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    Cléo s’est endormie

    jeudi 1er novembre 2012, par Marc Leblanc

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    Cléo

    Elle était née à Grasse, quelque part entre 1992 et 1993. Elle était fille de Héra, jolie femelle au port de princesse, et d’un matou de passage dont nul ne se souvient plus, probablement.
    C’était une jolie petite chatte, au pelage gris mâtiné de fauve, un peu caractérielle. Elle s’était employée à vider mes étagères de tout bibelot, dans ses jeunes années. Elle pouvait aussi venir ronronner sur mes genoux pendant une heure et me donner un beau coup de griffes en remerciement, le regard soudain fou. A savoir ce qui se passait dans sa petite tête !?
    Trop à l’étroit dans l’appartement de 55 m², elle avait pris l’habitude de le parcourir d’un bout à l’autre en courant à mis hauteur des murs, profitant des lois de la physique et de la forme en U du couloir, traçant une belle bande noire sur le mur blanc…

    Un jour pourtant, lassée de cette vie urbaine qui ne lui convenait pas, elle prit son indépendance et décida d’élire domicile à Hurlevent, au grand air du Vaucluse. Il faut dire qu’elle m’y accompagnait durant mes villégiatures. C’est Mamie qui fût contente. Et c’est là que je l’y retrouvais lorsque 5 ou 6 ans plus tard, je vins m’y installer.

    Cléo n’était pas partageuse et elle faisait une chasse féroce à quiconque voulait empiéter sur son territoire. Les gros mâles "testostéronés" du quartier trouvaient en elle à qui parler à défaut de pouvoir la sauter (elle était stérilisée et pas commode du tout avec ça). Elle a aussi longtemps boudé les nouveaux venus, César le bon gros matou aux allures de Siamois (plus gentil, ça n’existe pas) et Cypris la douce petite femelle tricolore (plus affectueuse, c’est impossible). Et aussi Kronos, le compère de Cypris, et Pucca la grande chienne un peu pataude et toute gentille, aujourd’hui émigrés au Québec. Tous ont goûté le sens de l’hospitalité de Cléo et… ses coups de griffes.

    Aussi, quand l’âge commença à faire sentir ses effets, ses deux derniers colocataires lui donnèrent un peu de fil à retordre en souvenir du bon vieux temps. Alors, elle alla crier famine chez la voisine qui la prit en affection jusqu’à son déménagement sans pour autant songer à l’emmener avec elle.

    Alors, Cléo est rentrée un soir après un an ou deux d’infidélité. Et elle a repris sa place, modestement. Et on l’a vue peu à peu perdre sa superbe et sa vitalité. Elle est devenue toute légère et son pelage a terni qu’elle n’avait plus la force de lisser. Elle se déplaçait avec difficulté. Elle mangeait comme quatre sans prendre un gramme et buvait des baquets de flotte en permanence. Elle était devenue sourde aussi, au point de miauler avec une voix de stentor, et… très gentille tout le temps. Des voisines l’avaient même prise en pitié et lui apportaient à manger…

    Elle s’est éteinte cette nuit d’Halloween, au pied du canapé sur lequel elle n’a pas eu la force de monter, cette fois-ci. A côté du petit panier que nous venions juste d’acheter pour elle et que les deux autres lorgnaient déjà. Elle est partie sans bruit, sans doute emportée par une sorcière de passage qui sera venu lui porter assistance…

    Elle repose désormais au fond du jardin, entre le jeune olivier et le grand pin d’Alep, où nous l’avons couchée pour son dernier sommeil, à tout jamais.

    Adieu ma petite Cléo.

    Intégrisme, ta mère !

    dimanche 21 octobre 2012, par Marc Leblanc

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    Charlie Hebdo

    Il n’y a pas bien longtemps — allez quoi ? l’affaire de deux ou trois semaines — le monde était tout en ébullition sous prétexte qu’une vidéo débile, qui somnolait paresseusement sur l’internet depuis plus d’un an, avait été opportunément remise dans le grand bain. Outrage au prophète. Tu parles d’une affaire ! Embrasement « spontané » du monde musulman, il paraît, et retour au calme le temps de trucider un malheureux diplomate américain qui avait eu le tort de soutenir la révolution libyenne. Une sorte de remerciement venu du cœur, apparemment. BHL, lui, au moins, avait eu la sagesse de rester bien à l’abri loin des secousses. Un homme trop modeste. C’est bien notre veine. C’est pas demain qu’on aura notre martyre…

    N’étaient ce meurtre et celui de quelques autres personnes, ces réactions offusquées et grotesques, totalement disproportionnées et hors de propos, plutôt ridicules, pouvaient prêter à sourire. Y a pas, ils savent y faire dans le domaine les intégristes. Et les mauvaises langues de remarquer fort judicieusement que, dans le même temps, le massacre du peuple syrien par El-Assad semblait et semble toujours laisser parfaitement indifférents ses chers « frères arabes. » Y a-t-il eu ne serait-ce qu’une seule manifestation d’ampleur dans une des capitales de ces pays où on a brûlé du drapeau américain au nom du Coran et de l’Islam bafoués ? A moins d’avoir loupé un épisode, il n’y en a pas eu l’ombre d’une. D’où une petite impression de trucage, de falsification et de tentative de détournement de la colère de peuples qui ont certainement bien d’autres raisons de se révolter que ce pitoyable film.

    Bref, on nous a donné du blasphème jusqu’à l’écœurement comme si c’était un crime alors qu’il n’est même pas répertorié dans le Code pénal — au moins en France et, sauf erreur, aux États-Unis — et que, de plus, les sombres crétins qui ont produit cette vidéo tristement imbécile n’ont fait qu’exercer un droit d’expression tout simplement garanti par la constitution de leur pays.
    Bien entendu, les radicaux musulmans ne sont pas les seuls à avoir été tentés de faire taire les mécréants. On se souvient des cris d’orfraies poussés par les activistes de Civitas à l’encontre de Jean-Michel Ribes lors de la programmation par le théâtre du Rond-Point de la pièce Golgotha Picnic qui lui avait valu une bolée d’excréments. C’est sans doute moins radical et définitif qu’un appel au meurtre mais ça n’en relève pas moins de la même logique.

    Alors, il n’est pas étonnant que les mésaventures du prophète de la Mecque et de ses pires fidèles aient inspiré Charlie Hebdo dans un style qui n’est peut-être pas toujours d’une grande finesse, faut bien le dire, mais qui est un fameux pied de nez à tous les cons qui prétendent nous dire comment il faut penser, et ils sont bien nombreux, hélas ! Charlie, c’est Charlie, l’héritier de Hara-Kiri qui, dans le genre irrespectueux et scatologique, savait y faire et qui, pour s’en être pris à une autre sorte de prophète à plusieurs reprises, s’est vu interdit de parution deux ou trois fois, au moins. A une certaine époque, s’attaquer à de Gaulle, ça valait bien une caricature de Mahomet ! Mais bon, pas de quoi se prendre le chou avec ça. Charlie, on aime ou on n’aime pas, point barre. Et si on n’aime pas, on n’achète pas et on passe son chemin. Pourtant simple !

    Seulement voilà, la masse compacte et souffreteuse des cons aime bien s’accrocher à ce qui la fait vomir. Elle n’aime pas ne pas avoir le dernier mot sur n’importe quels sujets et surtout sur les plus cons, ça va de soi. Alors, on a eu droit aux pires fadaises pour nous expliquer qu’il fallait pas énerver ces pauvres musulmans déjà pas bien aidés par leur religion et que chez Charlie c’est tous des vicelards qui font leurs intéressants pour mieux vendre leur journal en profitant de l’actualité. Comme à Libé ou au Figaro, en somme, mais en plus vulgaire. Ben oui, vulgaire comme au Figaro ou à Libé, quoi ! Où est le problème ? Jusqu’au sommet de l’État appelant son petit monde à la responsabilité. On croit rêver ! Tout ça pour 4 dessins ? Bravo !
    On a même eu droit au reportage bouleversant de France 2 dans une villa tunisienne où un groupe de femmes françaises, soi-disant rongées par l’angoisse, se réunissaient en tremblant derrière des persiennes mi-closes pour préparer leur exfiltration d’un pays qui ne manquerait pas de les lapider pour les punir des excès de Charlie ! C’était couru d’avance, pensez ! Rigolez pas, c’est ce que voulait nous faire croire ce ramassis de pétasses. C’est dire en quelle estime ces gens-là tiennent les Tunisiens et notre capacité de discernement par la même occasion.

    Il y a même eu un lecteur de Télérama, sans doute abasourdi par ce déferlement d’incongruités, qui demandait : « Existerait-il un intégrisme de la liberté d’expression ? » On pouvait effectivement se poser la question devant ce déchainement de commentaires éclairés préférant renvoyer dos à dos les obscurantistes et leurs contempteurs plutôt que de condamner les insupportables menaces des premiers. Comme si se foutre de leur gueule était au moins aussi grave, pour ne pas dire plus inacceptable encore, que les atteintes à la vie que ces salauds n’hésitent pas à perpétrer. Quelle pitié de voir ce pauvre Daniel Cohn-Bendit parler d’intégrisme laïque. C’est vrai que dans le genre con et satisfait de l’être, Dany est une référence et qu’il est maintenant bien fatigué. Juste retour des choses me direz-vous, vu qu’il nous fatigue depuis 44 ans. Mais tout cela en dit long sur le niveau de crétinisme où sont tombés ces soi-disant élites intellectuelles.

    Car il faut peut-être le dire à tous ces braves gens, on peut rigoler des facéties de Charlie Hebdo qui sont, je le répète, d’une qualité assez inégale, mais personnellement je ne me pointerai pas chez un copain musulman pour les lui mettre sous le nez et voir s’il en rit pareil que moi tout en lui donnant des grandes tapes dans le dos. De même que je n’irai pas dans l’église des quelques curés que je connais pour aller pisser dans le bénitier au nom d’une laïcité mal comprise et d’un anticléricalisme agressif. Parce que oui, je suis entouré de croyants qui, la plupart du temps, connaissent ma manière de penser mécréante et la respectent, même s’il la trouvent affligeante. Ils me laissent dire merde. Je les laisse dire amen comme disait Brassens.
    Lâcheté diront certains, hypocrisie ! Non, pas vraiment. Juste une question de respect dû à des personnes sincères et respectables qui, je le crois sinon elles ne seraient pas mes amies, ne songent pas à nuire à leurs semblables.
    Il en va tout autrement de ceux qui veulent mettre le monde à leur main et qui pour cela n’hésitent pas à attenter à la vie des autres.

    Bref, face à l’obscurantisme, il faut se taire pour ne pas énerver les fanatiques, comme ces sympathiques garçons d’AQMI, par exemple, qui pourraient bien se venger en zigouillant nos compatriotes détenus en otages ou bien en faisant péter des bombes ou des kamikazes devant nos écoles. Ou bien qui coupent des mains de voleurs comme au Nord-Mali. Ou qui lapident des femmes adultères ou violent des jeunes femmes trop amoureuses. La faute à Charlie, c’est sûr !

    Alors, t’as compris, Charlie ? Tu dessines des Mickey tout gentils et tu fais plus de peine à Mahomet ! Allez, s’il te plaît ! Sois sympa, quoi !

    Bon, on a bien eu ce fou furieux à Toulouse qui a collé une beigne à une malheureuse femme ayant marché sur une sourate projetée accidentellement par terre lors d’un spectacle. Ou cet autre allumé qui a carrément massacré un type qui photographiait des femmes voilées un peu contre leur gré, dans le 18ième à Paris. Admettons que ce soit la faute à Charlie, si, si, soyons généreux ! Ben ça fait pas beaucoup quand même quand on s’attendait au feu d’artifice, à une orgie de massacres et de viols anti-français(es). Quelle pitié, quand on y pense !

    Et puis voilà que Hollande vient foutre le ouaille en soutenant l’idée d’une intervention militaire au Mali. Vous avez remarqué ? Pas un commentaire pour crier au loup. Pas un pour le traiter d’irresponsable qui met en danger la vie de nos otages. C’est vrai que lui, il dit ça juste pour protéger les intérêts d’Aréva dans la région (au Niger voisin) mais quand même ! Car ça n’a pas loupé, les courageux guerriers d’AQMI n’ont pas pu s’empêcher de le menacer de lui faire la peau et celle de nos otages ou d’aller faire péter des bombes dans nos villes.

    Comme quoi, les dessins de Charlie n’y changent rien. Nos otages sont en danger depuis le jour de leur enlèvement et si ce n’est le soutien de la France à une expédition militaire, de toute façon, les fanatiques d’AQMI trouveront toujours un bon prétexte pour en zigouiller un ou deux ou plus. C’est bien malheureux pour nos compatriotes mais c’est ainsi. Il ne sert à rien de mettre son honneur dans sa poche pour caresser les intégristes dans le sens du poil. Ils n’attendent que ça et ne renoncent à rien.

    Et s’il y a un autre intégrisme à combattre, ce n’est pas celui très fantasmé que cet imbécile de Cohn-Bendit attribue aux laïques mais plutôt celui bien réel et faisandé qu’une certaine Caroline Alamachère diffuse sur l’internet en se faisant passer pour Charlie Hebdo et qui se situe dans une veine à peine moins nauséabonde que les pitres de Génération Identitaire qui ont besoin de ressortir Charles Martel de la naphtaline pour vomir leur islamophobie. Car la différence, mon cher Dany, c’est qu’un laïque, même anticlérical (ce qui n’est pas forcément lié), n’attentera jamais à la vie d’un croyant ni ne lui refusera le droit d’adorer son dieu ou de vivre selon ses préceptes même s’il en conteste le bien-fondé et la philosophie. On ne peut hélas pas en dire autant des fondamentalistes et autres extrémistes qui, eux, sont prêts à utiliser le meurtre pour assouvir leur haine de l’humanité.

    Et cette différence-là n’est pas qu’un détail.

    A en croire le gouvernement, refuser de ratifier le traité budgétaire aurait été une catastrophe. Et quelle catastrophe ! Cette si belle Europe, le phare de la démocratie, tout de même, aurait ainsi été réduite à néant, sa superbe monnaie jetée aux oubliettes de l’histoire et une crise sans précédent aurait anéanti à jamais les pays du vieux continent.

    Ne sont-ils pas mignons nos Hollande, Eyrault, Cahuzac, Guigou et autres Fabius à vouloir aujourd’hui nous vendre comme seule issue à la crise, comme seul remède au prétendu déclin du pays, un traité qu’ils vouaient aux gémonies, naguère — il n’y a pas si longtemps, l’affaire de quelques mois tout au plus — et qui serait devenu bien plus présentable depuis que notre admirable président, de ses petits poings rageurs frappés avec autorité sur la table, aurait obtenu un début de semblant de commencement d’éventuel pacte de croissance ? Enfin peut-être. Enfin, faut voir, c’est pas sûr parce que, Angela, elle est pas trop chaude pour ce qui est de sortir de la merde ces salauds de fainéants du Sud !

    Bah oui, c’est beau l’Europe, la fraternité entre ses peuples qui n’hésitent jamais à ressortir leurs vieilles badernes pour mieux se mépriser les uns les autres. Les Grecs ? Des voleurs et des tricheurs qui n’ont que ce qu’ils méritent. Les Ritals et les Portos ? Pareils ! Quant aux Espagnols, n’en parlons même pas ! Mais à part ça, on s’aime tellement que ça en serait indécent d’en faire une démonstration. Parole !

    Et puis, pour Merkel, faut pas pousser le cochonnet trop loin, non plus : les exigences démocratiques doivent être compatibles avec le marché. Autrement dit, les intérêts des rentiers avant ceux de la populace. Danke schönn !

    Donc, grâce à Hollande, ce fameux traité qui, il y a encore à peine 6 mois instaurait une austérité à perpétuité, un carcan tel qu’il interdisait toute politique sociale, ce fabuleux traité est maintenant devenu la quintessence de l’ambition sociale et économique de la gauche moderne qui se doit d’être à la fois sociale et libérale. Un must ! Le nec plus ultra de l’oxymore politique, ma chèèèèèère Vâââlérie, n’est-ce pas ? Enfin, la gauche… C’est ce qu’ils disent dans les journaux parce que eux, c’est bien connu, ils savent tout mieux que nous. Ça là, ce machin qui est au gouvernement du pays, ce serait la gauche, les autres n’étant que des extrémistes.

    Et il est content, Hollande. Pas besoin de la droite pour voter le traité. C’est sûr, ça aurait été la honte pour un gouvernement qui se dit « de gauche » mais c’est pas glorieux quand même car, en réalité, c’est cette mouvance prétendument de gauche qui a voté avec la droite. On savait qu’ils nous feraient le coup mais on reste toujours ébahis par cette faculté des socialistes à renier leur parole. Mais quel bel enfumage digne du sarkozysme ! Quel bel exercice de trahison !…
    Il y a quand même eu 282 députés dits « de gauche » pour approuver le traité : 264 socialistes, 12 radicaux de gauche, 3 écolos, 1 apparenté front de gauche martiniquais. 282 noms (oui, je sais ça fait seulement 280) qu’il va falloir retenir pour pas se tromper à nouveau aux prochaines échéances électorales.

    Et tout cela, à un moment où près de 70 % des Français déclarent qu’ils voteraient contre Maastricht si le référendum avait lieu aujourd’hui. Et cela après avoir fait campagne en prétendant vouloir renégocier le traité, ce qui n’a pas été fait malgré ce qu’en dit Eyrault.
    Mensonge et trahison. Une nouvelle fois, la décision a été prise sans et contre le peuple sous prétexte qu’il n’y a pas de nouveau transfert de compétence. La belle affaire ! Notre belle classe politique avait surtout peur de se voir une fois de plus désavouée par le peuple prié de supporter sans broncher tout le poids de l’austérité perpétuelle. Car c’est pour notre bien, c’est pour la France. Et ils se foutent de nous en plus ! Le beau mécanisme que voilà, pillage de la ressource publique au seul bénéfice des intérêts particuliers, des rentiers qui iront ensuite s’installer à l’étranger pour mieux jouir de leur magot. Vive la France !

    Elle est vraiment brillante, notre classe politique. Tous ces bourgeois qui se partagent le pouvoir sur notre dos et qui n’hésitent pas à nous imposer les pires sacrifices alors qu’eux mêmes n’en souffriront pas. Les mêmes qui dans quelques mois se coucheront à nouveau devant le MEDEF pour mieux anéantir ce qu’il reste du droit du Travail, ce carcan qui bride tant la compétitivité de nos entreprises. On nous le vend si bien ce progrès fabuleux ! Droite, gauche ? Elle est où la différence ? Il est où le changement ? L’égalité devant le mariage et l’adoption ? Oui, c’est bien, c’est une affaire de justice mais ça ne changera rien au quotidien de millions de gens malgré ce que certains voudraient faire croire dans le débat débile actuel. Tandis que ce traité et ses conséquences, là où il aurait fallu rompre avec la logique libérale pour changer réellement cette politique suicidaire, les voilà d’accord pour nous emprisonner davantage.

    Mais, finalement, on aura au moins une satisfaction : les emplois dans la police (le maintien de l’ordre) ne risquent pas de diminuer. Au contraire, comme en Espagne ou en Grèce, il va en falloir pour calmer les mécontents, d’ici quelques mois. Et puis, on pourra toujours verser une petite larme de bonheur devant les mines ravis de nos chers dirigeants se congratulant d’autosatisfaction devant les cendres de la démocratie : Baroso, Merkel, Flanby, etc. A gerber !

    C’est vrai, c’était pas si mal trouvé finalement, Flanby, le courageux capitaine de pédalo qui a si bien su nous mettre !… Trop fort !

    Quand même, je crois qu’elles peuvent se frotter les mains, les Marine, Marion et consort. Il est en train de leur préparer le terrain, notre bon Hollande, notamment dans le Vaucluse.

    On parie ?

    Permis de tuer ?

    dimanche 9 septembre 2012, par Marc Leblanc

    Ce soir, dans le cadre de son émission "Zone interdite", M6 s’intéressera à l’épineuse question "Conduire avec ou sans permis de conduire : enquête sur ces Français prêts à tout !", avec point d’exclamation et tout ça. « Alors que cet été 2012 a été plus meurtrier que l’an dernier sur les routes de France, (+ 3,6% de décès par rapport à juillet 2011), plusieurs des conducteurs impliqués dans ces accidents mortels roulaient sans permis. Qui sont ces Français qui osent prendre des risques avec leur vie et celles des autres sur la route ? Quelles sont leurs combines pour ne pas se faire prendre ? Pourquoi est-il si difficile de décrocher cet examen en France ? », annonce même le site de la chaine.

    Je sais ce que vous allez me dire : "On s’en fout !" et sans doute aurez-vous raison. M6, comme la plupart des autres chaines de télé, d’ailleurs, hélas, donne assez peu souvent dans la finesse, est plutôt adepte de l’enfoncement de portes ouvertes et de la sécurité routière à grand spectacle et sait manipuler avec un talent certain tous les poncifs les plus éculés énoncés sur le sujet depuis l’invention de la roue. Il y a donc peu de chance que l’émission de ce soir diffère beaucoup des précédentes.

    Derrière la présentation toujours très aguicheuse du sujet, il y a aussi cette affirmation selon laquelle rouler sans permis serait quasiment une tentative d’homicide plus ou moins volontaire. Raccourci simpliste, bien sûr, que la plupart des journaux n’ont pas manqué d’utiliser lorsque ces faits-divers sont venus défrayer la chronique. Conduire sans permis = assassin ! Si ça c’est pas de la rigueur journalistique, pas vrai ?

    Pourtant, le sujet est intéressant. Il aborde un phénomène qui, apparemment, tend à se développer ou, peut-être, à être plus visible. Se poser la question est donc pertinent. Mais pourquoi, encore une fois, ces raccourcis stupides et ces amalgames ?

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    Le dernier ennemi - Bataille d’Angleterre, juin 1940-mai 1941

    Richard Hillary

    vendredi 7 septembre 2012, par Marc Leblanc

    J’avais dix ou onze ans lorsque j’ai lu (que dis-je ? Dévoré !) « Le grand cirque » de Pierre Clostermann pour la première fois. C’est mon père, alors sergent-chef dans l’Armée de l’Air, qui me l’avait offert pour un anniversaire. Je l’ai toujours.

    C’est aussi mon père qui m’avait inoculé l’amour de l’aviation et des avions en m’emmenant avec lui à de nombreuses reprises sur les bases aériennes où il servait, me permettant ainsi d’approcher ses gigantesques monstres volants (à l’échelle d’un enfant) et les gens qui s’affairaient autour. Parfois, j’avais le privilège de monter dans un avion et même de m’asseoir à la place du pilote. Les copains du paternel étaient toujours aux petits soins quand un enfant leur rendait visite. Et, bien sûr, quand la base ouvrait ses portes aux riverains à l’occasion d’un meeting aérien, je n’étais jamais le dernier à profiter des tours d’avions que l’armée offrait en guise de baptêmes de l’air. Pouvoir approcher ces machines volantes, même si ce ne sont jamais que des machines à tuer, est bien sûr quelque chose qui marque l’esprit d’un enfant.

    En ce temps-là, la guerre n’était pas si loin — moins de vingt ans — et l’on pouvait trouver de nombreuses bandes dessinées bon marché qui vantaient les exploits de héros, le plus souvent imaginaires, qui vous dézinguaient du Boche comme qui rigole, à se demander pourquoi cette guerre fut si longue et si terrible ? Parmi ces bédés, il y en avait une qui racontait les aventures d’un pilote anglais, Battler Britton, lui aussi grand éradicateur de nazis qui exerçait ses talents avec une facilité déconcertante. Un jeu d’enfant, la guerre ! Pour moi, elles valaient surtout par le dessin plutôt fidèle des aéronefs mis en situations. Spitfire, Hurricane, Tempest, Mosquitos, Messerschmitt BF109, Focke-Wulfe 190A ou D, Stuka, etc. Tout ça vire-voltait de page en page, donnant de cette époque tragique un aspect quasi-ludique totalement déconnecté de la réalité et exaspérait mon père qui avait combattu (plus tard) à bord de zincs de reconnaissance sans jamais nous avoir rien dit des guerres dont il portait à jamais les stigmates physiques et mentaux. C’est la raison pour laquelle, je pense, il m’avait offert ce livre de Clostermann, histoire de m’ouvrir les yeux et de dire un peu de ce qu’il ressentait lui-même.

    « Le grand cirque » est le récit, extrêmement bien écrit, des combats menés par un des as des Forces Aériennes Françaises Libres (FAFL) au sein de la légendaire Royal Air Force (RAF). Par la suite, j’ai lu bien d’autres témoignages de ces hommes qui ont combattu l’Allemagne nazie dans le ciel d’Europe — notamment « Les carnets » du commandant René Mouchotte et « Les arènes du ciel » de Marcel Verrier de l’escadron Normandie-Niemen ou, bien sûr, le remarquable « Pilote de guerre » d’Antoine de Saint-Exupéry — tous poignants, tous passionnants et tous tragiques.

    Mais, du moins, « Le grand cirque » avait-il décidé de deux choses essentielles. Un, ma vocation : je serai pilote de chasse. Deux, ma fidélité à l’Armée de l’Air. Pour le premier point, la myopie s’est chargée de me ramener à de plus modestes ambitions. A défaut de pouvoir piloter des avions de chasse, j’en ai construit (et encore aujourd’hui) des escadres entières à l’échelle 1/72° qui avaient le don de désespérer ma pauvre mère qui en trouvait partout.

    Bien sûr, la première chose que l’on retient, à onze ans, c’est le côté épique de cette aventure mais les sentiments que livre l’auteur, même si l’on n’est pas tout à fait capable d’en mesurer toute la portée et la profondeur, imposent un autre regard sur ce qu’il a vécu, loin des fanfaronnades ridicules des bédés débiles et ultra-guerrières. Par la suite, en vieillissant, le côté un peu « technique » de ces récits de combats aériens tend à s’effacer derrière l’humanité des personnages.

    La plupart des témoignages que j’ai lus sont de simples récits d’actions, de situations qui racontent, en quelque sorte, la guerre au quotidien en resituant les événements dans un contexte qui reste cependant très difficile à appréhender, le tout mâtiné de considérations personnelles sur la détermination de ces pilotes, leurs doutes, leur fatigue et leur douleur à la perte des camarades. Cette longue litanie des noms de ceux qui ne rentraient pas, mission après mission. Il n’y a pas de fanfarons dans ces histoires, juste des hommes qui accomplissent un travail, leur devoir, en essayant de ne pas se poser de questions ni de trop penser au lendemain.

    Richard Hillary était un jeune anglais engagé dans la RAF, pilote de Sptifire, avec quelques compagnons qui se faisaient appeler « les types aux cheveux longs ». Il se destinait à l’écriture et, s’il avait vécu, il serait probablement devenu un grand écrivain britannique car son style est limpide, captivant et d’une apparente facilité.

    La relation qu’il fait de sa courte vie de pilote de chasse durant la bataille d’Angleterre est tout simplement remarquable. Mais plus peut-être que les textes des Français qui ont participé aux mêmes combats — à l’exception de Saint-Exupéry qui, bien sûr, questionne beaucoup le sens des événements en y recherchant l’humanité et auquel il s’apparente à bien des égards — celui d’Hillary est aussi une longue introspection sur le sens du combat mené, sur celui du patriotisme et sur une certaine vacuité de cette jeunesse dorée britannique, sortie des grands collèges, à la fois généreuse et ouverte au monde aussi bien qu’arrogante, voire suffisante, égoïste même, et sûre de pouvoir en changer la nature par sa seule existence. Hillary parle de ces jeunes hommes qui affectaient de ne pas être patriotes (le patriotisme de commande, selon eux) voire de mépriser la « patrie » et qui peu à peu ont pris conscience qu’ils étaient, malgré leur indiscipline, de redoutables obstacles à l’expansion nazie, acceptant dès lors de mourir les uns après les autres en refusant les grands discours, les envolées lyriques sur la défense de la Démocratie, simplement parce que leur sacrifice était nécessaire.

    Hillary a voulu témoigner pour ces amis disparus, pour dire qui ils étaient et aussi ce qu’ils n’étaient pas :

    C’est avec hésitation que je me suis mis à écrire ce livre car je sentais que quiconque essaierait d’expliquer le choc moral produit par cette guerre sur la jeunesse de mon pays — choc qui dépasse les faciles emballements de l’écran — devrait le faire d’une façon compétente et digne du sujet. Je ne sais si j’ai réussi. J’étais à la fin tellement dégoûté des rengaines sur la « Forteresse Angleterre » et sur les « Chevaliers de l’Air » que je me suis décidé à écrire tout de même ce livre. Je l’ai fait dans l’espoir de faire comprendre à la prochaine génération que, si nous étions stupides, nous ne l’étions pas entièrement ; nous nous souvenions bien qu’on avait déjà vu tout cela dans la dernière guerre mais que c’est malgré cela et non à cause de cela que nous étions persuadés qu’il valait encore la peine de se battre cette fois-ci.

    Ce n’est pas seulement le sort de l’Angleterre qui s’est scellé durant cette bataille aérienne gigantesque mais celui de l’Europe entière. Ils ont été nombreux ces pilotes anglais, polonais, tchèques, norvégiens, belges, français, hollandais, etc. à donner leur vie pour barrer la route à la folie hitlérienne. La Royal Air Force a sans doute écrit alors une des pages les plus tragiques et les plus glorieuses de son histoire. Mais c’est essentiellement grâce au courage du peuple britannique et à celui de cette poignée d’hommes si jeunes que la victoire finale fut rendue possible.

    Il est de bon ton parfois, aujourd’hui encore, de railler l’Angleterre en souvenir de ce vieil antagonisme historique qui opposa nos deux pays pendant des siècles. Par bonheur, il n’en reste aujourd’hui que quelques exercices obligés d’humour plus ou moins vachard, toujours empreints de mauvaise foi si ce n’est de vérités partielles et partiales et ce aussi bien ici que là-bas. Comme toujours, il en est encore pour prendre les choses au premier degré et voir dans l’autre plus qu’un concurrent, un possible ennemi. La connerie n’est pas une affaire de nationalité. Mais on ne dira jamais assez le respect et la reconnaissance que nous devons à l’Angleterre et aux peuples britanniques qui ont supportés seuls pendant longtemps le poids terrible de la guerre.
    Certains se complaisent encore dans l’évocation de l’épisode tragique de Mers-el-Kébir, symbole de la perfidie et de la francophobie anglaise. Mais nul ne peut nier, et cela quels que furent les calculs politiques et stratégiques du gouvernement anglais de Winston Churchill, que c’est grâce à l’Angleterre que la France a pu prendre place aux côtés des vainqueurs et retrouver son honneur.

    Richard Hillary a voulu pour épitaphe ces vers tirés de Gaspard Hauser de Paul Verlaine :

    Bien que sans patrie et sans roi
    Et très brave ne l’étant guère,
    Je voulus mourir à la guerre :
    La mort n’a pas voulu de moi.

    La mort a fini par vouloir de lui. Elle l’a emporté à l’âge de 23 ans. Grièvement brûlé une première fois, il avait voulu reprendre son service alors qu’il aurait pu se retirer et panser ses cruelles blessures sans que personne ne songe à s’en scandaliser.

    Pierre Clostermann dédiait son « Grand cirque » à ses camarades pilotes de la RAF qui sont morts eux aussi pour la libération de la France, à tous ces hommes à qui nous devons tant et sur qui l’oubli tombe si vite.

    Je voulais rendre hommage à leur courage et à leur sacrifice.

    Merci à eux.


    Le dernier ennemi - Bataille d’Angleterre, juin 1940-mai 1941 - Richard Hillary - Editions Tallandier, collection Texto - Préface d’Arthur Koestler

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