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    De l’objection de conscience

    dimanche 25 novembre 2012, par Marc Leblanc

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    Louis Lecoin

    Vous connaissez certainement Louis Lecoin. Peut-il en être autrement ? Vous savez bien, ce vieux monsieur disparu en 1971, célèbre militant pacifiste et anarchiste, qui arracha à De Gaulle le statut des objecteurs de conscience. Pas n’importe comment, notez. Ce fut après une grève de la faim, en 1962, qui aurait pu lui coûter la vie. Il avait 74 ans et une putain de sacré volonté. A l’image de sa vie d’insoumission à l’armée, de refus de la guerre, du port des armes. L’union pacifiste de France, c’est lui. Un grand monsieur.

    Et il en fallait du courage au début du XXième siècle pour refuser l’armée, pour être objecteur de conscience. Lui, la guerre de 14-18, il s’en est tiré avec 5 ans de prison militaire pour insoumission, en 1917. Imaginez ! Et toute sa vie, il fut fidèle à ce combat.

    Alors, quand j’en entends certains prétendre qu’il faudrait aménager une clause de conscience pour permettre aux maires que cela heurte de ne pas célébrer le mariage de deux personnes du même sexe, laissez-moi vous dire que je trouve cela plus que pitoyable. Honteux !

    Regardez-les, ces Goasguen, ces Bompard qui viennent nous servir leur pauvre petite conscience effarouchée. Pauvres chochottes ! Mais même dans un étron de Louis Lecoin on pourrait trouver plus de grandeur d’âme et de noblesse que dans leurs petits esprits étriqués.

    Bompard, c’est l’actuel Comte d’Orange, donc. Vous connaissez certainement cette riante bourgade vauclusienne lovée au pied de la colline St-Eutrope, célèbre pour ses Chorégies, son arc de triomphe et son théâtre antique romains, sa caserne de la Légion étrangère et sa Base Aérienne et qui fût jadis le calvaire d’un nombre incalculable de vacanciers en transhumance par la légendaire Nationale 7.
    C’est pas un mauvais endroit pour y vivre. La vieille ville a du charme, on y trouve d’excellents restaurants, des hôtels sympathiques et des terrasses ombragées où il fait bon siroter sa boisson préférée lorsque le soleil devient assommant. C’est pas Avignon non plus avec sa foule bigarrée qui emplit ses rues quasiment à longueur d’année. Un endroit pas désagréable donc dont l’une des particularité est de s’être donné un maire d’extrême-droite. Forcément, ça fait tout de suite moins envie.
    C’est ce type qui avait refusé de prêter du matériel à la fête d’une école publique, comme ça se fait partout, sous prétexte qu’à la buvette étaient servis des sandwiches halal. Une telle entorse à la laïcité ne pouvait laisser monsieur le Maire indifférent. J’en avais parlé ici.

    C’est aussi ce type qui a accueilli dans sa ville une sorte de congrès du bloc identitaire au début de ce mois. C’est cohérent. C’est enfin le conseil municipal d’Orange qui, sous sa houlette, vous pensez bien, a voté une résolution interdisant les mariages homosexuels sur son territoire. Parce que chez ces gens-là, non seulement on n’aime pas les pédés et les gouines mais en plus on se croit encore au bon vieux temps de la féodalité où chacun faisait sa loi dans son coin. Si ça n’avait pas risqué de paraître un peu brutal, on peut même parier qu’ils les auraient bien condamnés à la roue ou au bûcher sur la place du théâtre antique, ces salopards de gays et de lesbiennes ! Si, si !

    C’est là qu’on mesure le courage qu’il leur faut à ces braves pour faire valoir leur conscience contre l’abomination qui s’annonce. Car j’ai vu comment étaient traités les objecteurs de conscience au moment de l’incorporation, à l’époque où la conscription était encore en vigueur et où, pourtant, un statut leur avait été accordé généreusement. On ne peut pas dire qu’ils étaient chouchoutés. Je me souviens aussi très bien de ce que disaient d’eux certains militaires dégorgeant de testostérone : des fiottes, des lopettes, des tarlouzes… Objecteur = pédé, quoi. Il doit l’ignorer, Bompard, c’est sûr ! Ça va lui plaire.

    Mais bon, on s’en fout un peu. Ce qui est plus surprenant, c’est qu’on a tendance à oublier qu’un maire qui célèbre un mariage n’agit pas en tant que personne privée et encore moins en tant que propriétaire des lieux et de la charge mais au nom de l’État et donc du peuple français qui lui confère la fonction d’officier d’état civil. En d’autres termes, ses états d’âmes, on s’en cogne. Il est là pour enregistrer la volonté de deux personnes de vivre ensemble, point barre. De la même façon qu’il n’a pas d’autre choix que d’enregistrer un décès ou une naissance même si cela concerne des gens qui lui sont insupportables. C’est la loi et elle est la même dans toutes les communes.

    Notre bon président l’a peut-être un peu oublié. Mais il est vrai qu’il oublie pas mal de choses, hélas ! Pourtant, si ce concept devait être retenu, je pense que tout un chacun sera bientôt en droit de faire valoir une clause de conscience chaque fois qu’une loi lui déplaît. Par les temps qui s’annoncent, je parie que ça ne risquera pas de manquer.

    Mieux vaudrait commencer à y réfléchir dès à présent !…

    En attendant ce jour, rendons hommage au courage et à la constance de Louis Lecoin qui fut, lui, un vrai objecteur de conscience et un vrai grand citoyen du monde, tellement loin de la médiocrité ambiante actuelle.

    Post-scriptum :
    Une fois de plus, notre excellent maître Eolas aborde le sujet avec brio en soulevant un point de principe fondamental qui remet les pendules à l’heure : la liberté de conscience (et non la clause de conscience). Bonne lecture.

    On les aura !

    dimanche 4 novembre 2012, par Marc Leblanc

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    Vous allez encore trinquer

    C’est bien, les lapsus. Ça permet de dire des trucs quand c’est pas trop le moment de les dire car ça pourrait désespérer le bon petit peuple si docile qu’on est en train d’essorer pour son bien et pour celui du pays. Alors on fait son lapsus, l’air de pas y toucher, en se laissant une position de repli pour pouvoir dire « Oups ! Scusez-moi M’sieu-dames, je m’ai gouré, c’est pas ça que je voulais dire. » Mais c’est bien ça qu’on voulait dire. C’est dit et bien dit et ça laisse le temps au péquin d’assimiler. Car le moment viendra où le prétendu lapsus deviendra LA vérité. Emballez, c’est pesé, au suivant !

    Tenez, prenez Ayrault avec les 35 heures. Bien sûr qu’il savait ce qu’il disait. Bien sûr qu’il nous les fera péter, les 35 heures, comme le reste, et avec la complicité de certains syndicats encore, pour faire bonne mesure. Tout simplement parce que c’est ce que veut l’Europe ultra-libérale qui l’impose partout, à la Grèce, à l’Espagne, à l’Italie, etc. Tout simplement parce que c’est ce que veulent les patrons qui s’y connaissent pour crier misère, contre toute décence. Travailler toujours plus même quand il n’y a plus de boulot, pour plus de profits et de dividendes.

    Tout simplement parce qu’un socialiste d’aujourd’hui, en fait un socio-libéral, ne peut rien refuser au patronat et à la grande bourgeoisie. Il fait partie de ce magma informe et puant qui ne songe qu’à servir ses maîtres avec le plus de zèle possible et où grouille tout le personnel politique de droite et du « centre », les Sarko-Fillon-Copé-Borloo-Yade-Dati-Morin-Le Pen et consorts et ces pseudo-socialistes dont on se demande pourquoi ils persistent à s’appeler ainsi sinon pour mieux nous tromper ?
    Des valets qui n’oublient pas de venir à la soupe quand la cloche retentit et qui baissent la tête et la culotte quand les maîtres font les gros yeux. Ça ne jure que par le Peuple, ça le caresse avec une tendresse amoureuse pour mieux lui marcher sur la tronche et l’étouffer dans sa propre merde au nom des nobles sacrifices que la situation exige et aussi parce qu’il faut bien un baisé. Après tout, le pauvre a beaucoup moins tendance à foutre le camp à l’étranger pour planquer son magot. C’est bien la preuve qu’il est beaucoup plus con que le riche et mérite ce qu’il lui arrive.
    Alors Copé et Le Pen qui veulent descendre dans la rue pour dénoncer la politique du gouvernement ? De la rigolade et pitoyable encore ! Il n’y aurait guère que sur le mariage pour tous et le droit de vote des étrangers aux élections locales qu’ils pourraient brailler car pour le reste, ils n’ont pas trop à se plaindre.

    Mais bien sûr, il faut préparer le terrain. Prenez les 35 heures, encore : sur France 2 sévit un journaliste capable de tout expliquer. Ça s’appelle Lenglet, je crois. Ce mec-là peut donc vous expliquer doctement et approximativement la genèse des 35 heures et leur mise en œuvre pour mieux conclure que, à travers les aides octroyées pour financer le dispositif, finalement l’État s’est endetté pour les 35 heures qui n’ont pas créé autant d’emplois que prévu. Bien sûr, pas un mot sur le fait que, pour ce qui est de l’endettement, les innombrables exonérations de « charges » consenties depuis trente ans et plus au patronat ont fait beaucoup mieux sans jamais être compensées. Au moins, les 35 heures sont une façon de se réapproprier les gains de productivité qu’elles ont encore renforcés là où elles ont été adoptées.

    Mais là n’est pas le sujet, évidemment. Personne ne peut et ne doit porter la contradiction face au spécialiste maison qui peut assener ses préceptes sans crainte d’être contredit. La propagande fonctionne donc à merveille. Il s’agit de faire passer l’idée que les entreprises croulent sous les « charges » et les 35 heures en font partie. Mais pas qu’elles. La protection sociale aussi. Et là, le vocabulaire n’est pas anodin car il donne explicitement l’orientation politique du traitement.
    Nous autres, crétins que nous sommes, nous parlons de cotisations sociales pour la maladie, la famille, le chômage et la retraite. Pour nous, ce sont des éléments de notre salaire, socialisés pour financer notre protection, qui nous reviendront un jour ou l’autre au travers des indemnités, des allocations et autres pensions et qui permettent aussi de payer les personnels de santé, notamment. Ce sont donc des salaires différés prélevés à la source de la création de richesse. Il est bien évident que réduire ce système à une simple notion de « charges », forcément trop lourdes, lui confère un caractère parasitaire qui ne peut qu’être péjoratif. C’est avancer l’idée que ces prélèvements sont illégitimes.

    Il est alors touchant de voir le patronat se soucier de la « solidarité nationale » dont relèverait en grande partie la protection sociale, lui dont les membres, malgré ce qu’ils prétendent, sont si peu enclins à y contribuer. Avez-vous déjà entendu parler d’optimisation fiscale chez les Bidochons ? Allons ! Par contre, une chose est sûre, ce qui ne servira plus à financer notre protection ne sera pas perdu pour nos chers patrons. Mais chut ! Il faut continuer le matraquage. Si la France n’est plus compétitive, c’est à cause des « charges » et des salaires et du Code du travail qui bride nos entreprises. Mais pas de la rapacité des patrons et des actionnaires qui prélèvent pour leur propre compte des parts de plus en plus importantes de la richesse produite au détriment de la recherche et de l’innovation. Non, non, non !

    Regardez-les ces charognards qui se posent en victimes d’un État qu’ils présentent comme un prédateur. Mais l’État c’est quoi ? C’est qui ? Ils n’ont jamais bénéficié de ses largesses, de ses investissements, de ses structures ? A les entendre, l’État leur en prendrait trop. Quelle injustice, vraiment, alors que la plupart de ces gentils pigeons ne pensent qu’à leur gueule et s’enrichissent sur le dos des autres. C’est d’ailleurs bien trouvé, en l’occurrence, l’image du pigeon. Ne dit-on pas des pigeons qu’ils sont des rats qui volent ? Ça prétend créer des entreprises grâce à un génie supposé devant lequel on est sommé de se pâmer mais ce n’est pas l’idée d’entreprise qui les excite, les pigeons, c’est celle du pognon qu’ils se feront en la revendant et qu’ils iront planquer à l’étranger pour échapper à l’ogre. Il est d’ailleurs émouvant de constater que certains de ces courageux créateurs de richesse y étaient déjà installés depuis bien plus longtemps que leur soudain intérêt pour la mère patrie. Et c’est devant ces voleurs que le gouvernement s’est défroqué !

    Mais tout cela relève de la même logique qui fait reposer sur l’État la gabegie financière des apôtres du capitalisme triomphant, lesquels lui interdisent dans le même temps de se payer sur leurs profits. Touche pas au grisbi, salope ! C’est ce que viennent de dire ces 98 « grands patrons » qui prétendent faire la leçon à un gouvernement qui pourtant leur fait risette. Quelle ingratitude ! Mais pourquoi se gêneraient-ils ces pourvoyeurs d’emplois et de richesses ? Ils savent bien qu’en privant l’État de ses capacités d’interventions, ils le musèlent et préparent l’avènement d’une société entièrement privatisée, promesse de nouveaux profits pour eux, et dans laquelle ils pourront imposer leurs règles. Règles dont le respect sera garanti par un État réduit à sa fonction de police pour protéger les puissants des soubresauts toujours possibles du petit peuple si mesquin et jaloux. Et au final, ils rendent toute démocratie impossible puisque aucun choix ne sera plus possible sauf peut-être la couleur des cheveux des candidat(e)s.

    Alors, rien ne doit entraver l’avènement de ce monde de rêve. Répétons en cœur : « La France va mal, mon salaire est trop élevé, je ne travaille pas assez, je veux ressembler aux Allemands et être hyper-compétitif ! Je veux plein de centrales nucléaires et du gaz de schiste partout pour faire le prospère. »

    Si vous êtes trop dur de la comprenette, soyez pas inquiets, on va vous aider. Il y a encore plein d’entreprises en attente de fermeture pour bien marteler la mauvaise compétitivité, les charges trop lourdes, les salaires trop hauts, les vacances trop longues et les dimanches trop chiants à la maison quand on gagne une misère. Il y a plein d’autres lapsus en réserve pour faire passer les pilules en douceur. Et vous verrez que ça ira bien mieux une fois que tout sera foutu en l’air. Car même si tout cela ne fait pas l’objet de grandes promesses électorales, au train où vont les choses, on les aura toutes.

    A moins qu’on ne se bouge !

    Cléo s’est endormie

    jeudi 1er novembre 2012, par Marc Leblanc

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    Cléo

    Elle était née à Grasse, quelque part entre 1992 et 1993. Elle était fille de Héra, jolie femelle au port de princesse, et d’un matou de passage dont nul ne se souvient plus, probablement.
    C’était une jolie petite chatte, au pelage gris mâtiné de fauve, un peu caractérielle. Elle s’était employée à vider mes étagères de tout bibelot, dans ses jeunes années. Elle pouvait aussi venir ronronner sur mes genoux pendant une heure et me donner un beau coup de griffes en remerciement, le regard soudain fou. A savoir ce qui se passait dans sa petite tête !?
    Trop à l’étroit dans l’appartement de 55 m², elle avait pris l’habitude de le parcourir d’un bout à l’autre en courant à mis hauteur des murs, profitant des lois de la physique et de la forme en U du couloir, traçant une belle bande noire sur le mur blanc…

    Un jour pourtant, lassée de cette vie urbaine qui ne lui convenait pas, elle prit son indépendance et décida d’élire domicile à Hurlevent, au grand air du Vaucluse. Il faut dire qu’elle m’y accompagnait durant mes villégiatures. C’est Mamie qui fût contente. Et c’est là que je l’y retrouvais lorsque 5 ou 6 ans plus tard, je vins m’y installer.

    Cléo n’était pas partageuse et elle faisait une chasse féroce à quiconque voulait empiéter sur son territoire. Les gros mâles "testostéronés" du quartier trouvaient en elle à qui parler à défaut de pouvoir la sauter (elle était stérilisée et pas commode du tout avec ça). Elle a aussi longtemps boudé les nouveaux venus, César le bon gros matou aux allures de Siamois (plus gentil, ça n’existe pas) et Cypris la douce petite femelle tricolore (plus affectueuse, c’est impossible). Et aussi Kronos, le compère de Cypris, et Pucca la grande chienne un peu pataude et toute gentille, aujourd’hui émigrés au Québec. Tous ont goûté le sens de l’hospitalité de Cléo et… ses coups de griffes.

    Aussi, quand l’âge commença à faire sentir ses effets, ses deux derniers colocataires lui donnèrent un peu de fil à retordre en souvenir du bon vieux temps. Alors, elle alla crier famine chez la voisine qui la prit en affection jusqu’à son déménagement sans pour autant songer à l’emmener avec elle.

    Alors, Cléo est rentrée un soir après un an ou deux d’infidélité. Et elle a repris sa place, modestement. Et on l’a vue peu à peu perdre sa superbe et sa vitalité. Elle est devenue toute légère et son pelage a terni qu’elle n’avait plus la force de lisser. Elle se déplaçait avec difficulté. Elle mangeait comme quatre sans prendre un gramme et buvait des baquets de flotte en permanence. Elle était devenue sourde aussi, au point de miauler avec une voix de stentor, et… très gentille tout le temps. Des voisines l’avaient même prise en pitié et lui apportaient à manger…

    Elle s’est éteinte cette nuit d’Halloween, au pied du canapé sur lequel elle n’a pas eu la force de monter, cette fois-ci. A côté du petit panier que nous venions juste d’acheter pour elle et que les deux autres lorgnaient déjà. Elle est partie sans bruit, sans doute emportée par une sorcière de passage qui sera venu lui porter assistance…

    Elle repose désormais au fond du jardin, entre le jeune olivier et le grand pin d’Alep, où nous l’avons couchée pour son dernier sommeil, à tout jamais.

    Adieu ma petite Cléo.

    Intégrisme, ta mère !

    dimanche 21 octobre 2012, par Marc Leblanc

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    Charlie Hebdo

    Il n’y a pas bien longtemps — allez quoi ? l’affaire de deux ou trois semaines — le monde était tout en ébullition sous prétexte qu’une vidéo débile, qui somnolait paresseusement sur l’internet depuis plus d’un an, avait été opportunément remise dans le grand bain. Outrage au prophète. Tu parles d’une affaire ! Embrasement « spontané » du monde musulman, il paraît, et retour au calme le temps de trucider un malheureux diplomate américain qui avait eu le tort de soutenir la révolution libyenne. Une sorte de remerciement venu du cœur, apparemment. BHL, lui, au moins, avait eu la sagesse de rester bien à l’abri loin des secousses. Un homme trop modeste. C’est bien notre veine. C’est pas demain qu’on aura notre martyre…

    N’étaient ce meurtre et celui de quelques autres personnes, ces réactions offusquées et grotesques, totalement disproportionnées et hors de propos, plutôt ridicules, pouvaient prêter à sourire. Y a pas, ils savent y faire dans le domaine les intégristes. Et les mauvaises langues de remarquer fort judicieusement que, dans le même temps, le massacre du peuple syrien par El-Assad semblait et semble toujours laisser parfaitement indifférents ses chers « frères arabes. » Y a-t-il eu ne serait-ce qu’une seule manifestation d’ampleur dans une des capitales de ces pays où on a brûlé du drapeau américain au nom du Coran et de l’Islam bafoués ? A moins d’avoir loupé un épisode, il n’y en a pas eu l’ombre d’une. D’où une petite impression de trucage, de falsification et de tentative de détournement de la colère de peuples qui ont certainement bien d’autres raisons de se révolter que ce pitoyable film.

    Bref, on nous a donné du blasphème jusqu’à l’écœurement comme si c’était un crime alors qu’il n’est même pas répertorié dans le Code pénal — au moins en France et, sauf erreur, aux États-Unis — et que, de plus, les sombres crétins qui ont produit cette vidéo tristement imbécile n’ont fait qu’exercer un droit d’expression tout simplement garanti par la constitution de leur pays.
    Bien entendu, les radicaux musulmans ne sont pas les seuls à avoir été tentés de faire taire les mécréants. On se souvient des cris d’orfraies poussés par les activistes de Civitas à l’encontre de Jean-Michel Ribes lors de la programmation par le théâtre du Rond-Point de la pièce Golgotha Picnic qui lui avait valu une bolée d’excréments. C’est sans doute moins radical et définitif qu’un appel au meurtre mais ça n’en relève pas moins de la même logique.

    Alors, il n’est pas étonnant que les mésaventures du prophète de la Mecque et de ses pires fidèles aient inspiré Charlie Hebdo dans un style qui n’est peut-être pas toujours d’une grande finesse, faut bien le dire, mais qui est un fameux pied de nez à tous les cons qui prétendent nous dire comment il faut penser, et ils sont bien nombreux, hélas ! Charlie, c’est Charlie, l’héritier de Hara-Kiri qui, dans le genre irrespectueux et scatologique, savait y faire et qui, pour s’en être pris à une autre sorte de prophète à plusieurs reprises, s’est vu interdit de parution deux ou trois fois, au moins. A une certaine époque, s’attaquer à de Gaulle, ça valait bien une caricature de Mahomet ! Mais bon, pas de quoi se prendre le chou avec ça. Charlie, on aime ou on n’aime pas, point barre. Et si on n’aime pas, on n’achète pas et on passe son chemin. Pourtant simple !

    Seulement voilà, la masse compacte et souffreteuse des cons aime bien s’accrocher à ce qui la fait vomir. Elle n’aime pas ne pas avoir le dernier mot sur n’importe quels sujets et surtout sur les plus cons, ça va de soi. Alors, on a eu droit aux pires fadaises pour nous expliquer qu’il fallait pas énerver ces pauvres musulmans déjà pas bien aidés par leur religion et que chez Charlie c’est tous des vicelards qui font leurs intéressants pour mieux vendre leur journal en profitant de l’actualité. Comme à Libé ou au Figaro, en somme, mais en plus vulgaire. Ben oui, vulgaire comme au Figaro ou à Libé, quoi ! Où est le problème ? Jusqu’au sommet de l’État appelant son petit monde à la responsabilité. On croit rêver ! Tout ça pour 4 dessins ? Bravo !
    On a même eu droit au reportage bouleversant de France 2 dans une villa tunisienne où un groupe de femmes françaises, soi-disant rongées par l’angoisse, se réunissaient en tremblant derrière des persiennes mi-closes pour préparer leur exfiltration d’un pays qui ne manquerait pas de les lapider pour les punir des excès de Charlie ! C’était couru d’avance, pensez ! Rigolez pas, c’est ce que voulait nous faire croire ce ramassis de pétasses. C’est dire en quelle estime ces gens-là tiennent les Tunisiens et notre capacité de discernement par la même occasion.

    Il y a même eu un lecteur de Télérama, sans doute abasourdi par ce déferlement d’incongruités, qui demandait : « Existerait-il un intégrisme de la liberté d’expression ? » On pouvait effectivement se poser la question devant ce déchainement de commentaires éclairés préférant renvoyer dos à dos les obscurantistes et leurs contempteurs plutôt que de condamner les insupportables menaces des premiers. Comme si se foutre de leur gueule était au moins aussi grave, pour ne pas dire plus inacceptable encore, que les atteintes à la vie que ces salauds n’hésitent pas à perpétrer. Quelle pitié de voir ce pauvre Daniel Cohn-Bendit parler d’intégrisme laïque. C’est vrai que dans le genre con et satisfait de l’être, Dany est une référence et qu’il est maintenant bien fatigué. Juste retour des choses me direz-vous, vu qu’il nous fatigue depuis 44 ans. Mais tout cela en dit long sur le niveau de crétinisme où sont tombés ces soi-disant élites intellectuelles.

    Car il faut peut-être le dire à tous ces braves gens, on peut rigoler des facéties de Charlie Hebdo qui sont, je le répète, d’une qualité assez inégale, mais personnellement je ne me pointerai pas chez un copain musulman pour les lui mettre sous le nez et voir s’il en rit pareil que moi tout en lui donnant des grandes tapes dans le dos. De même que je n’irai pas dans l’église des quelques curés que je connais pour aller pisser dans le bénitier au nom d’une laïcité mal comprise et d’un anticléricalisme agressif. Parce que oui, je suis entouré de croyants qui, la plupart du temps, connaissent ma manière de penser mécréante et la respectent, même s’il la trouvent affligeante. Ils me laissent dire merde. Je les laisse dire amen comme disait Brassens.
    Lâcheté diront certains, hypocrisie ! Non, pas vraiment. Juste une question de respect dû à des personnes sincères et respectables qui, je le crois sinon elles ne seraient pas mes amies, ne songent pas à nuire à leurs semblables.
    Il en va tout autrement de ceux qui veulent mettre le monde à leur main et qui pour cela n’hésitent pas à attenter à la vie des autres.

    Bref, face à l’obscurantisme, il faut se taire pour ne pas énerver les fanatiques, comme ces sympathiques garçons d’AQMI, par exemple, qui pourraient bien se venger en zigouillant nos compatriotes détenus en otages ou bien en faisant péter des bombes ou des kamikazes devant nos écoles. Ou bien qui coupent des mains de voleurs comme au Nord-Mali. Ou qui lapident des femmes adultères ou violent des jeunes femmes trop amoureuses. La faute à Charlie, c’est sûr !

    Alors, t’as compris, Charlie ? Tu dessines des Mickey tout gentils et tu fais plus de peine à Mahomet ! Allez, s’il te plaît ! Sois sympa, quoi !

    Bon, on a bien eu ce fou furieux à Toulouse qui a collé une beigne à une malheureuse femme ayant marché sur une sourate projetée accidentellement par terre lors d’un spectacle. Ou cet autre allumé qui a carrément massacré un type qui photographiait des femmes voilées un peu contre leur gré, dans le 18ième à Paris. Admettons que ce soit la faute à Charlie, si, si, soyons généreux ! Ben ça fait pas beaucoup quand même quand on s’attendait au feu d’artifice, à une orgie de massacres et de viols anti-français(es). Quelle pitié, quand on y pense !

    Et puis voilà que Hollande vient foutre le ouaille en soutenant l’idée d’une intervention militaire au Mali. Vous avez remarqué ? Pas un commentaire pour crier au loup. Pas un pour le traiter d’irresponsable qui met en danger la vie de nos otages. C’est vrai que lui, il dit ça juste pour protéger les intérêts d’Aréva dans la région (au Niger voisin) mais quand même ! Car ça n’a pas loupé, les courageux guerriers d’AQMI n’ont pas pu s’empêcher de le menacer de lui faire la peau et celle de nos otages ou d’aller faire péter des bombes dans nos villes.

    Comme quoi, les dessins de Charlie n’y changent rien. Nos otages sont en danger depuis le jour de leur enlèvement et si ce n’est le soutien de la France à une expédition militaire, de toute façon, les fanatiques d’AQMI trouveront toujours un bon prétexte pour en zigouiller un ou deux ou plus. C’est bien malheureux pour nos compatriotes mais c’est ainsi. Il ne sert à rien de mettre son honneur dans sa poche pour caresser les intégristes dans le sens du poil. Ils n’attendent que ça et ne renoncent à rien.

    Et s’il y a un autre intégrisme à combattre, ce n’est pas celui très fantasmé que cet imbécile de Cohn-Bendit attribue aux laïques mais plutôt celui bien réel et faisandé qu’une certaine Caroline Alamachère diffuse sur l’internet en se faisant passer pour Charlie Hebdo et qui se situe dans une veine à peine moins nauséabonde que les pitres de Génération Identitaire qui ont besoin de ressortir Charles Martel de la naphtaline pour vomir leur islamophobie. Car la différence, mon cher Dany, c’est qu’un laïque, même anticlérical (ce qui n’est pas forcément lié), n’attentera jamais à la vie d’un croyant ni ne lui refusera le droit d’adorer son dieu ou de vivre selon ses préceptes même s’il en conteste le bien-fondé et la philosophie. On ne peut hélas pas en dire autant des fondamentalistes et autres extrémistes qui, eux, sont prêts à utiliser le meurtre pour assouvir leur haine de l’humanité.

    Et cette différence-là n’est pas qu’un détail.

    A en croire le gouvernement, refuser de ratifier le traité budgétaire aurait été une catastrophe. Et quelle catastrophe ! Cette si belle Europe, le phare de la démocratie, tout de même, aurait ainsi été réduite à néant, sa superbe monnaie jetée aux oubliettes de l’histoire et une crise sans précédent aurait anéanti à jamais les pays du vieux continent.

    Ne sont-ils pas mignons nos Hollande, Eyrault, Cahuzac, Guigou et autres Fabius à vouloir aujourd’hui nous vendre comme seule issue à la crise, comme seul remède au prétendu déclin du pays, un traité qu’ils vouaient aux gémonies, naguère — il n’y a pas si longtemps, l’affaire de quelques mois tout au plus — et qui serait devenu bien plus présentable depuis que notre admirable président, de ses petits poings rageurs frappés avec autorité sur la table, aurait obtenu un début de semblant de commencement d’éventuel pacte de croissance ? Enfin peut-être. Enfin, faut voir, c’est pas sûr parce que, Angela, elle est pas trop chaude pour ce qui est de sortir de la merde ces salauds de fainéants du Sud !

    Bah oui, c’est beau l’Europe, la fraternité entre ses peuples qui n’hésitent jamais à ressortir leurs vieilles badernes pour mieux se mépriser les uns les autres. Les Grecs ? Des voleurs et des tricheurs qui n’ont que ce qu’ils méritent. Les Ritals et les Portos ? Pareils ! Quant aux Espagnols, n’en parlons même pas ! Mais à part ça, on s’aime tellement que ça en serait indécent d’en faire une démonstration. Parole !

    Et puis, pour Merkel, faut pas pousser le cochonnet trop loin, non plus : les exigences démocratiques doivent être compatibles avec le marché. Autrement dit, les intérêts des rentiers avant ceux de la populace. Danke schönn !

    Donc, grâce à Hollande, ce fameux traité qui, il y a encore à peine 6 mois instaurait une austérité à perpétuité, un carcan tel qu’il interdisait toute politique sociale, ce fabuleux traité est maintenant devenu la quintessence de l’ambition sociale et économique de la gauche moderne qui se doit d’être à la fois sociale et libérale. Un must ! Le nec plus ultra de l’oxymore politique, ma chèèèèèère Vâââlérie, n’est-ce pas ? Enfin, la gauche… C’est ce qu’ils disent dans les journaux parce que eux, c’est bien connu, ils savent tout mieux que nous. Ça là, ce machin qui est au gouvernement du pays, ce serait la gauche, les autres n’étant que des extrémistes.

    Et il est content, Hollande. Pas besoin de la droite pour voter le traité. C’est sûr, ça aurait été la honte pour un gouvernement qui se dit « de gauche » mais c’est pas glorieux quand même car, en réalité, c’est cette mouvance prétendument de gauche qui a voté avec la droite. On savait qu’ils nous feraient le coup mais on reste toujours ébahis par cette faculté des socialistes à renier leur parole. Mais quel bel enfumage digne du sarkozysme ! Quel bel exercice de trahison !…
    Il y a quand même eu 282 députés dits « de gauche » pour approuver le traité : 264 socialistes, 12 radicaux de gauche, 3 écolos, 1 apparenté front de gauche martiniquais. 282 noms (oui, je sais ça fait seulement 280) qu’il va falloir retenir pour pas se tromper à nouveau aux prochaines échéances électorales.

    Et tout cela, à un moment où près de 70 % des Français déclarent qu’ils voteraient contre Maastricht si le référendum avait lieu aujourd’hui. Et cela après avoir fait campagne en prétendant vouloir renégocier le traité, ce qui n’a pas été fait malgré ce qu’en dit Eyrault.
    Mensonge et trahison. Une nouvelle fois, la décision a été prise sans et contre le peuple sous prétexte qu’il n’y a pas de nouveau transfert de compétence. La belle affaire ! Notre belle classe politique avait surtout peur de se voir une fois de plus désavouée par le peuple prié de supporter sans broncher tout le poids de l’austérité perpétuelle. Car c’est pour notre bien, c’est pour la France. Et ils se foutent de nous en plus ! Le beau mécanisme que voilà, pillage de la ressource publique au seul bénéfice des intérêts particuliers, des rentiers qui iront ensuite s’installer à l’étranger pour mieux jouir de leur magot. Vive la France !

    Elle est vraiment brillante, notre classe politique. Tous ces bourgeois qui se partagent le pouvoir sur notre dos et qui n’hésitent pas à nous imposer les pires sacrifices alors qu’eux mêmes n’en souffriront pas. Les mêmes qui dans quelques mois se coucheront à nouveau devant le MEDEF pour mieux anéantir ce qu’il reste du droit du Travail, ce carcan qui bride tant la compétitivité de nos entreprises. On nous le vend si bien ce progrès fabuleux ! Droite, gauche ? Elle est où la différence ? Il est où le changement ? L’égalité devant le mariage et l’adoption ? Oui, c’est bien, c’est une affaire de justice mais ça ne changera rien au quotidien de millions de gens malgré ce que certains voudraient faire croire dans le débat débile actuel. Tandis que ce traité et ses conséquences, là où il aurait fallu rompre avec la logique libérale pour changer réellement cette politique suicidaire, les voilà d’accord pour nous emprisonner davantage.

    Mais, finalement, on aura au moins une satisfaction : les emplois dans la police (le maintien de l’ordre) ne risquent pas de diminuer. Au contraire, comme en Espagne ou en Grèce, il va en falloir pour calmer les mécontents, d’ici quelques mois. Et puis, on pourra toujours verser une petite larme de bonheur devant les mines ravis de nos chers dirigeants se congratulant d’autosatisfaction devant les cendres de la démocratie : Baroso, Merkel, Flanby, etc. A gerber !

    C’est vrai, c’était pas si mal trouvé finalement, Flanby, le courageux capitaine de pédalo qui a si bien su nous mettre !… Trop fort !

    Quand même, je crois qu’elles peuvent se frotter les mains, les Marine, Marion et consort. Il est en train de leur préparer le terrain, notre bon Hollande, notamment dans le Vaucluse.

    On parie ?

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