@Ficanas84

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    Euro 2012 : Que d’espoirs !

    vendredi 8 juin 2012, par Marc Leblanc

    La compétition n’est pas encore commencée que déjà les spéculations vont bon train. Malgré la présence au sein de l’effectif français de plusieurs des mêmes branleurs surpayés qui s’étaient couverts de gloire en Afrique du Sud, il y a deux ans, il semblerait que cette fois-ci les chances de l’équipe de France de faire quelque chose d’honnête soient meilleures. En effet, tout indiquerait que nos héros sont déterminés à descendre de leur bus. C’est déjà un bon début.

    Hélas, alors que tous les pronostiqueurs tant soit peu calés en pronostics pas piqués des hannetons pronostiquaient les meilleures chances de l’équipe de France de battre le Brésil, il semblerait que celui-ci ait déclaré forfait au prétexte futile qu’il ne serait pas un pays européen. Je dis que c’est petit comme excuse. A ce compte-là, que font Israël, l’Arménie et quelques autres pays du Caucase dans l’UEFA ? Franchement, c’est nul !

    Rideau !

    dimanche 6 mai 2012, par Marc Leblanc

    Voilà, c’est fait. Fini Sarkozy. Voici enfin le terme de cinq années hallucinantes. A mon âge, on aime bien que le temps prenne son temps mais je suis content que ces cinq-là soient enfin finies, terminées.

    Sarkozy s’en va. Il nous a fait — et sa petite bande avec — un bel exercice de passage de relais républicain et un discours d’adieu à faire pleurer, dans les chaumière, les âmes sensibles. Comment en aurait-il été autrement ? Pas d’arrogance ni de mépris, ce soir. Il a quand même forcé un peu la dose : paraît qu’il aurait souffert qu’on ne respecte pas plus l’institution qu’il représentait. C’est marrant comme ce type peut avoir la mémoire courte. Il doit vraiment croire que c’est un autre qui a été ce piteux président qui l’a tant abaissée. Comme l’impayable Morano qui nous a fait son numéro de perruche affligée. Rendez-vous compte : Sarko, ce président divin, aurait été scandaleusement critiqué durant cinq ans. Et puis quoi encore ? Il aurait fallu ne rien dire et laisser faire ? Comme baroud d’honneur, on fait difficilement plus ridicule. Mais enfin, c’est Morano, quoi !

    Hollande nous a fait un discours sympa, humain, humaniste, digne. Rien que ça, ça sent déjà le changement. Sa victoire est moins tranchée que prévue mais c’est tout de même une victoire qui mérite d’être saluée car la France est dans un sale état, économique, sûrement, social, incontestablement, mais aussi moral. Trop de bas instincts ont été flattés ces dernières années et ça laisse des traces. La droite ne craint vraiment aucune compromission pour donner encore tant de voix à Sarko.

    Alors tournons la page. Tout reste encore à faire. Bon vent au Président Hollande sur qui pèsent d’énormes espoirs.

    J’offre ce cadeau à ceux qui croient qu’ils trouveront le salut en baisant les pieds de leurs maîtres et en reniant ceux qui les défendent vraiment, à ceux qui parlent de leurs racines sans rien savoir des aspirations de leurs ancêtres ou en faisant mine de les avoir oubliées, à ceux qui préfèrent justifier leurs souffrances par la haine de l’autre et l’intolérance, à ceux qui préfèrent s’aveugler face aux entreprises de destruction de leurs droits et de leur dignité, à ceux qui pensent que le repli sur soi leur permettra de passer à travers les gouttes et que la solidarité et la fraternité ne servent à rien, à ceux qui depuis plus de trente ans n’ont jamais levé le petit doigt pour défendre leur honneur et leurs emplois et ont laissé à d’autres le soin d’agir, à ceux qui les ont regardé sans broncher se faire tailler en pièce tandis qu’ils espéraient sauver leurs misérables petites vies et qui viennent aujourd’hui pleurnicher leur souffrance en votant pour les idées brunes redevenues compatibles avec l’abjection pétainiste.

    Je leur dis réveillez-vous ! La France n’est pas ce tas d’immondices nauséabondes sur lequel trônent les volailles prétentieuses et imbéciles de la droite prétendument populaire mais à coup sûr fasciste qui voudraient vous y confiner et qui vous réduisent en esclavage tout en vous endormant et en désignant à votre vindicte ceux qui refusent la fatalité. Réveillez-vous ! Ceux que vous croyez devoir mépriser éprouvent les mêmes souffrances que vous et il en est parmi eux qui ne courbent pas l’échine et qui se battent. Secouez-vous !

    Souvenez-vous que ces droits, dont on veut vous priver aujourd’hui et sur lesquels vous vous lamentez, sont les fruits de combats menés jadis par d’aussi misérables que vous, peut-être même plus encore, et qu’ils les ont payés chers. Ne vous laissez pas endormir par les récupérations honteuses de la droite sarkozyenne et lepéniste qui fait mine de pleurer Raymond Aubrac et les martyrs des Glières et du Vercors en foulant au pied leurs idéaux bien plus élevés que leurs minables combines d’enrichissement dont vous serez toujours les dindons.

    Souvenez-vous que ce drapeau tricolore dans lequel ils se drapent aujourd’hui n’était pas celui des maîtres et qu’il a rougi du sang d’un peuple qui aspirait à la liberté, à l’égalité et à la fraternité, à un monde meilleur et au progrès social. Un peuple qui est aussi tombé sous les balles de cette même bourgeoisie qui vous méprise toujours et n’hésitera jamais à vous saigner pour défendre ses privilèges et son pouvoir.

    Ressaisissez-vous ! Ceux qui se battent pour leur honneur, leur bonheur et leurs droits peuvent perdre mais ceux qui ne se battent pas ont déjà perdu.

    Ne lâchons rien ! Demain, après-demain encore, il va falloir nous battre contre les libéraux pour préserver le progrès social et la justice sociale. Ne nous résignons pas ! Ne renonçons pas !

    Demain, boutons Sarkozy dehors ! Redevenons le peuple français, celui qui a su jadis éclairer le monde, à l’opposé de celui de Pétain, de la délation et de la collaboration, complice du nazisme. Soyons ce peuple qui se bat dans l’honneur et ne baisse jamais la tête !

    Ne vous trompez pas d’adversaires !

    Ma France
     
    De plaines en forêts de vallons en collines
    Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
    De ce que j’ai vécu à ce que j’imagine
    Je n’en finirai pas d’écrire ta chanson
    Ma France
     
    Au grand soleil d’été qui courbe la Provence
    Des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche
    Quelque chose dans l’air a cette transparence
    Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
    Ma France
     
    Cet air de liberté au-delà des frontières
    Aux peuples étrangers qui donnait le vertige
    Et dont vous usurpez aujourd’hui le prestige
    Elle répond toujours du nom de Robespierre
    Ma France
     
    Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
    Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
    Celle qui construisit de ses mains vos usines
    Celle dont monsieur Thiers a dit qu’on la fusille
    Ma France
     
    Picasso tient le monde au bout de sa palette
    Des lèvres d’Éluard s’envolent des colombes
    Ils n’en finissent pas tes artistes prophètes
    De dire qu’il est temps que le malheur succombe
    Ma France
     
    Leurs voix se multiplient à n’en plus faire qu’une
    Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
    En remplissant l’histoire et ses fosses communes
    Que je chante à jamais celle des travailleurs
    Ma France
     
    Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
    Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
    Du journal que l’on vend le matin d’un dimanche
    A l’affiche qu’on colle au mur du lendemain
    Ma France
     
    Qu’elle monte des mines descende des collines
    Celle qui chante en moi la belle la rebelle
    Elle tient l’avenir serré dans ses mains fines
    Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
    Ma France
     
    Jean Ferrat - 1969

    Le pain et le sel

    Histoire ordinare du racisme ordinaire

    mercredi 2 mai 2012, par Marc Leblanc

    Avec presque 41 % des suffrages exprimés qui se sont portés sur le Front National, Bédarrides semblait faire figure de cas d’école et symboliser aux yeux de la presse quotidienne régionale (PQR) ce vote un peu curieux, pas facile à cerner. Et cela d’autant moins que, si on considère un peu la vie de la commune, on est loin de l’enfer qu’on nous décrit en parlant des villes voisines et de leurs quartiers. Oui, ces fameux quartiers qui sont autant de zones de non droit dit-on.

    Ici, on a bien de temps à autres quelques cas de délinquance de nature à mériter un article dans la PQR mais, franchement, c’est pas Chicago. Pas de quoi faire vivre un journal, en tout cas. Quant à « l’invasion », honnêtement, c’est pas ici qu’il faut chercher pour remplir des charters. Côté religion, pareil : j’ai aperçu, il y a quelques mois, une jeune femme portant un foulard sur ses cheveux mais c’est tout. J’ignore même si elle habite ici tellement ce genre de rencontre est rare (pour moi). Ceci dit, je ne passe pas tous les jours en centre-ville et je ne fais pas la sortie des écoles pour dresser des statistiques. Quand même : le musulman est rare à Bédarrides.

    Du coup, la Provence a envoyé son meilleur grand reporter pour venir ausculter ces gens en apparence schizophrènes. Là où on reconnaît tout de suite la patte de la professionnelle (oui, c’est une dame), c’est qu’elle a su sans hésitation repérer le véritable vivier d’électeurs pro-FN : le zinc du bar du club de rugby. Faut dire que c’est le plus proche de la gare SNCF et qu’on est obligé de passer devant quand on débarque du train, ce qui devait être le cas de notre enquêtrice. Je ne vois pas d’autre explication. On apprend ainsi que ce bar serait même le rendez-vous des Bédarridais. Comme qui dirait, notre « café de Flore » à nous. Bon, je veux bien surtout si l’idée c’était de débusquer l’électeur frontiste : un bistrot c’est encore le mieux.

    L’article en lui-même ne nous apprend pas grand chose, hélas ! Même pour un village de 5209 habitants, il faudrait plus qu’une visite éclair d’une matinée et un article d’un quart de page pour commencer à dresser le portrait de cet animal. On a tout de même droit à quelques idées-forces comme celle du « village gaulois qui voterait FN par prévention, pour éviter les emmerdements. » Pauvre Astérix ! Un autre nous dit que « le village est fermé. Ici, on défend ses terres. On ne veut pas de logements sociaux… On veut rester entre Bédarridais, etc. » Les tracts de l’opposition municipale, lors de la dernière élection éponyme, étaient très clairs sur ce point.

    Reste que je ne suis pas très convaincu de la représentativité de l’échantillon même si toutes ces braves gens expriment une part de la vérité possible. Sauf que ces arguments-là ne sont pas très nouveaux et qu’ils ne sont pas forcément majoritaires. Mais on n’en saura pas plus pour l’instant. Il s’agit donc d’un article de La Provence du 24 avril qui ne semble malheureusement pas disponible en ligne.

    Certains y verront peut-être une relation de cause à effet mais, moins d’une semaine après, des inscriptions racistes sont venues souiller les murs d’une maison en construction : « On veut pas de toi sale batard », « sale arabe barre toi. » Tout en majuscules et sans faute d’orthographe ce qui, malgré la simplicité du message, est assez remarquable. La force de l’habitude, sans doute. Je vous le donne en mille, les gens qui construisent cette maison sont bien des Français « musulmans d’apparence », comme le disait encore récemment un futur ancien président de la République.

    Des injures racistes, on en voit parfois quelques-unes sur les murs. Ça doit correspondre à des phases de crises aiguës qui ne sont pas nécessairement synchrones avec le calendrier électoral. Comme dit le maire, ce serait « un excité qui ne sait pas retenir ses pulsions ». On est quand même ravis qu’il ne manie que la bombe de peinture, l’excité mais ce serait bien qu’on lui mette la main dessus avant que ses pulsions de haine ne le conduisent à de pires extrémités.

    Personnellement, je me fiche de savoir si notre courageux gugusse a eu un orgasme après l’annonce des résultats de sa walkyrie au point de devoir s’aventurer dans la nuit glaciale pour déverser son message immonde sur un mur. Je pense que ces injures ne souillent pas que ce mur. Elles n’insultent pas seulement ces gens. Je me sens aussi insulté et je pense que tout le village est également insulté. Ces injures sont un affront fait à nous tous.

    Je ne trouverais pas incongru que nous offrions à ces gens le pain et le sel, comme la coutume le voulait dans l’Antiquité et encore aujourd’hui dans certains pays. Le pain et le sel pour leur signifier qu’ils sont les bienvenus parmi nous et pour les remercier d’avoir choisi notre ville pour s’y installer et y vivre en paix. En paix avec nous tous. En paix, comme nous tous.

    El Chino

    Un film de Sebastián Borensztein - Argentine

    lundi 30 avril 2012, par Marc Leblanc

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    Affiche El chino

    Sûr que la trame de l’histoire, lorsqu’on y réfléchit un peu, est l’un des prétextes les plus éculés du cinéma : l’histoire d’un solitaire limite misanthrope qui finit par s’ouvrir aux autres après l’intrusion d’un trublion auquel il s’attache. Et ce fil conducteur là, on l’a eu à toutes les sauces, notamment dans le cinéma américain qui, quoi qu’on en pense, a souvent été l’un des plus talentueux pour nous raconter des histoires sympas. Mais pas que lui, bien sûr.

    Il est vrai que c’est souvent dans les méandres de la complexité humaine que vont se nicher les plus belles histoires, celles qui, sans pathos outrancier, s’insinuent en nous pour nous prendre aux tripes, parce qu’elles nous permettent de toucher, peut-être, à la matière intrinsèque de certaines âmes, même lorsque leur hypothétique beauté est complaisamment cachée sous de multiples couches de crasse et de laideur. Ce qui rend ce cinéma-là si passionnant c’est, justement, qu’il nous invite à voir l’être humain derrière les apparences et nous laisse en penser ce que nous voulons.

    On est loin, ici, des super-héros en pyjamas chamarrés qui vous sauvent le monde comme qui rigole en étalant à l’écran des états d’âmes épais et gluants comme de la guimauve fondue. Dans ce cinéma-là, le héros n’a pas besoin qu’on l’aime, souvent il ne le veut pas, il arrive même qu’il soit un tantinet ridicule. D’ailleurs, ce n’est même pas un héros, juste une personne, avec ses travers, qu’on apprend à découvrir et dont l’histoire, pour banale qu’elle semble être, est l’une des innombrables briques qui constituent le mur sur lequel s’écrit l’histoire de tous les êtres humains.

    El Chino pourrait se résumer à un axiome : Même la situation la plus absurde trouve sa justification. Roberto, le quincailler argentin, aime à collectionner les coupures de presse relatant des faits-divers étonnants, absurdes. Peut-être parce que sa vie à lui a un jour pris une orientation banalement douloureuse à cause d’un événement confondant d’absurdité. Il ignore même que l’une des histoires racontées par ses coupures de presse va prendre corps et entrer presque par effraction dans sa vie pour changer son regard sur lui-même mais surtout sur les autres. C’est lui, Jun, el Chino, le petit homme tranquille qui un jour a vu la femme qu’il aimait et qu’il s’apprêtait à demander en mariage se faire tuer sous ses yeux par une vache… tombée du ciel. Ravagé par la douleur, le voilà donc qui abandonne tout pour aller oublier sa détresse en Argentine où l’attend un lointain parent.

    Mais les choses ne sont jamais aussi simples qu’on le pense. Heureusement d’ailleurs car, sinon, où irait-on chercher des histoires pour faire de beaux films ? Jun qui ne sait pas dire un mot d’espagnol va donc tomber sur Roberto le quincailler taciturne et maniaque qui recompte les clous des boites qu’on lui livre pour en vérifier la bonne quantité. Roberto ne parle pas chinois, bien sûr, mais il va tendre la main au Chinois perdu sans savoir lui-même pourquoi. Et là, c’est comme ces vieux pulls de laine dont on commence à tirer un bout et qui peu à peu se détricotent. Écartelé entre sa répulsion pour les autres et sa compassion naissante pour le Chinois, Roberto va aller au bout de sa logique car, avant d’être un homme solitaire, jaloux de sa tranquillité et de sa vie réglée au cordeau, il est un homme d’honneur et de parole. Puisqu’il a choisi, sur un coup de tête insensé, d’aider l’étranger, il n’aura de cesse qu’une fois l’oncle retrouvé.

    C’est cette histoire, en fait, que déroule sous nos yeux Sebastián Borensztein, l’air de rien, sans donner trop l’impression de savoir où il va, en la mâtinant de situations tour à tour burlesques ou cocasses ou graves. Ah le coup de boule que Roberto donne à un flic un peu trop obtus, comme il nous venge de bien des situations pesantes ! Mais cette histoire est aussi finalement la confrontation de deux douleurs qui ne se répandent pas en démonstrations spectaculaires, la rencontre de deux humanités, l’une (Jun, Ignacio Huang) désespérée, à deux doigts du naufrage, à la dérive, l’autre qui s’accroche à ses rituels comme à des planches de salut et qui pense se prémunir contre les coups en tenant le monde à distance ou en riant de sa cruauté.

    Formidable Ricardo Darín qui donne une belle épaisseur, savoureusement humaine, à ce Roberto bougon, finalement si attachant qu’une aussi joli femme que Mari (Muriel Santa Ana) en est amoureuse.

    Un film jubilatoire et humain comme le sont souvent les films sud-américains. Du grand et bon cinéma.

    Sur le sujet, on pourra lire avec profit :

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