1er juin 2013

  • [Blogue] Le juif errant

    Le monde a tendance à se dépeupler ces dernières années et ma discothèque à ressembler de plus en plus à un mur commémoratif où se succèdent les disques des artistes que j’ai aimés : Brassens, Ferrat, Reggiani, Brel, Leclerc, Ferré, Béranger, Pagani, Caradec, Barbara, etc.

    Georges Moustaki vient à son tour d’éteindre les feux de la rampe et de baisser le rideau, discrètement, à l’image de sa vie, après longtemps de silence. Il était entré dans mon univers musical en 1969, comme pour beaucoup de gens, je suppose, avec sa chanson « Le Métèque ». Dans l’album qui l’accompagnait, j’avais découvert un artiste étonnant par sa voix douce et claire et par son talent à marier les plus délicates harmonies aux poèmes les plus beaux.

    En réalité, sans que je le sache, Moustaki existait déjà dans mon univers grâce aux chansons de Reggiani, la sublime « Sarah », bien sûr, et plus particulièrement « Ma liberté » que je m’appliquais à chanter autour des feux de camps estivaux en grattouillant piteusement ma guitare. Il y existait même depuis bien plus longtemps encore car, à la maison, mes parents vouaient une grande admiration à Édith Piaf pour qui il avait composé « Milord ».

    J’aimais bien ce type et l’image qu’il donnait, celle d’un gars nonchalant, calme qui ne parlait ni ne chantait jamais en élevant la voix mais qui pouvait dire avec simplicité des choses d’une rare justesse qui me touchaient. A bien des égards, il était l’archétype du méridional, du méditerranéen, du grec même, apôtre du temps de vivre et du temps partagé avec les amis, du temps que l’on prend pour faire les choses calmement, sans se précipiter, posément pour aimer ou pour chanter, le cauchemar des libéraux de cette Europe du Nord qui méprisent tant celle du Sud où ils ne voient que voleurs, profiteurs et tire-au-flanc et qu’ils s’emploient à humilier avec une persévérance qui confine au racisme. Moustaki, c’était notre frère à nous les méridionaux, qui, par son talent et par la beauté de ses musiques et de ses textes, nous redonnait la fierté d’être ce que nous sommes avec nos rares défauts et nos généreuses qualités. Ecoutez « En méditerranée » ou « Grand-père », il y parle de chez nous. Pour autant, il était aussi gourmand de découvertes d’humanités diverses, de musiques du monde, notamment brésilienne. Même s’il n’étalait pas sa vie dans les médias et ne se posait pas en maître à penser, il était de ces gens qu’on aime simplement parce qu’ils nous rendent notre sourire et nous considèrent avec gentillesse.

    Ses chansons m’ont accompagné toute ma vie. Comme celles d’autres, bien sûr, mais souvent elles sont venues résonner dans mon crâne, plus encore depuis que mon système auditif décline. Les textes sont si beaux, les musiques si agréables. On peut préférer telle chanson à telle autre mais il me semble qu’on ne peut pas ne pas les aimer toutes tant elles sonnent comme de la poésie à l’état pur. Une chanson de Moustaki, c’est un pur instant de douceur et de bonheur.

    Lui aussi s’était vu mettre le pied à l’étrier par Georges Brassens dont il a été l’élève et dont il a pris le prénom en signe d’éternel hommage. Pourtant, il s’appelait Joseph ce qui, toute charge biblique mise à part, n’était pas mal non plus. Mais on n’imagine pas le bien que le facétieux moustachu a fait à la chanson française en aidant et en soutenant tant de jeunes talents au front aujourd’hui blanchi.

    Et puis, Moustaki était aussi motard, sans ostentation mais sans faux semblant. Et cela collait bien à l’image de son personnage à la fois discret (on peut être motard et ne pas se complaire dans la démonstration) et déterminé. Libre comme ceux qui donneront naissance à la FFMC.

    Oui, le monde se dépeuple ces dernières années. Mais Georges Moustaki nous laisse une discographie si belle qu’elle nous aidera à surmonter la tristesse de son départ. Il me restera aussi le privilège d’organiser dans ma tête de somptueux concerts privés où la douceur de Moustaki se conjuguera à la chaleur de Ferrat et de Reggiani sous le regard bienveillant de Brassens.

    Merci Monsieur Moustaki pour avoir embelli ce monde par vos chansons et nous avoir aidés à cultiver l’espoir de le changer vraiment.

    Voici ce qu’écrivait Georges Brassens en mai 1954 à l’attention de Georges Moustaki, le poète qui avait alors 20 ans :

    Il existe encore des poètes. Mais ils se cachent çà et là entre deux pierres ou dans des trous d’aiguille. On les traque sans relâche (Pères indignés. Faut embrasser une carrière. Gagner sa vie. Que vont dire les gens !). Ils meurent presque tous très jeunes, les poètes, et l’homme leur survit comme on raconte. Bien sûr, un certain nombre échappe au massacre. Et alors on les fête comme une victoire nationale. On les cajole, on les appelle « cher maître » au sérieux, on se délecte à les écouter chanter leur feu ni lieu d’avant la ratification (Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux de Richepin ou d’ailleurs). Mais quand ils n’en menaient pas large, on leur fermait la porte au nez. Moustaki en est un. Il a eu vingt ans tout à l’heure et c’est plus difficile qu’on ne le suppose (Le petit cheval de Paul Fort, dans le mauvais temps, qu’il avait donc du courage). Il écrit des chansons entre les lignes. Il aurait pu bâcler des insanités et se faire chanter par la canaille lyrique. Il a choisi les chemins escarpés, les chemins coupés. Il fait confiance au public. Il aura sa récompense.
    Un temps viendra où les chiens auront besoin de leur queue et de Moustaki, poète inébranlable, et ceux qui s’apprêtent à le mordre aujourd’hui lui passeront la main dans les cheveux, s’il lui en reste.
    Soyez bons pour les animaux, même les tigres. Chante Moustaki. Ta chanson s’envolera vers les oreilles. Le temps s’en charge. Tu n’es pas seul. Écoute Guy Charles-Cros :

    Avec des mots chantés à voix profonde et douce
    Avant qu’un peu de terre emplisse notre bouche
    Confier à la vie notre lucide amour,
    C’est là notre travail sans trêve et notre fête,
    Notre raison de vivre et de mourir poète,
    Notre unique et divin recours.
  • 26 mai 2013

  • [Blogue] La manif pour tous : comme au bon vieux temps !

    Pour le Figaro, c’est « la France rebelle », celle de citoyens qui défient le pouvoir. Elle était moins lyrique, la feuille de chou réactionnaire, quand c’étaient des travailleurs en lutte pour sauver leurs emplois ou leurs retraites qui descendaient dans la rue, il n’y a encore pas si longtemps. Mais là, il s’agit de bouffer du pédé. Alors, on se lâche et on fait bon accueil aux groupuscules d’extrême-droite qui se sentent pousser des ailes et qui rêvent d’abattre la gueuse, comme au bon vieux temps.

  • 1er mars 2013

  • [Blogue] Ils ont tué Jaurès !

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    Jaurès assassiné - L’Humanité

    Le bistrot était presque vide. A l’extrémité du zinc, la patronne conversait tranquillement avec deux habitués accoudés au bar et juchés sur les hautes chaises. La journée démarrait tout doucement pour tout le monde. Nous nous étions installés à une grande table au milieu de la salle et parlions nous aussi à voix basse de choses et d’autres sans grande importance. Surtout, nous tentions de chasser de nos esprits les dernières brumes d’une nuit, comme toujours interrompue trop tôt, sans parvenir vraiment à échapper à d’ultimes rêveries qui nous enfermaient de longs moments dans un mutisme harassé. Je sirotais mon grand crème et y trempais les morceaux d’un pain au chocolat dont la croûte s’émiettait d’abondance et se répandait sur toute la table. Un autre habitué entra saluant l’assemblée à la volée et alla se joindre au trio de comploteurs, là-bas au fond du bar. Sur le vaste mur face au zinc, le grand écran plat était calé sur BFMTV, son coupé. On y voyait défiler les images de ce qui était l’actualité du jour, en alternance avec les gueules inexpressives des deux présentateurs, et soulignées de l’incontournable bandeau déroulant les sujets en cours. En dessous apparaissait aussi un pavé marqué « Alerte Info » annonçant à la manière d’une catastrophe nucléaire les velléités de candidature de Sarkozy pour la présidentielle de 2017. Comme si ça pouvait être une surprise ! Encore un truc pour nous pourrir la journée à peine commencée, en attendant de nous pourrir la vie pour de bon le moment venu. Quelle galère !

    Les reportages tournaient en boucle, comme il se doit : Mali, Syrie, « chiffres » du chômage, Sarkozy, Mali, Syrie, etc. Surtout Sarkozy dont de larges extraits de ses profondes réflexions — telles qu’il les avait confiées à Valeurs Actuelles — défilaient au bas de l’écran comme pour nous allécher. Bizarrement, le vide sidéral de la pensée — appelons ça ainsi — sarkozienne semblait être un sujet bien plus important que tout autre, notamment le chômage ou la mort d’un soldat français au Mali. Décidément la médiocrité des puissants prend toujours le pas sur les préoccupations des petites gens. Puis vint apparemment le moment de l’indispensable page « culturelle » — désolé, ça s’appelle comme ça ! — consacrée ce jour-là à un autre de nos grands comiques : Johnny. Il paraît que le cher grand homme, sentant sans doute la fin approcher, nous a concocté un nouvel album sur le temps qui passe accompagné d’une sorte de pot-pourri d’images de sa fastueuse jeunesse. Le bonheur, en somme ! C’est dans de tels moments que vous vient un lourd sentiment de lassitude face à une telle vacuité. Sarkozy, Halliday, voilà ce qui fait l’actualité dans ce pays d’après cette chaine d’information en continue, sans doute ni pire ni meilleure que les autres car aussi superficielle qu’elles. Des pourvoyeuses « d’infos » bien formatées, du prêt-à-digérer non pas consensuel mais fondamentalement orienté dans le sens du vent dominant, celui des puissants, du grand patronat, de l’ultra-libéralisme, pour qui des ouvriers en lutte commettent des actes de violence inacceptables alors que leurs vies sont saccagées par des licenciements d’une rare sauvagerie et un chantage à l’emploi d’un rare cynisme. Quand on met bout-à-bout ces infos partiales, incomplètes, superficielles et clairement orientées qu’on nous assène de toutes parts, on ne peut qu’être frappés par le profond mépris qu’elles traduisent, dans le fond, de la part de bon nombre de journalistes, à l’égard de la classe ouvrière, des gens modeste d’une façon générale, de ceux qui triment pour gagner leur vie.

    Je pensais alors à Stéphane Hessel, disparu une semaine avant et auquel, selon l’usage réservé aux grands hommes, la Nation devait rendre hommage ce même jour. Décidément non, ces événements ne pouvaient pas évoluer dans la même dimension. D’un côté l’élégance, l’humanisme, la sagesse et la générosité des convictions d’un Stéphane Hessel, de l’autre la vulgarité, la rapacité, la soif de domination et le culte de soi-même de quelques médiocres pantins. Deux conceptions antinomiques de l’humanité. L’une généreuse et sincère, l’autre hypocrite et égoïste. Je me demandais aussi comment Hollande allait se sortir de l’exercice, lui qui, tout en étant le chef de file d’un parti dont Stéphane Hessel était ou avait été une des figures, conduisait une politique qui, à bien des égards, prenait le chemin opposé de celui que prônait le vieux sage ou, en tout cas, était une cause de ses indignations. La politique de Hollande n’est ni plus ni moins que la continuation de celle de Sarkozy et, en cela, constitue un reniement pour ne pas dire une trahison des engagements, pourtant modestes, sur lesquels il s’était fait élire. Dès lors, quelle ironie de le voir rendre hommage à Stéphane Hessel, à la mémoire de qui ce serait faire gravement injure que d’oser comparer leurs pointures morales et politiques respectives, non plus qu’à celle d’une classe politique française qui, à peu d’exceptions près, se vautre dans une médiocrité confondante. Pourtant, une chose est sûre : cet hommage de la Nation aurait pu être encore plus affligeant s’il avait été conduit par Sarkozy, celui-là même qui était allé faire à plusieurs reprises le guignol prétentieux aux Glières pour y fouler au pied la mémoire des Résistants et l’œuvre du Conseil National de la Résistance.

    Pour finir, Hollande a assuré le service minimum face à cette encombrante figure, lui faisant un éloge à peine plus chaleureux que ceux de beaucoup d’autres ne possédant pourtant pas la même proximité supposée avec Stéphane Hessel, et évitant soigneusement de froisser le CRIJF dont l’aversion pour le défunt, illustrée par des diatribes assez minables — en raison de son soutien à la cause palestinienne — n’a d’égale que la propension pour le moins pénible de ces gens à voir un antisémite pathologique en quiconque ose critiquer la politique israélienne. Quel courage, Monsieur le Président. Mieux valait tenter d’accréditer l’idée que l’amitié qui liait Stéphane Hessel à Michel Rocard validait la conception que ce dernier avait de la Gauche, oui, de la Gauche alors que plus personne ne songe plus depuis longtemps à coller une telle étiquette sur le dos du malheureux ambassadeur de Sarkozy auprès des pingouins. Toujours le mot pour rire, ce Hollande ! Il faut dire que dans ce parti socialiste, il y a belle lurette que l’idée même de Gauche s’est perdue dans les sables mouvants de l’opportunisme, ne servant plus que très rarement de caution sociale à un libéralisme qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui promu par la droite. Et à quoi donc se résume le libéralisme ? A rendre les travailleurs responsables des difficultés économiques et à faire peser sur eux l’essentiel des sacrifices jugés indispensables, au prix des droits qu’ils ont chèrement acquis au cours du siècle dernier et qu’ils ont arraché de haute lutte à la bourgeoisie.

    Il paraît que ces acquis sont désormais ringards et obsolètes, d’après les habituels experts qui viennent presque quotidiennement nous expliquer que la crise, c’est nous et nos droits. En fait, pour le patronat et la bourgeoisie, ils le sont depuis le jour de la signature des accords qui les ont engendrés. L’occasion est trop belle, aujourd’hui, de remettre les compteurs à zéro pour les salariés et de les dépouiller. On sait bien que l’impôt ne fera qu’égratigner nos riches méritants. On sait bien que l’on ne pourra jamais éponger la dette. Mais l’essentiel n’est pas là. Ce qui importe, c’est de maintenir les peuples sous le joug, dans un état d’incertitude permanente et sous la menace de la misère afin de pouvoir puiser dans le vaste vivier mondial de main d’œuvre et de matière grise, en mettant en concurrence tous ces gens qui aspirent à vivre de leur travail, honnêtement, mais qu’on peut ainsi contraindre à renoncer à tout, y compris parfois à la dignité.

    Ils ont oublié, nos socialistes du XXIème siècle, que le socialisme, à l’origine, voulait l’émancipation de la classe ouvrière. Il voulait défendre et promouvoir la dignité des petites gens face à la rapacité de la bourgeoisie. Ils ont juste oublié qui leur donnait leur légitimité politique. Trahir le peuple a toujours coûté cher à la Gauche et n’a toujours servi qu’à affermir la droite la plus réactionnaire.

    Oui, nous laisserons sur le carreau le Code du Travail qui devait nous protéger un peu, nos salaires, nos retraites et la protection de notre santé, puisque le patronat et la bourgeoisie capitaliste l’exigent et que les socialistes, certains syndicats dits réformistes, la droite et l’extrême-droite sont à leurs ordres. Oui, on abandonne les classes modestes au nom d’une prospérité illusoire dont il n’est même plus question aujourd’hui qu’elle puisse être partagée si d’aventure elle revenait. Le peuple peut bien crever, il y a assez de miséreux de par le monde pour continuer à enrichir les puissants.

    Oui, ils ont oublié, les socialistes, qui ils étaient et qui ils auraient dû être...

    Bon courage pour les prochaines élections, mesdames et messieurs.

    Pourquoi avez-vous tué Jaurès ?

    Ils étaient usés à quinze ans
    Ils finissaient en débutant
    Les douze mois s’appelaient décembre
    Quelle vie ont eu nos grand-parents
    Entre l’absinthe et les grand-messes
    Ils étaient vieux avant que d´être
    Quinze heures par jour le corps en laisse
    Laissent au visage un teint de cendres
    Oui notre Monsieur, oui notre bon Maître
     
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
     
    On ne peut pas dire qu’ils furent esclaves
    De là à dire qu’ils ont vécu
    Lorsque l’on part aussi vaincu
    C’est dur de sortir de l’enclave
    Et pourtant l’espoir fleurissait
    Dans les rêves qui montaient aux cieux
    Des quelques ceux qui refusaient
    De ramper jusqu’à la vieillesse
    Oui notre bon Maître, oui notre Monsieur
     
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
     
    Si par malheur ils survivaient
    C’était pour partir à la guerre
    C’était pour finir à la guerre
    Aux ordres de quelque sabreur
    Qui exigeait du bout des lèvres
    Qu’ils aillent ouvrir au champ d’horreur
    Leurs vingt ans qui n’avaient pu naître
    Et ils mouraient à pleine peur
    Tout miséreux oui notre bon Maître
    Couverts de prèles oui notre Monsieur
    Demandez-vous belle jeunesse
    Le temps de l’ombre d’un souvenir
    Le temps de souffle d’un soupir
     
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
     
    Jacques Brel

    A lire aussi, ce texte de 2009.

    Ou cette reprise de Zebda :

  • 23 février 2013

  • [Blogue] La faute à personne, comme toujours

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    Heureusement qu’il y a Findus !

    C’est fou ce qu’on peut faire avec du cheval roumain quand on y pense ! Mais dans le fond, le problème dans cette histoire, ce n’est pas tant ces pauvres bêtes que ce qu’elle révèle de cupidité et de malhonnêteté dans un système censé nous nourrir.

    Les Roumains non plus, d’ailleurs, ne sont pas en cause. Certains, rien qu’à entendre ce mot avaient dressé l’oreille, prêts à nous asséner leurs sentences définitives sur ce peuple. Raté ! Ce sont bien de bons Français (et quelques autres fiers Européens occidentaux) qui ont cru malin de déguiser les canassons de Roumanie en vache de réforme. Au tiers du prix de la bête à cornes (sans corne, d’ailleurs, regardez dans les prés), c’était une affaire. Vivent le marché unique et la concurrence libre et non faussée !

    On fait donc mine de découvrir le désormais fameux minerai et les pratiques d’une industrie en fin de compte ni plus dégueulasse ni moins pourrie que les autres. Juste une machine à pognon avec plein de chartes éthiques et blabla Qualité façon ISO 9000 et tout ça qui font super-propres, et plein de règlements sanitaires super-épatants mais sans personne pour s’assurer de leur respect, vu que l’État a dépecé ses services de contrôle. Faut pas désespérer ces valeureux chefs d’entreprises qui donnent du boulot aux culs-terreux avec ces normes handicapantes. C’est même Cahuzac qui le dit, un ministre de référence qui sait tout de la finance mais rien de la lutte des classes.

    Alors, on aura peut-être des étiquettes pour dire quelle viande on mange, foi de Hollande, mais, pour pas nous effrayer encore davantage, elles ne nous diront pas ce que nos bestioles ont mangé. Faut pas exagérer non plus. A quoi servirait de connaître la présence d’OGM, d’hormones, d’acide lactique, de Javel ou autres trucs sympas ? Ça nous avancerait à rien, pardi, sinon à nous angoisser ! Et c’est Bruxelles qui le dit. Et on sait que quand Bruxelles fait les gros yeux, Hollande se pisse dessus comme Sarko avant lui.

    Dans le genre, c’est cette même industrie de transformation de la viande qui nous avait fourgué les farines animales. Ça avait donné le scandale de la vache folle et tout ça. Mais comme c’était pitié de perdre tant de bonne marchandise, grâce aux fines analyses de Bruxelles, on va de nouveau pouvoir s’en servir pour nourrir les poissons et les autres bestioles. Mais attention, promis juré, il n’y aura plus de mélanges hasardeux pour transformer nos herbivores en cannibales. Nenni. On sera juste plus sévères, intransigeants. Comme avant la première fois, quoi, mais là grâce à la traçabilité, promis, ça va saigner avec les tricheurs. Puisqu’on nous le dit, hein ?

    Pour Spanghero et sa viande de cheval pas très ragoutante, j’ai une vague idée de qui va payer le gros de l’addition : il y a quelque chose comme 250 pèlerins qui n’ont rien demandé à personne mais qui risquent fort d’aller pointer chez Paul Emploi. Possible aussi que le patron pas trop honnête se fasse tirer les oreilles et y laisse des plumes. Admettons.

    Pour les farines animales, par contre, je vois pas bien qui rendra des comptes quand on découvrira que les mêmes causes produisant les mêmes effets, on se retrouve avec la même catastrophe sanitaire. Car il n’y a aucune raison pour que la cupidité fasse place à la raison et à la prudence. Comme souvent dans ces cas-là, les politiciens se retrancheront derrière leur dévouement à l’intérêt commun et leur absence d’expertise sur les sujets concernés et les experts diront, eux, que c’était imprévisible. Et, s’il y a des victimes, tout le monde exprimera sa douleur et sa compassion pour bien montrer son humanité.

    Voyez l’amiante. La France a été l’un des derniers pays occidentaux à l’interdire malgré sa nocivité reconnue depuis près d’un siècle. Encore aujourd’hui, de nombreux ouvriers contraints à travailler avec cette merde et mal protégés contre elle paient de leur vie la cupidité de leurs patrons et le manque de discernement de la classe politique. Pire, la justice traine les pieds pour reconnaitre les préjudices de ces malheureux, simplement parce que, en France, le Parquet est aux ordres du gouvernement et que ces préjudices se chiffreraient à des milliards d’euros que les capitalistes refusent de payer.

    Voyez le nucléaire. La grande industrie nationale qui craque de tous les côtés mais procure tant de profits à quelques grands investisseurs nationaux. Interdiction absolue de douter. Le nucléaire nous donne tant d’emplois et apporte la prospérité à tant de petites villes où sont installées des centrales. Ce serait pitié d’y renoncer, irresponsable, même ! Mais qui rendra compte si, comme ce n’est malheureusement pas du tout impossible, un accident vient à mettre une région en péril et contraint ses habitants à l’évacuation ? On parle de 35 milliards d’euros. La belle affaire ! Tout une région abandonnée pour plusieurs siècles et tous ces gens qui avaient confiance réduits à l’état d’expatriés après avoir tout perdu. Au nom de l’intérêt national. Qui rendra compte ?

    Comme toujours, ce sera la faute à pas de chance. On pouvait pas savoir. On avait pourtant tout prévu. Et puis, c’était pour notre bien. Comme tant de choses aujourd’hui qui mettent tant de gens sur la paille sans que jamais un seul politicien ni aucun patron ne se sente concerné. Et pour cause : ils ont le pouvoir.

  • 3 février 2013

  • [Blogue] Django Unchained

    Film de Quentin Tarentino

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    Affiche Django Unchained

    Après le True Grit des frères Cohen en 2010, avec le très excellent Jeff Bridge — nouvelle version de "Cent dollars pour un shérif" d’Henry Hathaway en 1969 — ou l’Appaloosa de Ed Harris en 2008 avec le non moins excellent Viggo Mortensen, qui remettaient au goût du jour les arcanes du bon vieux western classique made in the USA, voici que Quentin Tarentino nous sert sa propre vision du western-spaghetti de la grande époque, celle de Sergio Leone aux films délicieusement ourlés par la musique d’Ennio Morricone. Django est aussi un film de Sergio Corbucci, sorti en 1966, qui connut un très grand succès et dont la chanson est reprise telle quelle dans le film de Tarantino.

    Après avoir réglé son compte à Hitler en 2009 dans Inglorious Basterds, c’est à l’esclavage que s’en prend Tarentino cette fois-ci. Comme souvent chez lui, il nous conte l’histoire d’un grand bavard érudit (Christoph Waltz, une fois de plus superbe) qui adore philosopher sur le sens de la vie tout en étant également très doué pour abréger des conversations versant dans une pénibilité qui justifie leur conclusion brutale et définitive. Bref, une fine gâchette. Le bavard, c’est le docteur King Schultz dentiste allemand en perdition disant n’avoir plus pratiqué depuis 4 ans. Comme il faut bien vivre, il vagabonde à travers les États-Unis dans une improbable carriole surmontée d’une molaire gigotant dans tous les sens au gré des torsions du ressort auquel elle est fixée et qui lui sert désormais de couverture dans son nouveau métier : chasseur de prime. C’est ainsi que, cherchant à s’associer les talents de physionomiste d’un esclave ayant connu 3 fripouilles dont la tête est mise à prix, Schultz va pousser très loin le respect de la dignité humaine et de la parole donnée en libérant d’abord cet esclave, Django (Jamie Foxx) et en l’aidant ensuite, une fois sa mission accomplie, à retrouver sa femme, Broomhilda (Kelly Washington), propriété du très méchant Calvin Candie (Leonardo di Caprio, vraiment excellent) secondé par son fidèle esclave Stephen (Samuel L. Jackson, étonnant) et quelques autres méchants, pas piqués des vers, que l’on adorerait voir mourir en gémissant bruyamment. Mais patience !

    Comme dans tout bon western — et même aussi dans certains moins bons — il y a beaucoup de coups de feu dans Django et beaucoup d’hémoglobine répandue en grandes aspersions maculant sans distinction hommes, chevaux, portes et murs et, forcément, la terre. Comme souvent aussi, la morale peut sembler limpide (l’esclavage, c’est vraiment vilain) tout en se parant d’une certaine élasticité : le chasseur de prime qui exécute ses victimes à distance ou par surprise pour s’éviter des déconvenues douloureuses, sans s’interroger sur le contexte de ses exécutions, par exemple. Mais bien sûr, il y a aussi ces dialogues et ces situations jubilatoires, propres à Tarentino, qui rendent plutôt gaies toutes ces séances de tir aux pigeons. Et quelques morceaux d’anthologie comme la séquence des sacs.

    En arrière-plan, il y a aussi cette question que l’on peut se poser : quelle liberté ont gagné ces esclaves libérés, hormis celle de pouvoir tuer d’autres humains y compris leurs bourreaux dont on se dit qu’ils l’ont bien mérité ? Mais si c’est là l’égalité de droits civiques avec les Blancs tant revendiquée durant tant d’années, ça n’est pas forcément très encourageant. Pourtant, l’esclavage est dans l’échelle de l’ignominie et du mal, l’un des pires crimes que l’Homme peut commettre sur ces semblables. Mais au-delà de la reconnaissance des souffrances de ces femmes et de ces hommes humiliés, il y a aussi cette certitude que la recouvrance de leur dignité ne passe certainement pas par la reproduction des crimes de leurs bourreaux même si cela peut apparaître un exutoire légitime.

    Bien sûr, le film de Tarentino ne pousse peut-être pas la réflexion aussi loin. Il parle simplement du respect dû aux Noirs et c’est déjà pas si mal. Mais il est également un excellent moment de divertissement grâce à des acteurs qui, des premiers rôles aux seconds rôles, sont tous remarquables.

    C’est aussi et surtout pour cela qu’il faut aller le voir. Alors bonne séance !

  • 12 janvier 2013

  • [Blogue] Un seul être vous manque...

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    Poing levé

    C’est vrai qu’ils sont plaisants tous ces aimables personnages qui viennent, chacun à son tour, tenter de nous convaincre que, non, décidément, ce n’est pas dans leurs poches ni dans celles de nos glorieux sportifs, footballeurs en tête, que se trouve ce bon argent dont le pays a un besoin si pressant. C’est que cet argent-là n’est que juste rétribution de leur si grand talent, eux qui ne sont en définitive que modestes artistes, diseurs de bonne aventure et autres saltimbanques. Et que l’État songe à leur en prendre une bonne part n’est qu’infamie tant il leur manquera et tant leur gloire peut être éphémère.

    Alors, le bon peuple opine du chef et approuve en murmurant. L’État est bien injuste de s’en prendre à des gens si précieux qui font rayonner la gloire de notre grand et beau pays de par le vaste monde. Le bon peuple est bon tandis que l’État est mauvais, c’est bien connu : la moitié des citoyens de ce pays ne paie pas l’impôt sur le revenu et aucun de ceux-là ne songe réellement à s’en plaindre car c’est une forme de justice. Mais est-il juste aussi de confisquer le fruit du dur labeur de tous ces gens méritants ? Certes, non !

    Car, oui, bien sûr, l’État confisque, ce sont même des « Sages » qui le disent sans aucune connotation dogmatique, bien entendu.

    C’est vrai aussi qu’on les aime bien ces comiques, ces acteurs, ces chanteurs et qu’ils nous apportent bien du plaisir. On a même de la tendresse pour eux. Mais bon, en même temps, c’est le boulot qu’ils ont choisi, pas forcément simple ni facile mais pas forcément pire que ceux des multitudes qui se pressent à leurs spectacles ou qui aimeraient s’y presser si seulement ils en avaient un, eux, de boulot.

    On est content aussi de savoir qu’ils ont des opinions. C’est bien sûr leur droit même si ce n’est pas ce qu’on leur demande le plus. Savoir qu’un Pierre Arditi ou un Philippe Torreton sont de fervents socialistes, c’est bien mais ça n’est pas essentiel. Pas plus que de savoir qu’un Enrico Macias se pisse dessus chaque fois qu’il voit un portrait du petit Nicolas. A chacun ses sympathies. Mais ils sont déjà moins amusants, les comiques, quand ils viennent se poser en victimes de l’ogre étatique en plaignant ces grands parmi eux qui, à leur corps défendant, se voient contraints à l’exil pour lui échapper. Mais attention, il ne s’agit pas d’approuver la défection du géant génie, ce serait trop casse-gueule. Non, on s’en prend juste au médisant, au faux-frère qui prend la plume pour rosser le faquin. De quel droit ? Pour s’attaquer à un Depardieu, il faudrait une filmographie en béton, c’est du moins ce que professent certains Lucchini ou autres Deneuve renvoyant cet infâme Torreton à l’état de minable jaloux en manque de talent, lui qui n’est, après tout, que sociétaire de la Comédie-Française, donc inapte à se comparer au grand Gégé !

    Il n’est pas jusqu’à la rascasse putréfiée de la Madrague qui ne se soit crue obligée de nous faire part de sa pensée nauséeuse pour soutenir le monumental martyr, malgré son penchant sanguinaire pour la corrida. Il est vrai que dès qu’il s’agit de pourfendre l’anti-France usurpatrice du pouvoir légitimement dévolu à la droite, il n’est d’alliance honteuse. Pour notre momie malodorante, massacrer des taureaux est un travers bien innocent dès lors qu’on peut cracher sur le pays, ce dont elle ne se prive pas malgré sa proximité avec les Le Pen — pourtant assez chatouilleux sur le sujet, dit-on — avec cette légèreté de pachyderme tuberculeux qui lui sied si bien.

    Car Gégé, c’est le monument emblématique de cette classe moyenne si chère à ce bon Philippe Bouvard dont la plus grande peur est le nivellement socialiste de la société par le bas. Quelle horreur, en effet, de devoir frayer avec la plèbe, mon bon Philippe, je te dis pas ! Une élite, donc, qui pense évidemment qu’on lui en prend toujours trop et qu’on ne la paie jamais assez en reconnaissance de ses talents et devant laquelle on est priés, nous autres mécréants, de nous incliner avec grande déférence car elle parle dans le poste, paraît à la télé et s’agite au cinéma. Et tellement génial, le monument, qu’il peut se permettre de sanctionner ce peuple qui vote si mal — c’est à dire au péril des intérêts du grand homme — en le privant à tout jamais de sa glorieuse con-citoyenneté.

    Après avoir sucé goulument les bites de Sarkozy, au moins aussi frénétiquement que ces pauvre Enrico, Faudel, Doc Gynéco et autres indispensables, et de quelques dictateurs post-soviétiques tout autant que centrasiatiques, histoire d’arrondir ses fins de mois difficiles et de peaufiner son expertise en démocratie, l’ex-monument national nous adresse un ample bras d’honneur. Sera-t-il Belge ou Russe ? Là est la grande question médiatique car le génie, dans sa grande mansuétude, hésite à favoriser tel peuple plutôt que tel autre. Notre Seigneur Depardieu est vraiment trop bon. Encore que la Russie tienne la corde car, tout émoustillé par la virile amitié proclamée par le grand Poutine trop heureux de régler quelques comptes avec la France en se servant du crétin magnifique, notre Gégé nous abreuve maintenant de ses hautes considérations sur la conception de la démocratie que promeut le nouveau tsar. Le peuple russe peut bomber le torse : Gégé a posé son regard sur la vaste terre de l’Empire russe, il a vu que c’était bel et bon et il va y poser maintenant son gros cul. Nazdravié !

    Dire que le comportement de Depardieu est minable n’est évidemment pas à la hauteur de son personnage. A force d’en faire des tonnes, il apparaît de plus en plus comme un gros con aviné, un de ces philosophes de comptoirs qui vous assènent leurs puissantes réflexions entre deux pochetronnades de haute volée. Il est d’ailleurs assez étonnant qu’un mec qui a su être souvent un acteur plutôt subtil puisse se révéler à ce point si lourd et si grossier. Car enfin, ce type a tenu des rôles parmi les plus beaux du cinéma français et le voilà maintenant à jouer sa représentation la plus détestable, la plus méprisable.

    Au point sans doute que certains de ceux qui le soutiennent officiellement ont dû commencer à avoir peur des conséquences de ce concours d’auto-destruction. Si Depardieu était jusqu’à il y a peu une valeur sûre du cinéma dont le seul nom pouvait attirer le public, le mauvais feuilleton qu’il nous sert et qui s’éternise pourrait bien lui coûter plus cher que les impôts qu’il refuse de payer à son pays. Et, par voie de conséquence, coûter très cher aussi à ceux qui tirent profit de son aura. Qui a envie de dépenser son pognon pour voir les films d’un type qui lui crache à la gueule ?

    Et il n’y a pas qu’en France que le nom de Depardieu risque d’être bientôt une marque d’infamie. Si tout le monde n’aime pas la France, il y a autour de la planète bien des gens qui n’aiment pas non plus qu’on trahisse son pays. Or c’est aussi de cette façon que l’aventure Depardieu apparaît à certains : l’histoire médiocre d’une pitoyable trahison morale. D’où les récents efforts de l’abruti éméché pour nous faire croire désormais que s’il cherche à être Russe ou Belge, c’est uniquement par admiration gratuite pour ces pays sans autre considération triviale de gros sous. Et de balancer au passage quelques noms d’exilés fiscaux pour faire diversion. Pourri en plus avec ça, le sublime Gégé !

    Finalement, il est possible que Depardieu parvienne enfin à ses fins : détruire l’image de l’acteur génial qu’il fût dans un retentissant suicide médiatique. Pour n’être plus que ce gros con bouffi de suffisance en perpétuelle représentation pour la promotion des pires crapules de la planète. Et cela avec le soutien de quelques vieilles gloires défraichies, valeureuses égéries de la défense de la démocratie et de la dignité humaine comme l’indispensable Matthieu et l’abominable Bardot.

    Sans doute, d’aucuns diront qu’il est un peu facile de taper sur les artistes. Ils n’auront pas forcément tort. Car enfin, ces gens sont par nature visibles, c’est d’ailleurs l’essentiel de leur raison d’être artistes. Au moins prennent-ils le risque de se montrer sous des jours pas très flatteurs en pensant, sans doute sincèrement, défendre leur condition injustement méprisée alors qu’ils bénéficient tout de même de pas mal de petites gâteries au nom de la défense de la culture et du sport. Il est vrai aussi que, pour certains d’entre eux, la notoriété et l’aisance qu’elle peut procurer n’ont pas toujours été au rendez-vous, d’où cette peur ancrée en eux de toujours manquer, comme celui qui a connu les privations accumule et multiplie les réserves. Tout cela est sans doute vrai mais la ritournelle des méritants outragés a quelque chose d’assez indigeste en ce moment.

    A bien y regarder, les choses semblent assez simple : en France, on n’aime ni les riches ni les gens qui réussissent ni ceux qui ont du talent. Emballé, c’est pesé ! Nous ne sommes qu’un pays de médiocres, fainéants et jouisseurs, se vautrant dans leur jalousie maladive. Au moins comme ça, c’est clair. Taxer les revenus du capital comme ceux du travail, faut pas y penser : ça va décourager la grande bourgeoisie qui ira investir ailleurs et nous précipitera dans le déclin. Limiter les honoraires des médecins, faut pas y penser : ces gens sont trop indispensables, ils se battent d’abord pour sauver nos vies et c’est bien normal que la Sécu les engraisse avec nos cotisations. Taxer les hauts revenus, faut pas y penser : ces gens ont du génie et ils ont la générosité de nous donner du travail, ça mérite reconnaissance sinon ils iront à l’étranger exprimer leurs talents.

    Alors, il reste qui ?

    Toujours les mêmes couillons, ceux à qui on « donne » du travail et qui profitent éhontément de la générosité des génies nationaux, ceux qui coûtent si cher à entretenir, en salaire mirobolants et cotisations sociales excessives, et dont on se garde de dire que c’est aussi leur sueur qui fait la prospérité de ce pays.

    Je suis technicien, et un bon, je le dis sans aucune modestie car, maintenant, après tant d’années de labeur, je sais que c’est vrai. Compétent, expérimenté, bon analyste, ingénieux, etc. Nous sommes nombreux dans ce pays à répondre à ces qualificatifs. Sans nous, rien ne fonctionnerait. Pas d’industrie ni de machines, pas de téléphone, pas de télé, pas de voitures, pas d’électricité ni de routes ni d’appareils domestiques ou médicaux, pas d’ascenseurs, pas de films ni de cinémas ni de spectacles, pas de stades, pas d’avions ni de bateaux, pas de maisons, rien. Oui, je mets dans le même panier tous ceux qui se salissent les mains pour construire, réparer, entretenir ce que d’autres qui leur sont semblables ont aidé à concevoir, à séquencer puis à planifier. Les idées qui profitent à chacun, ce n’est pas forcément nous qui les avons eues. On ne prétend pas à ce génie-là. Mais souvent, c’est notre savoir faire, notre imagination et notre sens de l’analyse qui ont contribué à ce que ces idées fonctionnent mieux que leurs concepteurs ne pouvaient l’imaginer.
    Parfois même, notre sens du travail bien fait et notre sens critique sont aussi un gage de sécurité pour ceux à qui s’adresse notre travail. Nous aussi, sans être des professeurs de médecine, nous pouvons avoir des vies humaines entre les mains. D’ailleurs, lorsque nous avons failli, la justice ne sait que trop nous le rappeler.

    Pourtant, où sont nos salaires mirobolants ? Où sont les droits d’auteurs sur les brevets que nous avons aidé à concevoir et qui en enrichissent d’autres que nous ? Où est la reconnaissance de la société ? Celle des élites qui savent si bien s’auto-congratuler et regarder le reste de l’Humanité avec tant de condescendance ? Pourquoi serait-ce à nous de porter le poids des efforts demandés sous prétexte qu’un plombier ne saurait comparer son utilité dans la société à celle d’un chirurgien, d’un patron de PME ou de grande entreprise, d’un footballeur ou d’un acteur de cinéma ? Qui sont-ils ces gens-là pour dire que nous ne sommes pas comme eux, que nous comptons moins ?

    J’emmerde Depardieu, Delon, Bardot, Arnault et consort. Qu’ils se barrent avec leur pognon et qu’ils crèvent étouffés avec. Grand bien leur fasse. J’en ai marre d’entendre toujours les mêmes rengaines doctement rebattues par des gens qui ne manquent de rien, ne se privent de rien, n’ont jamais froid et ne risquent pas de perdre leurs baraques et qui savent si bien nous expliquer que les vraies causes de nos problèmes, c’est surtout nous qui avons tant de mal à accepter des sacrifices... pour les enrichir un peu plus.

  • 27 décembre 2012

  • [Blogue] Incidents de tir

    Tableau de chasseChaque année, on le sait bien, il y a de par le monde nombre de foyers où ne résonnent nul cri de joie ni aucun rire d’enfant au matin de Noël. Parfois simplement car il s’agit de familles qui ne le fêtent pas parce que n’étant pas chrétiennes ou apparentées. On le comprend. Mais souvent aussi parce que l’enfant a disparu, emporté par la maladie.

    Ou par la guerre. Chacun peut dresser sa liste personnelle de peuples où les enfants paient un lourd tribut à la folie des hommes. On a ses sympathies. Ici les Syriens, là les Palestiniens, là encore les Israéliens, les Irakiens ou les Afghans... Ils ne manquent pas, hélas ! Ils font partie des dommages qu’on dit « collatéraux » car personne, aucun pays ne reconnaitra jamais qu’il fait aussi la guerre aux enfants et qu’il ne cherche en aucun cas à les épargner. Pourtant, l’artilleur qui ajuste son canon ou le pilote d’avion qui largue ses bombes savent très bien qu’il y aura des enfants à proximité du point d’impact quand ils s’activent à raser une ville ou un quartier. Et bien sûr, ils auront de bonnes raisons de ne pas s’en inquiéter : les enfants de leur peuple auront subi les mêmes traitements ou bien les gens d’en face sont si lâches qu’ils se servent des minots comme boucliers ou bien c’est leur devoir et ils doivent obéir aux ordres car c’est comme ça, la guerre, et basta !

    Et dans le fond, même si aujourd’hui la plupart des pays se retranchent derrière de belles conventions internationales censées dire le « droit » de la guerre (quelle horreur !) pour, notamment, protéger les civils et les enfants, nous savons bien que ces « précautions » n’ont jamais réellement protégé personne et que les responsables de ces tueries s’en sortiront généralement en exprimant de simples regrets. Oups, pardon, on n’a pas fait exprès !

    Ce sont les Juifs qui disent : « Celui qui sauve un enfant, sauve l’Humanité. » Ils savent de quoi ils parlent. Et, du coup, tuer des enfants, c’est un crime contre l’Humanité, non ? Une humanité qui ne s’est pas toujours embarrassée de trop de scrupules, il est vrai. Il y eut des époques où tuer des enfants faisait même partie des menus plaisirs de la guerre, avec le viol et le pillage ou encore l’esclavage, car c’est le plus sûr moyen de réduire à néant son ennemi, comme l’épuration ethnique, en somme.

    Alors donc, on sait que cette année encore, Noël n’a pas été une fête dans certains foyers de certains pays. Évidemment, on pense aussi à ces malheureux enfants de Newtown, aux États-Unis, et à leurs parents. Pourtant, les USA ne sont pas en guerre, tout au moins sur leur sol. C’est juste un détraqué, lui-même Américain, qui s’est offert son petit carton pour exprimer son mal de vivre. Terrible, quand on y pense. Insoutenable. Pourtant, on ne se sent pas très à l’aise avec cette histoire. Bien sûr, on ressent de la compassion pour ces enfants et de la tristesse devant un tel drame, comme on en ressent pour ces autres enfants disparus ailleurs dans le monde à cause des guerres qui les ont broyés. Mais on se dit aussi que les Américains ont un fameux problème avec les armes. Il ne se passe pas une année, ou peu s’en faut, sans qu’il y ait une tuerie chez eux. Mais surtout il ne faut pas toucher au fameux « deuxième amendement », au droit inaliénable de posséder une arme pour se défendre, défendre sa famille et donc... ses enfants. Bravo les gars, c’est réussi !

    A un journaliste qui cherchait à dresser le portrait du jeune meurtrier et de sa famille, une voisine répondait qu’ils étaient jusque là « des gens normaux, comme tous les gens du quartier. » Des gens normaux, avec un arsenal digne d’un corps d’armée pour se protéger du monde extérieur ! C’est ça être normal dans le quartier ? Et l’on regarde éberlués tous ces gens qui s’entrainent au tir pour apprendre à maîtriser leur arme à feu, dans l’espoir que, en cas de besoin, ils tireront les premiers, conseillés par d’anciens militaires qui ont trouvé là une reconversion lucrative et pas trop difficile à mettre en œuvre.

    Il paraît qu’il y a 12 000 morts par arme à feu chaque année aux États-Unis, l’équivalent de 3 World Trade Center quand même. Si c’est pour perpétuer l’esprit taquin et bon enfant du « Far West », on se dit que c’est presque de la rigolade eu égard au fait que les Américains sont de grands enfants, selon une vieille réputation ! Ils savent s’amuser, ces gens-là.

    Bien sûr, on peut toujours dire qu’il est facile de moquer les Étasuniens en oubliant qu’il n’y a pas si longtemps un autre taré a assassiné des enfants juifs et des militaires à Toulouse, alors que la détention d’armes est réglementée en France et le port d’armes interdit. Ou bien ces fusillades chroniques à Marseille où l’on semble trouver plus facilement des AK 47 que des olives pour l’apéro. Ou ces autres faits-divers qui se terminent au fusil de chasse... C’est vrai mais ce ne sont pas des phénomènes comparables même s’ils ne laissent pas d’inquiéter.

    Comme beaucoup de gens de ma génération et des générations précédentes, je n’ai eu à porter des armes que durant une très brève période de ma vie et encore pas en permanence. Franchement, ça ne m’a jamais manqué et je ne me suis plus jamais trouvé dans des situations où la possession d’une arme pouvait me sauver la vie bien que n’ayant jamais participé à aucune guerre. Et je pense que c’est très bien. Ce n’est déjà pas toujours évident pour un professionnel de porter une arme, alors pour un simple citoyen pas forcément en mesure de maîtriser ses réactions, même en étant parfaitement équilibré et pacifique...

    Et puis, si ça peut éviter que des types mal dans leur peau aillent faire des cartons dans des écoles sur des enfants, je trouve que vivre dans une société sans armes, ce n’est pas si mal. Il y a tant d’endroits dans le monde où les enfants sont en danger, pas la peine d’en ajouter !...

    Même les Américains devraient pouvoir comprendre ça, non ?

  • Vos commentaires

    • loup garou
      Le 28/12/12

      pour se défendre contre un méchant qui a une arme, il faut un "gentil" avec une arme.....
      Si vis pacem, para bellum.

      oué, j’ai été militaire, engagé... j’ai porté et utilisé bien des armes.
      je suis propriétaire d’ailleurs de quelques unes, soigneusement rangé chez mon papa dans une armoire forte au grenier ou on accède que par une échelle. et je n’ai plus de munitions...

      chaque fois que j’ai envie de tuer quelqu’un, je me tape 20 bornes, j’arrive chez mon père, je cherche l’échelle pis on boit un coup...
      je range l’échelle et je rentre chez moi.
      mais je sais que si les zombies nous attaquent, je serais paré !

    12 décembre 2012

  • [Blogue] Le Hobbit : un voyage inattendu

    Peter Jackson et J.R.R. Tolkien

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    Martin Freeman : Bilbo le Hobbit

    Cela faisait bientôt dix ans que je m’étais fait à l’idée de ne plus voir un quelconque Hobbit traîner sur un écran de cinéma, pas plus que les Orques, Magiciens, Elfes, Nains et tant d’autres qui peuplent la Terre du Milieu et l’univers de J.R.R. Tolkien. Malgré tout, je me disais que, si d’aventure Peter Jackson — qui a si bien su rendre en images qui bougent la fameuse trilogie — avait l’idée de porter à l’écran « Bilbo le Hobbit », le petit livre écrit par Tolkien une vingtaine d’années avant « le Seigneur des Anneaux », je ne bouderais certainement pas mon plaisir.

    Alors, quand ont commencé à fuiter les premières informations sur un retour prochain de la Terre du Milieu, de la Comté et de leurs habitants, j’ai accueilli cette perspective avec beaucoup de satisfaction.

    Bien sûr, après la fantastique épopée du Seigneur des Anneaux, j’avais la crainte que, comme c’est parfois le cas pour le cinéma grand public avec les reprises, les suites ou les antécédents censés tout expliquer, nous ne soyons déçus par une production de plus surtout vouée à exploiter un filon juteux et l’engouement mérité suscité par la trilogie. Il faut dire que les trois films illustrent à merveille les trois tomes de l’œuvre de Tolkien sans la dénaturer par un élagage sans doute rendu nécessaire par les contraintes de durée. Si tout n’y est pas, ce qui manque ne nuit en rien à la restitution de l’atmosphère du livre ni à sa puissance narrative ni à son intensité dramatique. Au contraire même, on ressent très bien, à la fin de l’aventure, la profonde blessure qu’elle a infligé au héros, Frodon, confronté malgré lui à la faiblesse de sa condition humaine, malgré son héroïsme, par des forces bien trop supérieures à sa volonté. Il en va d’ailleurs de même pour Gollum qui est sans doute le personnage le plus misérable et le plus maltraité de cette histoire, qu’on n’arrive jamais vraiment à maudire ni à plaindre, tantôt jouet d’un esprit maléfique, tantôt innocent en quête de rédemption.

    De la très belle ouvrage, donc, encore rehaussée par les somptueux paysages de Nouvelle-Zélande, écrin parfait pour un tel joyau.

    C’est donc le jour de la sortie officielle que j’ai pris place dans cette salle pour assister à ce spectacle tant attendu depuis de si longs mois. Pour tout dire, c’est la première fois que cela m’arrive. Nous n’étions pas aussi nombreux que je l’imaginais à cette première (en 2D). Je ne sais pas si ce fut mieux pour la version 3D mais la salle était bien loin d’être comble, ce qui nous a permis de choisir un bon emplacement et d’éviter la bousculade.

    Et là, dès les premières images, la féérie agit de nouveau. La Comté toujours si belle et ses habitants toujours si nonchalants. Et l’histoire qui commence à se dérouler lentement, le temps qu’il faut pour y entrer peu à peu et se l’approprier. Sûr, on est loin de l’intensité dramatique du Seigneur des Anneaux. Ici, il n’est pas question de Sauron, ou très peu, qui n’est encore pour certains qu’une menace diffuse qu’ils ne savent pas encore nommer. Si l’histoire a pour but en filigrane d’introduire ce qui se passera dans la trilogie — sinon à quoi bon emporter un Hobbit dans cette expédition ? — le prétexte invoqué est finalement l’occasion d’un récit épique, une geste héroïque où un groupe de Nains s’est mis en tête de récupérer son ancien royaume volé par le dragon Smaug.

    Évidemment, le livre de Tolkien n’est pas bien épais : environ 300 pages en format de poche. Et le film ne couvre à peu près que les 100 premières. Il est donc assez évident que Jackson veut nous refaire le coup de la trilogie d’avant la trilogie inauguré par Lucas. Sauf que pour cela, il est obligé de délayer, ce qui est assez discutable sur le principe, puisque c’est une façon de détourner l’œuvre de Tolkien. Convenons cependant que celui-ci a laissé suffisamment d’indications sur son univers et sa genèse pour que les ajouts scénaristiques ne soient pas ressentis comme une injure ou un viol caractérisé. Cela nous offre même un nouveau personnage, Radagast (joué par Sylvester McCoy), collègue un peu fêlé et déjanté de Gandalf (Ian McKellen). Même le méchant chef des Gobelins montés sur leurs hideux wargs s’intègre bien à l’histoire malgré la liberté prise par Jackson de la bouleverser un peu.

    Finalement, le film tient ses promesses dont celles de suites au moins aussi palpitantes et même drôles, si, si ! Car l’humour n’est pas absent, lui non plus ! C’est d’ailleurs une des marques du livre original. Du reste, même dans le Seigneur des Anneaux, on arrive à en trouver sans se lancer dans des recherches de grande ampleur mais il est un peu occulté par le fil dramatique général. Rien de tel ici même si on alterne sourires et angoisse ! Et toujours les paysages somptueux de Nouvelle-Zélande dont on sent bien ici qu’ils servent aussi à magnifier la 3D. Facile !

    On saluera en la personne de notre jeune Bilbo, l’acteur Martin Freeman qui fut récemment un Watson très convainquant dans la série iconoclaste « Sherlock » aux côtés de Benedict Cumberbatch et qui endosse ici le rôle du Hobbit avec réussite.

    Autant dire qu’on attend avec impatience la suite de cet excellent film bien agréable à la veille de Noël... Il est bon ce Tolkien, quand même !

    La critique d’AlloCiné
    Celle de Télérama

  • 25 novembre 2012

  • [Blogue] De l’objection de conscience

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    Louis Lecoin

    Vous connaissez certainement Louis Lecoin. Peut-il en être autrement ? Vous savez bien, ce vieux monsieur disparu en 1971, célèbre militant pacifiste et anarchiste, qui arracha à De Gaulle le statut des objecteurs de conscience. Pas n’importe comment, notez. Ce fut après une grève de la faim, en 1962, qui aurait pu lui coûter la vie. Il avait 74 ans et une putain de sacré volonté. A l’image de sa vie d’insoumission à l’armée, de refus de la guerre, du port des armes. L’union pacifiste de France, c’est lui. Un grand monsieur.

    Et il en fallait du courage au début du XXième siècle pour refuser l’armée, pour être objecteur de conscience. Lui, la guerre de 14-18, il s’en est tiré avec 5 ans de prison militaire pour insoumission, en 1917. Imaginez ! Et toute sa vie, il fut fidèle à ce combat.

    Alors, quand j’en entends certains prétendre qu’il faudrait aménager une clause de conscience pour permettre aux maires que cela heurte de ne pas célébrer le mariage de deux personnes du même sexe, laissez-moi vous dire que je trouve cela plus que pitoyable. Honteux !

    Regardez-les, ces Goasguen, ces Bompard qui viennent nous servir leur pauvre petite conscience effarouchée. Pauvres chochottes ! Mais même dans un étron de Louis Lecoin on pourrait trouver plus de grandeur d’âme et de noblesse que dans leurs petits esprits étriqués.

    Bompard, c’est l’actuel Comte d’Orange, donc. Vous connaissez certainement cette riante bourgade vauclusienne lovée au pied de la colline St-Eutrope, célèbre pour ses Chorégies, son arc de triomphe et son théâtre antique romains, sa caserne de la Légion étrangère et sa Base Aérienne et qui fût jadis le calvaire d’un nombre incalculable de vacanciers en transhumance par la légendaire Nationale 7.
    C’est pas un mauvais endroit pour y vivre. La vieille ville a du charme, on y trouve d’excellents restaurants, des hôtels sympathiques et des terrasses ombragées où il fait bon siroter sa boisson préférée lorsque le soleil devient assommant. C’est pas Avignon non plus avec sa foule bigarrée qui emplit ses rues quasiment à longueur d’année. Un endroit pas désagréable donc dont l’une des particularité est de s’être donné un maire d’extrême-droite. Forcément, ça fait tout de suite moins envie.
    C’est ce type qui avait refusé de prêter du matériel à la fête d’une école publique, comme ça se fait partout, sous prétexte qu’à la buvette étaient servis des sandwiches halal. Une telle entorse à la laïcité ne pouvait laisser monsieur le Maire indifférent. J’en avais parlé ici.

    C’est aussi ce type qui a accueilli dans sa ville une sorte de congrès du bloc identitaire au début de ce mois. C’est cohérent. C’est enfin le conseil municipal d’Orange qui, sous sa houlette, vous pensez bien, a voté une résolution interdisant les mariages homosexuels sur son territoire. Parce que chez ces gens-là, non seulement on n’aime pas les pédés et les gouines mais en plus on se croit encore au bon vieux temps de la féodalité où chacun faisait sa loi dans son coin. Si ça n’avait pas risqué de paraître un peu brutal, on peut même parier qu’ils les auraient bien condamnés à la roue ou au bûcher sur la place du théâtre antique, ces salopards de gays et de lesbiennes ! Si, si !

    C’est là qu’on mesure le courage qu’il leur faut à ces braves pour faire valoir leur conscience contre l’abomination qui s’annonce. Car j’ai vu comment étaient traités les objecteurs de conscience au moment de l’incorporation, à l’époque où la conscription était encore en vigueur et où, pourtant, un statut leur avait été accordé généreusement. On ne peut pas dire qu’ils étaient chouchoutés. Je me souviens aussi très bien de ce que disaient d’eux certains militaires dégorgeant de testostérone : des fiottes, des lopettes, des tarlouzes... Objecteur = pédé, quoi. Il doit l’ignorer, Bompard, c’est sûr ! Ça va lui plaire.

    Mais bon, on s’en fout un peu. Ce qui est plus surprenant, c’est qu’on a tendance à oublier qu’un maire qui célèbre un mariage n’agit pas en tant que personne privée et encore moins en tant que propriétaire des lieux et de la charge mais au nom de l’État et donc du peuple français qui lui confère la fonction d’officier d’état civil. En d’autres termes, ses états d’âmes, on s’en cogne. Il est là pour enregistrer la volonté de deux personnes de vivre ensemble, point barre. De la même façon qu’il n’a pas d’autre choix que d’enregistrer un décès ou une naissance même si cela concerne des gens qui lui sont insupportables. C’est la loi et elle est la même dans toutes les communes.

    Notre bon président l’a peut-être un peu oublié. Mais il est vrai qu’il oublie pas mal de choses, hélas ! Pourtant, si ce concept devait être retenu, je pense que tout un chacun sera bientôt en droit de faire valoir une clause de conscience chaque fois qu’une loi lui déplaît. Par les temps qui s’annoncent, je parie que ça ne risquera pas de manquer.

    Mieux vaudrait commencer à y réfléchir dès à présent !...

    En attendant ce jour, rendons hommage au courage et à la constance de Louis Lecoin qui fut, lui, un vrai objecteur de conscience et un vrai grand citoyen du monde, tellement loin de la médiocrité ambiante actuelle.

    Post-scriptum :
    Une fois de plus, notre excellent maître Eolas aborde le sujet avec brio en soulevant un point de principe fondamental qui remet les pendules à l’heure : la liberté de conscience (et non la clause de conscience). Bonne lecture.

  • Vos commentaires

    • Guillaume
      Le 25/11/12

      Tu sais Marco, les entretiens préalables à l’ivg doivent se faire par un travailleur social. C’est pour accompagner la mère et lui expliquer les alternatives.
      Ces entretiens relèvent de la clause de conscience. Le travailleur social peut s’en remettre à cette clause. Cela date de la loi sur l’ivg. Je ne sais pas si cela a évolué depuis mes études, mais cela illustre bien l’ambigüité de la France sur ces questions de moeurs. Pas très ouverte quand même...

    4 novembre 2012

  • [Blogue] On les aura !

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    Vous allez encore trinquer

    C’est bien, les lapsus. Ça permet de dire des trucs quand c’est pas trop le moment de les dire car ça pourrait désespérer le bon petit peuple si docile qu’on est en train d’essorer pour son bien et pour celui du pays. Alors on fait son lapsus, l’air de pas y toucher, en se laissant une position de repli pour pouvoir dire « Oups ! Scusez-moi M’sieu-dames, je m’ai gouré, c’est pas ça que je voulais dire. » Mais c’est bien ça qu’on voulait dire. C’est dit et bien dit et ça laisse le temps au péquin d’assimiler. Car le moment viendra où le prétendu lapsus deviendra LA vérité. Emballez, c’est pesé, au suivant !

    Tenez, prenez Ayrault avec les 35 heures. Bien sûr qu’il savait ce qu’il disait. Bien sûr qu’il nous les fera péter, les 35 heures, comme le reste, et avec la complicité de certains syndicats encore, pour faire bonne mesure. Tout simplement parce que c’est ce que veut l’Europe ultra-libérale qui l’impose partout, à la Grèce, à l’Espagne, à l’Italie, etc. Tout simplement parce que c’est ce que veulent les patrons qui s’y connaissent pour crier misère, contre toute décence. Travailler toujours plus même quand il n’y a plus de boulot, pour plus de profits et de dividendes.

    Tout simplement parce qu’un socialiste d’aujourd’hui, en fait un socio-libéral, ne peut rien refuser au patronat et à la grande bourgeoisie. Il fait partie de ce magma informe et puant qui ne songe qu’à servir ses maîtres avec le plus de zèle possible et où grouille tout le personnel politique de droite et du « centre », les Sarko-Fillon-Copé-Borloo-Yade-Dati-Morin-Le Pen et consorts et ces pseudo-socialistes dont on se demande pourquoi ils persistent à s’appeler ainsi sinon pour mieux nous tromper ?
    Des valets qui n’oublient pas de venir à la soupe quand la cloche retentit et qui baissent la tête et la culotte quand les maîtres font les gros yeux. Ça ne jure que par le Peuple, ça le caresse avec une tendresse amoureuse pour mieux lui marcher sur la tronche et l’étouffer dans sa propre merde au nom des nobles sacrifices que la situation exige et aussi parce qu’il faut bien un baisé. Après tout, le pauvre a beaucoup moins tendance à foutre le camp à l’étranger pour planquer son magot. C’est bien la preuve qu’il est beaucoup plus con que le riche et mérite ce qu’il lui arrive.
    Alors Copé et Le Pen qui veulent descendre dans la rue pour dénoncer la politique du gouvernement ? De la rigolade et pitoyable encore ! Il n’y aurait guère que sur le mariage pour tous et le droit de vote des étrangers aux élections locales qu’ils pourraient brailler car pour le reste, ils n’ont pas trop à se plaindre.

    Mais bien sûr, il faut préparer le terrain. Prenez les 35 heures, encore : sur France 2 sévit un journaliste capable de tout expliquer. Ça s’appelle Lenglet, je crois. Ce mec-là peut donc vous expliquer doctement et approximativement la genèse des 35 heures et leur mise en œuvre pour mieux conclure que, à travers les aides octroyées pour financer le dispositif, finalement l’État s’est endetté pour les 35 heures qui n’ont pas créé autant d’emplois que prévu. Bien sûr, pas un mot sur le fait que, pour ce qui est de l’endettement, les innombrables exonérations de « charges » consenties depuis trente ans et plus au patronat ont fait beaucoup mieux sans jamais être compensées. Au moins, les 35 heures sont une façon de se réapproprier les gains de productivité qu’elles ont encore renforcés là où elles ont été adoptées.

    Mais là n’est pas le sujet, évidemment. Personne ne peut et ne doit porter la contradiction face au spécialiste maison qui peut assener ses préceptes sans crainte d’être contredit. La propagande fonctionne donc à merveille. Il s’agit de faire passer l’idée que les entreprises croulent sous les « charges » et les 35 heures en font partie. Mais pas qu’elles. La protection sociale aussi. Et là, le vocabulaire n’est pas anodin car il donne explicitement l’orientation politique du traitement.
    Nous autres, crétins que nous sommes, nous parlons de cotisations sociales pour la maladie, la famille, le chômage et la retraite. Pour nous, ce sont des éléments de notre salaire, socialisés pour financer notre protection, qui nous reviendront un jour ou l’autre au travers des indemnités, des allocations et autres pensions et qui permettent aussi de payer les personnels de santé, notamment. Ce sont donc des salaires différés prélevés à la source de la création de richesse. Il est bien évident que réduire ce système à une simple notion de « charges », forcément trop lourdes, lui confère un caractère parasitaire qui ne peut qu’être péjoratif. C’est avancer l’idée que ces prélèvements sont illégitimes.

    Il est alors touchant de voir le patronat se soucier de la « solidarité nationale » dont relèverait en grande partie la protection sociale, lui dont les membres, malgré ce qu’ils prétendent, sont si peu enclins à y contribuer. Avez-vous déjà entendu parler d’optimisation fiscale chez les Bidochons ? Allons ! Par contre, une chose est sûre, ce qui ne servira plus à financer notre protection ne sera pas perdu pour nos chers patrons. Mais chut ! Il faut continuer le matraquage. Si la France n’est plus compétitive, c’est à cause des « charges » et des salaires et du Code du travail qui bride nos entreprises. Mais pas de la rapacité des patrons et des actionnaires qui prélèvent pour leur propre compte des parts de plus en plus importantes de la richesse produite au détriment de la recherche et de l’innovation. Non, non, non !

    Regardez-les ces charognards qui se posent en victimes d’un État qu’ils présentent comme un prédateur. Mais l’État c’est quoi ? C’est qui ? Ils n’ont jamais bénéficié de ses largesses, de ses investissements, de ses structures ? A les entendre, l’État leur en prendrait trop. Quelle injustice, vraiment, alors que la plupart de ces gentils pigeons ne pensent qu’à leur gueule et s’enrichissent sur le dos des autres. C’est d’ailleurs bien trouvé, en l’occurrence, l’image du pigeon. Ne dit-on pas des pigeons qu’ils sont des rats qui volent ? Ça prétend créer des entreprises grâce à un génie supposé devant lequel on est sommé de se pâmer mais ce n’est pas l’idée d’entreprise qui les excite, les pigeons, c’est celle du pognon qu’ils se feront en la revendant et qu’ils iront planquer à l’étranger pour échapper à l’ogre. Il est d’ailleurs émouvant de constater que certains de ces courageux créateurs de richesse y étaient déjà installés depuis bien plus longtemps que leur soudain intérêt pour la mère patrie. Et c’est devant ces voleurs que le gouvernement s’est défroqué !

    Mais tout cela relève de la même logique qui fait reposer sur l’État la gabegie financière des apôtres du capitalisme triomphant, lesquels lui interdisent dans le même temps de se payer sur leurs profits. Touche pas au grisbi, salope ! C’est ce que viennent de dire ces 98 « grands patrons » qui prétendent faire la leçon à un gouvernement qui pourtant leur fait risette. Quelle ingratitude ! Mais pourquoi se gêneraient-ils ces pourvoyeurs d’emplois et de richesses ? Ils savent bien qu’en privant l’État de ses capacités d’interventions, ils le musèlent et préparent l’avènement d’une société entièrement privatisée, promesse de nouveaux profits pour eux, et dans laquelle ils pourront imposer leurs règles. Règles dont le respect sera garanti par un État réduit à sa fonction de police pour protéger les puissants des soubresauts toujours possibles du petit peuple si mesquin et jaloux. Et au final, ils rendent toute démocratie impossible puisque aucun choix ne sera plus possible sauf peut-être la couleur des cheveux des candidat(e)s.

    Alors, rien ne doit entraver l’avènement de ce monde de rêve. Répétons en cœur : « La France va mal, mon salaire est trop élevé, je ne travaille pas assez, je veux ressembler aux Allemands et être hyper-compétitif ! Je veux plein de centrales nucléaires et du gaz de schiste partout pour faire le prospère. »

    Si vous êtes trop dur de la comprenette, soyez pas inquiets, on va vous aider. Il y a encore plein d’entreprises en attente de fermeture pour bien marteler la mauvaise compétitivité, les charges trop lourdes, les salaires trop hauts, les vacances trop longues et les dimanches trop chiants à la maison quand on gagne une misère. Il y a plein d’autres lapsus en réserve pour faire passer les pilules en douceur. Et vous verrez que ça ira bien mieux une fois que tout sera foutu en l’air. Car même si tout cela ne fait pas l’objet de grandes promesses électorales, au train où vont les choses, on les aura toutes.

    A moins qu’on ne se bouge !

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