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    Question de jour

    dimanche 4 mars 2012, par Marco

    - C’est bien qu’il fasse jour matin et soir.
    - Oui, c’est bien.
    - …
    - Et dans la journée aussi, d’ailleurs !
    - Oui, c’est vrai.
    - …
    - …
    - Finalement, il n’y a que la nuit qu’il ne fasse pas jour.
    - C’est bien aussi.
    - Oui, c’est bien !

    La grande braderie sociale

    samedi 11 février 2012, par Marco

    On nous parle beaucoup de l’emploi en ce moment. Disons, un peu plus que d’ordinaire tant il est vrai que, depuis une bonne quarantaine d’années, c’est devenu au fil du temps, et parfois avec brutalité, un sujet central de préoccupation. Et qui ne va pas vraiment en s’améliorant.

    Pour la plupart d’entre nous, un emploi tel qu’on l’imagine c’est un boulot stable et suffisamment durable pour pouvoir faire des projets, se construire une vie la plus proche possible de celle qu’on s’est rêvée, subvenir sans trop de peine à nos besoins, ceux de la famille qu’on a fondée ou qu’on espère fonder, élever des enfants et leur offrir une vie heureuse, etc. Quand on entend le mot « emploi », nous autres, c’est surtout ça qu’on comprend : un contrat à durée indéterminée et un salaire correct. Et si c’est pas trop exiger, un métier qui donne envie de s’investir et de progresser. Souvent notre richesse, à nous, c’est pas tant le salaire que l’on gagne — même si on ne crachera pas sur un salaire « confortable », faut pas pousser ! — mais beaucoup aussi les compétences qu’on acquiert qui font de nous un rouage écouté et respecté d’un ensemble plus vaste. Parce que c’est important, pour nous, le travail bien fait, la reconnaissance et le respect des autres, à commencer par nos pairs.

    Il faut dire qu’on est un peu couillons, nous autres. Oui, on est des gros benêts car on voit la vie à notre hauteur, à celle de nos rêves et de nos espérances. On n’a pas la bonne hauteur de vue, ce qui, évidemment, fait toute la différence avec notre personnel politique et tous les spécialistes qui les assistent. Eux, ils voient plus loin. Pour eux, l’emploi, c’est un ensemble de paramètres statistiques dont on mesure la quantité, le volume, sans se soucier de sa qualité. Pas comme nous, évidemment. Et puis, le travail a même un coût dont on parle plus que de la richesse qu’il est censé créer et dont il assure une partie du partage car il pèse, le travail, sur la compétitivité des entreprises. Un drame ! Alors, il fait perdre des parts de marché à l’exportation et notre balance commerciale s’enfonce dans le déficit. Or, c’est bien connu, en France, tout le monde travaille à l’export. Du moins, depuis quelques semaines. Une vraie révélation.
    Et c’est ça qui est beau, là : ce n’est pas la rapacité des nantis qui nous dépossède de nos savoir-faire et de notre dignité quand ils vont exploiter d’autres travailleurs dans d’autres pays moins contraignants. Bizarrement, la rémunération du capital n’est pas une charge dont on nous parle doctement. Non, non ! C’est nous qui coûtons trop chers avec nos salaires exorbitants, notre assurance maladie, nos retraites, nos indemnités de chômage somptuaires et notre Code du Travail si « trop rigide » ! Sûr qu’ils sont bien gentils tous ces patrons de nous filer du boulot avec toutes les misères qu’on leur cause. On voudrait pas en plus être payés, non ?

    Alors, on nous dit qu’il faut prendre exemple sur l’Allemagne. Là-bas, le coût du travail a baissé et du coup, ils en ont créé plein des emplois, en plus qu’ils vendent partout leurs Audi, BMW et Mercédès qui sont pas vraiment données. Ils sont forts, ces Allemands, pas vrai ? Alors, il faut qu’on fasse comme eux. Zou !

    Ce qui est un peu couillon aussi, c’est qu’on utilise le même mot pour désigner deux choses totalement différentes. Les emplois, en Allemagne, c’est, depuis vingt ans, de plus en plus des contrats à durée déterminée ou de l’intérim. Du bien précaire, du temps partiel aussi, que les gens accumulent sans trop d’espoir d’avoir un jour rien de plus pérenne. Alors, c’est sûr que ça pousse pas à la sérénité. Par contre, pour la docilité et la compréhension, c’est un peu plus radical. Et forcément, ça motive davantage à accepter des salaires plus bas, des horaires à rallonge ou biscornus. Sûr que, comme ça, le coût du travail, il peut baisser aussi. Sûr que c’est pas ça l’idée qu’on se fait d’un emploi, un vrai.
    Mais il faut être raisonnable et savoir se résigner. C’est pour la grandeur de la France, après tout. Parce que ça aussi, c’est pas suspect : on nous parle de « patriotisme économique », fabriquer et vendre français pile-poil au moment où on nous fait la leçon sur nos salaires qu’il faudrait baisser et notre temps de travail qu’il faudrait allonger, allonger, allonger. Du moins, faudrait supprimer la durée légale (35 heures) pour que les heures supplémentaires, quand il y en a besoin, ce ne soit plus que des heures normales de plus. Accord de compétitivité, que ça s’appelle. Et c’est on ne peut plus vrai : ce sont les travailleurs qu’on met en concurrence. On n’a plus que le fameux « dumping social » pour se tirer la bourre entre pays européens.

    En Allemagne, ils ont dû s’y faire aussi au patriotisme et à l’intérêt supérieur du pays et accepter d’avaler quelques couleuvres. Chez nous, on a quelques spécialistes qui donneraient plutôt dans le boa ou l’anaconda et sans un haut-le-cœur, en plus. Ça promet ! Et comme ça a marché en Allemagne, ça doit pouvoir marcher partout ailleurs. C’est sûr, ça ne peut que marcher puisque le but n’est pas de réduire les inégalités qui se creusent depuis belle lurette ni de mettre trop à contribution les plus riches. Ouf !

    D’ailleurs, on commence à voir les premiers succès en Grèce : baisse des salaires de près de 13 %, 50 % des moins de 40 ans au chômage, un tiers de la population sous le seuil de pauvreté. On a vraiment hâte d’expérimenter ça chez nous. Et il n’y a pas de raison qu’on nous en prive : ce n’est ni plus ni moins que le programme du Médef auquel ni Sarko ni son UMP ne peuvent rien refuser et qui attend son heure depuis 1945…

    Le pack Liberté

    Un pack pour soutenir les libertés

    samedi 11 février 2012, par Marco

    Présidentielle 2012

    L’air vivifiant de la campagne

    dimanche 22 janvier 2012, par Marco

    Il y a deux mois de cela (c’était le dimanche 27 novembre dernier), j’écoutais l’émission « Radio France Politique » sur France Culture dont l’invitée du jour était Marine Le Pen.
    Qu’on n’y voit aucun signe d’une quelconque accoutumance, j’avoue avoir renouvelé la chose courant janvier, un peu malgré moi, toujours sur la même station, et pour une autre émission qui recevait cette fois un vice-président du parti de la Marine, paraît-il, dont je n’ai pas retenu le nom. Mais on s’en fout. C’est juste que je voulais me faire une idée de l’état d’avancement du « ripolinage » des façades du parti d’extrême-droite devenu si fréquentable depuis que la Marine en aurait pris les destinées en main, selon certains.

    Bon, ben, déjà, la bonne nouvelle : Le front national n’est pas (ou n’est plus, c’est vous qui voyez) un parti d’extrême-droite. Avouez que ça valait la peine d’écouter ça. La Marine y croit dur comme fer et en donne des preuves irréfutables. Tel son attachement — somme toute assez récent — aux valeurs de la République comme la Laïcité. Si, si ! Nananèreuh !
    Bon, attention quand même : à ce que j’ai cru comprendre en d’autres occasions, c’est surtout au voisinage de musulmans qu’ils se souviennent de la laïcité, les « frontistes » (arf !), sinon l’intégrisme religieux les fait pas plus frémir que ça, du moins s’il porte la croix. Parce que, le christianisme ma bonne dame, c’est les racines de la France, quand même, alors que l’Islam c’est les racines des bou étrangers. On notera au passage que Laurent Wauquiez, sous-ministre de la République (donc UMP), dans un récent numéro de fayotage sarkolâtre, n’a pas dit autre chose sans même se rendre compte du contre-sens grotesque contenu dans son propos, destiné à pourfendre Eva Joly et minimiser les droits des autres religions. C’est dire si la République a du mouron à se faire avec des défenseurs pareils !

    Mais il n’y a pas que la Laïcité. La Marine et ses copains ont investi tous les champs sociaux et politiques pour les détourner. Ah, ça rouscaille dur contre la désindustrialisation du pays, contre le chômage, contre l’Europe et l’Euro. Pourtant, on ne se souvient pas vraiment de l’engagement du FN au moment de la bagarre pour les retraites ni, d’ailleurs, jamais pour aucune bagarre pour la sauvegarde de l’emploi et des droits et de la dignité de ceux à qui les copains de Sarko demandent de travailler toujours plus pour gagner toujours moins, de sacrifier les 35 heures sur l’autel de la sauvegarde d’emplois qui seront, de toute façon, détruits quelques mois plus tard, par exemple. Bah non ! Le FN, il aime bien les besogneux mais plutôt ceux qui la bouclent que ceux qui se battent. Sa bête noire, c’est les syndicats, au FN. L’aime pas ça, les syndicats, le FN. Il veut des syndicats « libres », le FN, comprenez : des syndicats qui aiment à cirer les bottes ferrées d’un patronat de choc plus qu’à défendre les intérêts des travailleurs. On appelle ça aussi des syndicats « apolitiques ». C’est beau, l’« apolitisme » ! On dirait du Sarkozy, non ?

    C’est qu’il est pour un État fort, le FN, droit dans ses bottes (là aussi) et ses fonctions régaliennes. On imagine aisément ce que cela signifie, un « État fort ». En même temps, il est pour un État non interventionniste en termes économiques. Ça aussi, on sait ce que ça signifie. Guère différent de ce que fait Sarko aujourd’hui.

    Bien sûr, elle s’est rendue compte, la Marine, qu’il ne suffisait pas de se lamenter sur la méchanceté du grand capital pour faire une politique sociale. Alors, elle promet des augmentations de salaire pour les petits. Genre, 200 à 300 € pour ceux qui gagnent moins de 1500 € par mois. C’est beau. C’est grand. Sauf qu’on lui laisse pas le temps de finir sa phrase, à la Marine, qui dit que ça sera financé par une baisse des cotisations sociales. En d’autres termes, du flouze pour vivre ou du flouze pour se soigner, mais pas les deux à la fois.

    Faut dire que tout ça, malgré tout, c’est un peu la faute des étrangers. Elle aime pas ça non plus, les étrangers, la Marine ! Quel que soit le sujet qu’elle aborde, elle le rhabille d’une manière un peu plus affriolante que son père ne le faisait, sans rien modifier du fond. Elle ne parle plus de « préférence nationale », par exemple. Papa l’a un peu trop usée, cette expression. Non, elle nous parle de « priorité nationale », ce qui veut dire pareil mais en plus neuf. C’est surtout affaire de ton, donc, mais elle en vient toujours à parler des étrangers, la Marine, ces immigrés clandestins en puissance (ou pas, d’ailleurs), nécessairement nuisibles, profiteurs, « abuseurs » de la grande générosité française un peu naïve et tout ça. Une obsession. Aucun ne trouve grâce à ses yeux. Ni l’artiste africain (comme si ça pouvait exister) accusé de vouloir contourner la vigilance de nos vaillants policiers aux frontières ni, bien sûr, l’étudiant étranger car, c’est bien connu, c’est gens-là sont hyper-doués question embrouilles. On ne la fait pas à la Marine. Presque, elle embrasserait Guéant s’il n’était pas du clan Sarko. Bref, pas grand chose de nouveau. Quand on gratte un peu le vernis, ce sont les mêmes relents xénophobes et racistes qui remontent.

    Il faut dire que depuis que l’UMP a repris à son compte à peu près tous les thèmes de ce pauvre FN – alors qu’elle est censée être un parti républicain et continue de se présenter comme tel – ce dernier s’est vu, en quelque sorte, délivrer un certificat de républicanisme dûment estampillé par Sarko sous le couvert de la « droite décomplexée ». A l’UMP, ça s’appelle maintenant « la droite populaire » tandis qu’avant, au FN et dans sa petite galaxie, ça s’appelait « extrême-droite », c’est-à-dire une sorte de fascisme, quoi. Du reste, comme pour bien signifier qu’on est un peu de la même famille, on ne dit plus « extrême-droite », non plus, mais « droite extrême ». Les copains au bout de la rangée, en somme. Et comme un fait exprès, nombreux sont ceux qui franchissent depuis longtemps les cloisons pas très étanches de cette mitoyenneté. A Nice, ils en savent quelque chose et ça ne dérange personne, apparemment.
    En fait, c’est juste histoire de dire tout haut, et avec l’écho que confère l’exercice du pouvoir, ce que Le Pen et sa clique disent déjà tout haut dans un langage tout aussi fleuri et imagé. Tout ça, bien sûr, au prétexte que le bon peuple vit des réalités si sordides qu’il faut être con ou bobo gauchiste (pléonasme de droite) pour refuser de les prendre en compte.

    Marine nous annonce donc qu’on va économiser vachement de sous en réduisant de façon drastique l’immigration. Tant pis si toutes les études menées par de soi-disant experts plutôt judéo-musulmans démontrent, au contraire, que l’immigration est une source de richesse pour la France. Au bar de la Marine, l’immigré coûte. Point barre ! Alors, on va lui retirer les allocs, à ce sale étranger, et ça va faire de sacrées économies. Et pour faire bon compte, on va aussi les supprimer aux familles dont un des parents est étranger. Y a pas de raison ! Les métis, c’est presque aussi pire que l’étranger pur jus.

    Dire qu’il y en a pour trouver que le FN a changé ! Il paraît même que près d’un tiers des Français trouverait ses idées… recevables. La xénophobie, le racisme, tout cela ne serait que le fruit des méchants préjugés bourgeois d’une gauche aux idées rétrogrades et ringardes, cause de notre décadence. A côté de la plaque, en somme ! La modernité, ce serait donc le rejet de l’autre et la soumission au dogme ultra-libéral. Il faut dire qu’il est tout beau, le FN, maintenant, dans ses nouveaux habits brodés de respectabilité. Un parti républicain comme un autre. C’est vrai qu’à considérer l’UMP, on se demande bien ce que ça veut dire, aujourd’hui, le mot « République ».

    Le pire, c’est qu’on imagine aisément la suite : à force de renoncements, viendra très probablement le jour où la droite dite « populaire » s’alliera au FN pour gouverner le pays. Du moins, si on ne fait rien…

    Je plains de tout mon cœur ceux qui, au nom d’une démocratie d’opérette, protestent de la respectabilité républicaine du FN, un parti désormais prétendument comme les autres et contre les soi-disant obstacles anti-démocratiques à l’expression de la Marine dans cette élection présidentielle. Ces fameuses 500 signatures censées limiter l’accès au scrutin des fantaisistes et autres rigolos. Ce qui n’a jamais empêché ces derniers de se présenter, soit dit en passant.
    Elle les aura ses 500 signatures, la Marine, qu’ils n’aient crainte, nos pauvres docteurs en démocratie au rabais. Non pas au nom de la démocratie, d’ailleurs, faut pas pousser, non pas car elle aura dûment obtenu son certificat d’honorabilité démocratique mais parce qu’elle représente la meilleure chance pour Sarkozy de renouveler son mandat. Car à force de brouiller les enjeux et les discours, il pourrait bien arriver que le meilleur allié de Sarkozy ne soit autre que le FN. Avec le risque même que le sauveur compulsif de l’Europe, de la France et de tout ce qui fait « bling-bling » ne se fasse gentiment boulotter par le si respectable et démocratique FN. Mais pourquoi s’inquiéter ? La France n’est ni la Hongrie ni l’Autriche ni l’Italie ni la Grèce ni les Pays-Bas ni la Pologne ni la Russie, ni la Chine, ni…

    Juste la France. Un pays devenu myope et amnésique. On pourra lire avec profit cet article d’Abel Mestre et Caroline Monnot ou celui-ci d’Alain Hayot.

    Amnésique aussi comme au sujet de François Bayrou, d’ailleurs, qui se lamente, comme d’autres, de la désindustrialisation du pays et appelle doctement à « acheter français ». C’est beau !
    Il oublie juste que ses mentors, Valéry Giscard d’Estaing et Raymond Barre, du temps de leur splendeur, voulaient que la France renforce son industrie dans les domaines où elle était forte et laisse tomber ceux où elle était moyenne ou faible. Résultat : on est des spécialistes mondiaux du nucléaire et de l’armement, avec le succès que l’on sait. Pour le reste, on est absents de secteurs pourtant jugés jadis stratégiques tels que la sidérurgie, la machine-outil et les biens de consommation, que certains de nos voisins jugent toujours suffisamment lucratifs pour les occuper encore malgré la concurrence des pays émergents (pour ne pas dire chinoise). Si ça c’est pas de la stratégie de haut vol et à long terme !…

    Mais on n’est pas toujours suffisamment attentifs à ce qui se dit, y compris par les lieutenants des ténors. Telle Marielle de Sarnez, bras droit du gentil Bayrou, qui déclarait en substance, il y a peu, que dans les situations exceptionnelles telles que la crise que nous traversons, il fallait des remèdes exceptionnels. Autrement dit, ne refuser aucune solution, aucun bouleversement.
    Certes, elle est toute gentille et très sympa Marielle. J’ai eu l’occasion de la rencontrer et c’est une femme de grand talent, très respectable dont la moindre des qualités qu’on peut lui reconnaître est de ne pas sombrer dans les excès de langage ni l’arrogance que l’on rencontre si souvent dans les rangs UMP (par exemple). Cependant, ce n’est pas non plus une contemptrice très acharnée du libéralisme ambiant même si on dénote chez elle un soupçon de regrets quant à la part d’inhumanité du stade actuel du capitalisme mondial. De là à penser que ses fameux remèdes de cheval s’appliqueront avec zèle davantage aux petits qu’aux puissants, il n’y a qu’un pas que je ne lui ferai pas l’offense de franchir mais qui nourrit cependant un furieux doute chez moi. Car dans notre monde tout entier voué au profit de quelques-uns, le démantèlement du Code du travail, aussi bien en France que partout ailleurs en Europe, est une tentation que partagent aisément les libéraux, qu’ils se piquent de considérations humanistes et sociales, comme Marielle, ou qu’ils défendent un dogme brutal, comme le FN et Sarkozy. Même si, incontestablement, je préfère le sourire de Marielle à celui de Marine ou de Nicolas, je ne suis pas près de mettre dans l’urne un bulletin au nom de son poulain.

    Comme il est assez peu probable que je vote pour Eva Joly à qui je reconnais pourtant un certain courage. Ses prises de position au sujet du 14 juillet et du 11 novembre m’ont parues piquées au point de la vérité historique et du bon sens citoyen. Au point de faire apparaître d’une incroyable bêtise et d’un manque de culture à peine imaginable, les déclarations de ceux qui s’en sont pris à elle en se drapant dans leur qualité de Français bon teint, par opposition à cette importune Norvégienne à l’accent si prononcé. La bêtise élevée au rang de décoration nationale, voilà aussi une grande réussite de l’UMP de Sarko.
    Mais cela ne suffit pas à me convaincre de voter écolo. Rien que la « taxe carbone », par exemple, me paraît une belle ineptie dans le contexte actuel. En même temps, les débats qu’elle devrait porter au cours de cette élection, comme sur le nucléaire et l’énergie, me semblent être relégués au second plan par un souci d’occuper le terrain médiatique qui ne me semble pas correspondre aux enjeux réels de la société.

    Il est vrai que la campagne n’est pas encore tout à fait lancée et qu’il faut aller chercher très au-delà des thèmes retenus par les médias pour avoir une idée un peu consistante des intentions des candidats. Il n’empêche que cette élection ne peut se réduire au seul objectif de se débarrasser de Sarko. Même si tout (sauf Le Pen) vaut mieux que lui, cet objectif ne peut pas se substituer au débat que ce pays doit conduire sur son avenir. Hollande sera peut-être notre prochain président mais il ne doit pas être seul à rédiger le bail.

    Et pis, c’est tout !

    Sommet (anti-)social du 18 janvier 2012

    dimanche 15 janvier 2012, par Marco

    Ça paraît un peu incroyable : au beau milieu d’une crise systémique qui se traduit essentiellement, partout en Europe, par une saignée sans précédent des états et par la destruction des législations sur le Travail et la Protection Sociale, alors que de partout des voix s’élèvent pour dénoncer l’immobilisme de la banque centrale européenne, qui entrave toute possibilité de réaction par les états, et les plans d’austérité qui détruisent un peu plus leurs ressources financières, dans un pays qui a pourtant repoussé on ne peut plus clairement le projet de traité constitutionnel européen, Sarkozy prétend que le salut ne peut venir que d’une intégration accentuée à l’Europe, sa précieuse « règle d’or » issue des fameux critères de convergence de Maastricht.

    A moins de 3 mois de l’élection présidentielle qui, par définition, devrait permettre aux Français de dire ce qu’ils souhaitent pour l’avenir du pays, Sarkozy se prend d’une frénésie de réformes toutes plus fumeuses les unes que les autres avec comme objectif essentiel de couper l’herbe sous les pieds de ses principaux adversaires, notamment François Hollande, comme pour les mettre devant le fait accompli en faisant croire qu’il agit jusqu’au bout.

    Outre que bon nombre de ces annonces, de toute façon, risquent de ne pas pouvoir passer l’écueil du Parlement faute de temps, cette méthode est pour le moins inacceptable. D’une part, sous prétexte d’une urgence un peu surfaite, après quatre années de crises et de sauvetages tous plus historiques les uns que les autres, il n’y a possibilité d’aucun débat dans le pays. Ce faisant, elle donne donc à penser que seules les solutions préconisées par Sarkozy et ses amis sont recevables, ce qui en matière économique relève d’une prétention sans nuance, confortée par une dramatisation incessante qui vise à faire du Président le sauveur providentiel. D’autre part, à supposer que Sarkozy parvienne à ses fins sur la « règle d’or », elle vide un peu plus de sa substance la responsabilité des élus vis à vis des choix qu’ils proposent, les contraignant de fait à n’agir qu’en vertu du dogme dominant.

    Même si les Socialistes ne sont pas pour peu dans l’instauration de ce dogme et même si on n’attend malheureusement pas d’eux des remises en causes révolutionnaires, cette façon de caricaturer le jeu démocratique national est indécente. Et les propos du président UMP de l’Assemblée Nationale, nous jouant une nouvelle version du fameux air « Nous ou le chaos », ne peut qu’ajouter un peu plus au sentiment de mépris que procure cette sinistre comédie.

    Mais, finalement, en quoi cette frénésie est-elle surprenante ? Sarkozy, Fillon et consort sont-ils autre chose que les marionnettes consentantes et complices d’un ordre social au profit exclusif de la haute bourgeoisie ?

    Lorsque François Fillon, lors d’une récente séance de vœux, déclarait souhaiter que « les entreprises puissent négocier avec leurs salariés la durée du travail », il ne faisait que reprendre à son compte et marteler une des prétentions du MEDEF qui va encore plus loin en voulant réduire les droits des institutions représentatives du personnel (délégués du personnel, comités d’entreprise, comité d’hygiène et sécurité, etc.). Pourquoi se gênerait-il ? Il a le vent en poupe. Toutes les décision prises ces quatre dernières années (au moins) aussi bien en France qu’en Europe vont dans son sens, depuis le recul du droit à une retraite décente jusqu’à la destruction de la sécurité sociale en passant par le démantèlement de la médecine du Travail et des Prudhommes.

    Comme par hasard, c’est dans ce contexte qu"un rapport sur le financement des syndicats défraie un peu la chronique parce qu’il a été passé à la trappe. Hélas, on a oublié de nous dire qui si tel fut son sort, c’est pour une bonne part en raison de ce qu’il aurait pu révéler de la FNSEA, un des plus fidèles soutiens de ce pouvoir. Pas très malin de taper sur les bons copains. Mais, heureusement, pour ce qui est de taper sur les mauvais, on peut facilement trouver de vilains exemples comme à la RATP, paraît-il, histoire d’alimenter la rengaine du fameux « Tous pourris ! »

    Dans ces conditions, il ne faut guère s’attendre à ce que le prétendu sommet social de Sarkozy, le 18 janvier, soit autre chose qu’un catalogue d’annonces dont la plupart sont déjà connues, à peine enrobées d’une fine pellicule de bons sentiments nationaux mais à fort contenu de liquidation des droits sociaux pour augmenter la précarité, diminuer les salaires, faire taire toute opposition et faire se pâmer d’aise le MEDEF et les patrons de Sarko, au nom du redressement national dont tout ce beau monde n’a cure puisque de toute façon il est gagnant à tous les coups.

    Là encore, à moins de 3 mois de l’élection, il y a peu de (mal)chances que tout ceci prenne réellement forme mais sait-on jamais ? Du moins, ceux qui voteront pour Sarkozy, cette fois, ne pourront plus dire qu’ils n’avaient pas compris ses intentions.

    Les autres peuvent déjà commencer à se bouger !

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