@Ficanas84

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    A en croire le gouvernement, refuser de ratifier le traité budgétaire aurait été une catastrophe. Et quelle catastrophe ! Cette si belle Europe, le phare de la démocratie, tout de même, aurait ainsi été réduite à néant, sa superbe monnaie jetée aux oubliettes de l’histoire et une crise sans précédent aurait anéanti à jamais les pays du vieux continent.

    Ne sont-ils pas mignons nos Hollande, Eyrault, Cahuzac, Guigou et autres Fabius à vouloir aujourd’hui nous vendre comme seule issue à la crise, comme seul remède au prétendu déclin du pays, un traité qu’ils vouaient aux gémonies, naguère — il n’y a pas si longtemps, l’affaire de quelques mois tout au plus — et qui serait devenu bien plus présentable depuis que notre admirable président, de ses petits poings rageurs frappés avec autorité sur la table, aurait obtenu un début de semblant de commencement d’éventuel pacte de croissance ? Enfin peut-être. Enfin, faut voir, c’est pas sûr parce que, Angela, elle est pas trop chaude pour ce qui est de sortir de la merde ces salauds de fainéants du Sud !

    Bah oui, c’est beau l’Europe, la fraternité entre ses peuples qui n’hésitent jamais à ressortir leurs vieilles badernes pour mieux se mépriser les uns les autres. Les Grecs ? Des voleurs et des tricheurs qui n’ont que ce qu’ils méritent. Les Ritals et les Portos ? Pareils ! Quant aux Espagnols, n’en parlons même pas ! Mais à part ça, on s’aime tellement que ça en serait indécent d’en faire une démonstration. Parole !

    Et puis, pour Merkel, faut pas pousser le cochonnet trop loin, non plus : les exigences démocratiques doivent être compatibles avec le marché. Autrement dit, les intérêts des rentiers avant ceux de la populace. Danke schönn !

    Donc, grâce à Hollande, ce fameux traité qui, il y a encore à peine 6 mois instaurait une austérité à perpétuité, un carcan tel qu’il interdisait toute politique sociale, ce fabuleux traité est maintenant devenu la quintessence de l’ambition sociale et économique de la gauche moderne qui se doit d’être à la fois sociale et libérale. Un must ! Le nec plus ultra de l’oxymore politique, ma chèèèèèère Vâââlérie, n’est-ce pas ? Enfin, la gauche… C’est ce qu’ils disent dans les journaux parce que eux, c’est bien connu, ils savent tout mieux que nous. Ça là, ce machin qui est au gouvernement du pays, ce serait la gauche, les autres n’étant que des extrémistes.

    Et il est content, Hollande. Pas besoin de la droite pour voter le traité. C’est sûr, ça aurait été la honte pour un gouvernement qui se dit « de gauche » mais c’est pas glorieux quand même car, en réalité, c’est cette mouvance prétendument de gauche qui a voté avec la droite. On savait qu’ils nous feraient le coup mais on reste toujours ébahis par cette faculté des socialistes à renier leur parole. Mais quel bel enfumage digne du sarkozysme ! Quel bel exercice de trahison !…
    Il y a quand même eu 282 députés dits « de gauche » pour approuver le traité : 264 socialistes, 12 radicaux de gauche, 3 écolos, 1 apparenté front de gauche martiniquais. 282 noms (oui, je sais ça fait seulement 280) qu’il va falloir retenir pour pas se tromper à nouveau aux prochaines échéances électorales.

    Et tout cela, à un moment où près de 70 % des Français déclarent qu’ils voteraient contre Maastricht si le référendum avait lieu aujourd’hui. Et cela après avoir fait campagne en prétendant vouloir renégocier le traité, ce qui n’a pas été fait malgré ce qu’en dit Eyrault.
    Mensonge et trahison. Une nouvelle fois, la décision a été prise sans et contre le peuple sous prétexte qu’il n’y a pas de nouveau transfert de compétence. La belle affaire ! Notre belle classe politique avait surtout peur de se voir une fois de plus désavouée par le peuple prié de supporter sans broncher tout le poids de l’austérité perpétuelle. Car c’est pour notre bien, c’est pour la France. Et ils se foutent de nous en plus ! Le beau mécanisme que voilà, pillage de la ressource publique au seul bénéfice des intérêts particuliers, des rentiers qui iront ensuite s’installer à l’étranger pour mieux jouir de leur magot. Vive la France !

    Elle est vraiment brillante, notre classe politique. Tous ces bourgeois qui se partagent le pouvoir sur notre dos et qui n’hésitent pas à nous imposer les pires sacrifices alors qu’eux mêmes n’en souffriront pas. Les mêmes qui dans quelques mois se coucheront à nouveau devant le MEDEF pour mieux anéantir ce qu’il reste du droit du Travail, ce carcan qui bride tant la compétitivité de nos entreprises. On nous le vend si bien ce progrès fabuleux ! Droite, gauche ? Elle est où la différence ? Il est où le changement ? L’égalité devant le mariage et l’adoption ? Oui, c’est bien, c’est une affaire de justice mais ça ne changera rien au quotidien de millions de gens malgré ce que certains voudraient faire croire dans le débat débile actuel. Tandis que ce traité et ses conséquences, là où il aurait fallu rompre avec la logique libérale pour changer réellement cette politique suicidaire, les voilà d’accord pour nous emprisonner davantage.

    Mais, finalement, on aura au moins une satisfaction : les emplois dans la police (le maintien de l’ordre) ne risquent pas de diminuer. Au contraire, comme en Espagne ou en Grèce, il va en falloir pour calmer les mécontents, d’ici quelques mois. Et puis, on pourra toujours verser une petite larme de bonheur devant les mines ravis de nos chers dirigeants se congratulant d’autosatisfaction devant les cendres de la démocratie : Baroso, Merkel, Flanby, etc. A gerber !

    C’est vrai, c’était pas si mal trouvé finalement, Flanby, le courageux capitaine de pédalo qui a si bien su nous mettre !… Trop fort !

    Quand même, je crois qu’elles peuvent se frotter les mains, les Marine, Marion et consort. Il est en train de leur préparer le terrain, notre bon Hollande, notamment dans le Vaucluse.

    On parie ?

    Permis de tuer ?

    dimanche 9 septembre 2012, par Marc Leblanc

    Ce soir, dans le cadre de son émission "Zone interdite", M6 s’intéressera à l’épineuse question "Conduire avec ou sans permis de conduire : enquête sur ces Français prêts à tout !", avec point d’exclamation et tout ça. « Alors que cet été 2012 a été plus meurtrier que l’an dernier sur les routes de France, (+ 3,6% de décès par rapport à juillet 2011), plusieurs des conducteurs impliqués dans ces accidents mortels roulaient sans permis. Qui sont ces Français qui osent prendre des risques avec leur vie et celles des autres sur la route ? Quelles sont leurs combines pour ne pas se faire prendre ? Pourquoi est-il si difficile de décrocher cet examen en France ? », annonce même le site de la chaine.

    Je sais ce que vous allez me dire : "On s’en fout !" et sans doute aurez-vous raison. M6, comme la plupart des autres chaines de télé, d’ailleurs, hélas, donne assez peu souvent dans la finesse, est plutôt adepte de l’enfoncement de portes ouvertes et de la sécurité routière à grand spectacle et sait manipuler avec un talent certain tous les poncifs les plus éculés énoncés sur le sujet depuis l’invention de la roue. Il y a donc peu de chance que l’émission de ce soir diffère beaucoup des précédentes.

    Derrière la présentation toujours très aguicheuse du sujet, il y a aussi cette affirmation selon laquelle rouler sans permis serait quasiment une tentative d’homicide plus ou moins volontaire. Raccourci simpliste, bien sûr, que la plupart des journaux n’ont pas manqué d’utiliser lorsque ces faits-divers sont venus défrayer la chronique. Conduire sans permis = assassin ! Si ça c’est pas de la rigueur journalistique, pas vrai ?

    Pourtant, le sujet est intéressant. Il aborde un phénomène qui, apparemment, tend à se développer ou, peut-être, à être plus visible. Se poser la question est donc pertinent. Mais pourquoi, encore une fois, ces raccourcis stupides et ces amalgames ?

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    Le dernier ennemi - Bataille d’Angleterre, juin 1940-mai 1941

    Richard Hillary

    vendredi 7 septembre 2012, par Marc Leblanc

    J’avais dix ou onze ans lorsque j’ai lu (que dis-je ? Dévoré !) « Le grand cirque » de Pierre Clostermann pour la première fois. C’est mon père, alors sergent-chef dans l’Armée de l’Air, qui me l’avait offert pour un anniversaire. Je l’ai toujours.

    C’est aussi mon père qui m’avait inoculé l’amour de l’aviation et des avions en m’emmenant avec lui à de nombreuses reprises sur les bases aériennes où il servait, me permettant ainsi d’approcher ses gigantesques monstres volants (à l’échelle d’un enfant) et les gens qui s’affairaient autour. Parfois, j’avais le privilège de monter dans un avion et même de m’asseoir à la place du pilote. Les copains du paternel étaient toujours aux petits soins quand un enfant leur rendait visite. Et, bien sûr, quand la base ouvrait ses portes aux riverains à l’occasion d’un meeting aérien, je n’étais jamais le dernier à profiter des tours d’avions que l’armée offrait en guise de baptêmes de l’air. Pouvoir approcher ces machines volantes, même si ce ne sont jamais que des machines à tuer, est bien sûr quelque chose qui marque l’esprit d’un enfant.

    En ce temps-là, la guerre n’était pas si loin — moins de vingt ans — et l’on pouvait trouver de nombreuses bandes dessinées bon marché qui vantaient les exploits de héros, le plus souvent imaginaires, qui vous dézinguaient du Boche comme qui rigole, à se demander pourquoi cette guerre fut si longue et si terrible ? Parmi ces bédés, il y en avait une qui racontait les aventures d’un pilote anglais, Battler Britton, lui aussi grand éradicateur de nazis qui exerçait ses talents avec une facilité déconcertante. Un jeu d’enfant, la guerre ! Pour moi, elles valaient surtout par le dessin plutôt fidèle des aéronefs mis en situations. Spitfire, Hurricane, Tempest, Mosquitos, Messerschmitt BF109, Focke-Wulfe 190A ou D, Stuka, etc. Tout ça vire-voltait de page en page, donnant de cette époque tragique un aspect quasi-ludique totalement déconnecté de la réalité et exaspérait mon père qui avait combattu (plus tard) à bord de zincs de reconnaissance sans jamais nous avoir rien dit des guerres dont il portait à jamais les stigmates physiques et mentaux. C’est la raison pour laquelle, je pense, il m’avait offert ce livre de Clostermann, histoire de m’ouvrir les yeux et de dire un peu de ce qu’il ressentait lui-même.

    « Le grand cirque » est le récit, extrêmement bien écrit, des combats menés par un des as des Forces Aériennes Françaises Libres (FAFL) au sein de la légendaire Royal Air Force (RAF). Par la suite, j’ai lu bien d’autres témoignages de ces hommes qui ont combattu l’Allemagne nazie dans le ciel d’Europe — notamment « Les carnets » du commandant René Mouchotte et « Les arènes du ciel » de Marcel Verrier de l’escadron Normandie-Niemen ou, bien sûr, le remarquable « Pilote de guerre » d’Antoine de Saint-Exupéry — tous poignants, tous passionnants et tous tragiques.

    Mais, du moins, « Le grand cirque » avait-il décidé de deux choses essentielles. Un, ma vocation : je serai pilote de chasse. Deux, ma fidélité à l’Armée de l’Air. Pour le premier point, la myopie s’est chargée de me ramener à de plus modestes ambitions. A défaut de pouvoir piloter des avions de chasse, j’en ai construit (et encore aujourd’hui) des escadres entières à l’échelle 1/72° qui avaient le don de désespérer ma pauvre mère qui en trouvait partout.

    Bien sûr, la première chose que l’on retient, à onze ans, c’est le côté épique de cette aventure mais les sentiments que livre l’auteur, même si l’on n’est pas tout à fait capable d’en mesurer toute la portée et la profondeur, imposent un autre regard sur ce qu’il a vécu, loin des fanfaronnades ridicules des bédés débiles et ultra-guerrières. Par la suite, en vieillissant, le côté un peu « technique » de ces récits de combats aériens tend à s’effacer derrière l’humanité des personnages.

    La plupart des témoignages que j’ai lus sont de simples récits d’actions, de situations qui racontent, en quelque sorte, la guerre au quotidien en resituant les événements dans un contexte qui reste cependant très difficile à appréhender, le tout mâtiné de considérations personnelles sur la détermination de ces pilotes, leurs doutes, leur fatigue et leur douleur à la perte des camarades. Cette longue litanie des noms de ceux qui ne rentraient pas, mission après mission. Il n’y a pas de fanfarons dans ces histoires, juste des hommes qui accomplissent un travail, leur devoir, en essayant de ne pas se poser de questions ni de trop penser au lendemain.

    Richard Hillary était un jeune anglais engagé dans la RAF, pilote de Sptifire, avec quelques compagnons qui se faisaient appeler « les types aux cheveux longs ». Il se destinait à l’écriture et, s’il avait vécu, il serait probablement devenu un grand écrivain britannique car son style est limpide, captivant et d’une apparente facilité.

    La relation qu’il fait de sa courte vie de pilote de chasse durant la bataille d’Angleterre est tout simplement remarquable. Mais plus peut-être que les textes des Français qui ont participé aux mêmes combats — à l’exception de Saint-Exupéry qui, bien sûr, questionne beaucoup le sens des événements en y recherchant l’humanité et auquel il s’apparente à bien des égards — celui d’Hillary est aussi une longue introspection sur le sens du combat mené, sur celui du patriotisme et sur une certaine vacuité de cette jeunesse dorée britannique, sortie des grands collèges, à la fois généreuse et ouverte au monde aussi bien qu’arrogante, voire suffisante, égoïste même, et sûre de pouvoir en changer la nature par sa seule existence. Hillary parle de ces jeunes hommes qui affectaient de ne pas être patriotes (le patriotisme de commande, selon eux) voire de mépriser la « patrie » et qui peu à peu ont pris conscience qu’ils étaient, malgré leur indiscipline, de redoutables obstacles à l’expansion nazie, acceptant dès lors de mourir les uns après les autres en refusant les grands discours, les envolées lyriques sur la défense de la Démocratie, simplement parce que leur sacrifice était nécessaire.

    Hillary a voulu témoigner pour ces amis disparus, pour dire qui ils étaient et aussi ce qu’ils n’étaient pas :

    C’est avec hésitation que je me suis mis à écrire ce livre car je sentais que quiconque essaierait d’expliquer le choc moral produit par cette guerre sur la jeunesse de mon pays — choc qui dépasse les faciles emballements de l’écran — devrait le faire d’une façon compétente et digne du sujet. Je ne sais si j’ai réussi. J’étais à la fin tellement dégoûté des rengaines sur la « Forteresse Angleterre » et sur les « Chevaliers de l’Air » que je me suis décidé à écrire tout de même ce livre. Je l’ai fait dans l’espoir de faire comprendre à la prochaine génération que, si nous étions stupides, nous ne l’étions pas entièrement ; nous nous souvenions bien qu’on avait déjà vu tout cela dans la dernière guerre mais que c’est malgré cela et non à cause de cela que nous étions persuadés qu’il valait encore la peine de se battre cette fois-ci.

    Ce n’est pas seulement le sort de l’Angleterre qui s’est scellé durant cette bataille aérienne gigantesque mais celui de l’Europe entière. Ils ont été nombreux ces pilotes anglais, polonais, tchèques, norvégiens, belges, français, hollandais, etc. à donner leur vie pour barrer la route à la folie hitlérienne. La Royal Air Force a sans doute écrit alors une des pages les plus tragiques et les plus glorieuses de son histoire. Mais c’est essentiellement grâce au courage du peuple britannique et à celui de cette poignée d’hommes si jeunes que la victoire finale fut rendue possible.

    Il est de bon ton parfois, aujourd’hui encore, de railler l’Angleterre en souvenir de ce vieil antagonisme historique qui opposa nos deux pays pendant des siècles. Par bonheur, il n’en reste aujourd’hui que quelques exercices obligés d’humour plus ou moins vachard, toujours empreints de mauvaise foi si ce n’est de vérités partielles et partiales et ce aussi bien ici que là-bas. Comme toujours, il en est encore pour prendre les choses au premier degré et voir dans l’autre plus qu’un concurrent, un possible ennemi. La connerie n’est pas une affaire de nationalité. Mais on ne dira jamais assez le respect et la reconnaissance que nous devons à l’Angleterre et aux peuples britanniques qui ont supportés seuls pendant longtemps le poids terrible de la guerre.
    Certains se complaisent encore dans l’évocation de l’épisode tragique de Mers-el-Kébir, symbole de la perfidie et de la francophobie anglaise. Mais nul ne peut nier, et cela quels que furent les calculs politiques et stratégiques du gouvernement anglais de Winston Churchill, que c’est grâce à l’Angleterre que la France a pu prendre place aux côtés des vainqueurs et retrouver son honneur.

    Richard Hillary a voulu pour épitaphe ces vers tirés de Gaspard Hauser de Paul Verlaine :

    Bien que sans patrie et sans roi
    Et très brave ne l’étant guère,
    Je voulus mourir à la guerre :
    La mort n’a pas voulu de moi.

    La mort a fini par vouloir de lui. Elle l’a emporté à l’âge de 23 ans. Grièvement brûlé une première fois, il avait voulu reprendre son service alors qu’il aurait pu se retirer et panser ses cruelles blessures sans que personne ne songe à s’en scandaliser.

    Pierre Clostermann dédiait son « Grand cirque » à ses camarades pilotes de la RAF qui sont morts eux aussi pour la libération de la France, à tous ces hommes à qui nous devons tant et sur qui l’oubli tombe si vite.

    Je voulais rendre hommage à leur courage et à leur sacrifice.

    Merci à eux.


    Le dernier ennemi - Bataille d’Angleterre, juin 1940-mai 1941 - Richard Hillary - Editions Tallandier, collection Texto - Préface d’Arthur Koestler

    Vous savez comme moi comment ils sont les minots, toujours à fanfaronner, à se croire invincibles, immortels et à prétendre savoir toujours tout mieux que personne. Ils n’ont forcément aucun besoin d’un conseil et encore moins d’une quelconque mise en garde puisque rien ne peut leur arriver. Et si jamais ça arrive quand même, ils se gardent bien d’aller se vanter de leur mésaventure, des fois qu’on abimerait un peu plus leur petit ego cabossé d’un "je t’avais prévenu" qui signerait l’humiliation suprême. C’est déjà bien assez de devoir passer sous les fourches caudines des vieux, toujours à s’inquiéter d’un rien et à faire perdre leur précieux temps aux jeunes aventuriers.

    Celui-là, il était bien à point. Je ne sais pas depuis combien de temps il poussait son brêlon sous le cagnard impitoyable et par 32°C au bas mot mais s’il avait jamais été arrogant et suffisant dans sa vie antérieure, il n’en gardait plus aucun vestige visible. Cramoisi, qu’il était le gamin. Et humble. Nous, on croisait tranquilles comme Baptiste sur la route D66 qui monte au col Saint-Sébastien, en direction de Mens. C’était vers les 17h30. Je me suis arrêté à son côté pour savoir de quoi il retournait. Il devait avoir dans les 16 ou 18 ans et il ruisselait toute l’eau de son corps à pousser une sorte de trail 125 cc. Nous, on n’avait plus de flotte, malheureusement, et il nous tardait justement d’arriver à Mens pour boire un bon coup. Lui, il s’était vautré, qu’il nous a dit, et depuis plus moyen de faire démarrer son bourrin. Mais besoin de rien. Personne à prévenir à Mens qui était sa destination, soi-disant. Et puis têtu comme une mule, le jeunot. Il ne voulait rien savoir, rien dire, un peu méfiant peut-être ou incrédule de voir que deux adultes veuillent l’aider. Ou trop timide pour accepter, allez savoir. Il était à deux doigts de défaillir mais tout allait bien, promis, juré.

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    C’est ce bon Benoit — Iksevéï ou B16, le pape, quoi — qui avait fait cette découverte en janvier dernier, si l’on en croit RMC : le mariage des homosexuels mettrait l’humanité en danger. Et là, on rigole déjà moins, hein ? On fait moins les fiérots avec ces idées droitdelhommistes, égalitaristes et tout ça. Il est bien gentil le pape, faut dire, de bien vouloir supporter l’existence de tous ces homo même que, déjà, être homo c’est une déviance contre la nature que dieu il nous a donné à son image. Alors faudrait voir à pas pousser le bouchon du cochonnet trop loin à vouloir se marier, en plus, car quand on est malade comme ça, c’est carrément comme qui dirait le renier, le bon dieu !
    D’après B16, il aimerait pas trop les gouines et les pédés, le bon dieu. Mais chut, c’est confidentiel. C’est pas de l’intolérance divine, que non ! C’est juste comme ça. Ça se discute pas. On n’y peut rien, voilà ! C’est comme qui dirait un dogme et faut être pape ou, à la rigueur, prêtre pour comprendre le pourquoi de l’affaire. Peut-être une expérience peu concluante, un coup foireux ? On sait pas vraiment. En tout cas, il a pas l’air de vouloir plaisanter avec ça, dieu, à ce qu’il dit le B16.

    Et attention, c’est pas seulement chez les cathos ! Non, non, non ! Parce qu’on pourrait dire : « Ouais, en vrai, c’est le chef des cathos qu’est juste homophobe, les autres ils sont hémophiles. » Ben non, justement, c’est aussi comme ça dans les autres religions et sous-sectes de tous types. C’est dire s’il a de la suite dans les idées, le bon dieu. Il a verrouillé le système. Chez ces gens-là, dès qu’ils voient un(e) homo, ils te se font des signes de croix partout, des incantations, ça te balance de l’encens et des herbes hallucinogènes en pagaille, ça se lamente en se tapant la tête contre les murs, ça fait des prières et tout ça, rien que pour faire vader rétro le ou la satanas. Pas toucher, des fois que ça soit contagieux. Alors, finalement, le mieux, c’est encore de les brûler ou de les lapider, leur faire très mal à ces saloperies de vermines. Brrrrr ! Y en a des qui sortent carrément le goudron et les plumes et même les battes de base-ball ou les barres à mine, histoire de corriger comme il se doit ces anomalies insupportables. Un peu comme pour les Juifs, en somme. D’ailleurs, on se souvient qu’à une certaine époque le protocole des soins à prodiguer était sensiblement le même.

    Bon, okay, aujourd’hui, tout ça s’est un peu calmé mais il y a encore des bien malades, des purs et durs, genre Civitas ou les salafistes (y en a d’autres), des trucs bien fachos, qui n’hésitent pas, dans cette société décadente, à bouffer du pédé au nom d’une saine morale d’essence divine et pour se rassurer aussi un peu sur leurs propres orientations sexuelles. Car c’est horrible, bien sûr, de vivre avec ce genre de doute. Ils aiment bien s’attaquer à des cibles faciles, ces psychopathes, ça les rassure sur leur virilité, sans doute. Tellement d’ailleurs que dans certaines « sociétés », dans certains groupes, portant haut les valeurs raffinées de l’Homme-le-vrai, on prend son pied en sodomisant les impétrants qu’on désigne sous le vocable de « bleus » ou de « bizuths ». Le plus beau est que ces gens-là se considèrent souvent, ou sont considérés par le reste de la société, comme constituant une élite exemplaire alors que, ce faisant, ils ne sont que de la graine de bourreaux. Allez comprendre !

    Ainsi, l’humanité sera en danger si les gays se marient. Voilà donc notre bon Benoit qui vient nous jouer les haruspices après avoir tenté de lire sa prophétie dans les entrailles de Boy George, lequel n’était évidemment pas trop partant en plus d’être Anglais, contraignant B16 à se rabattre sur J23, de moins bonne qualité quoique mieux disposé. Quand on pense que Madame Irma et sa boule de cristal pouvaient nous sortir les mêmes fadaises pour un prix incommensurablement plus modeste, on mesure les substantielles économies que l’église catholique pourrait réaliser par ces temps de crise en supprimant purement et simplement ce poste et ceux qui gravitent autour. Bien sûr, ce ne serait hélas pas la garantie de ne plus entendre ces tristes pitres nous agonir de conneries.

    Mais après tout, il n’est ni surprenant ni anormal que l’église défende ses dogmes les plus archaïques avec autant de zèle. Il est toujours sain de pouvoir se souvenir que derrière la façade toute de tolérance affichée qu’elles se donnent parfois, les religions ont beaucoup de difficultés à supporter la contradiction. Ça te parle d’amour alors que ça pense soumission. Et quand bien même leurs ouailles seraient adeptes du « laisser-faire » en vertu du principe, somme toute raisonnable, qui veut que chacun mène sa vie comme il lui plaît, il se trouvera forcément un hiérarque pour dire tout le mal que son église pense de cette liberté car les religions se donnent surtout pour vocation de régir nos vies jusque dans leurs recoins les plus intimes.

    S’agissant du mariage, il faut bien reconnaître qu’elles ont la primauté dans l’énoncé du principe. Ce qui est surprenant, c’est qu’un état laïque le reprenne dans ses grandes lignes sans rien y changer alors qu’il ne respecte pas l’égalité de tous devant la loi. Pourtant, d’un point de vue laïque, le mariage n’est pas et ne peut pas être un sacrement même si la Révolution a voulu un temps singer l’église. C’est simplement un acte public par lequel la société enregistre le désir de deux personnes de vouloir vivre ensemble et de s’entraider en partageant leurs ressources, dans certaines conditions précisées par un contrat spécifique ou généraliste. Ce n’est pas non plus un outil de politique nataliste puisque qu’il n’y a pas de lien entre l’acte public civil de mariage et la procréation. On peut avoir des enfants hors mariage ou ne pas en vouloir en étant mariés. Et l’État dispose d’autres moyens pour favoriser la natalité si le besoin s’en fait sentir, ce qui n’est pas le cas en permanence, et sans avoir recours à une morale religieuse.

    En réalité, le seul mariage civil conforme aux principes républicains et laïques, c’est le pacte civil de solidarité (PACS). Certes, ça manque un peu de décorum, ce qui convient parfaitement à certaines personnes mais je ne vois aucune raison pour que le PACS soit privé de la mairie ou que le mariage civil ne soit pas contracté au tribunal d’instance. Le reste n’est que fioritures laissées à l’appréciation de chacun.

    Quant à l’aspect familial que le mariage serait censé induire et garantir dans le seul intérêt des enfants, c’est se moquer du monde que de prétendre que le bonheur de ces derniers relèverait de l’hétérosexualité de leurs parents. Les faits-divers dont nos journaux sont si friands démontrent jusqu’à l’écœurement que les enfants sont souvent mis en danger par leurs propres parents à qui on ne pratique pas d’expertises psychiatriques a priori pour déterminer s’ils sont aptes à les élever ou non. S’il s’agit de donner amour, protection et éducation à un enfant, je ne vois vraiment pas ce qui disqualifierait les homosexuels sauf… l’homophobie d’une partie de la société pour refuser de reconnaître leur humanité pleine et entière en leur reconnaissant simplement l’égalité des droits.

    On trouve à ce propos des arguties à vomir comme Marion Sigaut qui voit dans le mariage des homosexuels un simple prétexte pour la création d’un droit exclusif aux homosexuels sur les enfants des autres au travers du droit à l’adoption. On ne voit en effet absolument pas pourquoi, alors qu’il s’agit d’instaurer une égalité de droits, redisons-le, il deviendrait plus facile d’adopter sous prétexte d’homosexualité alors que le problème de l’adoption (plénière) est justement le « manque » d’enfants pouvant en bénéficier. Pourtant, à bien y réfléchir, l’adoption est fondamentalement un droit donné à des gens sur des enfants qu’ils n’ont pas conçus. Le genre des parents adoptifs n’y change rien. Bien sûr, dans l’abjection, il est difficile de faire plus fin et délicat que Civitas qui promeut une campagne, évidemment reprise par Minute, où l’on voit deux hommes nus de dos, portant le drapeau arc-en-ciel, avec cette légende : « Confieriez-vous vos enfants à ces gens-là ? »
    D’autant plus surprenant que, dans notre société, même les fachos ont le droit d’en élever…

    D’autres, plus modérés et développant un argumentaire assez proche du mien, en viennent à la conclusion opposée, ce qui est bien sûr leur droit, en posant des questions assez surprenantes : « Mais une fois le mariage accordé aux homosexuels, comment pourra-t-on justifier l’interdiction du mariage incestueux ? Comment argumenter l’obligation de fidélité entre époux ? Quelles raisons invoquera-t-on pour s’opposer à la polygamie ? On ne pourra invoquer que la tradition, celle-là même qui s’oppose au mariage des homosexuels… »
    Un mélange des genres un peu incongru tout de même. Si la « tradition » et la loi interdisent le mariage incestueux, c’est peut-être aussi en raison des conséquences génétiques engendrées par ces unions. Mais enfin, même dans les familles les plus permissives, il est rare que les enfants d’une même fratrie s’aiment à ce point. Cela n’est pas une aspiration sociétale significative. L’obligation de fidélité ? En quoi est-elle incompatible avec l’homosexualité et en quoi la loi empêche-t-elle l’infidélité ? Quant à la polygamie/polyandrie, en vertu du droit de chacun à conduire sa vie comme il l’entend, je ne vois vraiment pas pourquoi elle est interdite en termes d’union civile lorsqu’elle n’est pas contrainte.

    Pour tout dire, les religions nous emmerdent à vouloir sans cesse intervenir dans nos vies. Ces gens-là sont les premiers à hurler à l’intolérance quand on se permet de les critiquer ou de les caricaturer mais ils ne se privent pas, eux, pour afficher la leur. De la très catholique prière à Marie du 15 août prochain, façon Sauvez la France, pour les uns, aux voiles et fanfreluches des autres, ce n’est que prosélytisme partout. Alors oui, je le dis, la seule façon de garantir l’égalité de tous devant la loi, c’est de vider les actes civils de toute connotation religieuse et d’appliquer et de faire respecter la loi de 1905 de séparation des églises et de l’état partout sur le territoire de la République. Cela n’empêche nullement tout un chacun d’agir ensuite en vertu des principes et des dogmes qu’il s’est librement imposés, selon ses croyances et, surtout, sans emmerder ses voisins. Basta !

    Pour finir, une fois n’est pas coutume, saluons une déclaration sur le sujet faite par Nadine Morano sur RTL. Ben oui ! Le bulot neurovégétatif a eu une pensée qui la rapproche temporairement du monde de l’intelligence. Il est cependant à craindre que l’effort consenti soit fatal à son neurone et nous prive de ses lumières pour un nouveau cycle de plusieurs siècles. Mais, même si ça reste très incomplet et surprenant, ça valait quand même la peine d’attendre ce moment rare comme le passage d’une comète. Comme quoi, l’homosexualité peut être source de miracles…

    Dieu soit loué ! Et pis, c’est tout !

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