@Ficanas84

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    Le pain et le sel

    Histoire ordinare du racisme ordinaire

    mercredi 2 mai 2012, par Marc Leblanc

    Avec presque 41 % des suffrages exprimés qui se sont portés sur le Front National, Bédarrides semblait faire figure de cas d’école et symboliser aux yeux de la presse quotidienne régionale (PQR) ce vote un peu curieux, pas facile à cerner. Et cela d’autant moins que, si on considère un peu la vie de la commune, on est loin de l’enfer qu’on nous décrit en parlant des villes voisines et de leurs quartiers. Oui, ces fameux quartiers qui sont autant de zones de non droit dit-on.

    Ici, on a bien de temps à autres quelques cas de délinquance de nature à mériter un article dans la PQR mais, franchement, c’est pas Chicago. Pas de quoi faire vivre un journal, en tout cas. Quant à « l’invasion », honnêtement, c’est pas ici qu’il faut chercher pour remplir des charters. Côté religion, pareil : j’ai aperçu, il y a quelques mois, une jeune femme portant un foulard sur ses cheveux mais c’est tout. J’ignore même si elle habite ici tellement ce genre de rencontre est rare (pour moi). Ceci dit, je ne passe pas tous les jours en centre-ville et je ne fais pas la sortie des écoles pour dresser des statistiques. Quand même : le musulman est rare à Bédarrides.

    Du coup, la Provence a envoyé son meilleur grand reporter pour venir ausculter ces gens en apparence schizophrènes. Là où on reconnaît tout de suite la patte de la professionnelle (oui, c’est une dame), c’est qu’elle a su sans hésitation repérer le véritable vivier d’électeurs pro-FN : le zinc du bar du club de rugby. Faut dire que c’est le plus proche de la gare SNCF et qu’on est obligé de passer devant quand on débarque du train, ce qui devait être le cas de notre enquêtrice. Je ne vois pas d’autre explication. On apprend ainsi que ce bar serait même le rendez-vous des Bédarridais. Comme qui dirait, notre « café de Flore » à nous. Bon, je veux bien surtout si l’idée c’était de débusquer l’électeur frontiste : un bistrot c’est encore le mieux.

    L’article en lui-même ne nous apprend pas grand chose, hélas ! Même pour un village de 5209 habitants, il faudrait plus qu’une visite éclair d’une matinée et un article d’un quart de page pour commencer à dresser le portrait de cet animal. On a tout de même droit à quelques idées-forces comme celle du « village gaulois qui voterait FN par prévention, pour éviter les emmerdements. » Pauvre Astérix ! Un autre nous dit que « le village est fermé. Ici, on défend ses terres. On ne veut pas de logements sociaux… On veut rester entre Bédarridais, etc. » Les tracts de l’opposition municipale, lors de la dernière élection éponyme, étaient très clairs sur ce point.

    Reste que je ne suis pas très convaincu de la représentativité de l’échantillon même si toutes ces braves gens expriment une part de la vérité possible. Sauf que ces arguments-là ne sont pas très nouveaux et qu’ils ne sont pas forcément majoritaires. Mais on n’en saura pas plus pour l’instant. Il s’agit donc d’un article de La Provence du 24 avril qui ne semble malheureusement pas disponible en ligne.

    Certains y verront peut-être une relation de cause à effet mais, moins d’une semaine après, des inscriptions racistes sont venues souiller les murs d’une maison en construction : « On veut pas de toi sale batard », « sale arabe barre toi. » Tout en majuscules et sans faute d’orthographe ce qui, malgré la simplicité du message, est assez remarquable. La force de l’habitude, sans doute. Je vous le donne en mille, les gens qui construisent cette maison sont bien des Français « musulmans d’apparence », comme le disait encore récemment un futur ancien président de la République.

    Des injures racistes, on en voit parfois quelques-unes sur les murs. Ça doit correspondre à des phases de crises aiguës qui ne sont pas nécessairement synchrones avec le calendrier électoral. Comme dit le maire, ce serait « un excité qui ne sait pas retenir ses pulsions ». On est quand même ravis qu’il ne manie que la bombe de peinture, l’excité mais ce serait bien qu’on lui mette la main dessus avant que ses pulsions de haine ne le conduisent à de pires extrémités.

    Personnellement, je me fiche de savoir si notre courageux gugusse a eu un orgasme après l’annonce des résultats de sa walkyrie au point de devoir s’aventurer dans la nuit glaciale pour déverser son message immonde sur un mur. Je pense que ces injures ne souillent pas que ce mur. Elles n’insultent pas seulement ces gens. Je me sens aussi insulté et je pense que tout le village est également insulté. Ces injures sont un affront fait à nous tous.

    Je ne trouverais pas incongru que nous offrions à ces gens le pain et le sel, comme la coutume le voulait dans l’Antiquité et encore aujourd’hui dans certains pays. Le pain et le sel pour leur signifier qu’ils sont les bienvenus parmi nous et pour les remercier d’avoir choisi notre ville pour s’y installer et y vivre en paix. En paix avec nous tous. En paix, comme nous tous.

    El Chino

    Un film de Sebastián Borensztein - Argentine

    lundi 30 avril 2012, par Marc Leblanc

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    Affiche El chino

    Sûr que la trame de l’histoire, lorsqu’on y réfléchit un peu, est l’un des prétextes les plus éculés du cinéma : l’histoire d’un solitaire limite misanthrope qui finit pas s’ouvrir aux autres après l’intrusion d’un trublion auquel il s’attache. Et ce fil conducteur là, on l’a eu à toutes les sauces, notamment dans le cinéma américain qui, quoi qu’on en pense, a souvent été l’un des plus talentueux pour nous raconter des histoires sympas. Mais pas que lui, bien sûr.

    Il est vrai que c’est souvent dans les méandres de la complexité humaine que vont se nicher les plus belles histoires, celles qui, sans pathos outrancier, s’insinuent en nous pour nous prendre aux tripes, parce qu’elles nous permettent de toucher, peut-être, à la matière intrinsèque de certaines âmes, même lorsque leur hypothétique beauté est complaisamment cachée sous de multiples couches de crasse et de laideur. Ce qui rend ce cinéma-là si passionnant c’est, justement, qu’il nous invite à voir l’être humain derrière les apparences et nous laisse en penser ce que nous voulons.

    On est loin, ici, des super-héros en pyjamas chamarrés qui vous sauvent le monde comme qui rigole en étalant à l’écran des états d’âmes épais et gluants comme de la guimauve fondue. Dans ce cinéma-là, le héros n’a pas besoin qu’on l’aime, souvent il ne le veut pas, il arrive même qu’il soit un tantinet ridicule. D’ailleurs, ce n’est même pas un héros, juste une personne, avec ses travers, qu’on apprend à découvrir et dont l’histoire, pour banale qu’elle semble être, est l’une des innombrables briques qui constituent le mur sur lequel s’écrit l’histoire de tous les êtres humains.

    El Chino pourrait se résumer à un axiome : Même la situation la plus absurde trouve sa justification. Roberto, le quincailler argentin, aime à collectionner les coupures de presse relatant des faits-divers étonnants, absurdes. Peut-être parce que sa vie à lui a un jour pris une orientation banalement douloureuse à cause d’un événement confondant d’absurdité. Il ignore même que l’une des histoires racontées par ses coupures de presse va prendre corps et entrer presque par effraction dans sa vie pour changer son regard sur lui-même mais surtout sur les autres. C’est lui, Jun, el Chino, le petit homme tranquille qui un jour a vu la femme qu’il aimait et qu’il s’apprêtait à demander en mariage se faire tuer sous ses yeux par une vache… tombée du ciel. Ravagé par la douleur, le voilà donc qui abandonne tout pour aller oublier sa détresse en Argentine où l’attend un lointain parent.

    Mais les choses ne sont jamais aussi simples qu’on le pense. Heureusement d’ailleurs car, sinon, où irait-on chercher des histoires pour faire de beaux films ? Jun qui ne sait pas dire un mot d’espagnol va donc tomber sur Roberto le quincailler taciturne et maniaque qui recompte les clous des boites qu’on lui livre pour en vérifier la bonne quantité. Roberto ne parle pas chinois, bien sûr, mais il va tendre la main au Chinois perdu sans savoir lui-même pourquoi. Et là, c’est comme ces vieux pulls de laine dont on commence à tirer un bout et qui peu à peu se détricotent. Écartelé entre sa répulsion pour les autres et sa compassion naissante pour le Chinois, Roberto va aller au bout de sa logique car, avant d’être un homme solitaire, jaloux de sa tranquillité et de sa vie réglée au cordeau, il est un homme d’honneur et de parole. Puisqu’il a choisi, sur un coup de tête insensé, d’aider l’étranger, il n’aura de cesse qu’une fois l’oncle retrouvé.

    C’est cette histoire, en fait, que déroule sous nos yeux Sebastián Borensztein, l’air de rien, sans donner trop l’impression de savoir où il va, en la mâtinant de situations tour à tour burlesques ou cocasses ou graves. Ah le coup de boule que Roberto donne à un flic un peu trop obtus, comme il nous venge de bien des situations pesantes ! Mais cette histoire est aussi finalement la confrontation de deux douleurs qui ne se répandent pas en démonstrations spectaculaires, la rencontre de deux humanités, l’une (Jun, Ignacio Huang) désespérée, à deux doigts du naufrage, à la dérive, l’autre qui s’accroche à ses rituels comme à des planches de salut et qui pense se prémunir contre les coups en tenant le monde à distance ou en riant de sa cruauté.

    Formidable Ricardo Darín qui donne une belle épaisseur, savoureusement humaine, à ce Roberto bougon, finalement si attachant qu’une aussi joli femme que Mari (Muriel Santa Ana) en est amoureuse.

    Un film jubilatoire et humain comme le sont souvent les films sud-américains. Du grand et bon cinéma.

    Sur le sujet, on pourra lire avec profit :

    Tombe la pluie

    lundi 30 avril 2012, par Marc Leblanc

    Quel plaisir de contempler la pluie tomber sur le jardin, de voir les flaques se former et s’agrandir sur la terrasse et d’entendre le martèlement des gouttes venant les frapper, l’eau qui ruisselle dans les gouttières.

    C’est bon l’eau du ciel.

    Après cet hiver si sec où, chaque fois que le ciel faisait mine de se charger de nuages, un violent mistral glacial se levait pour les chasser, c’est bon de voir un ciel tout gris, noir par endroit, chargé d’eau généreuse pour laver l’air et la terre.

    Quel vent stupide que ce mistral qui nous prive avec tant de constance de cette source de vie. On en avait tant besoin de cette eau !

    Peut-être que si ce temps se maintient, dans quelques jours, on s’en lassera et qu’il nous tardera alors de voir le grand soleil revenir nous réchauffer. Encore qu’on n’est pas si exigeants : l’idéal, ce serait un peu de pluie chaque semaine en alternance avec le grand beau temps, juste ce qu’il faut pour mouiller la terre et laisser la végétation embellir, juste de quoi nous rafraîchir aussi durant l’été qui vient.

    Mais la nature ici aime trop les excès pour que ce soit possible. Et puis, il y aurait à tous les coups ce grand crétin de mistral qui se sentirait obligé de faire le ménage. Qu’il nous oublie un peu, ce sera pas plus mal !

    Pour l’heure, on n’en est pas encore là.

    Il pleut et c’est très bien. Le jardin tout neuf est ravi de se parer de vert tendre. Et puis, c’est bon aussi de regarder la pluie tomber, bien à l’abri et au sec derrière les fenêtres, en frémissant un peu et en rêvassant.

    Petit bonheur tout simple, tout tranquille…

    Présidentielle 2012

    Aïe !

    mardi 24 avril 2012, par Marc Leblanc

    A près de 18 %, le repli sur soi et la xénophobie ont de beaux jours devant eux. Mais comme le dit l’ami Guillaume, ce n’est guère étonnant. On se dit que trop de discours haineux ont été distillés ces cinq dernières années pour que ça n’ait pas de conséquences. Quand même ceux qui « sont aux affaires » utilisent la stigmatisation et le mépris de l’autre comme écrans de fumée pour masquer leur incapacité à comprendre et à traiter les travers de nos sociétés, il n’y a aucune raison pour que ceux qui sont porteurs des idéologies les plus intolérantes n’en retirent pas les bénéfices. Accuser les Roms et les immigrés d’être la cause de l’insécurité, oser prétendre que les Africains « ne sont pas assez entrés dans l’histoire », c’est légitimer le discours du FN qui ne s’embarrasse pas de trop de finesse d’analyse. La recherche de boucs émissaires est aussi vieille que l’action politique. Il faut bien une cause à tous nos malheurs, pas vrai ? Et si l’on ne veut pas que le peuple renverse l’ordre établi, quel meilleur fautif que l’autre, cet inconnu ?

    J’ai toujours du mal à comprendre d’ailleurs cette propension du laquais à voter pour ses maîtres. Un peu comme aux États-Unis où ce sont les états les plus pauvres (Mississippi, par exemple) qui votent le plus Républicain et ultra-conservateur. Autant dire pour les maîtres du système, ceux qui ne jurent que par leurs propres profits et condamnent les plus pauvres à vivre dans le dénuement le plus total. Ici, c’est bien pareil. Ce sont les régions les plus sinistrés qui votent Sarkozy ou Le Pen. A preuve, le Vaucluse où le taux de chômage est l’un des plus élevés de Provence de même que le nombre des allocataires du RSA : Sarkozy 27,5 % - Le Pen 27,3 %. Presque 55 % pour les tenants d’une idéologie qui préfère faire la chasse aux étrangers que repenser la distribution des richesses dans la société. La bourgeoisie peut dormir sur ses deux oreilles.

    Je vous donne les résultats de Bédarrides, pas mal non plus !

    Inscrits 3892
    Votants 3374 86,69%
    Abstention 518 13,31%
    Exprimés 3319
    Blancs et nuls 55 1,63%
    Joly 57 1,72%
    Le Pen 1358 40,92%
    Sarkozy 882 26,57%
    Mélenchon 259 7,80%
    Poutou 36 1,08%
    Arthaud 13 0,39%
    Cheminade 10 0,30%
    Bayrou 175 5,27%
    Dupont-Aygnan 38 1,14%
    Hollande 491 14,79%

    Formidable résultat à rapprocher de celui du premier tour des Cantonales 2011. Une droite à près de 69 % et une gauche à seulement 26 % (en comptant le PS ;o), le total des voix de gauche (856) étant inférieur au score de Sarkozy seul. Les prochaines municipales promettent d’être… détonantes !

    Ceci dit, même si je n’arrive pas à écarter un fond de xénophobie dans les motivations du vote FN, je ne parviens pas non plus à y voir sa seule justification. Après tout, Sarkozy aussi est plein de tendresse pour l’étranger surtout s’il est en plus musulman. Mais Sarkozy est aussi un acteur essentiel de la construction d’une Europe qui broie les plus faibles. Il s’en est suffisamment vanté même si ces derniers temps il a eu tendance à faire croire que c’était un autre lui-même qui avait manœuvré. La question centrale est bien, je le crois, la souveraineté nationale bafouée par le passage en force du traité de Lisbonne. Sarkozy en est responsable mais pas seulement lui. Hollande ou Bayrou aussi même s’ils n’en sont pas les initiateurs. Et là, la gauche non socialiste ne parvient pas à rafler la mise car elle se veut porteuse d’un idéal universaliste qui, pour l’heure, ne passe pas. La solidarité entre les peuples n’est pas encore une attente majeure. Au contraire, il y a là l’expression d’un égoïsme assez prétentieux. Nous mieux que les autres. Car c’est bien connu, toutes les civilisations ne se valent pas…

    Il n’en reste pas moins que, même s’il est inquiétant, ce vote traduit, selon moi, le rejet de la politique d’intégration du pays dans une Europe qui ne protège pas ses citoyens et fait la part belle aux profiteurs et aux spéculateurs. Certains se lamentent que les choix des électeurs ne se portent pas de préférence vers les tenants d’une simple alternance, traduction d’une bipolarisation du débat politique et gage d’une vie démocratique sans relief qui ne remettrait pas en cause l’essentiel. Pourtant, même si le FN est lui-même un usurpateur qui ne remet pas en cause l’ultralibéralisme et n’a que faire des attentes du peuple, il a su prendre en compte l’exaspération des Français vis à vis d’une classe politique qui prétend tellement avoir raison qu’elle est devenue incapable d’écouter ses mandants, de leur expliquer les problématiques ou de comprendre leurs interrogations.

    Je ne me fais pas d’illusion sur la suite. Si Sarkozy l’emporte — ce qui est loin d’être une hypothèse improbable — rien ne changera et l’on aura la duplication des cinq dernières années en pire avec le démantèlement de nos droits sociaux.

    C’est pourquoi je voterai Hollande en espérant que lui, au moins, ait l’intelligence de comprendre que son élection ne traduit pas une adhésion sans réserve à son programme et qu’il est vraiment temps de changer l’approche européenne de la France. C’est pourquoi je pense que le Front de Gauche doit peser sur la prochaine Assemblée Nationale.

    Présidentielle 2012

    Fin de récré ?

    vendredi 20 avril 2012, par Marc Leblanc

    On sent comme un soulagement dans les médias avec l’arrivée du scrutin du premier tour. Comme si on assistait à la fin d’une période d’échauffement sans grand intérêt et qu’on allait enfin passer aux choses sérieuses. A se demander même pour quelle raison notre génial législateur a cru bon de nous infliger ce tour de chauffe rituel où s’étale une profusion d’idées et d’analyses. Au point qu’on avait besoin de l’avis éclairé de tant d’experts pour s’y retrouver. Du moins, tout ce petit monde un peu suffisant semble croire que nous attendions encore après lui pour nous faire notre propre idée.

    Et encore, cette fois-ci nous n’avons eu droit qu’à des gens qui présentaient bien et sérieux même si la Le Pen est plutôt à vomir et si on avait l’impression que Philippe Poutou, par exemple, était toujours à deux doigts de s’écrouler de rire. C’est vrai que la période ne s’y prête guère mais le rire est aussi une thérapie et on aurait tort de s’en priver. Je regrette donc un peu ce candidat qui, voilà une bonne vingtaine d’années, sûrement davantage, présentait son programme accroupi, en faisant des bonds, et dont le slogan était un truc du genre « méditation transcendantale ». Je n’ai jamais réellement compris si c’était une grosse déconnade ou s’il y croyait vraiment mais ça nous avait valu, à l’époque, quelques bonnes crises de fou-rire qui, rien que d’y penser, font encore un bien fou ! Comme quoi, ce ne sont pas forcément les élus qui nous font toujours le plus de bien.

    Bon, c’est vrai, Sarko fait un peu penser à ce type mais ses pitreries ont singulièrement perdu de leur pouvoir hilarant, je trouve. Cette fois, il n’a donc pas été question de fou-rire, hélas. A voir la tronche de certain(e)s journalistes, ou à entendre certaines questions posées, on sentait bien que l’exercice les ennuyait profondément tant certains candidats heurtaient les efforts de pédagogie que ces experts en toutes choses déploient au quotidien pour nous convaincre de notre chance de vivre dans un tel monde sans alternative crédible. Crédible selon eux, bien sûr. Et quand les journalistes s’ennuient, ils vous font des manchette grosses come aquo pour dire que la campagne ne nous passionne pas. Sûr qu’ils trouveront toujours des grincheux pour abonder dans leur sens et finasser sur la politique. Mais en réalité, cette campagne n’a pas été si médiocre (sauf du côté de Sarko et de Le Pen mais c’était prévisible) car elle a permis de mettre à jour une soif d’espérance là où d’aucuns attendaient la résignation. Pourtant, c’est vrai, bien des sujets se sont trouvés noyés : la pauvreté, l’éducation, la protection sociale, le respect des travailleurs. Ils auraient mérité de plus amples développements mais ils sont néanmoins sous-tendus par la question de la justice sociale et de la répartition des richesses que posent la crise actuelle et les dogmes ultralibéraux.

    Les indispensables sondages ont bien entendu imposé non seulement la vérité de cette élection (duel Sarkozy-Hollande en perspective) — tout en ménageant un suspense à la limite du supportable (1-Hollande, 2-Sarkozy ou 1-Sarkozy, 2-Hollande ?) — mais également la hiérarchie des mérites de chaque candidat. Comme au Tour de France : le groupe des deux favoris suivis de près par trois poids-lourds « outsiders » et le peloton des poursuivants méchamment lâchés dans l’ascension du col hors catégorie. Évidemment, plus on descend dans le classement, plus les visages des journalistes et des « experts » ont peine à ne pas s’éclairer de sourires narquois condescendants.

    J’imagine donc les grimaces quand, dimanche soir, ils vont découvrir Mélenchon en tête précédant Hollande pour le tour final !… Hé, hé, hé !

    Pour ma part, je n’aime pas l’élection présidentielle que je trouve absurde et à la limite du foutage de gueule. Non pas sur le plan des idées car la politique c’est ou ce devrait être d’abord un débat d’idées amenant des décisions et des actions. Mais plutôt par le principe sur lequel elle repose : l’élection d’un souverain, d’un monarque investi de pouvoirs considérables sans pratiquement aucun contrôle. Je n’ai jamais cru à l’homme providentiel et je n’aime pas cette idée. On ne me fera pas croire que pour conduire la politique d’un pays, un homme seul entouré de soi-disant conseillers dont la légitimité est plus que discutable est préférable à une assemblée collégiale. Je pense qu’on peut gouverner le pays en composant l’exécutif et la représentation des citoyens de sorte que les décisions emportent l’accord de ceux-ci. Je pense même que l’organisation de la démocratie peut se décliner de multiples façons avec des modes de scrutins mieux élaborés afin d’éviter ce à quoi on assiste aujourd’hui, c’est à dire le gouvernement du pays par des minorités (dans la mesure où peu de candidats sont élus au premier tour).

    A partir de la semaine prochaine, le débat devrait donc revenir vers un peu plus d’orthodoxie si les sondages ont raison. Pour autant, il reste encore l’élection législative pour laquelle, même si des tractations ne sont pas à exclure en vue de constituer des « majorités de gouvernement », les résultats de ce premier tour devraient ne pas être sans conséquences. Je pense en particulier aux propos de Jean-Vincent Placé, le sénateur Vert, qui roulait des mécaniques malgré la déconfiture annoncée d’Eva Joly. En fait, pour lui, l’essentiel a déjà été réalisé : un accord pour assurer des sièges écologistes à l’Assemblée Nationale. Peut-être, ceci explique-t-il cela d’ailleurs. Je pense tout de même qu’Eva Joly méritait mieux que l’hypocrite comédie de cette bande de bras cassés qui prétendent la soutenir car elle les représenteraient mais qui pensent plus à leur avenir politique personnel qu’à faire réellement avancer l’écologie politique. Quel triste spectacle. Je crois que jamais les écolos ne seront tombés si bas et n’auront été aussi antipathiques. Mais Placé devrait y réfléchir à deux fois avant de continuer à faire son faraud : la poussée du Front de Gauche pourrait bien changer la donne.

    La récréation n’est donc pas terminée. Si rien n’est joué pour cette élection, c’est aussi vrai quel que soit le bout par lequel on prend le problème. Quel que soit le résultat final, il s’est réellement passé quelque chose durant ces derniers mois qui concrétise le rejet par une partie non négligeable des citoyens des politiques conduites par Sarkozy avec le soutien implicite ou explicite d’une partie des socialistes. Négligeable est d’ailleurs un mot clé. C’est ce que nous ne voulons plus être. Nous ne voulons plus entendre non plus cette expression bateau qu’affectionnent les faux-culs : « droite et gauche, c’est pareil. » Non, décidément, ce n’est pas pareil ! Ce qui se passe aujourd’hui, c’est cela : la gauche est de retour, la vraie !

    Non, ce n’est pas fini.

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