On sent comme un soulagement dans les médias avec l’arrivée du scrutin du premier tour. Comme si on assistait à la fin d’une période d’échauffement sans grand intérêt et qu’on allait enfin passer aux choses sérieuses. A se demander même pour quelle raison notre génial législateur a cru bon de nous infliger ce tour de chauffe rituel où s’étale une profusion d’idées et d’analyses. Au point qu’on avait besoin de l’avis éclairé de tant d’experts pour s’y retrouver. Du moins, tout ce petit monde un peu suffisant semble croire que nous attendions encore après lui pour nous faire notre propre idée.
Et encore, cette fois-ci nous n’avons eu droit qu’à des gens qui présentaient bien et sérieux même si la Le Pen est plutôt à vomir et si on avait l’impression que Philippe Poutou, par exemple, était toujours à deux doigts de s’écrouler de rire. C’est vrai que la période ne s’y prête guère mais le rire est aussi une thérapie et on aurait tort de s’en priver. Je regrette donc un peu ce candidat qui, voilà une bonne vingtaine d’années, sûrement davantage, présentait son programme accroupi, en faisant des bonds, et dont le slogan était un truc du genre « méditation transcendantale ». Je n’ai jamais réellement compris si c’était une grosse déconnade ou s’il y croyait vraiment mais ça nous avait valu, à l’époque, quelques bonnes crises de fou-rire qui, rien que d’y penser, font encore un bien fou ! Comme quoi, ce ne sont pas forcément les élus qui nous font toujours le plus de bien.
Bon, c’est vrai, Sarko fait un peu penser à ce type mais ses pitreries ont singulièrement perdu de leur pouvoir hilarant, je trouve. Cette fois, il n’a donc pas été question de fou-rire, hélas. A voir la tronche de certain(e)s journalistes, ou à entendre certaines questions posées, on sentait bien que l’exercice les ennuyait profondément tant certains candidats heurtaient les efforts de pédagogie que ces experts en toutes choses déploient au quotidien pour nous convaincre de notre chance de vivre dans un tel monde sans alternative crédible. Crédible selon eux, bien sûr. Et quand les journalistes s’ennuient, ils vous font des manchette grosses come aquo pour dire que la campagne ne nous passionne pas. Sûr qu’ils trouveront toujours des grincheux pour abonder dans leur sens et finasser sur la politique. Mais en réalité, cette campagne n’a pas été si médiocre (sauf du côté de Sarko et de Le Pen mais c’était prévisible) car elle a permis de mettre à jour une soif d’espérance là où d’aucuns attendaient la résignation. Pourtant, c’est vrai, bien des sujets se sont trouvés noyés : la pauvreté, l’éducation, la protection sociale, le respect des travailleurs. Ils auraient mérité de plus amples développements mais ils sont néanmoins sous-tendus par la question de la justice sociale et de la répartition des richesses que posent la crise actuelle et les dogmes ultralibéraux.
Les indispensables sondages ont bien entendu imposé non seulement la vérité de cette élection (duel Sarkozy-Hollande en perspective) — tout en ménageant un suspense à la limite du supportable (1-Hollande, 2-Sarkozy ou 1-Sarkozy, 2-Hollande ?) — mais également la hiérarchie des mérites de chaque candidat. Comme au Tour de France : le groupe des deux favoris suivis de près par trois poids-lourds « outsiders » et le peloton des poursuivants méchamment lâchés dans l’ascension du col hors catégorie. Évidemment, plus on descend dans le classement, plus les visages des journalistes et des « experts » ont peine à ne pas s’éclairer de sourires narquois condescendants.
J’imagine donc les grimaces quand, dimanche soir, ils vont découvrir Mélenchon en tête précédant Hollande pour le tour final !… Hé, hé, hé !
Pour ma part, je n’aime pas l’élection présidentielle que je trouve absurde et à la limite du foutage de gueule. Non pas sur le plan des idées car la politique c’est ou ce devrait être d’abord un débat d’idées amenant des décisions et des actions. Mais plutôt par le principe sur lequel elle repose : l’élection d’un souverain, d’un monarque investi de pouvoirs considérables sans pratiquement aucun contrôle. Je n’ai jamais cru à l’homme providentiel et je n’aime pas cette idée. On ne me fera pas croire que pour conduire la politique d’un pays, un homme seul entouré de soi-disant conseillers dont la légitimité est plus que discutable est préférable à une assemblée collégiale. Je pense qu’on peut gouverner le pays en composant l’exécutif et la représentation des citoyens de sorte que les décisions emportent l’accord de ceux-ci. Je pense même que l’organisation de la démocratie peut se décliner de multiples façons avec des modes de scrutins mieux élaborés afin d’éviter ce à quoi on assiste aujourd’hui, c’est à dire le gouvernement du pays par des minorités (dans la mesure où peu de candidats sont élus au premier tour).
A partir de la semaine prochaine, le débat devrait donc revenir vers un peu plus d’orthodoxie si les sondages ont raison. Pour autant, il reste encore l’élection législative pour laquelle, même si des tractations ne sont pas à exclure en vue de constituer des « majorités de gouvernement », les résultats de ce premier tour devraient ne pas être sans conséquences. Je pense en particulier aux propos de Jean-Vincent Placé, le sénateur Vert, qui roulait des mécaniques malgré la déconfiture annoncée d’Eva Joly. En fait, pour lui, l’essentiel a déjà été réalisé : un accord pour assurer des sièges écologistes à l’Assemblée Nationale. Peut-être, ceci explique-t-il cela d’ailleurs. Je pense tout de même qu’Eva Joly méritait mieux que l’hypocrite comédie de cette bande de bras cassés qui prétendent la soutenir car elle les représenteraient mais qui pensent plus à leur avenir politique personnel qu’à faire réellement avancer l’écologie politique. Quel triste spectacle. Je crois que jamais les écolos ne seront tombés si bas et n’auront été aussi antipathiques. Mais Placé devrait y réfléchir à deux fois avant de continuer à faire son faraud : la poussée du Front de Gauche pourrait bien changer la donne.
La récréation n’est donc pas terminée. Si rien n’est joué pour cette élection, c’est aussi vrai quel que soit le bout par lequel on prend le problème. Quel que soit le résultat final, il s’est réellement passé quelque chose durant ces derniers mois qui concrétise le rejet par une partie non négligeable des citoyens des politiques conduites par Sarkozy avec le soutien implicite ou explicite d’une partie des socialistes. Négligeable est d’ailleurs un mot clé. C’est ce que nous ne voulons plus être. Nous ne voulons plus entendre non plus cette expression bateau qu’affectionnent les faux-culs : « droite et gauche, c’est pareil. » Non, décidément, ce n’est pas pareil ! Ce qui se passe aujourd’hui, c’est cela : la gauche est de retour, la vraie !
Non, ce n’est pas fini.
C’était peut-être la pire image de cette campagne électorale : tous les candidats [1] alignés en rang d’oignon derrière le pitoyable « encore-président » pour rendre hommage à ces malheureux enfants assassinés pour le plus dégueulasse des motifs, juste pour ce qu’ils étaient. Nous étions donc sommés de communier autour des familles à jamais endolories, nous tous, citoyens français, unis face à l’abjection et plus forts qu’elle. Nous étions sommés « d’oublier la politique » et de « mettre la campagne entre parenthèses » pendant ces quelques heures pour que personne ne se risque à « récupérer » ces drames. Tout de même trois enfants et quatre adultes assassinés mais quand même ! Ne pas poser de questions, surtout pas. Ne pas demander de comptes. Ne pas vouloir tenter de comprendre comment une telle dérive meurtrière puisse être possible.
Cela aurait-il été un acte de mépris à l’égard des victimes ? Cela aurait-il fait de nous des complices ? Des antisémites ? Des assassins potentiels ? Face à l’inacceptable, ne vaut-il pas mieux laisser l’émotion s’apaiser, laisser passer un peu de temps et raisonner calmement ? Car on peut comprendre, bien sûr, l’absurdité des propos du président du CRIF enjoignant aux chefs d’établissements scolaires de faire respecter une minute de silence à leurs élèves, « y compris par la contrainte ». Bon courage pour y parvenir sans violence ! Mais au moins, lui avait une excuse. Ce qui n’est pas le cas de Sarko s’adressant aux élèves d’un collège parisien, plus lamentable que jamais : « Ça s’est passé à Toulouse, dans une école confessionnelle, avec des enfants de familles juives, mais ça aurait pu se passer ici. Il aurait pu y avoir le même assassin, ces enfants sont exactement comme vous… Ces enfants avaient trois ans, six ans et huit ans, et l’assassin s’est acharné sur une petite fille, il faut réfléchir à ça. » Le grand homme parlait ainsi à des enfants…
Car il est le Président de la République. A ce moment-là, c’était donc en notre nom qu’il parlait à ces enfants et il n’a rien trouvé de mieux que d’instiller l’idée qu’il y aurait un péril terroriste sur notre pays, que nos enfants ne seraient plus en sécurité lorsqu’ils vont à l’école. En bon législateur compulsif, il promet dans la foulée, ô miracle ! de nouvelles lois pour réprimer quoi ? « L’apologie du terrorisme ! » Et Klaus Guéant vient lui faire le service après-vente avec l’arrestation totalement impromptue d’une palanquée de barbus qui « djihadisaient » en douce. Quel talent !
En résumé, il aurait été indécent, paraît-il, de politiser les drames de Toulouse et de Montauban sauf, comme il se doit, pour Sarko chez qui l’indécence est une seconde nature.
Comme il serait indécent de parler des cinq dernières années au cours desquelles nous nous souvenons tous qu’il fût Président… sauf lui.
Lui, il a oublié qu’il a fait ratifier le Traité de Lisbonne par le Congrès, et avec le soutien de moult socialistes et écologistes, après que nous l’avons refusé sans ambiguïté par référendum. Aujourd’hui, le voilà prêt à la désobéissance souveraine ! Le voilà qui rue dans les brancards, fustigeant la Commission Européenne et les règlements insupportables d’une Europe qui, pour un peu, serait anti-démocratique. Il a même oublié que, voici encore un mois ou deux, il se pavanait partout au bras de la mère Angela pour vendre la règle d’or allemande, la mise sous tutelle par la Commission des budgets nationaux, la dérèglementation totale de l’organisation du Travail dans tous les pays européens et l’instauration d’une austérité perpétuelle pour les petites gens et les classes moyennes.
Il est fort ce mec !
Il voudrait nous faire croire que c’est un autre lui qui depuis cinq ans n’a eu de cesse de détruire la sécurité sociale et nos retraites pour les livrer au lobby des assurances privées tout en taillant aux classes possédantes des allègements fiscaux sur mesure. Pour un peu, il serait presque le héros qui a taillé en pièce le bouclier fiscal !
C’est sûr qu’il vaut mieux l’entendre parler des problèmes essentiels : le permis de conduire à l’œil et la viande halal ! Le reste, n’existe plus, il a tout sauvé. Comme il veut sauver un peu plus la France éternelle. Inch’ Allah !
On notera avec attendrissement que la Marine et lui nous la baillent belle sur l’abattage des animaux de boucherie. En effet, on oublie presque, à entendre leurs trémolos sur la souffrance des animaux qu’on étourdit pas au nom de rites religieux qui nous seraient cachés, que c’est aussi au nom de nos chères traditions que l’on a inscrit à notre patrimoine immatériel la corrida ou les combats de coq (voir aussi l’article 521.1 du Code pénal [2]). Il n’est évidemment pas question, ici, de cruauté à l’égard des animaux puisque tout cela est parfaitement français et chrétien. Et, bien sûr, c’est cohérent !
Il y en a marre de ces diversions ridicules, de cette façon de se poser en homme providentiel qui détient seul la vérité. Il est temps de lui confirmer que, comme il le sent, elle grossit cette vague qui va lui foutre un sacrément beau coup de latte dans le fion ! Exit Sarko ! Dehors le médiocre, l’inculte, le menteur, l’affabulateur, le faussaire, le vulgaire. Tout vaut mieux qu’un nouveau quinquennat avec ce type !
Oui, bon, rectification : tout sauf Le Pen ! Cela va sans dire.
On objectera sans doute que un Hollande président n’est pas la garantie de voir notre pays et la société française s’engager dans de profonds changements. On n’aura pas tort. Disons alors qu’il faut sérier les problèmes : d’abord renvoyer le furoncle au fond des latrines de la République puis construire un vrai changement.
Hollande n’est pas un révolutionnaire, on le sait déjà, mais ce n’est pas cela qui en fait un mauvais bougre pour autant. Toutefois, il reste un social-démocrate. Un ami me disait récemment : « La différence entre Sarko et Hollande, c’est que Hollande fournit le sourire et la vaseline. » Je ne suis évidemment pas d’accord : ce n’est pas le seule différence mais sur le plan économique, Hollande n’est certainement pas très éloigné de l’orthodoxie ultra-libérale actuelle même s’il prétend la mâtiner de justice sociale. Du moins, d’une pointe. Or, ce n’est pas possible.
Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que lui et la majorité des socialistes aient soutenu la construction européenne telle qu’elle est aujourd’hui et qu’ils aient abandonné depuis belle lurette la notion même de lutte des classes. Il n’est pas très étonnant qu’ils aient laissé, par leur abstention, le Parlement adopter le mécanisme européen de stabilité (MES) et le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), celui-là même que Hollande veut renégocier pour y inclure la relance de la croissance. Autant dire que même en voulant être optimiste, il n’y a pas de quoi sauter de joie. Et ceci d’autant moins que François Hollande est l’un des artisan d’une proposition qui ressemble furieusement aux accords compétitivité-emploi voulus par Sarkozy en vue de dynamiter notre Code du Travail.
J’ai peine à croire que ce genre de chose soit uniquement le fruit d’un soi-disant angélisme socialiste qui verrait dans la force des syndicats la garantie des droits des travailleurs face à la rapacité du patronat. C’est bien un choix idéologique majeur qui motive cette démarche et qui livrera des millions de salariés pieds et poings liés à la précarité, à l’incertitude et à l’appauvrissement. Le but est bien d’engager le marché du travail dans ce pays comme en Europe dans une spirale de baisse des salaires et de la protection sociale et d’augmentation sans limite du temps de travail en retirant aux salariés la protection minimale que leur apportait jusqu’à aujourd’hui la loi.
Ceci est proprement inacceptable, surtout venant de gens qui se prétendent de gauche et disent vouloir agir pour la défense des plus faibles.
Voter contre Sarkozy ne suffira donc pas.
J’entends les objections habituelles : Mélenchon est un mégalo. Il n’est qu’un beau parleur. Il ne réussira qu’à mettre la France à genoux. Rien de ce qu’il propose n’est possible. Il n’en fera rien. Etc.
Quoi qu’il arrive, la France est aujourd’hui à genoux et hormis le démantèlement de la protection honteuse dont bénéficie les classes aisées, un coup de pied dans cette infecte fourmilière ne nous fera pas forcément beaucoup plus de mal que nous n’en avons déjà. D’autant que si nous voulons bien prendre nos vies en main, vraiment, bien des voies s’ouvrent à nous pour construire une nouvelle société. Et puis, Mélenchon n’est qu’un homme qui nous propose de nous prendre en main, pas de faire à notre place. Et si son discours introduit un peu d’espoir, c’est peut-être aussi parce que nous sommes enfin redevenus optimistes et que nous avons confiance en notre force.
Je voterai Mélenchon, non pas pour Mélanchon le tribun, l’agitateur d’espérance mais pour celles et ceux qui l’accompagnent et seront demain les acteurs du renouveau de la France universelle. Je voterai Mélencon parce que vous pensez que ça ne servira à rien alors que je suis convaincu que c’est au contraire notre seule véritable salut social. Je voterai Mélenchon parce que pour savoir si nous avons raison, il nous faut essayer ces autres voies de progrès.
Je voterai Mélencon parce que si vous dites que ce qu’il propose est impossible, c’est donc qu’il faut que nous le fassions !
[1] A l’exception notable de Jean-Luc Mélenchon.
[2] Alinéa 7 : Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie.
samedi 10 mars 2012, par
Comme on le sait, la sécurité routière en France, c’est beaucoup de fumée et surtout de répression, beaucoup de déclarations stupides et de vent de la part de ceux qui sont censés la … euh… comment dire ?… penser (Non, quoi, rigolez pas, c’est avec votre argent !). Surtout en ce qui concerne celle des motards, bien sûr. Je ne reviendrai pas sur le désormais célèbre brassard fluo ni sur la taille de nos plaques qui valent ses plus riches heures à celui qu’on devrait appeler "M. Moto National" mais qui n’est finalement que l’avatar le plus misérable d’une politique qui prétend vouloir notre bien. Voilà un gus qui voulait certainement se faire mousser devant les copains et qui se couvre de ridicule chaque fois que son patron ouvre la bouche. Quelle belle constance !
Tout cela nous conduit donc à donner de la voix les 24 et 25 mars prochain pour affirmer qu’une autre politique de sécurité routière est possible.
C’est un roman dans lequel on entre lentement, au rythme de la neige qui tombe et va isoler une petite ville turque du reste du monde pendant trois jours. C’est un roman lent, qui prend son temps lui aussi pour conter sur 625 pages (en format de poche) l’histoire des événements qui vont y survenir durant ce laps de temps.
C’est d’abord l’histoire de Ka, un poète turc, exilé en Allemagne, qui revient au pays pour rédiger un article sur des cas de suicide de jeunes filles voilées, pour le compte d’un journal d’Istanbul. Il part aussi sur les traces d’un amour de jeunesse, la belle Ipek à la belle poitrine, désormais divorcée, qui lui rendra l’inspiration poétique qui l’avait un temps abandonné. De ces retrouvailles, pleines de l’espoir d’un bonheur prochain, naîtront de nouveaux poèmes dont le titre du recueil donne le sien à ce roman : « Neige. »
C’est l’histoire de l’errance de cet homme à travers cette ville d’Anatolie, Kars, qui connut jadis la prospérité, du temps de l’empire ottoman, à une époque où celui-ci disputait la région à l’empire russe. Une ville désormais en déclin, à l’abandon, où la misère ronge les âmes aussi bien que les immeubles et les commerces, sans laisser le moindre espoir d’avenir radieux. Une ville qui se retrouve isolée du monde à cause de la neige et va s’échauffer, à la veille d’élections dont la victoire est promise aux islamistes, dans un coup d’état militaire dont on ne sait pas très bien si les étonnants instigateurs ne sont pas encore plus désespérés que ceux à qui ils veulent voler leur victoire.
Cela pourrait paraître grotesque, ridicule, risible. Ça ne l’est pas. Il y a du sang et des morts. Il y a des chars qui patrouillent et qui tirent. Il y a la répression.
Et au milieu de cette folie qui voit s’affronter kémalistes laïques et islamistes radicaux, il y a tout un peuple qui cherche sa vérité et sa voie. Un peuple qui semble découvrir que, au-delà de ses divisions idéologiques, il a en commun une culture et une réelle soif de reconnaissance, presque inextinguible, et bien des doutes sur lui-même et sur les moyens de parvenir à cette reconnaissance. Quel prétendu laïque athée ne sent pas résonner en lui l’écho de la parole divine ? Quel croyant si sûr de la solidité des racines de sa foi ne se prend pas à douter à cause d’un amour inavouable ? Et au milieu de ce peuple en ébullition qui revendique sa dignité, il y a Ka qui oscille d’un camp à l’autre, qui cherche à faire le lien, qui cherche aussi à comprendre son peuple, qui se veut témoin et qui devient acteur d’un drame qui le happe.
C’est bien de sa Turquie et du peuple turc que nous parle Orhan Pamuk à travers les drames de Kars et de Ka. Une Turquie qui vit dans une sorte de conflit permanent d’amour-haine, d’attraction-répulsion vis-à-vis de l’Occident, plus particulièrement de l’Europe. Qui exige les égards et le respect qui lui sont dus : « On n’est pas idiots. On est seulement pauvres » dit un jeune Kurde. Il semble ainsi résumer le regard, au mieux condescendant, au pire hostile, que chez nous certains portent sur ces pays comme la Turquie, en se gobergeant de ce que ces civilisations-là ne pourraient égaler la nôtre.
Et pourtant, qui peut le plus ressembler à une humanité qu’une autre humanité ? Cette plongée dans l’âme turque, même incomplète, même imparfaite, est aussi une invitation à la reconnaissance d’un peuple riche d’une histoire millénaire. Vouloir comprendre l’autre, c’est déjà l’accepter.
Sans oublier la fluidité du texte d’Orhan Pamuk, sa beauté et sa richesse, empreints de poésie et de nostalgie, qui donnent envie de poursuivre cette découverte.
Une bien belle histoire.
Ce qu’il y a de bien avec Sarko, c’est qu’il est tout en finesse. A Bayonne, ce sont des « voyous » qui l’ont conspué en empêchant les « braves gens » de venir à sa rencontre. Ils sont d’ailleurs minoritaires, les « voyous » qui le sifflent, d’après lui, mais en tout cas visiblement plus nombreux que les « braves gens ». C’est dire si ça se bousculait pour venir voir et complimenter le grand homme !
Donc, si on ne veut plus de Sarko, on est des voyous. C’est toujours bon à savoir. Personnellement, vu comme ça, j’aime bien être un voyou, moi !
Il nous la joue outré, offusqué, le furoncle de la République. Après cinq ans passés à s’essuyer les pieds sur la majorité d’entre nous, à vouloir nous dresser les uns contre les autres à grands coups de déclarations et de lois à l’emporte-pièce, il est comme surpris de voir que tout le monde ne veuille pas les lui baiser, ses pieds. Quelle ingratitude, après tout le mal qu’il s’est donné à démolir la société française ! Vraiment ! Parce que, si on le siffle, Sarko, c’est sûrement pas à cause de sa politique à lui que tout le monde ne peut qu’admirer. Non, c’est un coup monté de Hollande ! Et un peu des assassins séparatistes basques.
Tout en finesse !
Sarko, ce serait donc un intouchable. Surtout pas critiquer. Surtout pas ! Car lui seul sait. Au point de vouloir faire voter en moins de 2 mois tous les trucs géniaux qu’avec ses copains et pines, Cameron, Merkel, Monti, Rajoy et compagnie, ils veulent voir appliquer à tous les peuples européens : la saignée. Et là, ça ne le dérange pas, l’infaillible Sarko de procéder à un véritable coup d’état pour imposer ses vues, lui qui pourtant ne jure plus que par le référendum, paraît-il. Il est vrai que dans ce cas comme dans celui de sa relation au « peuple », il sait faire la distinction entre les bons et les mauvais.
Et il ne doute de rien, ce mec : plus les ficelles sont grosses et plus il se complait à les agiter. Il est le Président protecteur qui sauve les emplois des Français. Lejaby : 98 emplois miraculeusement sauvés par un obligé du grand copain PD-G de LVMH. Comme ça, le truc complètement désintéressé ! C’est dingue, un tel niveau de générosité et de conscience nationale. Bien sûr, on est bien contents pour ces travailleuses et on espère pour elles que, une fois l’élection passée et la fumée dissipée, on ne les enverra pas se faire voir à Pôle-Emploi avec un autographe de Nic, Président ou plus Président. Et on évitera soigneusement de parler des environ 125 autres femmes de chez Lejaby, à Rilleux-La-Pape, qui restent sur le carreau et dont personne n’a que faire. Faut dire aussi qu’elles étaient pas au bon endroit, là où était l’archange-président lorsqu’il a posé son regard magique sur les élues de sa condescendance. C’est vraiment pas de pot !
Et ce bon copain Proglio, le pédégé d’EDF, qui se découvre une passion soudaine pour le photovoltaïque. Et hop ! Encore 200 emplois sauvés en un claquement de doigts. C’est beau. Surtout quand on sait que, un mois avant, il avait mis le pouce vers le bas pour laisser l’entreprise Photowatt et ses salariés crever. Et puis, soudain, la révélation ! Lui aussi, il a le cœur sur la main. Il allait pas laisser crever tous ces gens alors qu’il est si facile, finalement, si on le veut vraiment, de faire plaisir à Sarko en campagne électorale un geste désintéressé pour les emplois français. Car oui, monsieur, tout ça, toute cette générosité, cette volonté de fer au service de l’emploi, c’est pour la France !
Même Mittal, il se fait dessus quand Sarko fait les gros yeux. Parole ! 17 millions d’euros qu’il va lâcher l’industriel indien, juste parce que Nic lui a demandé poliment. Pourquoi maintenant ? Pourquoi pas 4 ans avant ? Poser la question est sûrement le comble de la mesquinerie. Comme de penser qu’en juin, il risque d’y avoir une belle palanquée de cocus !
Sarko, la France, maintenant, il la veut forte. C’est un malin. Y en a là-dedans, ça paraît pas comme ça ! Il s’est rendu compte, après 5 années passées à les dézinguer, qu’une France faible ne pouvait pas protéger les Français. Forcément, pour un Président-protecteur, ça va pas le faire. Tu parles d’un boulot, toi ? Tant qu’à faire, autant qu’elle soit forte, la France, hein ?
Là où on a un peu du mal, c’est pour comprendre le distinguo entre la « France » et les « Français ». Parce que, normalement, la France, c’est les Français, non ? Qui c’est qui constitue la France sinon les Français ? Faut être Kociusko-Morrizet pour se pâmer en entendant « une déclaration d’amour à la France », sans se poser de questions aussi métaphysiques pour pas se froisser le neurone, peuchère ! Ou alors Morano mais elle c’est parce qu’elle n’en a plus, des neurones. Bref ! Parce qu’on voit pas trop comment la France pourrait être forte si les Français sont exsangues, ma belle.
Comme toujours, Sarko et sa petite clique étalent leur seul savoir faire : nous prendre pour des cons. Et ils font bien. Dans cet exercice là, ils sont plus que crédibles. Ça frise même la perfection. A tel point qu’ils ne font même plus semblant d’y croire eux-mêmes. Ils balancent leurs sornettes persuadés que ça fera mouche à tous les coups. Et ça se voit si bien qu’on sent venir l’élan qui va leur botter les fesses.