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    Django Unchained

    Film de Quentin Tarentino

    dimanche 3 février 2013, par Marc Leblanc

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    Affiche Django Unchained

    Après le True Grit des frères Cohen en 2010, avec le très excellent Jeff Bridge — nouvelle version de "Cent dollars pour un shérif" d’Henry Hathaway en 1969 — ou l’Appaloosa de Ed Harris en 2008 avec le non moins excellent Viggo Mortensen, qui remettaient au goût du jour les arcanes du bon vieux western classique made in the USA, voici que Quentin Tarentino nous sert sa propre vision du western-spaghetti de la grande époque, celle de Sergio Leone aux films délicieusement ourlés par la musique d’Ennio Morricone. Django est aussi un film de Sergio Corbucci, sorti en 1966, qui connut un très grand succès et dont la chanson est reprise telle quelle dans le film de Tarantino.

    Après avoir réglé son compte à Hitler en 2009 dans Inglorious Basterds, c’est à l’esclavage que s’en prend Tarentino cette fois-ci. Comme souvent chez lui, il nous conte l’histoire d’un grand bavard érudit (Christoph Waltz, une fois de plus superbe) qui adore philosopher sur le sens de la vie tout en étant également très doué pour abréger des conversations versant dans une pénibilité qui justifie leur conclusion brutale et définitive. Bref, une fine gâchette. Le bavard, c’est le docteur King Schultz dentiste allemand en perdition disant n’avoir plus pratiqué depuis 4 ans. Comme il faut bien vivre, il vagabonde à travers les États-Unis dans une improbable carriole surmontée d’une molaire gigotant dans tous les sens au gré des torsions du ressort auquel elle est fixée et qui lui sert désormais de couverture dans son nouveau métier : chasseur de prime. C’est ainsi que, cherchant à s’associer les talents de physionomiste d’un esclave ayant connu 3 fripouilles dont la tête est mise à prix, Schultz va pousser très loin le respect de la dignité humaine et de la parole donnée en libérant d’abord cet esclave, Django (Jamie Foxx) et en l’aidant ensuite, une fois sa mission accomplie, à retrouver sa femme, Broomhilda (Kelly Washington), propriété du très méchant Calvin Candie (Leonardo di Caprio, vraiment excellent) secondé par son fidèle esclave Stephen (Samuel L. Jackson, étonnant) et quelques autres méchants, pas piqués des vers, que l’on adorerait voir mourir en gémissant bruyamment. Mais patience !

    Comme dans tout bon western — et même aussi dans certains moins bons — il y a beaucoup de coups de feu dans Django et beaucoup d’hémoglobine répandue en grandes aspersions maculant sans distinction hommes, chevaux, portes et murs et, forcément, la terre. Comme souvent aussi, la morale peut sembler limpide (l’esclavage, c’est vraiment vilain) tout en se parant d’une certaine élasticité : le chasseur de prime qui exécute ses victimes à distance ou par surprise pour s’éviter des déconvenues douloureuses, sans s’interroger sur le contexte de ses exécutions, par exemple. Mais bien sûr, il y a aussi ces dialogues et ces situations jubilatoires, propres à Tarentino, qui rendent plutôt gaies toutes ces séances de tir aux pigeons. Et quelques morceaux d’anthologie comme la séquence des sacs.

    En arrière-plan, il y a aussi cette question que l’on peut se poser : quelle liberté ont gagné ces esclaves libérés, hormis celle de pouvoir tuer d’autres humains y compris leurs bourreaux dont on se dit qu’ils l’ont bien mérité ? Mais si c’est là l’égalité de droits civiques avec les Blancs tant revendiquée durant tant d’années, ça n’est pas forcément très encourageant. Pourtant, l’esclavage est dans l’échelle de l’ignominie et du mal, l’un des pires crimes que l’Homme peut commettre sur ces semblables. Mais au-delà de la reconnaissance des souffrances de ces femmes et de ces hommes humiliés, il y a aussi cette certitude que la recouvrance de leur dignité ne passe certainement pas par la reproduction des crimes de leurs bourreaux même si cela peut apparaître un exutoire légitime.

    Bien sûr, le film de Tarentino ne pousse peut-être pas la réflexion aussi loin. Il parle simplement du respect dû aux Noirs et c’est déjà pas si mal. Mais il est également un excellent moment de divertissement grâce à des acteurs qui, des premiers rôles aux seconds rôles, sont tous remarquables.

    C’est aussi et surtout pour cela qu’il faut aller le voir. Alors bonne séance !

    Un seul être vous manque...

    samedi 12 janvier 2013, par Marc Leblanc

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    Poing levé

    C’est vrai qu’ils sont plaisants tous ces aimables personnages qui viennent, chacun à son tour, tenter de nous convaincre que, non, décidément, ce n’est pas dans leurs poches ni dans celles de nos glorieux sportifs, footballeurs en tête, que se trouve ce bon argent dont le pays a un besoin si pressant. C’est que cet argent-là n’est que juste rétribution de leur si grand talent, eux qui ne sont en définitive que modestes artistes, diseurs de bonne aventure et autres saltimbanques. Et que l’État songe à leur en prendre une bonne part n’est qu’infamie tant il leur manquera et tant leur gloire peut être éphémère.

    Alors, le bon peuple opine du chef et approuve en murmurant. L’État est bien injuste de s’en prendre à des gens si précieux qui font rayonner la gloire de notre grand et beau pays de par le vaste monde. Le bon peuple est bon tandis que l’État est mauvais, c’est bien connu : la moitié des citoyens de ce pays ne paie pas l’impôt sur le revenu et aucun de ceux-là ne songe réellement à s’en plaindre car c’est une forme de justice. Mais est-il juste aussi de confisquer le fruit du dur labeur de tous ces gens méritants ? Certes, non !

    Car, oui, bien sûr, l’État confisque, ce sont même des « Sages » qui le disent sans aucune connotation dogmatique, bien entendu.

    C’est vrai aussi qu’on les aime bien ces comiques, ces acteurs, ces chanteurs et qu’ils nous apportent bien du plaisir. On a même de la tendresse pour eux. Mais bon, en même temps, c’est le boulot qu’ils ont choisi, pas forcément simple ni facile mais pas forcément pire que ceux des multitudes qui se pressent à leurs spectacles ou qui aimeraient s’y presser si seulement ils en avaient un, eux, de boulot.

    On est content aussi de savoir qu’ils ont des opinions. C’est bien sûr leur droit même si ce n’est pas ce qu’on leur demande le plus. Savoir qu’un Pierre Arditi ou un Philippe Torreton sont de fervents socialistes, c’est bien mais ça n’est pas essentiel. Pas plus que de savoir qu’un Enrico Macias se pisse dessus chaque fois qu’il voit un portrait du petit Nicolas. A chacun ses sympathies. Mais ils sont déjà moins amusants, les comiques, quand ils viennent se poser en victimes de l’ogre étatique en plaignant ces grands parmi eux qui, à leur corps défendant, se voient contraints à l’exil pour lui échapper. Mais attention, il ne s’agit pas d’approuver la défection du géant génie, ce serait trop casse-gueule. Non, on s’en prend juste au médisant, au faux-frère qui prend la plume pour rosser le faquin. De quel droit ? Pour s’attaquer à un Depardieu, il faudrait une filmographie en béton, c’est du moins ce que professent certains Lucchini ou autres Deneuve renvoyant cet infâme Torreton à l’état de minable jaloux en manque de talent, lui qui n’est, après tout, que sociétaire de la Comédie-Française, donc inapte à se comparer au grand Gégé !

    Il n’est pas jusqu’à la rascasse putréfiée de la Madrague qui ne se soit crue obligée de nous faire part de sa pensée nauséeuse pour soutenir le monumental martyr, malgré son penchant sanguinaire pour la corrida. Il est vrai que dès qu’il s’agit de pourfendre l’anti-France usurpatrice du pouvoir légitimement dévolu à la droite, il n’est d’alliance honteuse. Pour notre momie malodorante, massacrer des taureaux est un travers bien innocent dès lors qu’on peut cracher sur le pays, ce dont elle ne se prive pas malgré sa proximité avec les Le Pen — pourtant assez chatouilleux sur le sujet, dit-on — avec cette légèreté de pachyderme tuberculeux qui lui sied si bien.

    Car Gégé, c’est le monument emblématique de cette classe moyenne si chère à ce bon Philippe Bouvard dont la plus grande peur est le nivellement socialiste de la société par le bas. Quelle horreur, en effet, de devoir frayer avec la plèbe, mon bon Philippe, je te dis pas ! Une élite, donc, qui pense évidemment qu’on lui en prend toujours trop et qu’on ne la paie jamais assez en reconnaissance de ses talents et devant laquelle on est priés, nous autres mécréants, de nous incliner avec grande déférence car elle parle dans le poste, paraît à la télé et s’agite au cinéma. Et tellement génial, le monument, qu’il peut se permettre de sanctionner ce peuple qui vote si mal — c’est à dire au péril des intérêts du grand homme — en le privant à tout jamais de sa glorieuse con-citoyenneté.

    Après avoir sucé goulument les bites de Sarkozy, au moins aussi frénétiquement que ces pauvre Enrico, Faudel, Doc Gynéco et autres indispensables, et de quelques dictateurs post-soviétiques tout autant que centrasiatiques, histoire d’arrondir ses fins de mois difficiles et de peaufiner son expertise en démocratie, l’ex-monument national nous adresse un ample bras d’honneur. Sera-t-il Belge ou Russe ? Là est la grande question médiatique car le génie, dans sa grande mansuétude, hésite à favoriser tel peuple plutôt que tel autre. Notre Seigneur Depardieu est vraiment trop bon. Encore que la Russie tienne la corde car, tout émoustillé par la virile amitié proclamée par le grand Poutine trop heureux de régler quelques comptes avec la France en se servant du crétin magnifique, notre Gégé nous abreuve maintenant de ses hautes considérations sur la conception de la démocratie que promeut le nouveau tsar. Le peuple russe peut bomber le torse : Gégé a posé son regard sur la vaste terre de l’Empire russe, il a vu que c’était bel et bon et il va y poser maintenant son gros cul. Nazdravié !

    Dire que le comportement de Depardieu est minable n’est évidemment pas à la hauteur de son personnage. A force d’en faire des tonnes, il apparaît de plus en plus comme un gros con aviné, un de ces philosophes de comptoirs qui vous assènent leurs puissantes réflexions entre deux pochetronnades de haute volée. Il est d’ailleurs assez étonnant qu’un mec qui a su être souvent un acteur plutôt subtil puisse se révéler à ce point si lourd et si grossier. Car enfin, ce type a tenu des rôles parmi les plus beaux du cinéma français et le voilà maintenant à jouer sa représentation la plus détestable, la plus méprisable.

    Au point sans doute que certains de ceux qui le soutiennent officiellement ont dû commencer à avoir peur des conséquences de ce concours d’auto-destruction. Si Depardieu était jusqu’à il y a peu une valeur sûre du cinéma dont le seul nom pouvait attirer le public, le mauvais feuilleton qu’il nous sert et qui s’éternise pourrait bien lui coûter plus cher que les impôts qu’il refuse de payer à son pays. Et, par voie de conséquence, coûter très cher aussi à ceux qui tirent profit de son aura. Qui a envie de dépenser son pognon pour voir les films d’un type qui lui crache à la gueule ?

    Et il n’y a pas qu’en France que le nom de Depardieu risque d’être bientôt une marque d’infamie. Si tout le monde n’aime pas la France, il y a autour de la planète bien des gens qui n’aiment pas non plus qu’on trahisse son pays. Or c’est aussi de cette façon que l’aventure Depardieu apparaît à certains : l’histoire médiocre d’une pitoyable trahison morale. D’où les récents efforts de l’abruti éméché pour nous faire croire désormais que s’il cherche à être Russe ou Belge, c’est uniquement par admiration gratuite pour ces pays sans autre considération triviale de gros sous. Et de balancer au passage quelques noms d’exilés fiscaux pour faire diversion. Pourri en plus avec ça, le sublime Gégé !

    Finalement, il est possible que Depardieu parvienne enfin à ses fins : détruire l’image de l’acteur génial qu’il fût dans un retentissant suicide médiatique. Pour n’être plus que ce gros con bouffi de suffisance en perpétuelle représentation pour la promotion des pires crapules de la planète. Et cela avec le soutien de quelques vieilles gloires défraichies, valeureuses égéries de la défense de la démocratie et de la dignité humaine comme l’indispensable Matthieu et l’abominable Bardot.

    Sans doute, d’aucuns diront qu’il est un peu facile de taper sur les artistes. Ils n’auront pas forcément tort. Car enfin, ces gens sont par nature visibles, c’est d’ailleurs l’essentiel de leur raison d’être artistes. Au moins prennent-ils le risque de se montrer sous des jours pas très flatteurs en pensant, sans doute sincèrement, défendre leur condition injustement méprisée alors qu’ils bénéficient tout de même de pas mal de petites gâteries au nom de la défense de la culture et du sport. Il est vrai aussi que, pour certains d’entre eux, la notoriété et l’aisance qu’elle peut procurer n’ont pas toujours été au rendez-vous, d’où cette peur ancrée en eux de toujours manquer, comme celui qui a connu les privations accumule et multiplie les réserves. Tout cela est sans doute vrai mais la ritournelle des méritants outragés a quelque chose d’assez indigeste en ce moment.

    A bien y regarder, les choses semblent assez simple : en France, on n’aime ni les riches ni les gens qui réussissent ni ceux qui ont du talent. Emballé, c’est pesé ! Nous ne sommes qu’un pays de médiocres, fainéants et jouisseurs, se vautrant dans leur jalousie maladive. Au moins comme ça, c’est clair. Taxer les revenus du capital comme ceux du travail, faut pas y penser : ça va décourager la grande bourgeoisie qui ira investir ailleurs et nous précipitera dans le déclin. Limiter les honoraires des médecins, faut pas y penser : ces gens sont trop indispensables, ils se battent d’abord pour sauver nos vies et c’est bien normal que la Sécu les engraisse avec nos cotisations. Taxer les hauts revenus, faut pas y penser : ces gens ont du génie et ils ont la générosité de nous donner du travail, ça mérite reconnaissance sinon ils iront à l’étranger exprimer leurs talents.

    Alors, il reste qui ?

    Toujours les mêmes couillons, ceux à qui on « donne » du travail et qui profitent éhontément de la générosité des génies nationaux, ceux qui coûtent si cher à entretenir, en salaire mirobolants et cotisations sociales excessives, et dont on se garde de dire que c’est aussi leur sueur qui fait la prospérité de ce pays.

    Je suis technicien, et un bon, je le dis sans aucune modestie car, maintenant, après tant d’années de labeur, je sais que c’est vrai. Compétent, expérimenté, bon analyste, ingénieux, etc. Nous sommes nombreux dans ce pays à répondre à ces qualificatifs. Sans nous, rien ne fonctionnerait. Pas d’industrie ni de machines, pas de téléphone, pas de télé, pas de voitures, pas d’électricité ni de routes ni d’appareils domestiques ou médicaux, pas d’ascenseurs, pas de films ni de cinémas ni de spectacles, pas de stades, pas d’avions ni de bateaux, pas de maisons, rien. Oui, je mets dans le même panier tous ceux qui se salissent les mains pour construire, réparer, entretenir ce que d’autres qui leur sont semblables ont aidé à concevoir, à séquencer puis à planifier. Les idées qui profitent à chacun, ce n’est pas forcément nous qui les avons eues. On ne prétend pas à ce génie-là. Mais souvent, c’est notre savoir faire, notre imagination et notre sens de l’analyse qui ont contribué à ce que ces idées fonctionnent mieux que leurs concepteurs ne pouvaient l’imaginer.
    Parfois même, notre sens du travail bien fait et notre sens critique sont aussi un gage de sécurité pour ceux à qui s’adresse notre travail. Nous aussi, sans être des professeurs de médecine, nous pouvons avoir des vies humaines entre les mains. D’ailleurs, lorsque nous avons failli, la justice ne sait que trop nous le rappeler.

    Pourtant, où sont nos salaires mirobolants ? Où sont les droits d’auteurs sur les brevets que nous avons aidé à concevoir et qui en enrichissent d’autres que nous ? Où est la reconnaissance de la société ? Celle des élites qui savent si bien s’auto-congratuler et regarder le reste de l’Humanité avec tant de condescendance ? Pourquoi serait-ce à nous de porter le poids des efforts demandés sous prétexte qu’un plombier ne saurait comparer son utilité dans la société à celle d’un chirurgien, d’un patron de PME ou de grande entreprise, d’un footballeur ou d’un acteur de cinéma ? Qui sont-ils ces gens-là pour dire que nous ne sommes pas comme eux, que nous comptons moins ?

    J’emmerde Depardieu, Delon, Bardot, Arnault et consort. Qu’ils se barrent avec leur pognon et qu’ils crèvent étouffés avec. Grand bien leur fasse. J’en ai marre d’entendre toujours les mêmes rengaines doctement rebattues par des gens qui ne manquent de rien, ne se privent de rien, n’ont jamais froid et ne risquent pas de perdre leurs baraques et qui savent si bien nous expliquer que les vraies causes de nos problèmes, c’est surtout nous qui avons tant de mal à accepter des sacrifices… pour les enrichir un peu plus.

    Incidents de tir

    jeudi 27 décembre 2012, par Marc Leblanc

    Tableau de chasseChaque année, on le sait bien, il y a de par le monde nombre de foyers où ne résonnent nul cri de joie ni aucun rire d’enfant au matin de Noël. Parfois simplement car il s’agit de familles qui ne le fêtent pas parce que n’étant pas chrétiennes ou apparentées. On le comprend. Mais souvent aussi parce que l’enfant a disparu, emporté par la maladie.

    Ou par la guerre. Chacun peut dresser sa liste personnelle de peuples où les enfants paient un lourd tribut à la folie des hommes. On a ses sympathies. Ici les Syriens, là les Palestiniens, là encore les Israéliens, les Irakiens ou les Afghans… Ils ne manquent pas, hélas ! Ils font partie des dommages qu’on dit « collatéraux » car personne, aucun pays ne reconnaitra jamais qu’il fait aussi la guerre aux enfants et qu’il ne cherche en aucun cas à les épargner. Pourtant, l’artilleur qui ajuste son canon ou le pilote d’avion qui largue ses bombes savent très bien qu’il y aura des enfants à proximité du point d’impact quand ils s’activent à raser une ville ou un quartier. Et bien sûr, ils auront de bonnes raisons de ne pas s’en inquiéter : les enfants de leur peuple auront subi les mêmes traitements ou bien les gens d’en face sont si lâches qu’ils se servent des minots comme boucliers ou bien c’est leur devoir et ils doivent obéir aux ordres car c’est comme ça, la guerre, et basta !

    Et dans le fond, même si aujourd’hui la plupart des pays se retranchent derrière de belles conventions internationales censées dire le « droit » de la guerre (quelle horreur !) pour, notamment, protéger les civils et les enfants, nous savons bien que ces « précautions » n’ont jamais réellement protégé personne et que les responsables de ces tueries s’en sortiront généralement en exprimant de simples regrets. Oups, pardon, on n’a pas fait exprès !

    Ce sont les Juifs qui disent : « Celui qui sauve un enfant, sauve l’Humanité. » Ils savent de quoi ils parlent. Et, du coup, tuer des enfants, c’est un crime contre l’Humanité, non ? Une humanité qui ne s’est pas toujours embarrassée de trop de scrupules, il est vrai. Il y eut des époques où tuer des enfants faisait même partie des menus plaisirs de la guerre, avec le viol et le pillage ou encore l’esclavage, car c’est le plus sûr moyen de réduire à néant son ennemi, comme l’épuration ethnique, en somme.

    Alors donc, on sait que cette année encore, Noël n’a pas été une fête dans certains foyers de certains pays. Évidemment, on pense aussi à ces malheureux enfants de Newtown, aux États-Unis, et à leurs parents. Pourtant, les USA ne sont pas en guerre, tout au moins sur leur sol. C’est juste un détraqué, lui-même Américain, qui s’est offert son petit carton pour exprimer son mal de vivre. Terrible, quand on y pense. Insoutenable. Pourtant, on ne se sent pas très à l’aise avec cette histoire. Bien sûr, on ressent de la compassion pour ces enfants et de la tristesse devant un tel drame, comme on en ressent pour ces autres enfants disparus ailleurs dans le monde à cause des guerres qui les ont broyés. Mais on se dit aussi que les Américains ont un fameux problème avec les armes. Il ne se passe pas une année, ou peu s’en faut, sans qu’il y ait une tuerie chez eux. Mais surtout il ne faut pas toucher au fameux « deuxième amendement », au droit inaliénable de posséder une arme pour se défendre, défendre sa famille et donc… ses enfants. Bravo les gars, c’est réussi !

    A un journaliste qui cherchait à dresser le portrait du jeune meurtrier et de sa famille, une voisine répondait qu’ils étaient jusque là « des gens normaux, comme tous les gens du quartier. » Des gens normaux, avec un arsenal digne d’un corps d’armée pour se protéger du monde extérieur ! C’est ça être normal dans le quartier ? Et l’on regarde éberlués tous ces gens qui s’entrainent au tir pour apprendre à maîtriser leur arme à feu, dans l’espoir que, en cas de besoin, ils tireront les premiers, conseillés par d’anciens militaires qui ont trouvé là une reconversion lucrative et pas trop difficile à mettre en œuvre.

    Il paraît qu’il y a 12 000 morts par arme à feu chaque année aux États-Unis, l’équivalent de 3 World Trade Center quand même. Si c’est pour perpétuer l’esprit taquin et bon enfant du « Far West », on se dit que c’est presque de la rigolade eu égard au fait que les Américains sont de grands enfants, selon une vieille réputation ! Ils savent s’amuser, ces gens-là.

    Bien sûr, on peut toujours dire qu’il est facile de moquer les Étasuniens en oubliant qu’il n’y a pas si longtemps un autre taré a assassiné des enfants juifs et des militaires à Toulouse, alors que la détention d’armes est réglementée en France et le port d’armes interdit. Ou bien ces fusillades chroniques à Marseille où l’on semble trouver plus facilement des AK 47 que des olives pour l’apéro. Ou ces autres faits-divers qui se terminent au fusil de chasse… C’est vrai mais ce ne sont pas des phénomènes comparables même s’ils ne laissent pas d’inquiéter.

    Comme beaucoup de gens de ma génération et des générations précédentes, je n’ai eu à porter des armes que durant une très brève période de ma vie et encore pas en permanence. Franchement, ça ne m’a jamais manqué et je ne me suis plus jamais trouvé dans des situations où la possession d’une arme pouvait me sauver la vie bien que n’ayant jamais participé à aucune guerre. Et je pense que c’est très bien. Ce n’est déjà pas toujours évident pour un professionnel de porter une arme, alors pour un simple citoyen pas forcément en mesure de maîtriser ses réactions, même en étant parfaitement équilibré et pacifique…

    Et puis, si ça peut éviter que des types mal dans leur peau aillent faire des cartons dans des écoles sur des enfants, je trouve que vivre dans une société sans armes, ce n’est pas si mal. Il y a tant d’endroits dans le monde où les enfants sont en danger, pas la peine d’en ajouter !…

    Même les Américains devraient pouvoir comprendre ça, non ?

    Le Hobbit : un voyage inattendu

    Peter Jackson et J.R.R. Tolkien

    mercredi 12 décembre 2012, par Marc Leblanc

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    Martin Freeman : Bilbo le Hobbit

    Cela faisait bientôt dix ans que je m’étais fait à l’idée de ne plus voir un quelconque Hobbit traîner sur un écran de cinéma, pas plus que les Orques, Magiciens, Elfes, Nains et tant d’autres qui peuplent la Terre du Milieu et l’univers de J.R.R. Tolkien. Malgré tout, je me disais que, si d’aventure Peter Jackson — qui a si bien su rendre en images qui bougent la fameuse trilogie — avait l’idée de porter à l’écran « Bilbo le Hobbit », le petit livre écrit par Tolkien une vingtaine d’années avant « le Seigneur des Anneaux », je ne bouderais certainement pas mon plaisir.

    Alors, quand ont commencé à fuiter les premières informations sur un retour prochain de la Terre du Milieu, de la Comté et de leurs habitants, j’ai accueilli cette perspective avec beaucoup de satisfaction.

    Bien sûr, après la fantastique épopée du Seigneur des Anneaux, j’avais la crainte que, comme c’est parfois le cas pour le cinéma grand public avec les reprises, les suites ou les antécédents censés tout expliquer, nous ne soyons déçus par une production de plus surtout vouée à exploiter un filon juteux et l’engouement mérité suscité par la trilogie. Il faut dire que les trois films illustrent à merveille les trois tomes de l’œuvre de Tolkien sans la dénaturer par un élagage sans doute rendu nécessaire par les contraintes de durée. Si tout n’y est pas, ce qui manque ne nuit en rien à la restitution de l’atmosphère du livre ni à sa puissance narrative ni à son intensité dramatique. Au contraire même, on ressent très bien, à la fin de l’aventure, la profonde blessure qu’elle a infligé au héros, Frodon, confronté malgré lui à la faiblesse de sa condition humaine, malgré son héroïsme, par des forces bien trop supérieures à sa volonté. Il en va d’ailleurs de même pour Gollum qui est sans doute le personnage le plus misérable et le plus maltraité de cette histoire, qu’on n’arrive jamais vraiment à maudire ni à plaindre, tantôt jouet d’un esprit maléfique, tantôt innocent en quête de rédemption.

    De la très belle ouvrage, donc, encore rehaussée par les somptueux paysages de Nouvelle-Zélande, écrin parfait pour un tel joyau.

    C’est donc le jour de la sortie officielle que j’ai pris place dans cette salle pour assister à ce spectacle tant attendu depuis de si longs mois. Pour tout dire, c’est la première fois que cela m’arrive. Nous n’étions pas aussi nombreux que je l’imaginais à cette première (en 2D). Je ne sais pas si ce fut mieux pour la version 3D mais la salle était bien loin d’être comble, ce qui nous a permis de choisir un bon emplacement et d’éviter la bousculade.

    Et là, dès les premières images, la féérie agit de nouveau. La Comté toujours si belle et ses habitants toujours si nonchalants. Et l’histoire qui commence à se dérouler lentement, le temps qu’il faut pour y entrer peu à peu et se l’approprier. Sûr, on est loin de l’intensité dramatique du Seigneur des Anneaux. Ici, il n’est pas question de Sauron, ou très peu, qui n’est encore pour certains qu’une menace diffuse qu’ils ne savent pas encore nommer. Si l’histoire a pour but en filigrane d’introduire ce qui se passera dans la trilogie — sinon à quoi bon emporter un Hobbit dans cette expédition ? — le prétexte invoqué est finalement l’occasion d’un récit épique, une geste héroïque où un groupe de Nains s’est mis en tête de récupérer son ancien royaume volé par le dragon Smaug.

    Évidemment, le livre de Tolkien n’est pas bien épais : environ 300 pages en format de poche. Et le film ne couvre à peu près que les 100 premières. Il est donc assez évident que Jackson veut nous refaire le coup de la trilogie d’avant la trilogie inauguré par Lucas. Sauf que pour cela, il est obligé de délayer, ce qui est assez discutable sur le principe, puisque c’est une façon de détourner l’œuvre de Tolkien. Convenons cependant que celui-ci a laissé suffisamment d’indications sur son univers et sa genèse pour que les ajouts scénaristiques ne soient pas ressentis comme une injure ou un viol caractérisé. Cela nous offre même un nouveau personnage, Radagast (joué par Sylvester McCoy), collègue un peu fêlé et déjanté de Gandalf (Ian McKellen). Même le méchant chef des Gobelins montés sur leurs hideux wargs s’intègre bien à l’histoire malgré la liberté prise par Jackson de la bouleverser un peu.

    Finalement, le film tient ses promesses dont celles de suites au moins aussi palpitantes et même drôles, si, si ! Car l’humour n’est pas absent, lui non plus ! C’est d’ailleurs une des marques du livre original. Du reste, même dans le Seigneur des Anneaux, on arrive à en trouver sans se lancer dans des recherches de grande ampleur mais il est un peu occulté par le fil dramatique général. Rien de tel ici même si on alterne sourires et angoisse ! Et toujours les paysages somptueux de Nouvelle-Zélande dont on sent bien ici qu’ils servent aussi à magnifier la 3D. Facile !

    On saluera en la personne de notre jeune Bilbo, l’acteur Martin Freeman qui fut récemment un Watson très convainquant dans la série iconoclaste « Sherlock » aux côtés de Benedict Cumberbatch et qui endosse ici le rôle du Hobbit avec réussite.

    Autant dire qu’on attend avec impatience la suite de cet excellent film bien agréable à la veille de Noël… Il est bon ce Tolkien, quand même !

    La critique d’AlloCiné
    Celle de Télérama

    De l’objection de conscience

    dimanche 25 novembre 2012, par Marc Leblanc

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    Louis Lecoin

    Vous connaissez certainement Louis Lecoin. Peut-il en être autrement ? Vous savez bien, ce vieux monsieur disparu en 1971, célèbre militant pacifiste et anarchiste, qui arracha à De Gaulle le statut des objecteurs de conscience. Pas n’importe comment, notez. Ce fut après une grève de la faim, en 1962, qui aurait pu lui coûter la vie. Il avait 74 ans et une putain de sacré volonté. A l’image de sa vie d’insoumission à l’armée, de refus de la guerre, du port des armes. L’union pacifiste de France, c’est lui. Un grand monsieur.

    Et il en fallait du courage au début du XXième siècle pour refuser l’armée, pour être objecteur de conscience. Lui, la guerre de 14-18, il s’en est tiré avec 5 ans de prison militaire pour insoumission, en 1917. Imaginez ! Et toute sa vie, il fut fidèle à ce combat.

    Alors, quand j’en entends certains prétendre qu’il faudrait aménager une clause de conscience pour permettre aux maires que cela heurte de ne pas célébrer le mariage de deux personnes du même sexe, laissez-moi vous dire que je trouve cela plus que pitoyable. Honteux !

    Regardez-les, ces Goasguen, ces Bompard qui viennent nous servir leur pauvre petite conscience effarouchée. Pauvres chochottes ! Mais même dans un étron de Louis Lecoin on pourrait trouver plus de grandeur d’âme et de noblesse que dans leurs petits esprits étriqués.

    Bompard, c’est l’actuel Comte d’Orange, donc. Vous connaissez certainement cette riante bourgade vauclusienne lovée au pied de la colline St-Eutrope, célèbre pour ses Chorégies, son arc de triomphe et son théâtre antique romains, sa caserne de la Légion étrangère et sa Base Aérienne et qui fût jadis le calvaire d’un nombre incalculable de vacanciers en transhumance par la légendaire Nationale 7.
    C’est pas un mauvais endroit pour y vivre. La vieille ville a du charme, on y trouve d’excellents restaurants, des hôtels sympathiques et des terrasses ombragées où il fait bon siroter sa boisson préférée lorsque le soleil devient assommant. C’est pas Avignon non plus avec sa foule bigarrée qui emplit ses rues quasiment à longueur d’année. Un endroit pas désagréable donc dont l’une des particularité est de s’être donné un maire d’extrême-droite. Forcément, ça fait tout de suite moins envie.
    C’est ce type qui avait refusé de prêter du matériel à la fête d’une école publique, comme ça se fait partout, sous prétexte qu’à la buvette étaient servis des sandwiches halal. Une telle entorse à la laïcité ne pouvait laisser monsieur le Maire indifférent. J’en avais parlé ici.

    C’est aussi ce type qui a accueilli dans sa ville une sorte de congrès du bloc identitaire au début de ce mois. C’est cohérent. C’est enfin le conseil municipal d’Orange qui, sous sa houlette, vous pensez bien, a voté une résolution interdisant les mariages homosexuels sur son territoire. Parce que chez ces gens-là, non seulement on n’aime pas les pédés et les gouines mais en plus on se croit encore au bon vieux temps de la féodalité où chacun faisait sa loi dans son coin. Si ça n’avait pas risqué de paraître un peu brutal, on peut même parier qu’ils les auraient bien condamnés à la roue ou au bûcher sur la place du théâtre antique, ces salopards de gays et de lesbiennes ! Si, si !

    C’est là qu’on mesure le courage qu’il leur faut à ces braves pour faire valoir leur conscience contre l’abomination qui s’annonce. Car j’ai vu comment étaient traités les objecteurs de conscience au moment de l’incorporation, à l’époque où la conscription était encore en vigueur et où, pourtant, un statut leur avait été accordé généreusement. On ne peut pas dire qu’ils étaient chouchoutés. Je me souviens aussi très bien de ce que disaient d’eux certains militaires dégorgeant de testostérone : des fiottes, des lopettes, des tarlouzes… Objecteur = pédé, quoi. Il doit l’ignorer, Bompard, c’est sûr ! Ça va lui plaire.

    Mais bon, on s’en fout un peu. Ce qui est plus surprenant, c’est qu’on a tendance à oublier qu’un maire qui célèbre un mariage n’agit pas en tant que personne privée et encore moins en tant que propriétaire des lieux et de la charge mais au nom de l’État et donc du peuple français qui lui confère la fonction d’officier d’état civil. En d’autres termes, ses états d’âmes, on s’en cogne. Il est là pour enregistrer la volonté de deux personnes de vivre ensemble, point barre. De la même façon qu’il n’a pas d’autre choix que d’enregistrer un décès ou une naissance même si cela concerne des gens qui lui sont insupportables. C’est la loi et elle est la même dans toutes les communes.

    Notre bon président l’a peut-être un peu oublié. Mais il est vrai qu’il oublie pas mal de choses, hélas ! Pourtant, si ce concept devait être retenu, je pense que tout un chacun sera bientôt en droit de faire valoir une clause de conscience chaque fois qu’une loi lui déplaît. Par les temps qui s’annoncent, je parie que ça ne risquera pas de manquer.

    Mieux vaudrait commencer à y réfléchir dès à présent !…

    En attendant ce jour, rendons hommage au courage et à la constance de Louis Lecoin qui fut, lui, un vrai objecteur de conscience et un vrai grand citoyen du monde, tellement loin de la médiocrité ambiante actuelle.

    Post-scriptum :
    Une fois de plus, notre excellent maître Eolas aborde le sujet avec brio en soulevant un point de principe fondamental qui remet les pendules à l’heure : la liberté de conscience (et non la clause de conscience). Bonne lecture.

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