqué navigue sans vergogne d’un parti à l’autre. C’est juste que, au gré de leurs intérêts, les uns préfèrent Sarkozy et les autres la famille Le Pen mais il n’y a pas véritablement de différence sur le fond. Seulement dans la gamme d’octave des éructations.
    Mais aucun n"hésite à bafouer le principe constitutionnel d’égalité des droits des citoyens, au nom de préjugés racistes, donc eux-mêmes anticonstitutionnels. Bien sûr, on se retranchera derrière la laïcité pour justifier cette discrimination en oubliant commodément que c’est l’école qui doit être laïque, pas les services qui l’entourent. Et que c’est à l’Etat que s’impose la neutralité définissant la laïcité, pas aux citoyens. Sans même parler de l’abjection que représente cette instrumentalisation des enfants de la part d’un parti qui voit des prises d’otages partout à la moindre grève !
    Mais qu’une ministre d’un gouvernement socialiste puisse relancer un énième débat sur le voile que portent certaines femmes musulmanes et cela à l’université, c’est à dire dans un lieu qui se définit comme un espace d’échanges, de débats et de transmission des savoirs et de la culture, des Lumières, concernant qui plus est des adultes, voilà qui ne manque pas d’interroger sur la corruption des esprits qui osent encore se réclamer de la gauche.

    Il n’y avait donc rien de plus urgent, à quelques jours d’une élection que de donner dans cette surenchère imbécile tout en se posant en ultimes remparts contre la haine et le rejet de l’autre et en agitant l’épouvantail bien commode en l’occurrence du Front National. Comment peut-on prendre ces gens au sérieux ? Comment peut-on s’identifier à eux qui prétendent être les représentants exclusifs de la gauche et ne font que la décrédibiliser jour après jour auprès de ceux qui constituaient son électorat, plus ou moins convaincu, plus ou moins critique à l’égard du PS mais prêt à le soutenir, s’il le fallait, justement au nom des valeurs qu’il bafoue aujourd’hui ?

    Je ne regrette certainement pas d’avoir marché en Avignon le 11 janvier dernier car j’y ai vécu un moment qui vous prend aux tripes comme jamais je n’en avais vécu. Un instant rare et extraordinaire en osmose avec de très nombreuses personnes [2] venues exprimer la même émotion et la même indignation. Mes semblables. Personne n’aurait su dire s’ils étaient français ou non, ni de quelle religion ils se réclamaient s’ils n’en portaient pas de signes extérieurs. La seule chose qu’on pouvait identifier, à peu près, dans certains cas, c’était la couleur de leur peau et parfois un type ethnique plus ou moins significatif. Mais qu’importe. Il n’y a eu ni cri de haine ou de vengeance, juste des êtres humains venus partager un immense chagrin. Des êtres humains, avant tout !

    On pourra m’expliquer que cela n’était pas important car tous n’étaient pas là, qu’il y avait des oubliés, des suspects, des rejetés. Ça, je veux bien l’entendre car j’en suis conscient. Je le sais. Mais c’est aussi pour ces gens absents que je ne connais pas et dont je ne partage pas les convictions religieuses (je n’en partage avec personne, d’ailleurs) mais que je respecte, que j’ai marché ce jour-là, comme j’ai marché pour les journalistes de Charlie, comme j’ai marché pour les policiers exécutés, comme j’ai marché pour ces gens assassinés car ils étaient juifs. Comme je pense aujourd’hui aux victimes de ce fanatisme religieux qui frappe partout dans le monde avec la même répugnante lâcheté.

    Oui, vraiment, j’aurais aimé que ce fameux « esprit du 11 janvier », dans lequel s’est drapé le président de la République, soit autre chose qu’une simple exploitation politicienne d’un événement national tragique et n’ait pas cédé la place à d’autres exploitations politiciennes de préjugés contre lesquels il semble que beaucoup de personnels politiques aient renoncé à lutter. J’aurais aimé que mon pays se montre aussi plus attentif à la souffrance d’autres peuples atteints bien plus gravement et tragiquement que nous et dont on fait si peu de cas.
    Je me souviens que la sinistre Alliot-Marie a été plus prompte à proposer à Ben Ali le savoir-faire français contre les émeutes populaires à l’origine de la révolution tunisienne que ne l’a été Hollande à proposer de marcher en hommage à la nouvelle Tunisie et aux victimes des derniers attentats de Tunis, tout comme pour celles du Kenya.

    J’aurais aimé que la France, mon pays, entende aussi la souffrance de certains de ses citoyens et qu’elle se batte vraiment pour leur offrir une véritable place en son sein, digne des idéaux dont elle se réclame encore mais qu’elle laisse galvauder honteusement. La République devait assurer l’émancipation et le bonheur du peuple, en particulier par l’éducation, c’est à dire par l’acquisition des outils permettant la compréhension et la critique de son environnement pour garder la maîtrise de ses choix. Pas seulement savoir lire, écrire et compter, comme on l’entend si souvent. Pas seulement à l’école mais aussi partout où des citoyens choisissaient de se rencontrer, de parler ensemble et de partager. Ça s’appelait l’« éducation populaire. » Une idée issue de la Révolution, tellement évidente qu’elle en faisait peur aux nantis, à ceux qui accaparent le pouvoir à leur seul profit et qui ont fini par la détruire. J’ai pourtant la conviction profonde que c’est cette destruction lente et systématique de toutes les structures d’éducation populaire qui explique en grande partie (mais pas seulement, bien sûr) le délitement actuel du tissu social et des solidarités citoyennes et intergénérationnelles et plus particulièrement envers les plus faibles. C’est aussi cet abandon qui explique que des jeunes en manque de repères et d’avenir préfèrent aller mourir en Syrie plutôt que vivre méprisés par leur propre pays et finissent par le renier. Au lieu de porter notre attention sur les plus faibles pour les aider et les accompagner, nous avons préféré les dénigrer et détourner le regard, les abandonner, et ceux qui les aidaient avec, pour favoriser ceux qui ont le plus de capacités, de facilités ou de talent. Car c’est plus facile d’aider les « gagnants », ça coûte bien moins cher. Pourtant, il y a aussi écrit « Fraternité » au fronton de nos édifices publics. C’est à dire, tendre la main, se respecter et s’entraider mutuellement. Des choses si ringardes aujourd’hui, semble-t-il, mais qui demeurent pourtant le seul terrain de modernité d’une gauche fidèle à elle-même et porteuse d’avenir.

    Il y a ainsi des choses qui vous grandissent mais dont il semble que la France ne soit plus capable, trop occupée à se regarder le nombril.

    Il faut vraiment en finir avec ce cauchemar !

    Notes

    [1] Je mets quand même une majuscule au cas où il lirait ce blogue, ça mange pas de pain béni !

    [2] Nous étions pas loin de 20000 entre l’esplanade Jean Jaurès (il aurait été fier de nous, le vieux Jeannot) et le parvis du Palais des Papes !

    Jean Ferrat : 5 ans déjà

    lundi 16 mars 2015, par Marc Leblanc

    Je ne suis pas vraiment un fan de Michel Drucker et de ses émissions de divertissement. C’est peu de le dire. Il doit bien y avoir une bonne paire de dizaines d’années que je ne me suis pas vautré dans un canapé pour zieuter ses prestations dégoulinantes de « copinades ». Mais bon, il en faut pour tous les goûts, après tout, et, ma foi, mieux vaut encore un gentil Drucker sur France 2, ami de tout le monde et dont on ne peut pas nier la qualité des émissions, que certains braillards sans talent ni consistance, abrutissants de connerie, tel un Cyril Hanouna, par exemple (liste non exhaustive).

    Ce samedi 14 mars donc, « le grand show » de notre présentateur préféré était tout entier consacré à Jean Ferrat. Émission spéciale pour le cinquième anniversaire de sa disparition dont j’avais parlé dans ce billet. Alors, forcément, j’ai regardé. Revoir le grand Jean, c’était bien sûr un tel plaisir et un tellement grand moment en perspective, tant je pense que son humanité manque à notre époque d’avilissement inexorable.

    Je dois dire qu’il y a eu souvent cette foutue boule dans le fond de la gorge à l’écoute de ces chansons si belles et si chargées de sens, pour certaines. Non pas que leur interprétation par tous ces artistes venus lui rendre hommage ait été si enthousiasmante. C’était un peu comme si certain(e)s, en voulant éviter l’écueil du mimétisme et en voulant personnaliser la chanson, pour se l’approprier, chose tout à fait normale, s’étaient finalement senti(e)s un peu écrasé(e)s par l’entreprise et par la stature de Ferrat et n’avaient pas vraiment rendu compte de leur propre talent. C’est dommage car ces chansons n’attendent que d’être reprises et à nouveau chantées pour porter fièrement cette vision du monde que promouvait Ferrat.
    Mais, au moins, ils ont essayé.
    Je pense que ce sont finalement ceux qui sont restés les plus naturels qui s’en sont le mieux sortis : Cali chantant « La montagne », la très jolie Shy’m avec « Aimer à perde la raison », Grégoire et « Tu aurais pu vivre encore un peu », Hubert-Félix Thiéfaine interprétant « Nuit et brouillard » ou encore Zebda reprenant « En groupe, en ligne, en procession » (pardi !).

    Et puis, il y a eu aussi l’immense Isabelle Aubret, cette si merveilleuse interprète de Ferrat. Comment aurait-il pu en être autrement ? Un autre bel instant dans cet hommage, peut-être le plus beau, même si un peu trop convenu, avec une artiste rare toujours émerveillée par la beauté de la vie.

    Il a beaucoup été question de l’humanité viscérale, de l’honnêteté et de la fidélité de Jean Ferrat, ce poète militant qui savait chanter la beauté des vers de Louis Aragon aussi bien que la vie modeste et difficile des petites gens, ceux des usines comme ceux des campagnes, celle des femmes autant que celle des hommes de ce peuple dont il était issu et pour lequel il s’engageait publiquement et sans posture affectée aux côtés du Parti Communiste Français. Bizarrement, d’ailleurs, ce dernier aspect de sa vie n’a vraiment été abordé qu’en toute fin d’émission, comme s’il fallait éviter trop de publicité à ce parti ouvrier qui a pourtant été entouré d’intellectuels de grand renom. Comme s’il fallait craindre le risque d’une renaissance du communisme provoquée par un soudain trop-plein d’empathie causé par cette émission.

    Pourtant, il a aussi été question à plusieurs reprises de la judéité de Ferrat — Jean Tenenbaum de son vrai nom — et de l’infamie dont les Juifs ont été victimes jusqu’en ce pays de France, avec parmi eux les pères de Drucker et de Ferrat, dont ce dernier avait si bien parlé dans « Nuit et brouillard ». Juif et communiste, c’était en soi bien suffisant pour faire la nique au FN et à sa récupération trompeuse des principes républicains et de certaines thèses communistes, détournés pour mieux servir son intolérance et sa haine des autres inscrites dans les gènes de l’extrême-droite dont il est le digne héritier malgré ses tentatives de maquillage. Tout ce que vomissait Ferrat, bien sûr.

    Même s’il était sans doute possible de faire encore mieux pour la connaissance de ce grand artiste, ardent défenseur de la langue et de la chanson françaises, à l’instar de Brassens, Brel et Ferré, sans tomber dans l’hagiographie, même si la personnalité de Ferrat, surtout ses engagements, n’ont été que partiellement évoqués pour se concentrer sur des aspects plus consensuels ou empathiques — toujours ce côté unanimiste des émissions de ce type — Michel Drucker a réussi son pari et a bien mené sa barque en s’effaçant malgré tout derrière ce sujet prestigieux. Pour cela, personnellement, je l’en remercie.
    Je pense que, en ce moment, la voix de Jean Ferrat et les textes qu’il a servis sont un peu comme des signes d’espoir dans la noirceur du temps présent. Malgré tout. Et finir sur cette chanson dont un des artistes de cette soirée (j’ai oublié qui) a suggéré qu’elle pourrait être le second hymne national (et pourquoi pas le seul, après tout ?), par les temps qui courent, alors je dis « chapeau ! »

    Plusieurs des artistes présents dans cette émission ont participé à l’album « Des airs de liberté ».

    Pour ma retraite, j’agis !

    mardi 24 février 2015, par Marc Leblanc

    Campagne UGICT CGT sur la négociaition Agirc Arrco

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