22 septembre 2013

  • [Blogue] Le bijoutier et le voleur

    Maître Eolas, dans ce billet, apporte sur cette lamentable affaire l’éclairage, comme toujours, pertinent et argumenté du juriste et rappelle quelques principes de droit dont, de toute évidence, beaucoup de ceux qui se sont pris à hurler avec la meute n’ont cure. Un élément qui ne trompe d’ailleurs jamais : Estrosi et Ciotti, les deux peigne-culs azuréens, sont du nombre au côté de papa Le Pen dans un bouquet fleurant à merveille la fosse septique. Autant dire que l’intelligence et la réflexion ne sont pas à chercher de ce côté.

    Il est assez surprenant de constater l’écho donné à cette affaire et surtout aux soutiens désintéressés, cela va de soi, que tous ces courageux anonymes ont apporté au bijoutier meurtrier, sur fesse-bouc ou sur la place Masséna de Nice (ou pas loin de là mais on s’en fout). De bien mauvaises langues prétendent que certains de ces « soutiens » auraient été achetés pour faire un peu plus massif. C’est dire si les intentions des promoteurs sont pures.

    Ce n’est évidemment pas la première fois qu’un commerçant ou un particulier met hors d’état de nuire plus ou moins définitivement son agresseur provoquant le même déferlement de commentaires, le plus souvent haineux et simplistes (pléonasme ?), sous prétexte que la justice lui demande des comptes. Ce qui est pourtant son rôle et, osons le dire, la moindre des choses puisqu’il y a eu mort d’homme dans le cas présent. Je ne pense pas me tromper en affirmant que même avec de « simples » coups et blessures, ce serait aussi le cas.

    La logique et la raison voudraient donc qu’on laisse la police et la justice faire leur boulot et livrer leurs conclusions. A quoi sert, dans ce genre d’affaire, de s’enflammer et de prendre partie avant même d’en connaître tous les détails, à supposer que ceux-ci seront consciencieusement étalés sur la voie publique ? Sauf à vouloir démontrer et dénoncer le laxisme ambiant dû à cette gauche qui préfère les malfaiteurs aux victimes, bien sûr. Sauf que là, en l’occurrence, la loi encadre assez clairement la procédure et que ce serait une bien curieuse façon de concevoir la justice que de s’en remettre au fameux « bon sens populaire » illustré par tous ces « soutiens » désintéressés.

    Surtout que, même s’il s’est peu exprimé là dessus, à ma connaissance, il n’est pas certain que le bijoutier soit très demandeur de ce genre de soutiens. Après tout, il se retrouve seul désormais à supporter le poids de son acte et il risque de voir les rangs de ses « soutiens » se clairsemer rapidement, dès lors que l’intérêt médiatique sera passé. Seuls resteront peut-être ceux qui sont plus préoccupés par son humanité que par la prétendue exemplarité de son acte. Des gauchistes, certainement...

    C’est vrai que c’est un drame ce qu’il s’est passé. Certes, le mort n’est pas une victime très présentable, le genre pas très bien fini, un nuisible sans doute, dont son entourage devait craindre qu’il ne tombe un jour sur un os. Voilà, c’est fait ! Il a amené l’enfer chez cet homme qui a commis à son tour l’irréparable. C’est simple. C’est tragique.

    Bien sûr, on peut se livrer à toutes les leçons de morale qu’on voudra. Pas beau voler, surtout sous la contrainte d’un arme et sous les coups. Pas beau faire justice soi-même. Pas beau tuer même sous le coup de l’humiliation et de la colère. C’est vrai, tout ça n’est pas très joli. Mais ce serait bien aussi, maintenant, qu’on foute la paix à ces gens dont la vie est à jamais saccagée.

  • 8 septembre 2013

  • [Blogue] Mon plus beau cadeau d’anniversaire

    JPEG - 19.3 ko
    Guide de survie à l’usage des couples infertiles

    C’était donc ce fameux jour que l’on connaît tous où on taille mentalement une nouvelle encoche sur le bâton virtuel qui nous servira un jour de canne. « Et de 59 ! » jubilais-je modestement et « jaunâtrement » tandis que parents et amis faisaient chauffer le téléphone pour me souhaiter un joyeux anniversaire. Ils sont adorables, tous, avec leurs gentilles attentions. Ça fait chaud au cœur.

    Puis, ce fut le tour de ma fifille à moi, la chair de ma chair et toussa...

    Elle est plutôt taiseuse en général, mon Audrey. On est un peu pareils quand il s’agit du téléphone. Non pas qu’on n’ait rien à dire mais on sait jamais comment le dire, si c’est important de le dire ou intéressant. Puis moi qui comprends pas tout correctement. Mais là, c’était plus qu’un affectueux message d’anniversaire. Elle avait prémédité son coup, la maligne, c’est sûr !

    « J’ai une grande nouvelle à t’annoncer », qu’elle me dit ma fifille, comme ça, tout de go. Moi qui connais les difficultés des deux tourtereaux à avoir un bébé, et malgré leur recours à l’assistance médicale à la procréation, j’avais d’emblée écarté l’idée que ce puisse être « ça ». Oh, je ne dis pas qu’elle ne m’a pas effleuré l’esprit mais j’aurais été tellement déçu pour elle d’être déçu par tout autre « grande nouvelle ». C’est vrai quoi, adopter une fratrie de chiots jumeaux dogues allemands ou se lancer dans l’élevage de chatons abyssins ou bien la promotion du gendre idéal qui va propulser le couple à Canberra ou à Ushuaïa, c’est sympa, mais ça sonne quand même pas pareil.

    Alors, d’un ton faussement placide, je lui ai demandé d’abréger sa torture. Et bien, j’avais tort, c’était « ça » !

    « Je suis enceinte » ai-je entendu ma fille me glisser dans les trompes d’Eustache.

    D’un seul coup, je me suis retrouvé sur un petit nuage, entouré de petits noiseaux gazouillant et voletant gaiement, tandis qu’un arc-en-ciel se dessinait subitement dans le pur azur de ce jour d’été et que les cloches de tout l’univers se mettaient à sonner follement pour annoncer au monde LA nouvelle. C’est comme si mon amour de Dulcinée venait de m’annoncer que j’étais à nouveau père ! Promis, pareil !

    Il paraît même que, somnolant encore comme des bienheureux un instant seulement avant la révélation, trois rois-mages se sont mis précipitamment en route avec leurs chameaux pour collecter le monceau de cadeaux qui couvrira bientôt le sol au pied de cette descendance tant espérée. Mais l’info reste à confirmer. Quand même !

    C’est fou aussi la niaiserie qui soudain fait vasouiller votre cerveau. J’en ai entendu dire que dans mon cas ça n’a rien à voir avec ça, c’est un état naturel chez moi. J’ai les noms, on règlera ça tout à l’heure à la sortie. Il n’empêche que vous voilà à ânonner des banalités affreusement... euh !... banales, c’est le mot, alors que tout en vous voudrait exprimer cette joie indicible par des paroles plus historiques les unes que les autres comme, au hasard : « Yaaaaoooouuuuhhhh ! »

    Alors, bien sûr, ce petit embryon qui nous procure tant de joie, n’est pour l’instant encore que la promesse d’un grand bonheur à venir. Nous savons que d’autres espoirs ont été déçus, hélas, avant celui-ci. D’ailleurs, ma fifille et mon gendre idéal ont attendu trois mois pour officialiser LA nouvelle et c’est bien ainsi. Du reste, malgré cela, la crainte n’est jamais très loin et nous l’avons vérifié il y a quelques jours lors de notre bref séjour chez les enfants. Quelques douleurs dans le bas ventre et nous voilà à craindre le pire et mon gendre idéal se presque liquéfier d’inquiétude pour sa femme et la vie si fragile qu’elle porte. On n’en menait pas large nous non plus car, tout au plaisir des moments passés ensemble, nous avons peut-être été un peu imprudents et finalement égoïstes en voulant croire que tout allait naturellement pour le mieux. Le soulagement quand l’alerte a finalement passé sans autre conséquence que cette angoisse quand même terrible !

    Mais je sais depuis longtemps qu’elle est bien entourée ma fifille et que mon gendre idéal est un mec en or comme on en trouve peu. Mon autre fils, pour de vrai...

    Puis, on ne peut pas faire autrement : ce bébé en devenir occupe une place considérable. Nous voilà à évoquer le bébé qu’était sa maman et tout une bouffée de souvenirs me submerge. Je pense depuis un certain temps qu’on est peu ou prou en deuil de l’enfance de nos enfants. Le mot est fort et ceux qui ont vraiment perdu un enfant le jugeront inapproprié mais il y a un peu de ça. Devant nos enfants adultes, indépendants, qui mènent leurs vies sans plus rien nous demander, on songe aux nourrissons qu’ils étaient et dont on changeait les couches, à qui on donnait le bain et le biberon, qu’on serrait dans nos bras en caressant leurs toutes petites mains si parfaites. On repense à toutes ces étapes de leur vie toute neuve qui sont autant d’instants émouvants de bonheur : les premières dents, les premiers pas, les premiers mots, les gros câlins, la première rentrée... Il y a une chanson d’Yves Duteil qui évoque assez bien ces bonheurs-là : « Prendre un enfant par la main ». C’est tout à fait ça.

    Moi, je pense aussi à ce bébé qui arrive. J’entame ma soixantième année (putain, déjà) et je vais être grand-père ! GRAND-PERE, merde ! Et je suis heureux. HEUREUX !

    Merci à ma fifille et à mon gendre idéal. Qu’ils profitent le plus possible des années de bonheur que leur apportera cet enfant... et les suivants.

    Je vous aime.

    Et pis c’est tout !


    P.S. : Ma fifille à moi a écrit un livre avec sa copie Audrey qui dessine très bien. Les deux gamines ont du talent à revendre (la preuve) et beaucoup d’humour. Mais je suis subjectif : j’adore l’humour féminin et celui de ma fille en particulier.

    Ça s’appelle « Guide de Survie à l’Usage des Couples Infertiles (GSUCI) ».

    Vous en comprendrez les raisons en vous rendant sur le blogue de fifille : L’AMP pour les nuls.

    Vous pouvez aussi visiter leur page fessebouc.

    Mais ce qui est plus important, que vous soyez concernés ou que des amis à vous soient concernés ou juste pour le plaisir d’enrichir votre culture en apprenant plein de mots nouveaux qui vous feront briller dans les compétitions de SCRABBLE, achetez ce petit livre rigolo et sans prétention qui pourra vous/les aider à affronter le parcours pour le moins rugueux de la procréation assistée et dont la femme, comme pour beaucoup de choses, supporte l’essentiel des avanies.


    P.S.2 : Message personnel : Olivier, plus que jamais, merci.

  • 25 août 2013

  • [Blogue] Brunehilde 2 : le retour de la reine

    BMW R1150RT

    JPEG - 183.6 ko
    Brunehilde

    S’il n’avait tenu qu’à moi, je roulerais encore aujourd’hui au guidon de ma belle R1200RT rouge de la première génération (AM 2006). Cette moto me convenait très bien et je l’avais parfaitement en main. Après l’expérience plus que réjouissante de la K1200RS, c’était même de la gourmandise. Je ne me considère pas, en effet, comme un consommateur de motos et j’aime bien garder les miennes plusieurs années, histoire de faire vraiment le tour des plaisirs qu’elles peuvent procurer.

    Seulement voilà : j’avais acheté ma belle au moyen d’un crédit spécial. En gros, tu finances la moitié du prix d’achat de ta bécane pendant 3 ans au terme desquels soit tu la gardes et rembourses une mensualité égale à la moitié restante, soit tu en changes pour une plus récente et tu repars pour un nouveau cycle. C’est pas forcément donné mais ça permet de rendre son rêve un peu plus accessible. J’avais décidé de garder ma Brunehilde à la fin des trois années et j’en avais informé le vendeur, comme toujours à la dernière limite. Il s’est alors avéré que ma RT était trop vieille pour être financée par BMW et qu’il fallait en passer par l’achat d’une bécane plus récente.

    J’avoue que cela m’a laissé un peu perplexe mais, n’ayant plus beaucoup de temps pour trouver une solution alternative, j’ai accepté la proposition, partagé entre la déception de me séparer d’une moto qui me donnait toute satisfaction et la curiosité de goûter à une nouvelle machine radicalement différente : une K1200GT.

    Bagheera : BMW K1200GT

    JPEG - 178.2 ko
    Bagheera

    Le premier contact a été plutôt sympathique. Il faut dire que ce fameux moteur 4-cylindres transversal est un sacré bouilleur. Montée dans les tours rageuse, souplesse, coffre, une tenue de route impériale, un confort excellent, bref, de belles promesses de plaisir et de voyages réjouissants.
    Assez rapidement, toutefois, certaines anomalies sont venues ternir le tableau. D’abord, ce fichu ralenti, on ne peut plus capricieux, qui pouvait monter à 2500 ou 3000 tours sans raisons apparentes. Et cette boite de vitesse pour le moins désagréable qui accrochait à chaque changement de rapport comme si le débrayage était inopérant. Avec, en prime, la difficulté de trouver le point mort, par moment, là aussi sans raison apparente.

    Une journée en atelier pour remplacer deux bobines-crayons apparemment grillées apportera un léger mieux côté ralenti sans faire disparaître complètement le problème.

    Puis, il y a eu la première déconvenue : le roulement du renvoi conique qui casse au retour des Assises peu après Bellegarde-sur-Valserine et le voyage qui se termine en TER de Grenoble à Orange. Heureusement, la réparation a été prise en garantie mais il m’a fallu rapatrier ma bécane de Saint-Martin-d’Hères jusqu’en Avignon car c’était une garantie « garage » et non « BMW ». Subtilité... Sauf que la moto n’avait que 22.000 km et que cette rupture avait tout du vice caché. Passons !

    Un petit mois après avoir récupéré ma bécane, je trace la route entre Montbrun-les-Bains et Sault quand, au beau milieu d’un virage en épingle un peu avant Aurel, la roue arrière se bloque et la moto avec, dans un endroit sans visibilité pour les véhicules pouvant arriver dernière moi. Je ne parle pas de la galère pour sortir de là. Freins serrés, liquide en ébullition. Paraît que je roule pied sur la pédale de frein, d’après mon concess’. C’est vrai qu’il faisait très chaud ce jour-là et qu’on venait de passer le col de Macuègne, au Barret de Lioure, assez viroleux mais sans plus. En tout cas, pas de quoi faire du zèle sur les freins. Bref, la moto est de nouveau redescendu jusqu’en Avignon sur la dépanneuse. Diagnostic : Maitre-cylindre émetteur HS remplacé en garantie.

    Un nouveau mois passe. Voilà les vacances qui arrivent... et le voyant d’ABS qui se met en alarme dès le premier jour de voyage. Pas de souci apparent, la machine freine efficacement mais on ne sait jamais. Passage à Annecy chez le concess’ du coin qui diagnostique des problèmes de capteurs rendant inopérants l’ABS et les suspensions pilotées (ESA) et qui nous confirme qu’il n’y a pas risque de perte du freinage. Ouf ! On finira les vacances sans encombre avec le voyant clignotant et retour au garage. Finalement, c’est la centrale ABS qui sera changée, toujours en garantie, et... la boite à air. Ça, c’est pour le problème récurrent de ralenti. Ce remplacement aurait dû être fait lors d’une campagne de rappel de BMW que l’ancien propriétaire n’a visiblement pas cru devoir accepter.

    Nous en étions donc à l’automne. La garantie était maintenant terminée et la moto fonctionnait enfin très bien... à condition de ne pas changer de vitesse. A la faveur de mes recherches sur des forums consacrés aux K1200/K1300 nouvelle génération, j’avais appris que c’était un problème de cloche d’embrayage et de diaphragme connu de BMW qui semblait rechigner à le prendre en charge au titre du vice caché.
    La moto a peu roulé l’hiver suivant mais le problème demeurait voire s’aggravait. Alors, à force de gamberger, j’ai fini par décider de m’en séparer. Il arrive un moment où la confiance s’évanouit, où, devant l’accumulation de déconvenues, on ne vit plus que dans l’attente de la survenance d’une nouvelle tuile. Cette bécane était frappée d’une malédiction, c’était l’évidence. J’étais même prêt à changer de marque. Après tout, il y a beaucoup de bécanes très appétissantes depuis quelques temps !

    Chez JMS, la négociation a été assez rapide et n’a pas posé de difficulté. Je ne pouvais pas me lancer dans un nouvel achat d’une machine chère. Je souhaitais donc procéder à un échange avec une machine raisonnablement usagée. Ainsi fut fait. Merci à JMS Motos.

    Brunehilde 2 : BMW R1150RT

    JPEG - 195.4 ko
    Brunehilde 2

    Ce fut donc la R1150RT de 2003 qui avait assez fière allure et un kilométrage relativement modeste (53.000 km en 10 ans). Un petit doute aussi sur l’histoire de cette moto dont le carnet d’entretien annonce la révision des 50.000 km en décembre... 2010. J’espère que le câble du compteur n’aura pas malencontreusement cassé et ne sera pas resté en l’état pendant 3 ans...
    Moins de 10 jours après avoir pris possession de la belle, le voyant d’ABS se met en alarme. Résultat : changement de la centrale ABS... en garantie. Hum !... Ça recommence ?

    Depuis, on a fait près de 6.000 km ensemble sans autre souci. La révision des 60.000 approche donc et le remplacement du pneu arrière qui a désormais son compte. L’avant avait été remplacé lors de la transaction, ainsi que les poignées chauffantes qui étaient en lambeau.
    Mais c’est du miel, cette bécane. Je retrouve des sensations très proches de la R1200RT en termes de tenue de route, de facilité de manœuvre (c’est un vélo, cette bécane), de protection et de confort. Certes, le moteur est moins dynamique que celui de la R1200RT et sans commune mesure avec celui de la K1200GT, bien sûr. Il faut carrément lui rentrer dedans, tordre la poignée pour avoir des relances pas trop anémiques car il est un peu mollasson. Ou bien cette impression est-elle due à la différence de réponse avec le moteur de la K1200GT qui s’envolait dans les tours au moindre degré de torsion de la poignée. Du moins, on sent bien qu’il n’a pas été programmé pour la compétition, pas comme celui de la R1100RS, par exemple. Mais pour « croiser » sur les belles routes de France, il est largement suffisant et loin d’être ridicule. Et puis, ne soyons pas faux-cul : c’est aussi pour cette tranquillité-là que je l’ai choisie et elle s’acquitte remarquablement bien de sa tâche.

    Question consommation, tous cycles confondus, elle nous fait un petit 5,6 l/100 km, un peu au-dessus de la R1200RT (5,5 l/100 km) et très en-dessous de la K1200GT (6,5 l/100 km). Et pour l’huile, on est dans la norme (moins d’un litre au 1000 km).

    Au final, je ne suis pas du tout mécontent de cette opération. Voilà une moto qui redonne confiance dans la marque même si elle n’est plus de première jeunesse encore que ce ne soit pas une antiquité. Il faut juste se réhabituer au stater manuel et à l’absence de temporisation des clignotants. Plus d’ordinateur de bord complexe, plus de selles chauffantes (c’était bien, ça) mais une radio pas très commode car sans réglages au guidon. Et puis de toute façon, avec mon ouïe électronique, hein ? Plus de suspensions pilotées non plus et des variations d’assiette plus marquées que sur les deux 1200 et un réglage des phares pas évident en duo. Voilà, c’est tout. Le reste n’est que plaisir de voyager.

    On va donc en parler.. bientôt.

  • Vos commentaires

    • Guillaume Chocteau
      Le 23/09/13

      Hello,

      Tes déconvenues avec la K1200GT me font penser aux miennes avec la ... K1200LT ! 2 ans avec cette moto sans avoir une moto 100% en état ! Tjrs une merdouille (sans trop de gravité en général) ! Et puis un jour, relance du moteur après St Arnoult (je montais à un BN)... Casse du câble d’accélération... Remorquage, réparation chez BMW... 4h de MO et un billet de 1000 en moins... Gloups mais bon, cela arrive... Et puis qques mois après, coupure du 4 en 1 d’échappement. On me dit "vous ne roulez pas assez, elle a rouillé"... Mais oui mais oui... 25000 par an, combien faut il pour elle ? 2400 euros le morceau d’inox ! Bref, je m’en suis séparé (mal car c’est invendable) et suis retourné sur une R1100rt (j’en avais déjà eu une).
      Actuellement, je suis sur la grande soeur (1150) avec 115000 km au compteur. Je remonte juste du séminaire des délégués. 600 km d’arsouille avec les copains du 44. Elle a l’âge de ses artères, quelques merdouilles certes, mais elle reste saine.

      Le soucis reste la trop grande technologie de ces montures. BMW continue à coupler sa politique moto à celle pour les voitures : plus d’électro -> clientèle captive ! Moi, la prochaine sera un flat culbuté.

    • @Ficanas84
      Le 13/04/14

      Le problème des "youngtimers", comme on dit de nos jours en français, c’est d’en trouver une qui n’ait pas été transformée. J’ai récemment dégotté (à Cavaillon - Marc Motos) une R80 série 7, ex-RT de la gendarmerie transformée en roadster super allégé (2800 € le bout quand même). Pas mon truc. Côté mécanique rustique, je me demande si une Ural... Mais elles ne sont pas données non plus. Vendre des motos tellement rustiques et poussives qu’on les croirait d’occasion au prix de motos neuves, japonaises et bien conçues, c’est osé, je trouve.

    15 juin 2013

  • [Blogue] Para bellum

    On sait parler des retraités sur France 2 et ça fait chaud au cœur. Déjà, l’autre soir, on nous donnait en pâture ces misérables vieux séniors qui, faute d’une pension bien grasse, à ce qu’ils disaient et que disait le commentaire, partaient en exil au Maroc avec leurs 650 € par mois pour vivre comme des princes des « Milles et unes nuits » grâce aux tomates à 30 centimes le kilo. Le rêve à portée de la bourse la plus plate, 6 ou 7 mois par an, sur fond de gros camping-car flambant neuf à 40000 € au bas mot et sans voir un seul Marocain à moins de 500 m. Autant dire le nirvana ! Bon, faut aimer la tomate mais quand même ! Et tout ça se retrouvait autour d’une bonne table bien garnie, entre ripailleurs bien de chez nous, dans la joie et la bonne humeur innocentes comme il sied aux gens modestes qui savent se contenter de peu.

    Ce soir, on nous expliquait que la pension moyenne du retraité moyen tourne autour de 1350 € par mois et on l’illustrait en interrogeant des retraités représentatifs émargeant à 1500 € bien obligés de convenir, à ce tarif scandaleux, qu’ils étaient prêts à faire des efforts mais que, bon, ça coinçait quand même un peu. Comme quoi, non seulement ces salauds de vieux retraités sont des privilégiés mais, en plus, c’est des égoïstes, les mecs. Non mais allo, quoi ! Tu les paies à glander à longueur de journées en attendant la mort et, en plus, ils se font tirer l’oreille pour participer au salutaire effort de redressement national. On croit rêver !

    Alors, pour bien faire passer le message, impartial comme il se doit, on nous a rappelé les exorbitants privilèges de la fonction publique : pension calculée sur les 6 derniers mois (hors les primes) et non pas sur les 25 meilleures années, ce qui malgré tout donne des pensions et des taux de remplacement sensiblement les mêmes en moyenne, excepté pour l’administration centrale où les cadres sont surreprésentés. On comprend mieux son efficacité... Bref, c’est dire si les fonctionnaires jouissent de sacrés privilèges. Pour plus de développement, voir cet article.

    Ceux dont ne parlait pas l’édifiant reportage, c’était ces autres retraités, ceux qui vivent avec beaucoup moins de 1350 € par mois, parmi lesquels les femmes sont ultra-majoritaires. C’est un oubli d’ailleurs assez récurrent alors que tous ceux qui prétendent régler le fameux problème des retraites — qui, pour un peu, serait la cause de la ruine du pays — n’ont que les mots équité et justice à la bouche depuis plus de 30 ans. Mais les femmes ne doivent pas entrer dans leur champ de vision, semble-t-il. On notera aussi que lorsqu’ils emploient le mot partage, ce n’est pas pour parler des richesses mais des efforts à fournir pour « sauver notre système », ce qui ne s’adresse en réalité qu’à nous autres mais pas à nos élites économiques et financières. Faut pas déconner non plus. Surtout éviter le parallèle abusif entre l’incessant enrichissement des plus riches et l’appauvrissement du plus grand nombre.

    Dès lors, il est naturel de lancer des contre-feux pour détourner l’attention : les chômeurs qui chôment au lieu d’aller bosser ; les tricheurs aux allocs et autres prestations sociales, surtout les étrangers ; les retraités privilégiés alors que notre jeunesse ne peut construire le moindre début de vie ; les fonctionnaires-sangsue, etc. Au moins, pendant qu’on se bouffe le foie entre nous, on s’occupe pas des choses sérieuses.

    Le pire, c’est que ça marche. A en entendre certains, aligner les régimes spéciaux sur celui du privé ne serait que justice et équité. Ce sont en général les mêmes qui, il y a dix, quinze ou trente ans faisaient mine d’être trop occupés pour se battre et défendre leurs droits, la sécurité sociale, les services publics. Les lâches ont toujours de bonnes raisons pour ne pas se mouiller. Ça les rend d’autant plus hargneux contre ceux qui ont osé le faire. D’autres se font un plaisir d’opposer les jeunes aux anciens en professant qu’ils leur paient des rentes dorées tandis que ces vieux égoïstes ne leur laissent que des dettes en échange, oubliant au passage que notre contrat social est aussi un contrat intergénérationnel qui ne s’arrête pas aux retraites mais englobe l’ensemble des services publics financés par les contributions de tous (enfin, sauf des nantis, bien sûr). C’est bien plus porteur que de pointer le démantèlement de tous les dispositifs de solidarité et de répartition au profit de services commerciaux lucratifs pour ceux qui peuvent payer et de la charité (elle aussi privée) pour les autres.

    C’est aussi bien plus apaisant que de reconnaître que, à force de vouloir se convaincre que la lutte des classe n’est pas à l’ordre du jour, nous sommes en train de la perdre car l’oligarchie qui détient le pouvoir et ses larbins de droite ou de « gauche » n’ont eux cessé de la mener contre nous et sont en passe de nous écraser.

    Peut-être alors, quand à force d’avoir tant perdu il ne nous restera plus rien à perdre, quand nous serons le dos au mur, réaliserons-nous que le progrès de la condition humaine et la paix sociale ne peuvent exister que si l’on reste en permanence en alerte pour porter l’estocade contre ceux qui font commerce des peuples pour s’enrichir et accaparer le pouvoir. Il ne peut y avoir de justice et de démocratie sans des peuples prêts à se battre pour elles. Nous payons aujourd’hui de l’avoir oublié. Nous n’aurons bientôt d’autres choix que de reprendre la lutte, hélas !

    Si vis pacem...

  • 1er juin 2013

  • [Blogue] Le juif errant

    Le monde a tendance à se dépeupler ces dernières années et ma discothèque à ressembler de plus en plus à un mur commémoratif où se succèdent les disques des artistes que j’ai aimés : Brassens, Ferrat, Reggiani, Brel, Leclerc, Ferré, Béranger, Pagani, Caradec, Barbara, etc.

    Georges Moustaki vient à son tour d’éteindre les feux de la rampe et de baisser le rideau, discrètement, à l’image de sa vie, après longtemps de silence. Il était entré dans mon univers musical en 1969, comme pour beaucoup de gens, je suppose, avec sa chanson « Le Métèque ». Dans l’album qui l’accompagnait, j’avais découvert un artiste étonnant par sa voix douce et claire et par son talent à marier les plus délicates harmonies aux poèmes les plus beaux.

    En réalité, sans que je le sache, Moustaki existait déjà dans mon univers grâce aux chansons de Reggiani, la sublime « Sarah », bien sûr, et plus particulièrement « Ma liberté » que je m’appliquais à chanter autour des feux de camps estivaux en grattouillant piteusement ma guitare. Il y existait même depuis bien plus longtemps encore car, à la maison, mes parents vouaient une grande admiration à Édith Piaf pour qui il avait composé « Milord ».

    J’aimais bien ce type et l’image qu’il donnait, celle d’un gars nonchalant, calme qui ne parlait ni ne chantait jamais en élevant la voix mais qui pouvait dire avec simplicité des choses d’une rare justesse qui me touchaient. A bien des égards, il était l’archétype du méridional, du méditerranéen, du grec même, apôtre du temps de vivre et du temps partagé avec les amis, du temps que l’on prend pour faire les choses calmement, sans se précipiter, posément pour aimer ou pour chanter, le cauchemar des libéraux de cette Europe du Nord qui méprisent tant celle du Sud où ils ne voient que voleurs, profiteurs et tire-au-flanc et qu’ils s’emploient à humilier avec une persévérance qui confine au racisme. Moustaki, c’était notre frère à nous les méridionaux, qui, par son talent et par la beauté de ses musiques et de ses textes, nous redonnait la fierté d’être ce que nous sommes avec nos rares défauts et nos généreuses qualités. Ecoutez « En méditerranée » ou « Grand-père », il y parle de chez nous. Pour autant, il était aussi gourmand de découvertes d’humanités diverses, de musiques du monde, notamment brésilienne. Même s’il n’étalait pas sa vie dans les médias et ne se posait pas en maître à penser, il était de ces gens qu’on aime simplement parce qu’ils nous rendent notre sourire et nous considèrent avec gentillesse.

    Ses chansons m’ont accompagné toute ma vie. Comme celles d’autres, bien sûr, mais souvent elles sont venues résonner dans mon crâne, plus encore depuis que mon système auditif décline. Les textes sont si beaux, les musiques si agréables. On peut préférer telle chanson à telle autre mais il me semble qu’on ne peut pas ne pas les aimer toutes tant elles sonnent comme de la poésie à l’état pur. Une chanson de Moustaki, c’est un pur instant de douceur et de bonheur.

    Lui aussi s’était vu mettre le pied à l’étrier par Georges Brassens dont il a été l’élève et dont il a pris le prénom en signe d’éternel hommage. Pourtant, il s’appelait Joseph ce qui, toute charge biblique mise à part, n’était pas mal non plus. Mais on n’imagine pas le bien que le facétieux moustachu a fait à la chanson française en aidant et en soutenant tant de jeunes talents au front aujourd’hui blanchi.

    Et puis, Moustaki était aussi motard, sans ostentation mais sans faux semblant. Et cela collait bien à l’image de son personnage à la fois discret (on peut être motard et ne pas se complaire dans la démonstration) et déterminé. Libre comme ceux qui donneront naissance à la FFMC.

    Oui, le monde se dépeuple ces dernières années. Mais Georges Moustaki nous laisse une discographie si belle qu’elle nous aidera à surmonter la tristesse de son départ. Il me restera aussi le privilège d’organiser dans ma tête de somptueux concerts privés où la douceur de Moustaki se conjuguera à la chaleur de Ferrat et de Reggiani sous le regard bienveillant de Brassens.

    Merci Monsieur Moustaki pour avoir embelli ce monde par vos chansons et nous avoir aidés à cultiver l’espoir de le changer vraiment.

    Voici ce qu’écrivait Georges Brassens en mai 1954 à l’attention de Georges Moustaki, le poète qui avait alors 20 ans :

    Il existe encore des poètes. Mais ils se cachent çà et là entre deux pierres ou dans des trous d’aiguille. On les traque sans relâche (Pères indignés. Faut embrasser une carrière. Gagner sa vie. Que vont dire les gens !). Ils meurent presque tous très jeunes, les poètes, et l’homme leur survit comme on raconte. Bien sûr, un certain nombre échappe au massacre. Et alors on les fête comme une victoire nationale. On les cajole, on les appelle « cher maître » au sérieux, on se délecte à les écouter chanter leur feu ni lieu d’avant la ratification (Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux de Richepin ou d’ailleurs). Mais quand ils n’en menaient pas large, on leur fermait la porte au nez. Moustaki en est un. Il a eu vingt ans tout à l’heure et c’est plus difficile qu’on ne le suppose (Le petit cheval de Paul Fort, dans le mauvais temps, qu’il avait donc du courage). Il écrit des chansons entre les lignes. Il aurait pu bâcler des insanités et se faire chanter par la canaille lyrique. Il a choisi les chemins escarpés, les chemins coupés. Il fait confiance au public. Il aura sa récompense.
    Un temps viendra où les chiens auront besoin de leur queue et de Moustaki, poète inébranlable, et ceux qui s’apprêtent à le mordre aujourd’hui lui passeront la main dans les cheveux, s’il lui en reste.
    Soyez bons pour les animaux, même les tigres. Chante Moustaki. Ta chanson s’envolera vers les oreilles. Le temps s’en charge. Tu n’es pas seul. Écoute Guy Charles-Cros :

    Avec des mots chantés à voix profonde et douce
    Avant qu’un peu de terre emplisse notre bouche
    Confier à la vie notre lucide amour,
    C’est là notre travail sans trêve et notre fête,
    Notre raison de vivre et de mourir poète,
    Notre unique et divin recours.
  • 26 mai 2013

  • [Blogue] La manif pour tous : comme au bon vieux temps !

    Pour le Figaro, c’est « la France rebelle », celle de citoyens qui défient le pouvoir. Elle était moins lyrique, la feuille de chou réactionnaire, quand c’étaient des travailleurs en lutte pour sauver leurs emplois ou leurs retraites qui descendaient dans la rue, il n’y a encore pas si longtemps. Mais là, il s’agit de bouffer du pédé. Alors, on se lâche et on fait bon accueil aux groupuscules d’extrême-droite qui se sentent pousser des ailes et qui rêvent d’abattre la gueuse, comme au bon vieux temps.

  • 1er mars 2013

  • [Blogue] Ils ont tué Jaurès !

    JPEG - 13.3 ko
    Jaurès assassiné - L’Humanité

    Le bistrot était presque vide. A l’extrémité du zinc, la patronne conversait tranquillement avec deux habitués accoudés au bar et juchés sur les hautes chaises. La journée démarrait tout doucement pour tout le monde. Nous nous étions installés à une grande table au milieu de la salle et parlions nous aussi à voix basse de choses et d’autres sans grande importance. Surtout, nous tentions de chasser de nos esprits les dernières brumes d’une nuit, comme toujours interrompue trop tôt, sans parvenir vraiment à échapper à d’ultimes rêveries qui nous enfermaient de longs moments dans un mutisme harassé. Je sirotais mon grand crème et y trempais les morceaux d’un pain au chocolat dont la croûte s’émiettait d’abondance et se répandait sur toute la table. Un autre habitué entra saluant l’assemblée à la volée et alla se joindre au trio de comploteurs, là-bas au fond du bar. Sur le vaste mur face au zinc, le grand écran plat était calé sur BFMTV, son coupé. On y voyait défiler les images de ce qui était l’actualité du jour, en alternance avec les gueules inexpressives des deux présentateurs, et soulignées de l’incontournable bandeau déroulant les sujets en cours. En dessous apparaissait aussi un pavé marqué « Alerte Info » annonçant à la manière d’une catastrophe nucléaire les velléités de candidature de Sarkozy pour la présidentielle de 2017. Comme si ça pouvait être une surprise ! Encore un truc pour nous pourrir la journée à peine commencée, en attendant de nous pourrir la vie pour de bon le moment venu. Quelle galère !

    Les reportages tournaient en boucle, comme il se doit : Mali, Syrie, « chiffres » du chômage, Sarkozy, Mali, Syrie, etc. Surtout Sarkozy dont de larges extraits de ses profondes réflexions — telles qu’il les avait confiées à Valeurs Actuelles — défilaient au bas de l’écran comme pour nous allécher. Bizarrement, le vide sidéral de la pensée — appelons ça ainsi — sarkozienne semblait être un sujet bien plus important que tout autre, notamment le chômage ou la mort d’un soldat français au Mali. Décidément la médiocrité des puissants prend toujours le pas sur les préoccupations des petites gens. Puis vint apparemment le moment de l’indispensable page « culturelle » — désolé, ça s’appelle comme ça ! — consacrée ce jour-là à un autre de nos grands comiques : Johnny. Il paraît que le cher grand homme, sentant sans doute la fin approcher, nous a concocté un nouvel album sur le temps qui passe accompagné d’une sorte de pot-pourri d’images de sa fastueuse jeunesse. Le bonheur, en somme ! C’est dans de tels moments que vous vient un lourd sentiment de lassitude face à une telle vacuité. Sarkozy, Halliday, voilà ce qui fait l’actualité dans ce pays d’après cette chaine d’information en continue, sans doute ni pire ni meilleure que les autres car aussi superficielle qu’elles. Des pourvoyeuses « d’infos » bien formatées, du prêt-à-digérer non pas consensuel mais fondamentalement orienté dans le sens du vent dominant, celui des puissants, du grand patronat, de l’ultra-libéralisme, pour qui des ouvriers en lutte commettent des actes de violence inacceptables alors que leurs vies sont saccagées par des licenciements d’une rare sauvagerie et un chantage à l’emploi d’un rare cynisme. Quand on met bout-à-bout ces infos partiales, incomplètes, superficielles et clairement orientées qu’on nous assène de toutes parts, on ne peut qu’être frappés par le profond mépris qu’elles traduisent, dans le fond, de la part de bon nombre de journalistes, à l’égard de la classe ouvrière, des gens modeste d’une façon générale, de ceux qui triment pour gagner leur vie.

    Je pensais alors à Stéphane Hessel, disparu une semaine avant et auquel, selon l’usage réservé aux grands hommes, la Nation devait rendre hommage ce même jour. Décidément non, ces événements ne pouvaient pas évoluer dans la même dimension. D’un côté l’élégance, l’humanisme, la sagesse et la générosité des convictions d’un Stéphane Hessel, de l’autre la vulgarité, la rapacité, la soif de domination et le culte de soi-même de quelques médiocres pantins. Deux conceptions antinomiques de l’humanité. L’une généreuse et sincère, l’autre hypocrite et égoïste. Je me demandais aussi comment Hollande allait se sortir de l’exercice, lui qui, tout en étant le chef de file d’un parti dont Stéphane Hessel était ou avait été une des figures, conduisait une politique qui, à bien des égards, prenait le chemin opposé de celui que prônait le vieux sage ou, en tout cas, était une cause de ses indignations. La politique de Hollande n’est ni plus ni moins que la continuation de celle de Sarkozy et, en cela, constitue un reniement pour ne pas dire une trahison des engagements, pourtant modestes, sur lesquels il s’était fait élire. Dès lors, quelle ironie de le voir rendre hommage à Stéphane Hessel, à la mémoire de qui ce serait faire gravement injure que d’oser comparer leurs pointures morales et politiques respectives, non plus qu’à celle d’une classe politique française qui, à peu d’exceptions près, se vautre dans une médiocrité confondante. Pourtant, une chose est sûre : cet hommage de la Nation aurait pu être encore plus affligeant s’il avait été conduit par Sarkozy, celui-là même qui était allé faire à plusieurs reprises le guignol prétentieux aux Glières pour y fouler au pied la mémoire des Résistants et l’œuvre du Conseil National de la Résistance.

    Pour finir, Hollande a assuré le service minimum face à cette encombrante figure, lui faisant un éloge à peine plus chaleureux que ceux de beaucoup d’autres ne possédant pourtant pas la même proximité supposée avec Stéphane Hessel, et évitant soigneusement de froisser le CRIJF dont l’aversion pour le défunt, illustrée par des diatribes assez minables — en raison de son soutien à la cause palestinienne — n’a d’égale que la propension pour le moins pénible de ces gens à voir un antisémite pathologique en quiconque ose critiquer la politique israélienne. Quel courage, Monsieur le Président. Mieux valait tenter d’accréditer l’idée que l’amitié qui liait Stéphane Hessel à Michel Rocard validait la conception que ce dernier avait de la Gauche, oui, de la Gauche alors que plus personne ne songe plus depuis longtemps à coller une telle étiquette sur le dos du malheureux ambassadeur de Sarkozy auprès des pingouins. Toujours le mot pour rire, ce Hollande ! Il faut dire que dans ce parti socialiste, il y a belle lurette que l’idée même de Gauche s’est perdue dans les sables mouvants de l’opportunisme, ne servant plus que très rarement de caution sociale à un libéralisme qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui promu par la droite. Et à quoi donc se résume le libéralisme ? A rendre les travailleurs responsables des difficultés économiques et à faire peser sur eux l’essentiel des sacrifices jugés indispensables, au prix des droits qu’ils ont chèrement acquis au cours du siècle dernier et qu’ils ont arraché de haute lutte à la bourgeoisie.

    Il paraît que ces acquis sont désormais ringards et obsolètes, d’après les habituels experts qui viennent presque quotidiennement nous expliquer que la crise, c’est nous et nos droits. En fait, pour le patronat et la bourgeoisie, ils le sont depuis le jour de la signature des accords qui les ont engendrés. L’occasion est trop belle, aujourd’hui, de remettre les compteurs à zéro pour les salariés et de les dépouiller. On sait bien que l’impôt ne fera qu’égratigner nos riches méritants. On sait bien que l’on ne pourra jamais éponger la dette. Mais l’essentiel n’est pas là. Ce qui importe, c’est de maintenir les peuples sous le joug, dans un état d’incertitude permanente et sous la menace de la misère afin de pouvoir puiser dans le vaste vivier mondial de main d’œuvre et de matière grise, en mettant en concurrence tous ces gens qui aspirent à vivre de leur travail, honnêtement, mais qu’on peut ainsi contraindre à renoncer à tout, y compris parfois à la dignité.

    Ils ont oublié, nos socialistes du XXIème siècle, que le socialisme, à l’origine, voulait l’émancipation de la classe ouvrière. Il voulait défendre et promouvoir la dignité des petites gens face à la rapacité de la bourgeoisie. Ils ont juste oublié qui leur donnait leur légitimité politique. Trahir le peuple a toujours coûté cher à la Gauche et n’a toujours servi qu’à affermir la droite la plus réactionnaire.

    Oui, nous laisserons sur le carreau le Code du Travail qui devait nous protéger un peu, nos salaires, nos retraites et la protection de notre santé, puisque le patronat et la bourgeoisie capitaliste l’exigent et que les socialistes, certains syndicats dits réformistes, la droite et l’extrême-droite sont à leurs ordres. Oui, on abandonne les classes modestes au nom d’une prospérité illusoire dont il n’est même plus question aujourd’hui qu’elle puisse être partagée si d’aventure elle revenait. Le peuple peut bien crever, il y a assez de miséreux de par le monde pour continuer à enrichir les puissants.

    Oui, ils ont oublié, les socialistes, qui ils étaient et qui ils auraient dû être...

    Bon courage pour les prochaines élections, mesdames et messieurs.

    Pourquoi avez-vous tué Jaurès ?

    Ils étaient usés à quinze ans
    Ils finissaient en débutant
    Les douze mois s’appelaient décembre
    Quelle vie ont eu nos grand-parents
    Entre l’absinthe et les grand-messes
    Ils étaient vieux avant que d´être
    Quinze heures par jour le corps en laisse
    Laissent au visage un teint de cendres
    Oui notre Monsieur, oui notre bon Maître
     
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
     
    On ne peut pas dire qu’ils furent esclaves
    De là à dire qu’ils ont vécu
    Lorsque l’on part aussi vaincu
    C’est dur de sortir de l’enclave
    Et pourtant l’espoir fleurissait
    Dans les rêves qui montaient aux cieux
    Des quelques ceux qui refusaient
    De ramper jusqu’à la vieillesse
    Oui notre bon Maître, oui notre Monsieur
     
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
     
    Si par malheur ils survivaient
    C’était pour partir à la guerre
    C’était pour finir à la guerre
    Aux ordres de quelque sabreur
    Qui exigeait du bout des lèvres
    Qu’ils aillent ouvrir au champ d’horreur
    Leurs vingt ans qui n’avaient pu naître
    Et ils mouraient à pleine peur
    Tout miséreux oui notre bon Maître
    Couverts de prèles oui notre Monsieur
    Demandez-vous belle jeunesse
    Le temps de l’ombre d’un souvenir
    Le temps de souffle d’un soupir
     
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
     
    Jacques Brel

    A lire aussi, ce texte de 2009.

    Ou cette reprise de Zebda :

  • 23 février 2013

  • [Blogue] La faute à personne, comme toujours

    JPEG - 77.1 ko
    Heureusement qu’il y a Findus !

    C’est fou ce qu’on peut faire avec du cheval roumain quand on y pense ! Mais dans le fond, le problème dans cette histoire, ce n’est pas tant ces pauvres bêtes que ce qu’elle révèle de cupidité et de malhonnêteté dans un système censé nous nourrir.

    Les Roumains non plus, d’ailleurs, ne sont pas en cause. Certains, rien qu’à entendre ce mot avaient dressé l’oreille, prêts à nous asséner leurs sentences définitives sur ce peuple. Raté ! Ce sont bien de bons Français (et quelques autres fiers Européens occidentaux) qui ont cru malin de déguiser les canassons de Roumanie en vache de réforme. Au tiers du prix de la bête à cornes (sans corne, d’ailleurs, regardez dans les prés), c’était une affaire. Vivent le marché unique et la concurrence libre et non faussée !

    On fait donc mine de découvrir le désormais fameux minerai et les pratiques d’une industrie en fin de compte ni plus dégueulasse ni moins pourrie que les autres. Juste une machine à pognon avec plein de chartes éthiques et blabla Qualité façon ISO 9000 et tout ça qui font super-propres, et plein de règlements sanitaires super-épatants mais sans personne pour s’assurer de leur respect, vu que l’État a dépecé ses services de contrôle. Faut pas désespérer ces valeureux chefs d’entreprises qui donnent du boulot aux culs-terreux avec ces normes handicapantes. C’est même Cahuzac qui le dit, un ministre de référence qui sait tout de la finance mais rien de la lutte des classes.

    Alors, on aura peut-être des étiquettes pour dire quelle viande on mange, foi de Hollande, mais, pour pas nous effrayer encore davantage, elles ne nous diront pas ce que nos bestioles ont mangé. Faut pas exagérer non plus. A quoi servirait de connaître la présence d’OGM, d’hormones, d’acide lactique, de Javel ou autres trucs sympas ? Ça nous avancerait à rien, pardi, sinon à nous angoisser ! Et c’est Bruxelles qui le dit. Et on sait que quand Bruxelles fait les gros yeux, Hollande se pisse dessus comme Sarko avant lui.

    Dans le genre, c’est cette même industrie de transformation de la viande qui nous avait fourgué les farines animales. Ça avait donné le scandale de la vache folle et tout ça. Mais comme c’était pitié de perdre tant de bonne marchandise, grâce aux fines analyses de Bruxelles, on va de nouveau pouvoir s’en servir pour nourrir les poissons et les autres bestioles. Mais attention, promis juré, il n’y aura plus de mélanges hasardeux pour transformer nos herbivores en cannibales. Nenni. On sera juste plus sévères, intransigeants. Comme avant la première fois, quoi, mais là grâce à la traçabilité, promis, ça va saigner avec les tricheurs. Puisqu’on nous le dit, hein ?

    Pour Spanghero et sa viande de cheval pas très ragoutante, j’ai une vague idée de qui va payer le gros de l’addition : il y a quelque chose comme 250 pèlerins qui n’ont rien demandé à personne mais qui risquent fort d’aller pointer chez Paul Emploi. Possible aussi que le patron pas trop honnête se fasse tirer les oreilles et y laisse des plumes. Admettons.

    Pour les farines animales, par contre, je vois pas bien qui rendra des comptes quand on découvrira que les mêmes causes produisant les mêmes effets, on se retrouve avec la même catastrophe sanitaire. Car il n’y a aucune raison pour que la cupidité fasse place à la raison et à la prudence. Comme souvent dans ces cas-là, les politiciens se retrancheront derrière leur dévouement à l’intérêt commun et leur absence d’expertise sur les sujets concernés et les experts diront, eux, que c’était imprévisible. Et, s’il y a des victimes, tout le monde exprimera sa douleur et sa compassion pour bien montrer son humanité.

    Voyez l’amiante. La France a été l’un des derniers pays occidentaux à l’interdire malgré sa nocivité reconnue depuis près d’un siècle. Encore aujourd’hui, de nombreux ouvriers contraints à travailler avec cette merde et mal protégés contre elle paient de leur vie la cupidité de leurs patrons et le manque de discernement de la classe politique. Pire, la justice traine les pieds pour reconnaitre les préjudices de ces malheureux, simplement parce que, en France, le Parquet est aux ordres du gouvernement et que ces préjudices se chiffreraient à des milliards d’euros que les capitalistes refusent de payer.

    Voyez le nucléaire. La grande industrie nationale qui craque de tous les côtés mais procure tant de profits à quelques grands investisseurs nationaux. Interdiction absolue de douter. Le nucléaire nous donne tant d’emplois et apporte la prospérité à tant de petites villes où sont installées des centrales. Ce serait pitié d’y renoncer, irresponsable, même ! Mais qui rendra compte si, comme ce n’est malheureusement pas du tout impossible, un accident vient à mettre une région en péril et contraint ses habitants à l’évacuation ? On parle de 35 milliards d’euros. La belle affaire ! Tout une région abandonnée pour plusieurs siècles et tous ces gens qui avaient confiance réduits à l’état d’expatriés après avoir tout perdu. Au nom de l’intérêt national. Qui rendra compte ?

    Comme toujours, ce sera la faute à pas de chance. On pouvait pas savoir. On avait pourtant tout prévu. Et puis, c’était pour notre bien. Comme tant de choses aujourd’hui qui mettent tant de gens sur la paille sans que jamais un seul politicien ni aucun patron ne se sente concerné. Et pour cause : ils ont le pouvoir.

  • 3 février 2013

  • [Blogue] Django Unchained

    Film de Quentin Tarentino

    JPEG - 65.2 ko
    Affiche Django Unchained

    Après le True Grit des frères Cohen en 2010, avec le très excellent Jeff Bridge — nouvelle version de "Cent dollars pour un shérif" d’Henry Hathaway en 1969 — ou l’Appaloosa de Ed Harris en 2008 avec le non moins excellent Viggo Mortensen, qui remettaient au goût du jour les arcanes du bon vieux western classique made in the USA, voici que Quentin Tarentino nous sert sa propre vision du western-spaghetti de la grande époque, celle de Sergio Leone aux films délicieusement ourlés par la musique d’Ennio Morricone. Django est aussi un film de Sergio Corbucci, sorti en 1966, qui connut un très grand succès et dont la chanson est reprise telle quelle dans le film de Tarantino.

    Après avoir réglé son compte à Hitler en 2009 dans Inglorious Basterds, c’est à l’esclavage que s’en prend Tarentino cette fois-ci. Comme souvent chez lui, il nous conte l’histoire d’un grand bavard érudit (Christoph Waltz, une fois de plus superbe) qui adore philosopher sur le sens de la vie tout en étant également très doué pour abréger des conversations versant dans une pénibilité qui justifie leur conclusion brutale et définitive. Bref, une fine gâchette. Le bavard, c’est le docteur King Schultz dentiste allemand en perdition disant n’avoir plus pratiqué depuis 4 ans. Comme il faut bien vivre, il vagabonde à travers les États-Unis dans une improbable carriole surmontée d’une molaire gigotant dans tous les sens au gré des torsions du ressort auquel elle est fixée et qui lui sert désormais de couverture dans son nouveau métier : chasseur de prime. C’est ainsi que, cherchant à s’associer les talents de physionomiste d’un esclave ayant connu 3 fripouilles dont la tête est mise à prix, Schultz va pousser très loin le respect de la dignité humaine et de la parole donnée en libérant d’abord cet esclave, Django (Jamie Foxx) et en l’aidant ensuite, une fois sa mission accomplie, à retrouver sa femme, Broomhilda (Kelly Washington), propriété du très méchant Calvin Candie (Leonardo di Caprio, vraiment excellent) secondé par son fidèle esclave Stephen (Samuel L. Jackson, étonnant) et quelques autres méchants, pas piqués des vers, que l’on adorerait voir mourir en gémissant bruyamment. Mais patience !

    Comme dans tout bon western — et même aussi dans certains moins bons — il y a beaucoup de coups de feu dans Django et beaucoup d’hémoglobine répandue en grandes aspersions maculant sans distinction hommes, chevaux, portes et murs et, forcément, la terre. Comme souvent aussi, la morale peut sembler limpide (l’esclavage, c’est vraiment vilain) tout en se parant d’une certaine élasticité : le chasseur de prime qui exécute ses victimes à distance ou par surprise pour s’éviter des déconvenues douloureuses, sans s’interroger sur le contexte de ses exécutions, par exemple. Mais bien sûr, il y a aussi ces dialogues et ces situations jubilatoires, propres à Tarentino, qui rendent plutôt gaies toutes ces séances de tir aux pigeons. Et quelques morceaux d’anthologie comme la séquence des sacs.

    En arrière-plan, il y a aussi cette question que l’on peut se poser : quelle liberté ont gagné ces esclaves libérés, hormis celle de pouvoir tuer d’autres humains y compris leurs bourreaux dont on se dit qu’ils l’ont bien mérité ? Mais si c’est là l’égalité de droits civiques avec les Blancs tant revendiquée durant tant d’années, ça n’est pas forcément très encourageant. Pourtant, l’esclavage est dans l’échelle de l’ignominie et du mal, l’un des pires crimes que l’Homme peut commettre sur ces semblables. Mais au-delà de la reconnaissance des souffrances de ces femmes et de ces hommes humiliés, il y a aussi cette certitude que la recouvrance de leur dignité ne passe certainement pas par la reproduction des crimes de leurs bourreaux même si cela peut apparaître un exutoire légitime.

    Bien sûr, le film de Tarentino ne pousse peut-être pas la réflexion aussi loin. Il parle simplement du respect dû aux Noirs et c’est déjà pas si mal. Mais il est également un excellent moment de divertissement grâce à des acteurs qui, des premiers rôles aux seconds rôles, sont tous remarquables.

    C’est aussi et surtout pour cela qu’il faut aller le voir. Alors bonne séance !

  • 12 janvier 2013

  • [Blogue] Un seul être vous manque...

    JPEG - 30.5 ko
    Poing levé

    C’est vrai qu’ils sont plaisants tous ces aimables personnages qui viennent, chacun à son tour, tenter de nous convaincre que, non, décidément, ce n’est pas dans leurs poches ni dans celles de nos glorieux sportifs, footballeurs en tête, que se trouve ce bon argent dont le pays a un besoin si pressant. C’est que cet argent-là n’est que juste rétribution de leur si grand talent, eux qui ne sont en définitive que modestes artistes, diseurs de bonne aventure et autres saltimbanques. Et que l’État songe à leur en prendre une bonne part n’est qu’infamie tant il leur manquera et tant leur gloire peut être éphémère.

    Alors, le bon peuple opine du chef et approuve en murmurant. L’État est bien injuste de s’en prendre à des gens si précieux qui font rayonner la gloire de notre grand et beau pays de par le vaste monde. Le bon peuple est bon tandis que l’État est mauvais, c’est bien connu : la moitié des citoyens de ce pays ne paie pas l’impôt sur le revenu et aucun de ceux-là ne songe réellement à s’en plaindre car c’est une forme de justice. Mais est-il juste aussi de confisquer le fruit du dur labeur de tous ces gens méritants ? Certes, non !

    Car, oui, bien sûr, l’État confisque, ce sont même des « Sages » qui le disent sans aucune connotation dogmatique, bien entendu.

    C’est vrai aussi qu’on les aime bien ces comiques, ces acteurs, ces chanteurs et qu’ils nous apportent bien du plaisir. On a même de la tendresse pour eux. Mais bon, en même temps, c’est le boulot qu’ils ont choisi, pas forcément simple ni facile mais pas forcément pire que ceux des multitudes qui se pressent à leurs spectacles ou qui aimeraient s’y presser si seulement ils en avaient un, eux, de boulot.

    On est content aussi de savoir qu’ils ont des opinions. C’est bien sûr leur droit même si ce n’est pas ce qu’on leur demande le plus. Savoir qu’un Pierre Arditi ou un Philippe Torreton sont de fervents socialistes, c’est bien mais ça n’est pas essentiel. Pas plus que de savoir qu’un Enrico Macias se pisse dessus chaque fois qu’il voit un portrait du petit Nicolas. A chacun ses sympathies. Mais ils sont déjà moins amusants, les comiques, quand ils viennent se poser en victimes de l’ogre étatique en plaignant ces grands parmi eux qui, à leur corps défendant, se voient contraints à l’exil pour lui échapper. Mais attention, il ne s’agit pas d’approuver la défection du géant génie, ce serait trop casse-gueule. Non, on s’en prend juste au médisant, au faux-frère qui prend la plume pour rosser le faquin. De quel droit ? Pour s’attaquer à un Depardieu, il faudrait une filmographie en béton, c’est du moins ce que professent certains Lucchini ou autres Deneuve renvoyant cet infâme Torreton à l’état de minable jaloux en manque de talent, lui qui n’est, après tout, que sociétaire de la Comédie-Française, donc inapte à se comparer au grand Gégé !

    Il n’est pas jusqu’à la rascasse putréfiée de la Madrague qui ne se soit crue obligée de nous faire part de sa pensée nauséeuse pour soutenir le monumental martyr, malgré son penchant sanguinaire pour la corrida. Il est vrai que dès qu’il s’agit de pourfendre l’anti-France usurpatrice du pouvoir légitimement dévolu à la droite, il n’est d’alliance honteuse. Pour notre momie malodorante, massacrer des taureaux est un travers bien innocent dès lors qu’on peut cracher sur le pays, ce dont elle ne se prive pas malgré sa proximité avec les Le Pen — pourtant assez chatouilleux sur le sujet, dit-on — avec cette légèreté de pachyderme tuberculeux qui lui sied si bien.

    Car Gégé, c’est le monument emblématique de cette classe moyenne si chère à ce bon Philippe Bouvard dont la plus grande peur est le nivellement socialiste de la société par le bas. Quelle horreur, en effet, de devoir frayer avec la plèbe, mon bon Philippe, je te dis pas ! Une élite, donc, qui pense évidemment qu’on lui en prend toujours trop et qu’on ne la paie jamais assez en reconnaissance de ses talents et devant laquelle on est priés, nous autres mécréants, de nous incliner avec grande déférence car elle parle dans le poste, paraît à la télé et s’agite au cinéma. Et tellement génial, le monument, qu’il peut se permettre de sanctionner ce peuple qui vote si mal — c’est à dire au péril des intérêts du grand homme — en le privant à tout jamais de sa glorieuse con-citoyenneté.

    Après avoir sucé goulument les bites de Sarkozy, au moins aussi frénétiquement que ces pauvre Enrico, Faudel, Doc Gynéco et autres indispensables, et de quelques dictateurs post-soviétiques tout autant que centrasiatiques, histoire d’arrondir ses fins de mois difficiles et de peaufiner son expertise en démocratie, l’ex-monument national nous adresse un ample bras d’honneur. Sera-t-il Belge ou Russe ? Là est la grande question médiatique car le génie, dans sa grande mansuétude, hésite à favoriser tel peuple plutôt que tel autre. Notre Seigneur Depardieu est vraiment trop bon. Encore que la Russie tienne la corde car, tout émoustillé par la virile amitié proclamée par le grand Poutine trop heureux de régler quelques comptes avec la France en se servant du crétin magnifique, notre Gégé nous abreuve maintenant de ses hautes considérations sur la conception de la démocratie que promeut le nouveau tsar. Le peuple russe peut bomber le torse : Gégé a posé son regard sur la vaste terre de l’Empire russe, il a vu que c’était bel et bon et il va y poser maintenant son gros cul. Nazdravié !

    Dire que le comportement de Depardieu est minable n’est évidemment pas à la hauteur de son personnage. A force d’en faire des tonnes, il apparaît de plus en plus comme un gros con aviné, un de ces philosophes de comptoirs qui vous assènent leurs puissantes réflexions entre deux pochetronnades de haute volée. Il est d’ailleurs assez étonnant qu’un mec qui a su être souvent un acteur plutôt subtil puisse se révéler à ce point si lourd et si grossier. Car enfin, ce type a tenu des rôles parmi les plus beaux du cinéma français et le voilà maintenant à jouer sa représentation la plus détestable, la plus méprisable.

    Au point sans doute que certains de ceux qui le soutiennent officiellement ont dû commencer à avoir peur des conséquences de ce concours d’auto-destruction. Si Depardieu était jusqu’à il y a peu une valeur sûre du cinéma dont le seul nom pouvait attirer le public, le mauvais feuilleton qu’il nous sert et qui s’éternise pourrait bien lui coûter plus cher que les impôts qu’il refuse de payer à son pays. Et, par voie de conséquence, coûter très cher aussi à ceux qui tirent profit de son aura. Qui a envie de dépenser son pognon pour voir les films d’un type qui lui crache à la gueule ?

    Et il n’y a pas qu’en France que le nom de Depardieu risque d’être bientôt une marque d’infamie. Si tout le monde n’aime pas la France, il y a autour de la planète bien des gens qui n’aiment pas non plus qu’on trahisse son pays. Or c’est aussi de cette façon que l’aventure Depardieu apparaît à certains : l’histoire médiocre d’une pitoyable trahison morale. D’où les récents efforts de l’abruti éméché pour nous faire croire désormais que s’il cherche à être Russe ou Belge, c’est uniquement par admiration gratuite pour ces pays sans autre considération triviale de gros sous. Et de balancer au passage quelques noms d’exilés fiscaux pour faire diversion. Pourri en plus avec ça, le sublime Gégé !

    Finalement, il est possible que Depardieu parvienne enfin à ses fins : détruire l’image de l’acteur génial qu’il fût dans un retentissant suicide médiatique. Pour n’être plus que ce gros con bouffi de suffisance en perpétuelle représentation pour la promotion des pires crapules de la planète. Et cela avec le soutien de quelques vieilles gloires défraichies, valeureuses égéries de la défense de la démocratie et de la dignité humaine comme l’indispensable Matthieu et l’abominable Bardot.

    Sans doute, d’aucuns diront qu’il est un peu facile de taper sur les artistes. Ils n’auront pas forcément tort. Car enfin, ces gens sont par nature visibles, c’est d’ailleurs l’essentiel de leur raison d’être artistes. Au moins prennent-ils le risque de se montrer sous des jours pas très flatteurs en pensant, sans doute sincèrement, défendre leur condition injustement méprisée alors qu’ils bénéficient tout de même de pas mal de petites gâteries au nom de la défense de la culture et du sport. Il est vrai aussi que, pour certains d’entre eux, la notoriété et l’aisance qu’elle peut procurer n’ont pas toujours été au rendez-vous, d’où cette peur ancrée en eux de toujours manquer, comme celui qui a connu les privations accumule et multiplie les réserves. Tout cela est sans doute vrai mais la ritournelle des méritants outragés a quelque chose d’assez indigeste en ce moment.

    A bien y regarder, les choses semblent assez simple : en France, on n’aime ni les riches ni les gens qui réussissent ni ceux qui ont du talent. Emballé, c’est pesé ! Nous ne sommes qu’un pays de médiocres, fainéants et jouisseurs, se vautrant dans leur jalousie maladive. Au moins comme ça, c’est clair. Taxer les revenus du capital comme ceux du travail, faut pas y penser : ça va décourager la grande bourgeoisie qui ira investir ailleurs et nous précipitera dans le déclin. Limiter les honoraires des médecins, faut pas y penser : ces gens sont trop indispensables, ils se battent d’abord pour sauver nos vies et c’est bien normal que la Sécu les engraisse avec nos cotisations. Taxer les hauts revenus, faut pas y penser : ces gens ont du génie et ils ont la générosité de nous donner du travail, ça mérite reconnaissance sinon ils iront à l’étranger exprimer leurs talents.

    Alors, il reste qui ?

    Toujours les mêmes couillons, ceux à qui on « donne » du travail et qui profitent éhontément de la générosité des génies nationaux, ceux qui coûtent si cher à entretenir, en salaire mirobolants et cotisations sociales excessives, et dont on se garde de dire que c’est aussi leur sueur qui fait la prospérité de ce pays.

    Je suis technicien, et un bon, je le dis sans aucune modestie car, maintenant, après tant d’années de labeur, je sais que c’est vrai. Compétent, expérimenté, bon analyste, ingénieux, etc. Nous sommes nombreux dans ce pays à répondre à ces qualificatifs. Sans nous, rien ne fonctionnerait. Pas d’industrie ni de machines, pas de téléphone, pas de télé, pas de voitures, pas d’électricité ni de routes ni d’appareils domestiques ou médicaux, pas d’ascenseurs, pas de films ni de cinémas ni de spectacles, pas de stades, pas d’avions ni de bateaux, pas de maisons, rien. Oui, je mets dans le même panier tous ceux qui se salissent les mains pour construire, réparer, entretenir ce que d’autres qui leur sont semblables ont aidé à concevoir, à séquencer puis à planifier. Les idées qui profitent à chacun, ce n’est pas forcément nous qui les avons eues. On ne prétend pas à ce génie-là. Mais souvent, c’est notre savoir faire, notre imagination et notre sens de l’analyse qui ont contribué à ce que ces idées fonctionnent mieux que leurs concepteurs ne pouvaient l’imaginer.
    Parfois même, notre sens du travail bien fait et notre sens critique sont aussi un gage de sécurité pour ceux à qui s’adresse notre travail. Nous aussi, sans être des professeurs de médecine, nous pouvons avoir des vies humaines entre les mains. D’ailleurs, lorsque nous avons failli, la justice ne sait que trop nous le rappeler.

    Pourtant, où sont nos salaires mirobolants ? Où sont les droits d’auteurs sur les brevets que nous avons aidé à concevoir et qui en enrichissent d’autres que nous ? Où est la reconnaissance de la société ? Celle des élites qui savent si bien s’auto-congratuler et regarder le reste de l’Humanité avec tant de condescendance ? Pourquoi serait-ce à nous de porter le poids des efforts demandés sous prétexte qu’un plombier ne saurait comparer son utilité dans la société à celle d’un chirurgien, d’un patron de PME ou de grande entreprise, d’un footballeur ou d’un acteur de cinéma ? Qui sont-ils ces gens-là pour dire que nous ne sommes pas comme eux, que nous comptons moins ?

    J’emmerde Depardieu, Delon, Bardot, Arnault et consort. Qu’ils se barrent avec leur pognon et qu’ils crèvent étouffés avec. Grand bien leur fasse. J’en ai marre d’entendre toujours les mêmes rengaines doctement rebattues par des gens qui ne manquent de rien, ne se privent de rien, n’ont jamais froid et ne risquent pas de perdre leurs baraques et qui savent si bien nous expliquer que les vraies causes de nos problèmes, c’est surtout nous qui avons tant de mal à accepter des sacrifices... pour les enrichir un peu plus.

|

Blogue | Suivre la vie du site RSS 2.0