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    Avignon, scènes sublimes

    Le bonheur théâtre

    dimanche 29 juillet 2012, par Marc Leblanc

    On a beau habiter à proximité du Saint des Saints, ce n’est pas pour autant qu’on est des festivaliers aguerris. Au contraire, je dirais que pendant très longtemps, chez nous, la grande préoccupation du mois de juillet a été de n’avoir pas à aller jusqu’en Avignon pour quelque raison que ce soit. Surtout éviter d’y mettre les pieds et de se retrouver noyés dans la fournaise et la foule compacte et hétéroclite des touristes et des amateurs de théâtre. Souvent les mêmes d’ailleurs.

    Il n’y a guère qu’à l’adolescence que, avec quelques congénères, nous nous empressions de nous y rendre, moins pour nous enfermer dans quelque salle devant une improbable scène que pour nous offrir le spectacle gratuit et en plein air de toutes ces belles filles, léger et court vêtues, offrant aux esthètes que nous étions alors (et que nous sommes demeurés, encore très souvent, heureusement !), la vision enchanteresse de leurs courbes sublimes et de leurs sourires étourdissants. J’avoue que, aujourd’hui encore, l’un des attraits du festival d’Avignon est la beauté joyeusement exposée de cette jeunesse superbe et pleine de vie. Que celui qui prétend n’avoir pas succombé aux charmes d’une mignonnette lui tendant le tract d’un spectacle en devenir, avec grâce et sourire, soit sur le champ brûlé vif pour mensonge éhonté ! Bien sûr, je précise, pour éviter d’être taxé d’intolérance par certains amis aux orientations sexuelles différentes des miennes, qu’ils peuvent à loisir changer le genre de la cible. Les faits sont là : Avignon durant l’été et surtout le mois de juillet est le temple de la jeunesse et de la beauté !

    Et le théâtre dans tout ça ? Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi mais j’ai longtemps trouvé ce genre de spectacle inaccessible, voire hermétique. Je veux parler du spectacle vivant, celui qu’on regarde depuis une salle et non pas celui qu’on nous distille à la télévision. Pourtant, j’avoue aussi avoir été séduit et captivé par des émissions comme le Théâtre de la jeunesse de Claude Santelli qui, sans être véritablement du théâtre, étaient des téléfilms aux décors souvent rudimentaires qui s’en rapprochaient beaucoup. Et aux textes magnifiques.

    Il a fallu que j’aille vivre en plein cœur d’Avignon, à une certaine époque, pour commencer timidement à m’intéresser vraiment au vrai théâtre, un peu puis un peu plus, plus tard, quand j’ai participé à la vie d’une MJC. De fait, le théâtre est un univers insolite capable de vous emporter dans un tourbillon de mots et d’images par la simple force des textes et du jeu des comédiens. Lorsque l’alchimie fonctionne, on vibre tout entier, on ressent avec les tripes les émotions transmises par ces gens qui ne sont plus eux mais des personnages réels, vivants, ne s’adressant qu’à soi. On est parmi eux, on vit leur vie et on baigne dans leurs mots. Le spectacle, alors, nous appartient à nous seuls. Il est nôtre. Que le comédien soit seul en scène ou parmi une troupe plus ou moins nombreuse, la magie opère toujours de la même façon même si chaque fois elle est différente. Bien sûr, il arrive qu’elle n’opère pas, qu’il manque à la pièce ce souffle qui déclenche le rêve et qui n’est pas forcément le même pour chacun. Tant pis ! Il restera quand même une certaine reconnaissance envers ces comédiens qui ont essayé de nous transmettre quelque chose. Rien n’est jamais perdu dans le théâtre. Il y a toujours au moins la foi des comédiens dans l’œuvre qu’ils défendent. Peut-être ont-ils été mauvais ce soir ou moins bons que d’ordinaire. Sûrement le seront-ils à nouveau un autre soir pour d’autres spectateurs plus chanceux. Je n’ai jamais détesté une pièce. Au pire, elle m’a laissé indifférent.

    Avignon, c’est une orgie de théâtre. Il paraît que, cette année, il y avait près de 1200 spectacles présentés, partout en ville et autour d’Avignon, dans les lieux parfois les plus improbables. Comment faire un tri parmi tous ces prétendants ? C’est impossible. Même la lecture des quotidiens locaux ne donne qu’une vision partielle de ces spectacles parmi lesquels on peut trouver d’authentiques pépites sur lesquelles, tous, nous rêvons de tomber. En fait, il existe une multitude de spectacles réjouissants qui, chacun à sa façon, nous offre un de ces instants de bonheur dont nous savons nous contenter, juste pour l’amour de ces scènes généreuses et des textes qu’on nous y offre et pour ces sièges très souvent affreusement inconfortables qui sont la preuve de notre abnégation inconditionnelle.

    Et je ne parle là que du festival Off. Car il paraît qu’il y a un festival In, très officiel, qui jouit du privilège de la fameuse cour d’honneur du Palais des Papes et qui, il faut bien le dire, laisse le plus souvent de marbre… Comme si cet honneur d’être reconnu dans ce lieu unique, hanté par le fantôme de Jean Vilar, rendait la tâche presque impossible à ceux qui prétendent assumer cet héritage. Comme si, cette quasi-obligation de présenter des pièces pourtant archi-jouées depuis des lustres mais dans des mises en scènes estampillées modernes, différentes, innovantes et tutti quanti instaurait un horizon le plus souvent inatteignable, dans un rituel convenu.

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    Affiche M. Guérin

    Le vrai théâtre populaire si cher à Vilar semble donc bien être ce Off bouillonnant comme un chaudron plein d’idées, de vie et de joie de vivre. Tout n’est sûrement pas intéressant, tout ne vaut pas le prix qu’on nous en demande, je présume, mais Avignon mérite bien sa réputation de ville de théâtre tant elle devient un véritable bouillon de culture… populaire.

    Il faut reconnaître, tout de même, que pour qui veut faire une cure bénéfique de théâtre, il vaut mieux prévoir un petit budget pas forcément négligeable. Et aussi s’organiser et prévoir.

    Le prix des places oscille en général entre 15 et 20 € (tarif normal). Des fois plus, des fois moins. Il existe des possibilités de réductions, notamment avec la carte du Off. Le problème est aussi que, au fur et à mesure que le festival avance (entre le 7 et le 28 juillet, cette année) et, avec lui, le bouche à oreille, il devient difficile d’accéder à certains spectacles sans réserver parfois longtemps à l’avance. Cela devient même une gageure quand on n’a que le samedi et le dimanche pour étancher sa soif de découverte même en y allant à l’aveuglette !

    Nous aurons tout de même réussi à voir quelques spectacles de qualité, cette année. Au théâtre du Chêne Noir : « Bibi ou les mémoires d’un singe savant » de Henri-Frédéric Blanc avec Damien Rémy ou « le Pays des Galéjeurs », par la Compagnie des Carboni, opérette d’après Scotto, Carb, Alibert et Sarvil. A l’Attila Théâtre : M. Guérin de et par Fabien Waltefaugle, histoire d’un mec gentiment névrosé façon Elie Sémoun et limite psychopathe façon Albert Dupontel. Avec beaucoup de plaisir à la clé.

    Et beaucoup de regrets de n’avoir pu aller voir « Invisibles » de Nasser Djemaï au Chêne Noir ou « Ma Marseillaise » de Darina Al Joundi au Théâtre des Halles, pour ne citer que ceux-là. Du moins, nous restera-t-il, à nous autres qui vivons près de la cité bénie, le plaisir d’aller à la rencontre des théâtres permanents qui, tout au long de l’année, nous offrent de riches spectacles dont j’essaie parfois de vous parler. Car, par bonheur, Avignon ne vit pas seulement dans la chaleur étouffante de juillet et sait réserver de belles découvertes à qui se donne la peine de s’y intéresser.

    La France qu’on aime

    samedi 28 juillet 2012, par Marc Leblanc

    « Ce qu’a dit M. Hollande (…) hier, personnellement, me scandalise, pour une raison très simple : ma France, elle n’était pas à Vichy, elle était à Londres depuis le 18 juin. Il n’a pas parlé au nom de la France que j’aime. Ce qui a été commis au moment de la rafle du Vel’ d’Hiv est une abomination, c’est une horreur, et ceux qui l’ont fait doivent être condamnés durement au tribunal de l’Histoire. Mais la France, qu’est-ce qu’elle a à voir avec cela ? Peut-être que M. Hollande se sent proche de la France des notables apeurés qui se sont précipités à Vichy après l’armistice. Ce n’est pas ma France », s’est offusqué le député UMP des Yvelines sur RMC et BFM-TV.

    « Vél d’hiv : pour Henri Guaino, la France n’a rien à voir avec les déportations » sur l’Humanité.fr du 23/07/2012

    Bien sûr, on pourrait dire que les atermoiements de ce pauvre Guaino, la plupart d’entre nous s’en battent l’œil avec une certaine indolence mâtinée d’une pointe de compassion tellement ce type est ridicule et minable. Voilà donc, en effet, la fameuse plume du Sarko qui vient nous la jouer « plus gaulliste que moi, tu meurs ! » après tant de temps passé à cirer les pompes du meilleur héritier de Pétain. Ce mec-là se voudrait une caution morale alors qu’il a été l’un des artisans d’une politique méprisable parce que méprisant les « autres » et les stigmatisant, tels les Africains, si peu entrés dans l’Histoire (mais qui s’emploient surtout à faire sortir la France de la leur) ou les gens du voyage et les Roms, fauteurs de délinquance patentés. Et j’en passe.

    Chaussé de ses plus gros sabots, l’homme à l’indignation élastique pousse même la perfidie jusqu’à associer Hollande à Vichy, donc à Pétain, donc à la collaboration alors que tout son discours, au contraire, condamne sans appel ce régime. Dommage pour ce cher Henri que l’image d’Epinal de sa « France que j’aime » et dont il se pose en dépositaire exclusif, le petit prétentieux, ne soit si brouillée par les graffitis haineux du Sarkozysme ! On aurait presque pu y croire. Mais il est vrai que, dans l’esprit étroit, étriqué et monomaniaque des gens de droite, la gauche n’est jamais légitime, qu’elle gagne et gouverne ou qu’elle perde et s’oppose. Heureusement pour Hollande, Chirac avait déjà commencé à tracer la voie…

    Bien sûr, nous aussi, on préfère la France de Londres à celle de Vichy. Près de 70 ans après la fin de la guerre, on a tout de même eu le temps de comprendre, comme Riton, où étaient les bons et les méchants. Surtout ceux qui n’y ont joué aucun rôle, comme les gens de ma génération et des suivantes, parce que nés après. C’est donc aussi le cas de Guaino, né en 1957 en Arles !

    Nous, ce qu’on connaît de cette fichue guerre, c’est ce que nous en ont dit nos parents et nos instituteurs. Souvent pas grand chose, d’ailleurs. Mais aussi ce que nous en avons lu dans les bouquins ou vu dans les documentaires et les films, à la télé ou au cinéma. Parfois aussi au théâtre. C’est dire que, pour nous, le choix était assez restreint : prendre le parti de Pétain était inconcevable sauf à revendiquer une démarche idéologique d’extrême-droite. Bien sûr, ça existe, et plus le temps passe, plus il semble que ces raisonnements simples et simplistes séduisent plus de monde, jusqu’à un récent président sortant. La force de l’oubli, sans doute.

    La France qu’on aime, donc, elle était aussi dans le Vercors et aux Glières, même un peu partout dans le pays, souvent misérable tant les moyens pouvaient lui manquer, si peu nombreuse le plus souvent, en butte à la délation de « la France que personne n’aime plus aujourd’hui » et dont personne n’a jamais été, semble-t-il. La France qu’on aime, c’était une armée de l’ombre de bric et de broc composée souvent d’inconscients, d’idéalistes, de gens de rien juste indignés par l’abandon, de gaullistes et de communistes et même d’étrangers et de métèques venus chez nous continuer le combat… Un peu les mêmes que ceux que Sarko, le mentor de ce cher Henri, aimait tant fustiger, il y a peu !

    Mais qu’on les aime ou pas, les France de Londres et de Vichy sont toujours La France, que je sache. Pétain n’a pas pris le pouvoir en renversant le gouvernement d’un pays démocratique : on le lui a donné, même si ce fait n’est pas exempt de magouilles et de combines.

    Guaino se donne des grands airs outragés lorsqu’il dit, parlant de ceux qui ont commis la rafle du Vel’ d’Hiv’, qu’il doivent être condamnés durement au tribunal de l’Histoire. On n’a, en effet, plus guère que ce tribunal-là pour les juger et les condamner puisque « la France qu’on aime », à quelques exceptions près, s’est bien gardée de le faire. Et on le comprend quand on se souvient du bel élan de patriotisme qui a saisi tant de nos concitoyens libérant leur furieuse envie de résister à l’oppression contenue avec tant de difficulté durant 5 ans. Ah, les beaux jugements sommaires ! Ah, la saine excitation procurée par la vue de ces femmes rasées et clouées au pilori pour avoir couché avec cet ennemi tant honni ! Ah, les beaux règlements de comptes au nom d’une morale frissonnant toujours dans le sens du vent dominant ! Était-ce pour conjurer le souvenir si récent des années noires durant lesquelles ce pays a aussi été un champion de la délation ?

    On nous a dit et répété que le souci du gouvernement provisoire a été d’éviter un bain de sang à la Libération. Sûr que les ambiguïtés de l’Occupation ne promettaient pas seulement des Jours Heureux ! Mais ce souci, au demeurant salutaire, n’a finalement jamais permis de solder les comptes. Au contraire, il a aussi donné à des ordures comme Papon la possibilité d’officier pareillement pour la République qu’ils avaient su le faire pour l’État français de Vichy, grâce à de Gaulle, et à d’autres, comme Bousquet, par ailleurs organisateur de cette rafle, de bénéficier de quelques protections comme celle de François Mitterrand. Cela sans être inquiétés ni rendre de comptes pour leurs actes. Dur, le tribunal de l’Histoire !

    Mais ce jugement de l’Histoire, aussi dur soit-il, ne nécessitait-il pas qu’un débat soit conduit dans le pays, et qu’il se trouve des intellectuels pour l’animer, analyser cette période et crever l’abcès une bonne fois pour toute ? Au lieu de cela, la thèse gaullienne de la France Résistante, celle qu’on aime avec Guaino, a voulu baigner l’histoire de notre pays d’une lumière glorieuse dont chacun ressent confusément qu’elle est aussi un peu artificielle. Pareil que pour la guerre d’Algérie, finalement.

    Ce qui fait froid dans le dos, avec la rafle du Vélodrome d’Hiver, ce qui est terrible et ce qu’a fort bien mis en exergue François Hollande, c’est qu’elle a été entièrement ordonnancée par des Français. Ce qui est terrifiant, c’est que ce sont notre police et notre gendarmerie qui ont exécuté les ordres donnés par des responsables français avec pour seule contrainte le devoir d’obéissance des fonctionnaires à l’État.

    N’en déplaise à monsieur Guaino, ces gens-là étaient bien des Français et donc c’était bien la France. Pas celle qu’on aime, j’en conviens mais la France, quand même. Quels qu’aient pu être leurs sentiments personnels, chacun d’eux porte une part de la responsabilité d’un crime immense et impardonnable. On aurait bien sûr préféré qu’ils agissent différemment, qu’ils se révoltent et qu’ils obligent le pouvoir à faire appel aux Allemands pour mater la rébellion et à endosser la vilénie. Qu’ils écrivent une nouvelle page pour illustrer l’esprit frondeur de cette France qu’on aime, prompte à se sacrifier pour la liberté, la justice et la gloire. Parce qu’on sait que c’est possible. On sait, par exemple, que malgré l’incompétence notoire de ses chefs d’alors (on parle de Gamelin et consorts), l’armée française (notamment, l’armée de l’air), dans la défaite de 1940, avait su écrire, malgré son sous-équipement, de belles pages d’héroïsme, hélas méconnues. En tout cas, à l’opposé de cette armée de branquignoles, de bras cassés et de tire-au-flanc, popularisée par un certain cinéma (la 7ème compagnie, par exemple). Mais là, non. Rien. Pas de révolte. Juste l’obéissance. Jusqu’au bout.

    A l’autre bout de cette chaîne de l’abjection et du malheur, il se trouve des hommes comme Primo Levi (dans « Si c’est un homme ») qui analyse avec une tragique gravité cette évidence si horriblement humaine : là où les hommes sont soumis à la pire des oppressions et où l’on penserait qu’ils feraient preuve de solidarité et de compassion mutuelle, il suffit à l’oppresseur de déléguer la plus infime partie de son pouvoir de vie et de mort sur les opprimés pour que, toujours, parmi ceux-ci se lèvent des individus qui, à leur tour, deviendront oppresseurs de leurs compagnons de misère et, parfois, leur pire cauchemar. Cet homme, qui était revenu avec si peu d’autres comme lui de ces camps où ils avaient survécu à tant de souffrances indicibles et que nous sommes incapables d’imaginer malgré ce qu’ils en ont raconté, nous disait que, finalement, il n’y a rien de plus banal que la lâcheté… ordinaire !

    Alors, c’est sûr que si on ramène cela à l’échelle de pays comme le nôtre, tant de lâcheté fait crasse et mieux vaut vénérer la France qu’on aime. Car ce qui fait peur, aussi, c’est de se dire, chose absurde, j’en conviens, que si pareille mésaventure se reproduisait, il se trouverait des gens pour aider nos bourreaux, avec ou sans uniforme de policiers ou de gendarmes et que nous leur serrons sans doute la main tous les jours.

    Le seul point sur lequel de Gaulle avait peut-être raison, c’est que la République n’a pas commis ces crimes. A mon sens, elle en porte néanmoins une lourde part de responsabilité car elle s’est avérée incapable de protéger ses citoyens en donnant le pouvoir à l’extrême-droite. Mais pour le reste, la France a bel et bien commis un crime les 16 et 17 juillet 1942 et bien d’autres durant cette sombre période. Il ne s’agit pas de refaire l’histoire et de donner des leçons. Qui serions-nous, nous qui n’avons pas vécu cette époque, pour dire ce qu’il était bien de faire ? Que savons-nous de ce qu’aurait été notre propre comportement dans un contexte que nous ne connaissons pas vraiment ? Mais du moins, nous comme nos aïeux connaissons les valeurs qui fondent notre pays. Ce n’est pas mentir que de dire qu’elles ont été trahies et que, pour des raisons qu’on aimerait sincèrement comprendre, trop de nos concitoyens ont aussi trahi la France qu’on aime. Et que c’est de ne pas savoir l’expliquer qui rend la chose si douloureuse.

    Alors, de grâce monsieur Guaino, taisez-vous et honorons la mémoire des victimes de cette France abjecte qui nous marque tous d’une tache indélébile. Merci à Jacques Chirac et à François Hollande d’avoir mis un terme à cette hypocrisie gaullienne à laquelle vous vous raccrochez lamentablement !

    Je relisais ce billetde mon petit (quoique) camarade Fred narrant, avec le talent qu’on lui connaît, son dilemme pour choisir entre la carte papier et le GPS. On y trouve aussi une fort belle contribution de ce cher Komar, poétique et sensuelle à souhait dans son évocation des multiples et insoupçonnés plaisirs procurés par une carte routière savamment manipulée. On pourrait penser, à la lecture de ce texte et des commentaires qui l’accompagnent, à une réédition des fameuses batailles entre les anciens et les modernes qui m’ont tant ravi au temps désormais lointain où de méritants professeurs tentaient d’ouvrir mon esprit aux beautés de la littérature. Peut-être. Il est sans doute normal de se poser la question de mesurer les avantages comparés de l’une ou l’autre méthode.

    Je mentirais effrontément si je prétendais ne pas aimer les cartes. J’en conserve beaucoup, parfois d’assez vieilles, dans un meuble réservé à cet usage dans mon petit bureau. Comme il m’est souvent reproché de trop garder, il m’est arrivé d’en jeter qui étaient usées jusqu’à la quasi-décomposition. Mais finalement, on ne se refait pas, j’aime bien ouvrir une vieille carte et regarder comment le pays qu’elle renferme a évolué.

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    Un petit coup pour la route

    samedi 7 juillet 2012, par Marc Leblanc

    Alors, voilà. Il paraît que depuis le 1er juillet dernier on doit avoir par devers soi un éthylotest dès lors qu’on est au volant d’une caisse ou au guidon d’une bécane de plus de 50 cm3. C’est dingue tout ce qu’on fait pour la sécurité routière dans ce pays, quand on y pense. J’en suis tout ébaudi, parole !

    Mes pensées émues et admiratives vont vers les auteurs de cette initiative si géniale, n’ayons pas peur des mots. Fallait oser, non ? Allez, ne dites pas le contraire. Vous n’y auriez pas pensé. Sauf, évidemment, si vous êtes VRP en éthylotests ou si vous pédégez une entreprise qui en fabrique. Mais à part ces cas extrêmes, que dalle ! Personne d’un peu sensé n’y aurait pensé. Et c’est là qu’on voit affleurer tout le génie de nos technocrates. C’est payé combien avec nos impôts un (haut) fonctionnaire de la DSCR ? Un max, non ? Sûrement. Il doit y en avoir eu une belle palanquée qui de réunions de service en réunions de secouement de neurones, avec l’aide des pédégés cités précédemment, en est arrivé à cette évidence : "pour lutter contre l’alcoolisme - surtout au volant - chaque citoyen de ce pays devrait posséder un éthylotest. Allez, zou ! Ça s’arrose, tiens !" C’est dire si un truc de rien du tout qui est censé être vendu entre 1 et 2 €, nous a déjà coûté bonbon, rien que là !

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    Législatives 2012

    Fronts et affronts

    vendredi 15 juin 2012, par Marc Leblanc

    On a peut-être le « front républicain » à SOS-Racisme mais il semble être un peu bas et il n’est pas certain qu’il y ait un cerveau capable d’un brin de réflexion derrière car, à vouloir appliquer partout la même règle sans se préoccuper des réalités locales, on en finirait presque par oublier que le racisme et l’intolérance ont effectivement été promus au rang de politique gouvernementale pendant ces cinq dernières années. Et qui c’est qui gouvernait, hein ? Ce serait pas des fois l’UMP avec ses glorieux alliés comme l’impayable « Nouveau » Centre ?

    Dans un récent communiqué intitulé Élections législatives : les candidats de la honte, l’association déclare :

    La candidate PS Catherine Arkilovitch qui, en refusant le désistement républicain en faveur du candidat de l’UMP, est responsable de la triangulaire qui se déroulera dans la 3ème circonscription du Vaucluse. Cette situation, qui risque de voir Marion Maréchal Le Pen entrer à l’Assemblée nationale, est d’autant plus inacceptable dans une circonscription où la victoire du FN a été érigée en symbole par Jean-Marie Le Pen.

    et finit sa diatribe par cet appel d’une rare bêtise :

    SOS Racisme appelle l’ensemble des électeurs de ces circonscriptions à voter en faveur du candidat républicain le mieux placé à l’issue du premier tour.

    Et là, on s’interroge : il est où le candidat républicain dans la 3° du Vaucluse ? Vite, un nom.

    Sûr, c’est pas la tite fifille Le Pen, on est bien d’accord. Mais on ne voudrait pas nous faire croire que c’est Jean-Michel Ferrand, quand même ? Le candidat UMP de la fameuse droite populaire ? Le même machin qui, dans les Bouches-du-Rhône, se désiste en faveur du FN pour faire battre le socialiste Vauzelle ou, comme la pitoyable Morano qui se trouve des valeurs communes avec le FN et appelle ses électeurs à voter pour elle. Voilà qui est clair !

    En fait, ici, il n’y a qu’une candidate républicaine. Elle est socialiste et s’appelle Catherine Arkilovitch. Elle défend crânement sa chance face aux deux résidus pétainistes qui se la jouent plus peuple l’un que l’autre pour faire croire qu’ils en sont. Et, bien sûr, elle a été lâchée par son parti et son suppléant (un certain Roland Davau — un nom à retenir pour éviter des votes inutiles à l’avenir) et par le reste de la gauche, y compris Roger Martin, le candidat du Front de Gauche.

    Ce dernier prétendait il y a peu fonder la légitimité de sa candidature (de gauche) sur ses longues années de combat contre le FN et ses thèses. Personne ne songe d’ailleurs à contester cet engagement. Sauf que M. Martin comme, hélas, beaucoup trop de ténors de la gauche, semble avoir de gros problèmes de vue. Comment des militants communistes osent-ils nous demander de voter pour un facho plutôt que pour l’autre ? Comment M. Martin ose-t-il nous appeler à voter Ferrand alors que la candidate socialiste se maintient et mène la bataille ?

    Elle n’a aucune chance de gagner ? Qui le dit ? Les urnes n’ont pas encore parlé. Et puis, je croyais que la dignité, en démocratie, c’était de mener son combat jusqu’au bout en restant fidèle à ses idéaux. C’est cela l’idéal de M. Martin ? Tromper ses électeurs en les faisant voter pour la pire des droites ? Ou bien se venge-t-il mesquinement de Madame Arkilovitch qui a osé contester la légitimité de sa candidature et l’a battu ? Si c’est ça, le geste mérite d’être salué tant il est beau ! J’ai soudain mal à mon bulletin de vote du 1er tour…

    Appeler à voter Ferrand, c’est baisser les bras. C’est envoyer une bouée de sauvetage au vieux crocodile en perdition. Marion Le Pen risque d’entrer à l’Assemblée ? Et alors ? Oui elle risque mais elle n’y est pas encore. Et si les électeurs de gauche ne sont pas aussi stupides que les leaders locaux, on se préoccuperait moins de voir la Le Pen s’asseoir dans l"hémicycle que de voir Catherine Arkilovitch gagner. Car tant qu’on n’a pas tout tenté, tout espoir n’est pas perdu.

    Hélas, ce qui risque de se passer maintenant, c’est que cette bataille soit effectivement perdue sans aucun profit pour la République. Et cela nous le devrons à la frilosité d’une partie de la gauche qui confond stratégie de bazar et dignité.

    Cela m’avait un peu irrité quand je l’avais lu mais je finis pas donner raison au maire de Bédarrides, Joël Sérafini : on a bien la gauche la plus bête du monde dans le Vaucluse.

    Alors, on l’aura compris : La méchante diatribe de SOS-Racisme est indigne. Elle est là la honte, sur ceux qui ont écrit ces lignes d’une bêtise affligeante. JAMAIS je ne voterai pour l’UMP dans le Vaucluse, même si cela doit permettre au FN d’être élu, car d’ici peu, on aura droit à des alliances entre ces partis. Et qui seront encore les dindons de la farce ? la gauche et le peuple et la République !

    Je voterai donc pour ceux qui se battent encore et ne se résignent pas. Quoi qu’il advienne dimanche, comme Serge Paumier dans Médiapart, je dis : Chapeau, Madame Arkilovitch. Bravo et merci.

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