@Ficanas84

Derniers articles

    Incidents de tir

    jeudi 27 décembre 2012, par Marc Leblanc

    Tableau de chasseChaque année, on le sait bien, il y a de par le monde nombre de foyers où ne résonnent nul cri de joie ni aucun rire d’enfant au matin de Noël. Parfois simplement car il s’agit de familles qui ne le fêtent pas parce que n’étant pas chrétiennes ou apparentées. On le comprend. Mais souvent aussi parce que l’enfant a disparu, emporté par la maladie.

    Ou par la guerre. Chacun peut dresser sa liste personnelle de peuples où les enfants paient un lourd tribut à la folie des hommes. On a ses sympathies. Ici les Syriens, là les Palestiniens, là encore les Israéliens, les Irakiens ou les Afghans… Ils ne manquent pas, hélas ! Ils font partie des dommages qu’on dit « collatéraux » car personne, aucun pays ne reconnaitra jamais qu’il fait aussi la guerre aux enfants et qu’il ne cherche en aucun cas à les épargner. Pourtant, l’artilleur qui ajuste son canon ou le pilote d’avion qui largue ses bombes savent très bien qu’il y aura des enfants à proximité du point d’impact quand ils s’activent à raser une ville ou un quartier. Et bien sûr, ils auront de bonnes raisons de ne pas s’en inquiéter : les enfants de leur peuple auront subi les mêmes traitements ou bien les gens d’en face sont si lâches qu’ils se servent des minots comme boucliers ou bien c’est leur devoir et ils doivent obéir aux ordres car c’est comme ça, la guerre, et basta !

    Et dans le fond, même si aujourd’hui la plupart des pays se retranchent derrière de belles conventions internationales censées dire le « droit » de la guerre (quelle horreur !) pour, notamment, protéger les civils et les enfants, nous savons bien que ces « précautions » n’ont jamais réellement protégé personne et que les responsables de ces tueries s’en sortiront généralement en exprimant de simples regrets. Oups, pardon, on n’a pas fait exprès !

    Ce sont les Juifs qui disent : « Celui qui sauve un enfant, sauve l’Humanité. » Ils savent de quoi ils parlent. Et, du coup, tuer des enfants, c’est un crime contre l’Humanité, non ? Une humanité qui ne s’est pas toujours embarrassée de trop de scrupules, il est vrai. Il y eut des époques où tuer des enfants faisait même partie des menus plaisirs de la guerre, avec le viol et le pillage ou encore l’esclavage, car c’est le plus sûr moyen de réduire à néant son ennemi, comme l’épuration ethnique, en somme.

    Alors donc, on sait que cette année encore, Noël n’a pas été une fête dans certains foyers de certains pays. Évidemment, on pense aussi à ces malheureux enfants de Newtown, aux États-Unis, et à leurs parents. Pourtant, les USA ne sont pas en guerre, tout au moins sur leur sol. C’est juste un détraqué, lui-même Américain, qui s’est offert son petit carton pour exprimer son mal de vivre. Terrible, quand on y pense. Insoutenable. Pourtant, on ne se sent pas très à l’aise avec cette histoire. Bien sûr, on ressent de la compassion pour ces enfants et de la tristesse devant un tel drame, comme on en ressent pour ces autres enfants disparus ailleurs dans le monde à cause des guerres qui les ont broyés. Mais on se dit aussi que les Américains ont un fameux problème avec les armes. Il ne se passe pas une année, ou peu s’en faut, sans qu’il y ait une tuerie chez eux. Mais surtout il ne faut pas toucher au fameux « deuxième amendement », au droit inaliénable de posséder une arme pour se défendre, défendre sa famille et donc… ses enfants. Bravo les gars, c’est réussi !

    A un journaliste qui cherchait à dresser le portrait du jeune meurtrier et de sa famille, une voisine répondait qu’ils étaient jusque là « des gens normaux, comme tous les gens du quartier. » Des gens normaux, avec un arsenal digne d’un corps d’armée pour se protéger du monde extérieur ! C’est ça être normal dans le quartier ? Et l’on regarde éberlués tous ces gens qui s’entrainent au tir pour apprendre à maîtriser leur arme à feu, dans l’espoir que, en cas de besoin, ils tireront les premiers, conseillés par d’anciens militaires qui ont trouvé là une reconversion lucrative et pas trop difficile à mettre en œuvre.

    Il paraît qu’il y a 12 000 morts par arme à feu chaque année aux États-Unis, l’équivalent de 3 World Trade Center quand même. Si c’est pour perpétuer l’esprit taquin et bon enfant du « Far West », on se dit que c’est presque de la rigolade eu égard au fait que les Américains sont de grands enfants, selon une vieille réputation ! Ils savent s’amuser, ces gens-là.

    Bien sûr, on peut toujours dire qu’il est facile de moquer les Étasuniens en oubliant qu’il n’y a pas si longtemps un autre taré a assassiné des enfants juifs et des militaires à Toulouse, alors que la détention d’armes est réglementée en France et le port d’armes interdit. Ou bien ces fusillades chroniques à Marseille où l’on semble trouver plus facilement des AK 47 que des olives pour l’apéro. Ou ces autres faits-divers qui se terminent au fusil de chasse… C’est vrai mais ce ne sont pas des phénomènes comparables même s’ils ne laissent pas d’inquiéter.

    Comme beaucoup de gens de ma génération et des générations précédentes, je n’ai eu à porter des armes que durant une très brève période de ma vie et encore pas en permanence. Franchement, ça ne m’a jamais manqué et je ne me suis plus jamais trouvé dans des situations où la possession d’une arme pouvait me sauver la vie bien que n’ayant jamais participé à aucune guerre. Et je pense que c’est très bien. Ce n’est déjà pas toujours évident pour un professionnel de porter une arme, alors pour un simple citoyen pas forcément en mesure de maîtriser ses réactions, même en étant parfaitement équilibré et pacifique…

    Et puis, si ça peut éviter que des types mal dans leur peau aillent faire des cartons dans des écoles sur des enfants, je trouve que vivre dans une société sans armes, ce n’est pas si mal. Il y a tant d’endroits dans le monde où les enfants sont en danger, pas la peine d’en ajouter !…

    Même les Américains devraient pouvoir comprendre ça, non ?

    Le Hobbit : un voyage inattendu

    Peter Jackson et J.R.R. Tolkien

    mercredi 12 décembre 2012, par Marc Leblanc

    JPEG - 26.2 ko
    Martin Freeman : Bilbo le Hobbit

    Cela faisait bientôt dix ans que je m’étais fait à l’idée de ne plus voir un quelconque Hobbit traîner sur un écran de cinéma, pas plus que les Orques, Magiciens, Elfes, Nains et tant d’autres qui peuplent la Terre du Milieu et l’univers de J.R.R. Tolkien. Malgré tout, je me disais que, si d’aventure Peter Jackson — qui a si bien su rendre en images qui bougent la fameuse trilogie — avait l’idée de porter à l’écran « Bilbo le Hobbit », le petit livre écrit par Tolkien une vingtaine d’années avant « le Seigneur des Anneaux », je ne bouderais certainement pas mon plaisir.

    Alors, quand ont commencé à fuiter les premières informations sur un retour prochain de la Terre du Milieu, de la Comté et de leurs habitants, j’ai accueilli cette perspective avec beaucoup de satisfaction.

    Bien sûr, après la fantastique épopée du Seigneur des Anneaux, j’avais la crainte que, comme c’est parfois le cas pour le cinéma grand public avec les reprises, les suites ou les antécédents censés tout expliquer, nous ne soyons déçus par une production de plus surtout vouée à exploiter un filon juteux et l’engouement mérité suscité par la trilogie. Il faut dire que les trois films illustrent à merveille les trois tomes de l’œuvre de Tolkien sans la dénaturer par un élagage sans doute rendu nécessaire par les contraintes de durée. Si tout n’y est pas, ce qui manque ne nuit en rien à la restitution de l’atmosphère du livre ni à sa puissance narrative ni à son intensité dramatique. Au contraire même, on ressent très bien, à la fin de l’aventure, la profonde blessure qu’elle a infligé au héros, Frodon, confronté malgré lui à la faiblesse de sa condition humaine, malgré son héroïsme, par des forces bien trop supérieures à sa volonté. Il en va d’ailleurs de même pour Gollum qui est sans doute le personnage le plus misérable et le plus maltraité de cette histoire, qu’on n’arrive jamais vraiment à maudire ni à plaindre, tantôt jouet d’un esprit maléfique, tantôt innocent en quête de rédemption.

    De la très belle ouvrage, donc, encore rehaussée par les somptueux paysages de Nouvelle-Zélande, écrin parfait pour un tel joyau.

    C’est donc le jour de la sortie officielle que j’ai pris place dans cette salle pour assister à ce spectacle tant attendu depuis de si longs mois. Pour tout dire, c’est la première fois que cela m’arrive. Nous n’étions pas aussi nombreux que je l’imaginais à cette première (en 2D). Je ne sais pas si ce fut mieux pour la version 3D mais la salle était bien loin d’être comble, ce qui nous a permis de choisir un bon emplacement et d’éviter la bousculade.

    Et là, dès les premières images, la féérie agit de nouveau. La Comté toujours si belle et ses habitants toujours si nonchalants. Et l’histoire qui commence à se dérouler lentement, le temps qu’il faut pour y entrer peu à peu et se l’approprier. Sûr, on est loin de l’intensité dramatique du Seigneur des Anneaux. Ici, il n’est pas question de Sauron, ou très peu, qui n’est encore pour certains qu’une menace diffuse qu’ils ne savent pas encore nommer. Si l’histoire a pour but en filigrane d’introduire ce qui se passera dans la trilogie — sinon à quoi bon emporter un Hobbit dans cette expédition ? — le prétexte invoqué est finalement l’occasion d’un récit épique, une geste héroïque où un groupe de Nains s’est mis en tête de récupérer son ancien royaume volé par le dragon Smaug.

    Évidemment, le livre de Tolkien n’est pas bien épais : environ 300 pages en format de poche. Et le film ne couvre à peu près que les 100 premières. Il est donc assez évident que Jackson veut nous refaire le coup de la trilogie d’avant la trilogie inauguré par Lucas. Sauf que pour cela, il est obligé de délayer, ce qui est assez discutable sur le principe, puisque c’est une façon de détourner l’œuvre de Tolkien. Convenons cependant que celui-ci a laissé suffisamment d’indications sur son univers et sa genèse pour que les ajouts scénaristiques ne soient pas ressentis comme une injure ou un viol caractérisé. Cela nous offre même un nouveau personnage, Radagast (joué par Sylvester McCoy), collègue un peu fêlé et déjanté de Gandalf (Ian McKellen). Même le méchant chef des Gobelins montés sur leurs hideux wargs s’intègre bien à l’histoire malgré la liberté prise par Jackson de la bouleverser un peu.

    Finalement, le film tient ses promesses dont celles de suites au moins aussi palpitantes et même drôles, si, si ! Car l’humour n’est pas absent, lui non plus ! C’est d’ailleurs une des marques du livre original. Du reste, même dans le Seigneur des Anneaux, on arrive à en trouver sans se lancer dans des recherches de grande ampleur mais il est un peu occulté par le fil dramatique général. Rien de tel ici même si on alterne sourires et angoisse ! Et toujours les paysages somptueux de Nouvelle-Zélande dont on sent bien ici qu’ils servent aussi à magnifier la 3D. Facile !

    On saluera en la personne de notre jeune Bilbo, l’acteur Martin Freeman qui fut récemment un Watson très convainquant dans la série iconoclaste « Sherlock » aux côtés de Benedict Cumberbatch et qui endosse ici le rôle du Hobbit avec réussite.

    Autant dire qu’on attend avec impatience la suite de cet excellent film bien agréable à la veille de Noël… Il est bon ce Tolkien, quand même !

    La critique d’AlloCiné
    Celle de Télérama

    De l’objection de conscience

    dimanche 25 novembre 2012, par Marc Leblanc

    JPEG - 140.7 ko
    Louis Lecoin

    Vous connaissez certainement Louis Lecoin. Peut-il en être autrement ? Vous savez bien, ce vieux monsieur disparu en 1971, célèbre militant pacifiste et anarchiste, qui arracha à De Gaulle le statut des objecteurs de conscience. Pas n’importe comment, notez. Ce fut après une grève de la faim, en 1962, qui aurait pu lui coûter la vie. Il avait 74 ans et une putain de sacré volonté. A l’image de sa vie d’insoumission à l’armée, de refus de la guerre, du port des armes. L’union pacifiste de France, c’est lui. Un grand monsieur.

    Et il en fallait du courage au début du XXième siècle pour refuser l’armée, pour être objecteur de conscience. Lui, la guerre de 14-18, il s’en est tiré avec 5 ans de prison militaire pour insoumission, en 1917. Imaginez ! Et toute sa vie, il fut fidèle à ce combat.

    Alors, quand j’en entends certains prétendre qu’il faudrait aménager une clause de conscience pour permettre aux maires que cela heurte de ne pas célébrer le mariage de deux personnes du même sexe, laissez-moi vous dire que je trouve cela plus que pitoyable. Honteux !

    Regardez-les, ces Goasguen, ces Bompard qui viennent nous servir leur pauvre petite conscience effarouchée. Pauvres chochottes ! Mais même dans un étron de Louis Lecoin on pourrait trouver plus de grandeur d’âme et de noblesse que dans leurs petits esprits étriqués.

    Bompard, c’est l’actuel Comte d’Orange, donc. Vous connaissez certainement cette riante bourgade vauclusienne lovée au pied de la colline St-Eutrope, célèbre pour ses Chorégies, son arc de triomphe et son théâtre antique romains, sa caserne de la Légion étrangère et sa Base Aérienne et qui fût jadis le calvaire d’un nombre incalculable de vacanciers en transhumance par la légendaire Nationale 7.
    C’est pas un mauvais endroit pour y vivre. La vieille ville a du charme, on y trouve d’excellents restaurants, des hôtels sympathiques et des terrasses ombragées où il fait bon siroter sa boisson préférée lorsque le soleil devient assommant. C’est pas Avignon non plus avec sa foule bigarrée qui emplit ses rues quasiment à longueur d’année. Un endroit pas désagréable donc dont l’une des particularité est de s’être donné un maire d’extrême-droite. Forcément, ça fait tout de suite moins envie.
    C’est ce type qui avait refusé de prêter du matériel à la fête d’une école publique, comme ça se fait partout, sous prétexte qu’à la buvette étaient servis des sandwiches halal. Une telle entorse à la laïcité ne pouvait laisser monsieur le Maire indifférent. J’en avais parlé ici.

    C’est aussi ce type qui a accueilli dans sa ville une sorte de congrès du bloc identitaire au début de ce mois. C’est cohérent. C’est enfin le conseil municipal d’Orange qui, sous sa houlette, vous pensez bien, a voté une résolution interdisant les mariages homosexuels sur son territoire. Parce que chez ces gens-là, non seulement on n’aime pas les pédés et les gouines mais en plus on se croit encore au bon vieux temps de la féodalité où chacun faisait sa loi dans son coin. Si ça n’avait pas risqué de paraître un peu brutal, on peut même parier qu’ils les auraient bien condamnés à la roue ou au bûcher sur la place du théâtre antique, ces salopards de gays et de lesbiennes ! Si, si !

    C’est là qu’on mesure le courage qu’il leur faut à ces braves pour faire valoir leur conscience contre l’abomination qui s’annonce. Car j’ai vu comment étaient traités les objecteurs de conscience au moment de l’incorporation, à l’époque où la conscription était encore en vigueur et où, pourtant, un statut leur avait été accordé généreusement. On ne peut pas dire qu’ils étaient chouchoutés. Je me souviens aussi très bien de ce que disaient d’eux certains militaires dégorgeant de testostérone : des fiottes, des lopettes, des tarlouzes… Objecteur = pédé, quoi. Il doit l’ignorer, Bompard, c’est sûr ! Ça va lui plaire.

    Mais bon, on s’en fout un peu. Ce qui est plus surprenant, c’est qu’on a tendance à oublier qu’un maire qui célèbre un mariage n’agit pas en tant que personne privée et encore moins en tant que propriétaire des lieux et de la charge mais au nom de l’État et donc du peuple français qui lui confère la fonction d’officier d’état civil. En d’autres termes, ses états d’âmes, on s’en cogne. Il est là pour enregistrer la volonté de deux personnes de vivre ensemble, point barre. De la même façon qu’il n’a pas d’autre choix que d’enregistrer un décès ou une naissance même si cela concerne des gens qui lui sont insupportables. C’est la loi et elle est la même dans toutes les communes.

    Notre bon président l’a peut-être un peu oublié. Mais il est vrai qu’il oublie pas mal de choses, hélas ! Pourtant, si ce concept devait être retenu, je pense que tout un chacun sera bientôt en droit de faire valoir une clause de conscience chaque fois qu’une loi lui déplaît. Par les temps qui s’annoncent, je parie que ça ne risquera pas de manquer.

    Mieux vaudrait commencer à y réfléchir dès à présent !…

    En attendant ce jour, rendons hommage au courage et à la constance de Louis Lecoin qui fut, lui, un vrai objecteur de conscience et un vrai grand citoyen du monde, tellement loin de la médiocrité ambiante actuelle.

    Post-scriptum :
    Une fois de plus, notre excellent maître Eolas aborde le sujet avec brio en soulevant un point de principe fondamental qui remet les pendules à l’heure : la liberté de conscience (et non la clause de conscience). Bonne lecture.

    On les aura !

    dimanche 4 novembre 2012, par Marc Leblanc

    JPEG - 61 ko
    Vous allez encore trinquer

    C’est bien, les lapsus. Ça permet de dire des trucs quand c’est pas trop le moment de les dire car ça pourrait désespérer le bon petit peuple si docile qu’on est en train d’essorer pour son bien et pour celui du pays. Alors on fait son lapsus, l’air de pas y toucher, en se laissant une position de repli pour pouvoir dire « Oups ! Scusez-moi M’sieu-dames, je m’ai gouré, c’est pas ça que je voulais dire. » Mais c’est bien ça qu’on voulait dire. C’est dit et bien dit et ça laisse le temps au péquin d’assimiler. Car le moment viendra où le prétendu lapsus deviendra LA vérité. Emballez, c’est pesé, au suivant !

    Tenez, prenez Ayrault avec les 35 heures. Bien sûr qu’il savait ce qu’il disait. Bien sûr qu’il nous les fera péter, les 35 heures, comme le reste, et avec la complicité de certains syndicats encore, pour faire bonne mesure. Tout simplement parce que c’est ce que veut l’Europe ultra-libérale qui l’impose partout, à la Grèce, à l’Espagne, à l’Italie, etc. Tout simplement parce que c’est ce que veulent les patrons qui s’y connaissent pour crier misère, contre toute décence. Travailler toujours plus même quand il n’y a plus de boulot, pour plus de profits et de dividendes.

    Tout simplement parce qu’un socialiste d’aujourd’hui, en fait un socio-libéral, ne peut rien refuser au patronat et à la grande bourgeoisie. Il fait partie de ce magma informe et puant qui ne songe qu’à servir ses maîtres avec le plus de zèle possible et où grouille tout le personnel politique de droite et du « centre », les Sarko-Fillon-Copé-Borloo-Yade-Dati-Morin-Le Pen et consorts et ces pseudo-socialistes dont on se demande pourquoi ils persistent à s’appeler ainsi sinon pour mieux nous tromper ?
    Des valets qui n’oublient pas de venir à la soupe quand la cloche retentit et qui baissent la tête et la culotte quand les maîtres font les gros yeux. Ça ne jure que par le Peuple, ça le caresse avec une tendresse amoureuse pour mieux lui marcher sur la tronche et l’étouffer dans sa propre merde au nom des nobles sacrifices que la situation exige et aussi parce qu’il faut bien un baisé. Après tout, le pauvre a beaucoup moins tendance à foutre le camp à l’étranger pour planquer son magot. C’est bien la preuve qu’il est beaucoup plus con que le riche et mérite ce qu’il lui arrive.
    Alors Copé et Le Pen qui veulent descendre dans la rue pour dénoncer la politique du gouvernement ? De la rigolade et pitoyable encore ! Il n’y aurait guère que sur le mariage pour tous et le droit de vote des étrangers aux élections locales qu’ils pourraient brailler car pour le reste, ils n’ont pas trop à se plaindre.

    Mais bien sûr, il faut préparer le terrain. Prenez les 35 heures, encore : sur France 2 sévit un journaliste capable de tout expliquer. Ça s’appelle Lenglet, je crois. Ce mec-là peut donc vous expliquer doctement et approximativement la genèse des 35 heures et leur mise en œuvre pour mieux conclure que, à travers les aides octroyées pour financer le dispositif, finalement l’État s’est endetté pour les 35 heures qui n’ont pas créé autant d’emplois que prévu. Bien sûr, pas un mot sur le fait que, pour ce qui est de l’endettement, les innombrables exonérations de « charges » consenties depuis trente ans et plus au patronat ont fait beaucoup mieux sans jamais être compensées. Au moins, les 35 heures sont une façon de se réapproprier les gains de productivité qu’elles ont encore renforcés là où elles ont été adoptées.

    Mais là n’est pas le sujet, évidemment. Personne ne peut et ne doit porter la contradiction face au spécialiste maison qui peut assener ses préceptes sans crainte d’être contredit. La propagande fonctionne donc à merveille. Il s’agit de faire passer l’idée que les entreprises croulent sous les « charges » et les 35 heures en font partie. Mais pas qu’elles. La protection sociale aussi. Et là, le vocabulaire n’est pas anodin car il donne explicitement l’orientation politique du traitement.
    Nous autres, crétins que nous sommes, nous parlons de cotisations sociales pour la maladie, la famille, le chômage et la retraite. Pour nous, ce sont des éléments de notre salaire, socialisés pour financer notre protection, qui nous reviendront un jour ou l’autre au travers des indemnités, des allocations et autres pensions et qui permettent aussi de payer les personnels de santé, notamment. Ce sont donc des salaires différés prélevés à la source de la création de richesse. Il est bien évident que réduire ce système à une simple notion de « charges », forcément trop lourdes, lui confère un caractère parasitaire qui ne peut qu’être péjoratif. C’est avancer l’idée que ces prélèvements sont illégitimes.

    Il est alors touchant de voir le patronat se soucier de la « solidarité nationale » dont relèverait en grande partie la protection sociale, lui dont les membres, malgré ce qu’ils prétendent, sont si peu enclins à y contribuer. Avez-vous déjà entendu parler d’optimisation fiscale chez les Bidochons ? Allons ! Par contre, une chose est sûre, ce qui ne servira plus à financer notre protection ne sera pas perdu pour nos chers patrons. Mais chut ! Il faut continuer le matraquage. Si la France n’est plus compétitive, c’est à cause des « charges » et des salaires et du Code du travail qui bride nos entreprises. Mais pas de la rapacité des patrons et des actionnaires qui prélèvent pour leur propre compte des parts de plus en plus importantes de la richesse produite au détriment de la recherche et de l’innovation. Non, non, non !

    Regardez-les ces charognards qui se posent en victimes d’un État qu’ils présentent comme un prédateur. Mais l’État c’est quoi ? C’est qui ? Ils n’ont jamais bénéficié de ses largesses, de ses investissements, de ses structures ? A les entendre, l’État leur en prendrait trop. Quelle injustice, vraiment, alors que la plupart de ces gentils pigeons ne pensent qu’à leur gueule et s’enrichissent sur le dos des autres. C’est d’ailleurs bien trouvé, en l’occurrence, l’image du pigeon. Ne dit-on pas des pigeons qu’ils sont des rats qui volent ? Ça prétend créer des entreprises grâce à un génie supposé devant lequel on est sommé de se pâmer mais ce n’est pas l’idée d’entreprise qui les excite, les pigeons, c’est celle du pognon qu’ils se feront en la revendant et qu’ils iront planquer à l’étranger pour échapper à l’ogre. Il est d’ailleurs émouvant de constater que certains de ces courageux créateurs de richesse y étaient déjà installés depuis bien plus longtemps que leur soudain intérêt pour la mère patrie. Et c’est devant ces voleurs que le gouvernement s’est défroqué !

    Mais tout cela relève de la même logique qui fait reposer sur l’État la gabegie financière des apôtres du capitalisme triomphant, lesquels lui interdisent dans le même temps de se payer sur leurs profits. Touche pas au grisbi, salope ! C’est ce que viennent de dire ces 98 « grands patrons » qui prétendent faire la leçon à un gouvernement qui pourtant leur fait risette. Quelle ingratitude ! Mais pourquoi se gêneraient-ils ces pourvoyeurs d’emplois et de richesses ? Ils savent bien qu’en privant l’État de ses capacités d’interventions, ils le musèlent et préparent l’avènement d’une société entièrement privatisée, promesse de nouveaux profits pour eux, et dans laquelle ils pourront imposer leurs règles. Règles dont le respect sera garanti par un État réduit à sa fonction de police pour protéger les puissants des soubresauts toujours possibles du petit peuple si mesquin et jaloux. Et au final, ils rendent toute démocratie impossible puisque aucun choix ne sera plus possible sauf peut-être la couleur des cheveux des candidat(e)s.

    Alors, rien ne doit entraver l’avènement de ce monde de rêve. Répétons en cœur : « La France va mal, mon salaire est trop élevé, je ne travaille pas assez, je veux ressembler aux Allemands et être hyper-compétitif ! Je veux plein de centrales nucléaires et du gaz de schiste partout pour faire le prospère. »

    Si vous êtes trop dur de la comprenette, soyez pas inquiets, on va vous aider. Il y a encore plein d’entreprises en attente de fermeture pour bien marteler la mauvaise compétitivité, les charges trop lourdes, les salaires trop hauts, les vacances trop longues et les dimanches trop chiants à la maison quand on gagne une misère. Il y a plein d’autres lapsus en réserve pour faire passer les pilules en douceur. Et vous verrez que ça ira bien mieux une fois que tout sera foutu en l’air. Car même si tout cela ne fait pas l’objet de grandes promesses électorales, au train où vont les choses, on les aura toutes.

    A moins qu’on ne se bouge !

    Cléo s’est endormie

    jeudi 1er novembre 2012, par Marc Leblanc

    JPEG - 306.4 ko
    Cléo

    Elle était née à Grasse, quelque part entre 1992 et 1993. Elle était fille de Héra, jolie femelle au port de princesse, et d’un matou de passage dont nul ne se souvient plus, probablement.
    C’était une jolie petite chatte, au pelage gris mâtiné de fauve, un peu caractérielle. Elle s’était employée à vider mes étagères de tout bibelot, dans ses jeunes années. Elle pouvait aussi venir ronronner sur mes genoux pendant une heure et me donner un beau coup de griffes en remerciement, le regard soudain fou. A savoir ce qui se passait dans sa petite tête !?
    Trop à l’étroit dans l’appartement de 55 m², elle avait pris l’habitude de le parcourir d’un bout à l’autre en courant à mis hauteur des murs, profitant des lois de la physique et de la forme en U du couloir, traçant une belle bande noire sur le mur blanc…

    Un jour pourtant, lassée de cette vie urbaine qui ne lui convenait pas, elle prit son indépendance et décida d’élire domicile à Hurlevent, au grand air du Vaucluse. Il faut dire qu’elle m’y accompagnait durant mes villégiatures. C’est Mamie qui fût contente. Et c’est là que je l’y retrouvais lorsque 5 ou 6 ans plus tard, je vins m’y installer.

    Cléo n’était pas partageuse et elle faisait une chasse féroce à quiconque voulait empiéter sur son territoire. Les gros mâles "testostéronés" du quartier trouvaient en elle à qui parler à défaut de pouvoir la sauter (elle était stérilisée et pas commode du tout avec ça). Elle a aussi longtemps boudé les nouveaux venus, César le bon gros matou aux allures de Siamois (plus gentil, ça n’existe pas) et Cypris la douce petite femelle tricolore (plus affectueuse, c’est impossible). Et aussi Kronos, le compère de Cypris, et Pucca la grande chienne un peu pataude et toute gentille, aujourd’hui émigrés au Québec. Tous ont goûté le sens de l’hospitalité de Cléo et… ses coups de griffes.

    Aussi, quand l’âge commença à faire sentir ses effets, ses deux derniers colocataires lui donnèrent un peu de fil à retordre en souvenir du bon vieux temps. Alors, elle alla crier famine chez la voisine qui la prit en affection jusqu’à son déménagement sans pour autant songer à l’emmener avec elle.

    Alors, Cléo est rentrée un soir après un an ou deux d’infidélité. Et elle a repris sa place, modestement. Et on l’a vue peu à peu perdre sa superbe et sa vitalité. Elle est devenue toute légère et son pelage a terni qu’elle n’avait plus la force de lisser. Elle se déplaçait avec difficulté. Elle mangeait comme quatre sans prendre un gramme et buvait des baquets de flotte en permanence. Elle était devenue sourde aussi, au point de miauler avec une voix de stentor, et… très gentille tout le temps. Des voisines l’avaient même prise en pitié et lui apportaient à manger…

    Elle s’est éteinte cette nuit d’Halloween, au pied du canapé sur lequel elle n’a pas eu la force de monter, cette fois-ci. A côté du petit panier que nous venions juste d’acheter pour elle et que les deux autres lorgnaient déjà. Elle est partie sans bruit, sans doute emportée par une sorcière de passage qui sera venu lui porter assistance…

    Elle repose désormais au fond du jardin, entre le jeune olivier et le grand pin d’Alep, où nous l’avons couchée pour son dernier sommeil, à tout jamais.

    Adieu ma petite Cléo.

Pages ... | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | ...

SPIP | thème par ydikoi | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0