Il y a deux mois de cela (c’était le dimanche 27 novembre dernier), j’écoutais l’émission « Radio France Politique » sur France Culture dont l’invitée du jour était Marine Le Pen.
Qu’on n’y voit aucun signe d’une quelconque accoutumance, j’avoue avoir renouvelé la chose courant janvier, un peu malgré moi, toujours sur la même station, et pour une autre émission qui recevait cette fois un vice-président du parti de la Marine, paraît-il, dont je n’ai pas retenu le nom. Mais on s’en fout. C’est juste que je voulais me faire une idée de l’état d’avancement du « ripolinage » des façades du parti d’extrême-droite devenu si fréquentable depuis que la Marine en aurait pris les destinées en main, selon certains.
Bon, ben, déjà, la bonne nouvelle : Le front national n’est pas (ou n’est plus, c’est vous qui voyez) un parti d’extrême-droite. Avouez que ça valait la peine d’écouter ça. La Marine y croit dur comme fer et en donne des preuves irréfutables. Tel son attachement — somme toute assez récent — aux valeurs de la République comme la Laïcité. Si, si ! Nananèreuh !
Bon, attention quand même : à ce que j’ai cru comprendre en d’autres occasions, c’est surtout au voisinage de musulmans qu’ils se souviennent de la laïcité, les « frontistes » (arf !), sinon l’intégrisme religieux les fait pas plus frémir que ça, du moins s’il porte la croix. Parce que, le christianisme ma bonne dame, c’est les racines de la France, quand même, alors que l’Islam c’est les racines des bou étrangers. On notera au passage que Laurent Wauquiez, sous-ministre de la République (donc UMP), dans un récent numéro de fayotage sarkolâtre, n’a pas dit autre chose sans même se rendre compte du contre-sens grotesque contenu dans son propos, destiné à pourfendre Eva Joly et minimiser les droits des autres religions. C’est dire si la République a du mouron à se faire avec des défenseurs pareils !
Mais il n’y a pas que la Laïcité. La Marine et ses copains ont investi tous les champs sociaux et politiques pour les détourner. Ah, ça rouscaille dur contre la désindustrialisation du pays, contre le chômage, contre l’Europe et l’Euro. Pourtant, on ne se souvient pas vraiment de l’engagement du FN au moment de la bagarre pour les retraites ni, d’ailleurs, jamais pour aucune bagarre pour la sauvegarde de l’emploi et des droits et de la dignité de ceux à qui les copains de Sarko demandent de travailler toujours plus pour gagner toujours moins, de sacrifier les 35 heures sur l’autel de la sauvegarde d’emplois qui seront, de toute façon, détruits quelques mois plus tard, par exemple. Bah non ! Le FN, il aime bien les besogneux mais plutôt ceux qui la bouclent que ceux qui se battent. Sa bête noire, c’est les syndicats, au FN. L’aime pas ça, les syndicats, le FN. Il veut des syndicats « libres », le FN, comprenez : des syndicats qui aiment à cirer les bottes ferrées d’un patronat de choc plus qu’à défendre les intérêts des travailleurs. On appelle ça aussi des syndicats « apolitiques ». C’est beau, l’« apolitisme » ! On dirait du Sarkozy, non ?
C’est qu’il est pour un État fort, le FN, droit dans ses bottes (là aussi) et ses fonctions régaliennes. On imagine aisément ce que cela signifie, un « État fort ». En même temps, il est pour un État non interventionniste en termes économiques. Ça aussi, on sait ce que ça signifie. Guère différent de ce que fait Sarko aujourd’hui.
Bien sûr, elle s’est rendue compte, la Marine, qu’il ne suffisait pas de se lamenter sur la méchanceté du grand capital pour faire une politique sociale. Alors, elle promet des augmentations de salaire pour les petits. Genre, 200 à 300 € pour ceux qui gagnent moins de 1500 € par mois. C’est beau. C’est grand. Sauf qu’on lui laisse pas le temps de finir sa phrase, à la Marine, qui dit que ça sera financé par une baisse des cotisations sociales. En d’autres termes, du flouze pour vivre ou du flouze pour se soigner, mais pas les deux à la fois.
Faut dire que tout ça, malgré tout, c’est un peu la faute des étrangers. Elle aime pas ça non plus, les étrangers, la Marine ! Quel que soit le sujet qu’elle aborde, elle le rhabille d’une manière un peu plus affriolante que son père ne le faisait, sans rien modifier du fond. Elle ne parle plus de « préférence nationale », par exemple. Papa l’a un peu trop usée, cette expression. Non, elle nous parle de « priorité nationale », ce qui veut dire pareil mais en plus neuf. C’est surtout affaire de ton, donc, mais elle en vient toujours à parler des étrangers, la Marine, ces immigrés clandestins en puissance (ou pas, d’ailleurs), nécessairement nuisibles, profiteurs, « abuseurs » de la grande générosité française un peu naïve et tout ça. Une obsession. Aucun ne trouve grâce à ses yeux. Ni l’artiste africain (comme si ça pouvait exister) accusé de vouloir contourner la vigilance de nos vaillants policiers aux frontières ni, bien sûr, l’étudiant étranger car, c’est bien connu, c’est gens-là sont hyper-doués question embrouilles. On ne la fait pas à la Marine. Presque, elle embrasserait Guéant s’il n’était pas du clan Sarko. Bref, pas grand chose de nouveau. Quand on gratte un peu le vernis, ce sont les mêmes relents xénophobes et racistes qui remontent.
Il faut dire que depuis que l’UMP a repris à son compte à peu près tous les thèmes de ce pauvre FN – alors qu’elle est censée être un parti républicain et continue de se présenter comme tel – ce dernier s’est vu, en quelque sorte, délivrer un certificat de républicanisme dûment estampillé par Sarko sous le couvert de la « droite décomplexée ». A l’UMP, ça s’appelle maintenant « la droite populaire » tandis qu’avant, au FN et dans sa petite galaxie, ça s’appelait « extrême-droite », c’est-à-dire une sorte de fascisme, quoi. Du reste, comme pour bien signifier qu’on est un peu de la même famille, on ne dit plus « extrême-droite », non plus, mais « droite extrême ». Les copains au bout de la rangée, en somme. Et comme un fait exprès, nombreux sont ceux qui franchissent depuis longtemps les cloisons pas très étanches de cette mitoyenneté. A Nice, ils en savent quelque chose et ça ne dérange personne, apparemment.
En fait, c’est juste histoire de dire tout haut, et avec l’écho que confère l’exercice du pouvoir, ce que Le Pen et sa clique disent déjà tout haut dans un langage tout aussi fleuri et imagé. Tout ça, bien sûr, au prétexte que le bon peuple vit des réalités si sordides qu’il faut être con ou bobo gauchiste (pléonasme de droite) pour refuser de les prendre en compte.
Marine nous annonce donc qu’on va économiser vachement de sous en réduisant de façon drastique l’immigration. Tant pis si toutes les études menées par de soi-disant experts plutôt judéo-musulmans démontrent, au contraire, que l’immigration est une source de richesse pour la France. Au bar de la Marine, l’immigré coûte. Point barre ! Alors, on va lui retirer les allocs, à ce sale étranger, et ça va faire de sacrées économies. Et pour faire bon compte, on va aussi les supprimer aux familles dont un des parents est étranger. Y a pas de raison ! Les métis, c’est presque aussi pire que l’étranger pur jus.
Dire qu’il y en a pour trouver que le FN a changé ! Il paraît même que près d’un tiers des Français trouverait ses idées… recevables. La xénophobie, le racisme, tout cela ne serait que le fruit des méchants préjugés bourgeois d’une gauche aux idées rétrogrades et ringardes, cause de notre décadence. A côté de la plaque, en somme ! La modernité, ce serait donc le rejet de l’autre et la soumission au dogme ultra-libéral. Il faut dire qu’il est tout beau, le FN, maintenant, dans ses nouveaux habits brodés de respectabilité. Un parti républicain comme un autre. C’est vrai qu’à considérer l’UMP, on se demande bien ce que ça veut dire, aujourd’hui, le mot « République ».
Le pire, c’est qu’on imagine aisément la suite : à force de renoncements, viendra très probablement le jour où la droite dite « populaire » s’alliera au FN pour gouverner le pays. Du moins, si on ne fait rien…
Je plains de tout mon cœur ceux qui, au nom d’une démocratie d’opérette, protestent de la respectabilité républicaine du FN, un parti désormais prétendument comme les autres et contre les soi-disant obstacles anti-démocratiques à l’expression de la Marine dans cette élection présidentielle. Ces fameuses 500 signatures censées limiter l’accès au scrutin des fantaisistes et autres rigolos. Ce qui n’a jamais empêché ces derniers de se présenter, soit dit en passant.
Elle les aura ses 500 signatures, la Marine, qu’ils n’aient crainte, nos pauvres docteurs en démocratie au rabais. Non pas au nom de la démocratie, d’ailleurs, faut pas pousser, non pas car elle aura dûment obtenu son certificat d’honorabilité démocratique mais parce qu’elle représente la meilleure chance pour Sarkozy de renouveler son mandat. Car à force de brouiller les enjeux et les discours, il pourrait bien arriver que le meilleur allié de Sarkozy ne soit autre que le FN. Avec le risque même que le sauveur compulsif de l’Europe, de la France et de tout ce qui fait « bling-bling » ne se fasse gentiment boulotter par le si respectable et démocratique FN. Mais pourquoi s’inquiéter ? La France n’est ni la Hongrie ni l’Autriche ni l’Italie ni la Grèce ni les Pays-Bas ni la Pologne ni la Russie, ni la Chine, ni…
Juste la France. Un pays devenu myope et amnésique. On pourra lire avec profit cet article d’Abel Mestre et Caroline Monnot ou celui-ci d’Alain Hayot.
Amnésique aussi comme au sujet de François Bayrou, d’ailleurs, qui se lamente, comme d’autres, de la désindustrialisation du pays et appelle doctement à « acheter français ». C’est beau !
Il oublie juste que ses mentors, Valéry Giscard d’Estaing et Raymond Barre, du temps de leur splendeur, voulaient que la France renforce son industrie dans les domaines où elle était forte et laisse tomber ceux où elle était moyenne ou faible. Résultat : on est des spécialistes mondiaux du nucléaire et de l’armement, avec le succès que l’on sait. Pour le reste, on est absents de secteurs pourtant jugés jadis stratégiques tels que la sidérurgie, la machine-outil et les biens de consommation, que certains de nos voisins jugent toujours suffisamment lucratifs pour les occuper encore malgré la concurrence des pays émergents (pour ne pas dire chinoise). Si ça c’est pas de la stratégie de haut vol et à long terme !…
Mais on n’est pas toujours suffisamment attentifs à ce qui se dit, y compris par les lieutenants des ténors. Telle Marielle de Sarnez, bras droit du gentil Bayrou, qui déclarait en substance, il y a peu, que dans les situations exceptionnelles telles que la crise que nous traversons, il fallait des remèdes exceptionnels. Autrement dit, ne refuser aucune solution, aucun bouleversement.
Certes, elle est toute gentille et très sympa Marielle. J’ai eu l’occasion de la rencontrer et c’est une femme de grand talent, très respectable dont la moindre des qualités qu’on peut lui reconnaître est de ne pas sombrer dans les excès de langage ni l’arrogance que l’on rencontre si souvent dans les rangs UMP (par exemple). Cependant, ce n’est pas non plus une contemptrice très acharnée du libéralisme ambiant même si on dénote chez elle un soupçon de regrets quant à la part d’inhumanité du stade actuel du capitalisme mondial. De là à penser que ses fameux remèdes de cheval s’appliqueront avec zèle davantage aux petits qu’aux puissants, il n’y a qu’un pas que je ne lui ferai pas l’offense de franchir mais qui nourrit cependant un furieux doute chez moi. Car dans notre monde tout entier voué au profit de quelques-uns, le démantèlement du Code du travail, aussi bien en France que partout ailleurs en Europe, est une tentation que partagent aisément les libéraux, qu’ils se piquent de considérations humanistes et sociales, comme Marielle, ou qu’ils défendent un dogme brutal, comme le FN et Sarkozy. Même si, incontestablement, je préfère le sourire de Marielle à celui de Marine ou de Nicolas, je ne suis pas près de mettre dans l’urne un bulletin au nom de son poulain.
Comme il est assez peu probable que je vote pour Eva Joly à qui je reconnais pourtant un certain courage. Ses prises de position au sujet du 14 juillet et du 11 novembre m’ont parues piquées au point de la vérité historique et du bon sens citoyen. Au point de faire apparaître d’une incroyable bêtise et d’un manque de culture à peine imaginable, les déclarations de ceux qui s’en sont pris à elle en se drapant dans leur qualité de Français bon teint, par opposition à cette importune Norvégienne à l’accent si prononcé. La bêtise élevée au rang de décoration nationale, voilà aussi une grande réussite de l’UMP de Sarko.
Mais cela ne suffit pas à me convaincre de voter écolo. Rien que la « taxe carbone », par exemple, me paraît une belle ineptie dans le contexte actuel. En même temps, les débats qu’elle devrait porter au cours de cette élection, comme sur le nucléaire et l’énergie, me semblent être relégués au second plan par un souci d’occuper le terrain médiatique qui ne me semble pas correspondre aux enjeux réels de la société.
Il est vrai que la campagne n’est pas encore tout à fait lancée et qu’il faut aller chercher très au-delà des thèmes retenus par les médias pour avoir une idée un peu consistante des intentions des candidats. Il n’empêche que cette élection ne peut se réduire au seul objectif de se débarrasser de Sarko. Même si tout (sauf Le Pen) vaut mieux que lui, cet objectif ne peut pas se substituer au débat que ce pays doit conduire sur son avenir. Hollande sera peut-être notre prochain président mais il ne doit pas être seul à rédiger le bail.
Et pis, c’est tout !
dimanche 15 janvier 2012, par
Ça paraît un peu incroyable : au beau milieu d’une crise systémique qui se traduit essentiellement, partout en Europe, par une saignée sans précédent des états et par la destruction des législations sur le Travail et la Protection Sociale, alors que de partout des voix s’élèvent pour dénoncer l’immobilisme de la banque centrale européenne, qui entrave toute possibilité de réaction par les états, et les plans d’austérité qui détruisent un peu plus leurs ressources financières, dans un pays qui a pourtant repoussé on ne peut plus clairement le projet de traité constitutionnel européen, Sarkozy prétend que le salut ne peut venir que d’une intégration accentuée à l’Europe, sa précieuse « règle d’or » issue des fameux critères de convergence de Maastricht.
A moins de 3 mois de l’élection présidentielle qui, par définition, devrait permettre aux Français de dire ce qu’ils souhaitent pour l’avenir du pays, Sarkozy se prend d’une frénésie de réformes toutes plus fumeuses les unes que les autres avec comme objectif essentiel de couper l’herbe sous les pieds de ses principaux adversaires, notamment François Hollande, comme pour les mettre devant le fait accompli en faisant croire qu’il agit jusqu’au bout.
Outre que bon nombre de ces annonces, de toute façon, risquent de ne pas pouvoir passer l’écueil du Parlement faute de temps, cette méthode est pour le moins inacceptable. D’une part, sous prétexte d’une urgence un peu surfaite, après quatre années de crises et de sauvetages tous plus historiques les uns que les autres, il n’y a possibilité d’aucun débat dans le pays. Ce faisant, elle donne donc à penser que seules les solutions préconisées par Sarkozy et ses amis sont recevables, ce qui en matière économique relève d’une prétention sans nuance, confortée par une dramatisation incessante qui vise à faire du Président le sauveur providentiel. D’autre part, à supposer que Sarkozy parvienne à ses fins sur la « règle d’or », elle vide un peu plus de sa substance la responsabilité des élus vis à vis des choix qu’ils proposent, les contraignant de fait à n’agir qu’en vertu du dogme dominant.
Même si les Socialistes ne sont pas pour peu dans l’instauration de ce dogme et même si on n’attend malheureusement pas d’eux des remises en causes révolutionnaires, cette façon de caricaturer le jeu démocratique national est indécente. Et les propos du président UMP de l’Assemblée Nationale, nous jouant une nouvelle version du fameux air « Nous ou le chaos », ne peut qu’ajouter un peu plus au sentiment de mépris que procure cette sinistre comédie.
Mais, finalement, en quoi cette frénésie est-elle surprenante ? Sarkozy, Fillon et consort sont-ils autre chose que les marionnettes consentantes et complices d’un ordre social au profit exclusif de la haute bourgeoisie ?
Lorsque François Fillon, lors d’une récente séance de vœux, déclarait souhaiter que « les entreprises puissent négocier avec leurs salariés la durée du travail », il ne faisait que reprendre à son compte et marteler une des prétentions du MEDEF qui va encore plus loin en voulant réduire les droits des institutions représentatives du personnel (délégués du personnel, comités d’entreprise, comité d’hygiène et sécurité, etc.). Pourquoi se gênerait-il ? Il a le vent en poupe. Toutes les décision prises ces quatre dernières années (au moins) aussi bien en France qu’en Europe vont dans son sens, depuis le recul du droit à une retraite décente jusqu’à la destruction de la sécurité sociale en passant par le démantèlement de la médecine du Travail et des Prudhommes.
Comme par hasard, c’est dans ce contexte qu"un rapport sur le financement des syndicats défraie un peu la chronique parce qu’il a été passé à la trappe. Hélas, on a oublié de nous dire qui si tel fut son sort, c’est pour une bonne part en raison de ce qu’il aurait pu révéler de la FNSEA, un des plus fidèles soutiens de ce pouvoir. Pas très malin de taper sur les bons copains. Mais, heureusement, pour ce qui est de taper sur les mauvais, on peut facilement trouver de vilains exemples comme à la RATP, paraît-il, histoire d’alimenter la rengaine du fameux « Tous pourris ! »
Dans ces conditions, il ne faut guère s’attendre à ce que le prétendu sommet social de Sarkozy, le 18 janvier, soit autre chose qu’un catalogue d’annonces dont la plupart sont déjà connues, à peine enrobées d’une fine pellicule de bons sentiments nationaux mais à fort contenu de liquidation des droits sociaux pour augmenter la précarité, diminuer les salaires, faire taire toute opposition et faire se pâmer d’aise le MEDEF et les patrons de Sarko, au nom du redressement national dont tout ce beau monde n’a cure puisque de toute façon il est gagnant à tous les coups.
Là encore, à moins de 3 mois de l’élection, il y a peu de (mal)chances que tout ceci prenne réellement forme mais sait-on jamais ? Du moins, ceux qui voteront pour Sarkozy, cette fois, ne pourront plus dire qu’ils n’avaient pas compris ses intentions.
Autre dicton provençal.
Nous en parlions encore ici, pas plus tard que l’été dernier, à propos d’une autre figure emblématique de la Sarkozye. Certes, il faut bien reconnaître que, si nos amis de l’UMP n’ont pas l’exclusivité de la bêtise en politique, y compris lorsqu’ils opèrent au gouvernement, du moins, détiennent-ils une belle brochette de pointures de premier ordre qui doit faire pâlir d’envie bon nombre de candidats à ce type de postérité.
Pourtant, la France, notre cher pays, est à nos yeux et à celui des quelques amis inconditionnels qu’il nous reste encore, fort heureusement, de par le vaste monde [1], le pays de l’intelligence et de quelques autres trucs vachement flatteurs. Il est vrai que depuis 2007, ça c’est un peu gâté mais on se console en se disant que la mouise ne peut pas être éternelle et qu’un sursaut salvateur nous en sortira bientôt.
Du coup, on se croit à l’abri de ce genre de spectacle sidérant que nous a offert, il y a peu, le peuple Nord-Coréen à l’occasion du décès de son dictateur bien-aimé. On a tous en tête les images de ces gens qui se roulaient par terre en pleurant pour témoigner de la douleur indicible que leur causait cette perte irréparable. Plus tard, ils ont remis le couvert pour exprimer leur joie d’avoir un nouveau dictateur, puis de nouveau pour lui fêter son anniversaire.
On ne sait pas trop s’il faut en rire ou en pleurer ou simplement plaindre de tout cœur ces gens qui essaient juste de paraître pour ne pas déplaire, ce qui, on l’imagine dans ce genre de régime, pourrait se traduire par d’incommensurables désagréments si, par malheur, un peu trop de tiédeur était perçue dans leurs sentiments ainsi exposés.
Et bien, à quelque détails près, on a un peu le même genre d’exubérance même chez nous. Si si ! A preuve Nadine Morano. Bon, je sais, c’est facile mais tout de même qu’on en juge.
C’est l’histoire encore toute fraiche de la prétendue imitation de Sarkozy créditée à François Hollande par un innocent journal appartenant à des amis du Président. L’histoire du fameux « sale mec ». On ne sait pas trop ce que ces gens cherchaient à prouver en rapportant des propos apparemment imaginaires mais on a bien vu, par contre, la Nadine se jetant sur les premiers micros et caméras venus pour pousser son terrible cri : « J’exige des excuses publiques ! »
Oui, parce qu’elle exige, la Nadine. La pauvre !
Elle n’avait certainement pas les mêmes exigences lorsque son messie avait traité de « sale con » un péquin anonyme quoique citoyen. Ce qui, on l’avouera est d’une belle vulgarité, venant du premier magistrat de ce pays, mais pas aux yeux de Nadine qui en connaît pourtant un rayon.
Hélas, si elle savait ce qui se dit dans certaines discussions sur son vénéré maître, et d’autrement plus méchant et grossier que le soi-disant « sale mec » de Hollande, mais c’est à la Nord-Coréenne qu’elle nous exprimerait sa colère et sa douleur, la Nadine ! La voilà qui se roulerait par terre, dépoitraillée, le visage lacéré par ses propres ongles, hurlant à la mort et exigeant la guillotine contre les faquins. L’horreur !
Sauf que, elle, rien ne l’oblige à faire son cinéma. Sauf que, elle, la Nadine, elle est en service commandé au titre de la cellule « riposte » du Président, paraît-il. Peut-être ne savait-il pas où caser sa bichonne lorraine hystérique, le Président, et qu’en la fourguant à Hortefeux qui n’est déjà pas bien brillant, il savait au moins qu’elle irait aboyer et mordre les mollets des uns et des autres sans qu’on ait à le lui demander. Car elle ose tout, la Nadine. C’est d’ailleurs à ça qu’on la reconnait, comme aurait pu le dire Michel Audiard. Quand on pense que c’est une élue de la République, en Lorraine même, j’en reste toujours sidéré.
Alors, pour en revenir à notre dicton, disons que ce jour-là, notre Nadine sera certainement du genre danseuse Étoile. En gros sabot, comme d’habitude mais virtuose tout de même. Et comme elle n’a d’humour que le bien gras et bien stupide, je ne résiste pas au plaisir de vous retranscrire ce qu’en a écrit Sophia Aram qui sévit le matin sur France Inter après que notre Nadine se soit indignée des propos de la chroniqueuse humoriste sur la différence entre populaire et vulgaire.
Pas sûr que notre Nadine puisse comprendre mais on s’en fout. Tant qu’on peut en rire ! Pas vrai ?
Et pis, c’est tout !
Qu’ai-je bien pu dire mercredi dernier, pour qu’une ministre de la République tombe subitement dans les bras de Guy Carlier alors que celui-ci terminait justement de lui cirer les godasses ? Sur l’antenne d’Inter, j’ai tenté d’expliquer à Nadine Morano que les musulmans ne parlaient pas forcément verlan et qu’une casquette à l’envers n’était pas un insigne religieux. Puis, après lui avoir rappelé qu’il n’était pas du meilleur goût de cuisiner une pizza à la béchamel pour symboliser le liquide séminal de DSK, j’ai terminé sur les troubles affectifs de Guy Carlier qui l’auraient amené, dans son livre consacré à Nadine Morano, à confondre « populaire » et « vulgaire ».
C’est quoi le scoop ? Que Guy Carlier cire les pompes d’une ministre ou le fait qu’il qualifie de populaire tout ce qui ressemble à de l’inculture, à de la dysorthographie et à de l’humour graveleux ?
Sa réaction est immédiate, Nadine Morano ne me trouve pas drôle. A cet instant, je suis d’accord avec elle. Comment voulez-vous rivaliser avec des comiques troupiers tels que Morano, Lefebvre, Douillet, Mariani, Vanneste, Luca, Brunel et j’en passe.
Quand Morano tweete « qu’elle tape plus vite que ses doigts » ou quand Lefebvre explique sur Europe 1 que « dans certains pays les poupées vaudou sont considérées comme des armes de guerre ». Que voulez-vous ajouter ? La vanne est déjà à l’intérieur de la déclaration. Qualifier leurs propos lénifiants, c’est prendre le risque de se faire traiter de rabat-joie ou de donneur de leçons, les grossir, c’est les plonger dans la science-fiction.
Le même jour, Nadine Morano balance benoîtement à Patrick Cohen, sur France 5, que Philippe Val se serait excusé pour mes propos « vulgaires et indécents » puis récidive le lendemain sur RMC. D’un côté, je me réjouis qu’elle ait enrichi son vocabulaire de deux mots nouveaux, de l’autre, je tombe de l’armoire. Comment imaginer que Philippe Val, avec qui je venais d’échanger sur la difficulté de conclure sur l’erreur de jugement de Carlier sans écorcher l’objet de son erreur, soit aussi prompt à me désavouer ?
Même en admettant que je puisse représenter pour la direction de France Inter un potentiel d’emmerdes non négligeables, jamais personne ne m’a invitée à retenir mes coups. Mises à part les atteintes au physique, ma liberté à l’antenne est totale et le soutien de mes collègues sans faille. J’en profite pour leur dire merci, parce qu’ils sont amenés à défendre des chroniques qu’ils ne doivent pas toujours trouver à leur goût.
L’annonce de Morano me surprend. S’excuser pour si peu, ça ressemblerait à un désaveu assez cinglant pour que je laisse la place sur la Matinale. Et puis, j’attends. Une intuition. Serait-elle menteuse ? Je veux dire en plus du reste.
Le soir, après son démenti, Philippe Val me confirme par téléphone qu’il n’a « jamais présenté ses excuses à Nadine Morano ». Il lui a téléphoné. Par politesse, pour lui expliquer qu’il comprend son émotion mais qu’il n’est pas nécessaire de dramatiser le propos. Donc… Nadine Morano ment. Je sais qu’à cet instant certains imaginent qu’il soit possible que ce soit Philippe Val. Mais, sincèrement, même ses détracteurs les plus zélés peuvent comprendre que s’excuser puis démentir son excuse une heure après, c’est moyen moins.
Du coup, Nadine Morano ment. C’est ma conviction. Alors, oui je sais, ça peut surprendre, mais j’aimerais me hisser au niveau d’ampleur que Nadine Morano a voulu donner à cette tempête dans un verre d’eau tiède en montant à mon tour sur ma caisse en bois pour demander solennellement la démission de Nadine Morano du gouvernement. Qu’elle se reconvertisse au Théâtre des Deux Anes, ou qu’elle ouvre une pizzeria, mais qu’elle démissionne. Et puisqu’elle prend le temps de discuter de mon cas avec ses collègues à l’heure où l’on aimerait que nos impôts servent à rémunérer des individus compétents et concentrés sur le bien public et bien… qu’elle emmène ses collègues de bavassages avec elle. Ça leur donnera le temps de discuter de tout ça ! Je vous serais également reconnaissante, Monsieur le Premier ministre, de ne pas prendre ces quelques remarques pour un « mépris de classe », et encore moins pour un sectarisme gauchiste à l’égard de la droite.
Parce que lorsqu’Henri Guaino, qui est issu d’un milieu certainement aussi modeste que le mien, entre dans les studios d’Inter, il ne viendrait à l’esprit d’aucun journaliste de simplifier ses questions pour qu’il les comprenne et encore moins de lui présenter Bernard Guetta…
Parce que oui, j’oubliais. Ce mercredi-là, à peine arrivée dans les studios, Nadine Morano a demandé qui était Bernard Guetta. Le temps d’intégrer l’idée qu’une responsable politique puisse ne pas connaître Bernard Guetta, Thomas Legrand a tenté de résumer l’interminable CV de notre prix Albert-Londres. Mais, devant l’attention flottante de la ministre, Thomas lui explique grossièrement qu’il s’agit d’un journaliste qui a le « 06 » de Lech Walesa. Puis, par désespoir ou pragmatisme, il finit par lâcher dans le vide : « C’est le frère de David. » Mais ce n’est pas pour son ignorance crasse que je trouve Morano vulgaire. La vulgarité, c’est aussi une catégorie politique. Par exemple, faire croire que l’on peut définir politiquement ce qui relève ou non de l’identité nationale, je trouve ça vulgaire. Organiser un débat sur la laïcité, c’est noble, le réduire à l’islam, je trouve ça vulgaire. Se moquer de DSK, c’est souhaitable, mais symboliser son foutre par de la béchamel, c’est immonde. Ce que je pense, mais cela n’engage que moi, c’est qu’on a tout à fait le droit de considérer que Nadine Morano est une fille formidable et populaire mais que j’ai aussi celui de la trouver vulgaire.
[1] Je suis désolé mais je n’ai pas réussi à en établir la liste. Que ceux qui sont mieux informés que moi n’hésitent pas à contribuer à cette œuvre. Merci.
Et c’est l’anniversaire de qui aujourd’hui ? Allez, allez ! Ne me dites pas que vous avez oublié…
C’est l’anniversaire de l’€uro ! Dix ans déjà ! Mais oui, mais oui !
L’Euro protecteur, générateur de prospérité, de stabilité et tout ça.
Un franc succès, comme on sait.
Allez, bon anniversaire l’Euro !
Quand même…