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    Mon plus beau cadeau d’anniversaire

    dimanche 8 septembre 2013, par Marc Leblanc

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    Guide de survie à l’usage des couples infertiles

    C’était donc ce fameux jour que l’on connaît tous où on taille mentalement une nouvelle encoche sur le bâton virtuel qui nous servira un jour de canne. « Et de 59 ! » jubilais-je modestement et « jaunâtrement » tandis que parents et amis faisaient chauffer le téléphone pour me souhaiter un joyeux anniversaire. Ils sont adorables, tous, avec leurs gentilles attentions. Ça fait chaud au cœur.

    Puis, ce fut le tour de ma fifille à moi, la chair de ma chair et toussa…

    Elle est plutôt taiseuse en général, mon Audrey. On est un peu pareils quand il s’agit du téléphone. Non pas qu’on n’ait rien à dire mais on sait jamais comment le dire, si c’est important de le dire ou intéressant. Puis moi qui comprends pas tout correctement. Mais là, c’était plus qu’un affectueux message d’anniversaire. Elle avait prémédité son coup, la maligne, c’est sûr !

    « J’ai une grande nouvelle à t’annoncer », qu’elle me dit ma fifille, comme ça, tout de go. Moi qui connais les difficultés des deux tourtereaux à avoir un bébé, et malgré leur recours à l’assistance médicale à la procréation, j’avais d’emblée écarté l’idée que ce puisse être « ça ». Oh, je ne dis pas qu’elle ne m’a pas effleuré l’esprit mais j’aurais été tellement déçu pour elle d’être déçu par tout autre « grande nouvelle ». C’est vrai quoi, adopter une fratrie de chiots jumeaux dogues allemands ou se lancer dans l’élevage de chatons abyssins ou bien la promotion du gendre idéal qui va propulser le couple à Canberra ou à Ushuaïa, c’est sympa, mais ça sonne quand même pas pareil.

    Alors, d’un ton faussement placide, je lui ai demandé d’abréger sa torture. Et bien, j’avais tort, c’était « ça » !

    « Je suis enceinte » ai-je entendu ma fille me glisser dans les trompes d’Eustache.

    D’un seul coup, je me suis retrouvé sur un petit nuage, entouré de petits noiseaux gazouillant et voletant gaiement, tandis qu’un arc-en-ciel se dessinait subitement dans le pur azur de ce jour d’été et que les cloches de tout l’univers se mettaient à sonner follement pour annoncer au monde LA nouvelle. C’est comme si mon amour de Dulcinée venait de m’annoncer que j’étais à nouveau père ! Promis, pareil !

    Il paraît même que, somnolant encore comme des bienheureux un instant seulement avant la révélation, trois rois-mages se sont mis précipitamment en route avec leurs chameaux pour collecter le monceau de cadeaux qui couvrira bientôt le sol au pied de cette descendance tant espérée. Mais l’info reste à confirmer. Quand même !

    C’est fou aussi la niaiserie qui soudain fait vasouiller votre cerveau. J’en ai entendu dire que dans mon cas ça n’a rien à voir avec ça, c’est un état naturel chez moi. J’ai les noms, on règlera ça tout à l’heure à la sortie. Il n’empêche que vous voilà à ânonner des banalités affreusement… euh !… banales, c’est le mot, alors que tout en vous voudrait exprimer cette joie indicible par des paroles plus historiques les unes que les autres comme, au hasard : « Yaaaaoooouuuuhhhh ! »

    Alors, bien sûr, ce petit embryon qui nous procure tant de joie, n’est pour l’instant encore que la promesse d’un grand bonheur à venir. Nous savons que d’autres espoirs ont été déçus, hélas, avant celui-ci. D’ailleurs, ma fifille et mon gendre idéal ont attendu trois mois pour officialiser LA nouvelle et c’est bien ainsi. Du reste, malgré cela, la crainte n’est jamais très loin et nous l’avons vérifié il y a quelques jours lors de notre bref séjour chez les enfants. Quelques douleurs dans le bas ventre et nous voilà à craindre le pire et mon gendre idéal se presque liquéfier d’inquiétude pour sa femme et la vie si fragile qu’elle porte. On n’en menait pas large nous non plus car, tout au plaisir des moments passés ensemble, nous avons peut-être été un peu imprudents et finalement égoïstes en voulant croire que tout allait naturellement pour le mieux. Le soulagement quand l’alerte a finalement passé sans autre conséquence que cette angoisse quand même terrible !

    Mais je sais depuis longtemps qu’elle est bien entourée ma fifille et que mon gendre idéal est un mec en or comme on en trouve peu. Mon autre fils, pour de vrai…

    Puis, on ne peut pas faire autrement : ce bébé en devenir occupe une place considérable. Nous voilà à évoquer le bébé qu’était sa maman et tout une bouffée de souvenirs me submerge. Je pense depuis un certain temps qu’on est peu ou prou en deuil de l’enfance de nos enfants. Le mot est fort et ceux qui ont vraiment perdu un enfant le jugeront inapproprié mais il y a un peu de ça. Devant nos enfants adultes, indépendants, qui mènent leurs vies sans plus rien nous demander, on songe aux nourrissons qu’ils étaient et dont on changeait les couches, à qui on donnait le bain et le biberon, qu’on serrait dans nos bras en caressant leurs toutes petites mains si parfaites. On repense à toutes ces étapes de leur vie toute neuve qui sont autant d’instants émouvants de bonheur : les premières dents, les premiers pas, les premiers mots, les gros câlins, la première rentrée… Il y a une chanson d’Yves Duteil qui évoque assez bien ces bonheurs-là : « Prendre un enfant par la main ». C’est tout à fait ça.

    Moi, je pense aussi à ce bébé qui arrive. J’entame ma soixantième année (putain, déjà) et je vais être grand-père ! GRAND-PERE, merde ! Et je suis heureux. HEUREUX !

    Merci à ma fifille et à mon gendre idéal. Qu’ils profitent le plus possible des années de bonheur que leur apportera cet enfant… et les suivants.

    Je vous aime.

    Et pis c’est tout !


    P.S. : Ma fifille à moi a écrit un livre avec sa copie Audrey qui dessine très bien. Les deux gamines ont du talent à revendre (la preuve) et beaucoup d’humour. Mais je suis subjectif : j’adore l’humour féminin et celui de ma fille en particulier.

    Ça s’appelle « Guide de Survie à l’Usage des Couples Infertiles (GSUCI) ».

    Vous en comprendrez les raisons en vous rendant sur le blogue de fifille : L’AMP pour les nuls.

    Vous pouvez aussi visiter leur page fessebouc.

    Mais ce qui est plus important, que vous soyez concernés ou que des amis à vous soient concernés ou juste pour le plaisir d’enrichir votre culture en apprenant plein de mots nouveaux qui vous feront briller dans les compétitions de SCRABBLE, achetez ce petit livre rigolo et sans prétention qui pourra vous/les aider à affronter le parcours pour le moins rugueux de la procréation assistée et dont la femme, comme pour beaucoup de choses, supporte l’essentiel des avanies.


    P.S.2 : Message personnel : Olivier, plus que jamais, merci.

    Brunehilde 2 : le retour de la reine

    BMW R1150RT

    dimanche 25 août 2013, par Marc Leblanc

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    Brunehilde

    S’il n’avait tenu qu’à moi, je roulerais encore aujourd’hui au guidon de ma belle R1200RT rouge de la première génération (AM 2006). Cette moto me convenait très bien et je l’avais parfaitement en main. Après l’expérience plus que réjouissante de la K1200RS, c’était même de la gourmandise. Je ne me considère pas, en effet, comme un consommateur de motos et j’aime bien garder les miennes plusieurs années, histoire de faire vraiment le tour des plaisirs qu’elles peuvent procurer.

    Seulement voilà : j’avais acheté ma belle au moyen d’un crédit spécial. En gros, tu finances la moitié du prix d’achat de ta bécane pendant 3 ans au terme desquels soit tu la gardes et rembourses une mensualité égale à la moitié restante, soit tu en changes pour une plus récente et tu repars pour un nouveau cycle. C’est pas forcément donné mais ça permet de rendre son rêve un peu plus accessible. J’avais décidé de garder ma Brunehilde à la fin des trois années et j’en avais informé le vendeur, comme toujours à la dernière limite. Il s’est alors avéré que ma RT était trop vieille pour être financée par BMW et qu’il fallait en passer par l’achat d’une bécane plus récente.

    J’avoue que cela m’a laissé un peu perplexe mais, n’ayant plus beaucoup de temps pour trouver une solution alternative, j’ai accepté la proposition, partagé entre la déception de me séparer d’une moto qui me donnait toute satisfaction et la curiosité de goûter à une nouvelle machine radicalement différente : une K1200GT.

    Bagheera : BMW K1200GT

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    Bagheera

    Le premier contact a été plutôt sympathique. Il faut dire que ce fameux moteur 4-cylindres transversal est un sacré bouilleur. Montée dans les tours rageuse, souplesse, coffre, une tenue de route impériale, un confort excellent, bref, de belles promesses de plaisir et de voyages réjouissants.
    Assez rapidement, toutefois, certaines anomalies sont venues ternir le tableau. D’abord, ce fichu ralenti, on ne peut plus capricieux, qui pouvait monter à 2500 ou 3000 tours sans raisons apparentes. Et cette boite de vitesse pour le moins désagréable qui accrochait à chaque changement de rapport comme si le débrayage était inopérant. Avec, en prime, la difficulté de trouver le point mort, par moment, là aussi sans raison apparente.

    Une journée en atelier pour remplacer deux bobines-crayons apparemment grillées apportera un léger mieux côté ralenti sans faire disparaître complètement le problème.

    Puis, il y a eu la première déconvenue : le roulement du renvoi conique qui casse au retour des Assises peu après Bellegarde-sur-Valserine et le voyage qui se termine en TER de Grenoble à Orange. Heureusement, la réparation a été prise en garantie mais il m’a fallu rapatrier ma bécane de Saint-Martin-d’Hères jusqu’en Avignon car c’était une garantie « garage » et non « BMW ». Subtilité… Sauf que la moto n’avait que 22.000 km et que cette rupture avait tout du vice caché. Passons !

    Un petit mois après avoir récupéré ma bécane, je trace la route entre Montbrun-les-Bains et Sault quand, au beau milieu d’un virage en épingle un peu avant Aurel, la roue arrière se bloque et la moto avec, dans un endroit sans visibilité pour les véhicules pouvant arriver dernière moi. Je ne parle pas de la galère pour sortir de là. Freins serrés, liquide en ébullition. Paraît que je roule pied sur la pédale de frein, d’après mon concess’. C’est vrai qu’il faisait très chaud ce jour-là et qu’on venait de passer le col de Macuègne, au Barret de Lioure, assez viroleux mais sans plus. En tout cas, pas de quoi faire du zèle sur les freins. Bref, la moto est de nouveau redescendu jusqu’en Avignon sur la dépanneuse. Diagnostic : Maitre-cylindre émetteur HS remplacé en garantie.

    Un nouveau mois passe. Voilà les vacances qui arrivent… et le voyant d’ABS qui se met en alarme dès le premier jour de voyage. Pas de souci apparent, la machine freine efficacement mais on ne sait jamais. Passage à Annecy chez le concess’ du coin qui diagnostique des problèmes de capteurs rendant inopérants l’ABS et les suspensions pilotées (ESA) et qui nous confirme qu’il n’y a pas risque de perte du freinage. Ouf ! On finira les vacances sans encombre avec le voyant clignotant et retour au garage. Finalement, c’est la centrale ABS qui sera changée, toujours en garantie, et… la boite à air. Ça, c’est pour le problème récurrent de ralenti. Ce remplacement aurait dû être fait lors d’une campagne de rappel de BMW que l’ancien propriétaire n’a visiblement pas cru devoir accepter.

    Nous en étions donc à l’automne. La garantie était maintenant terminée et la moto fonctionnait enfin très bien… à condition de ne pas changer de vitesse. A la faveur de mes recherches sur des forums consacrés aux K1200/K1300 nouvelle génération, j’avais appris que c’était un problème de cloche d’embrayage et de diaphragme connu de BMW qui semblait rechigner à le prendre en charge au titre du vice caché.
    La moto a peu roulé l’hiver suivant mais le problème demeurait voire s’aggravait. Alors, à force de gamberger, j’ai fini par décider de m’en séparer. Il arrive un moment où la confiance s’évanouit, où, devant l’accumulation de déconvenues, on ne vit plus que dans l’attente de la survenance d’une nouvelle tuile. Cette bécane était frappée d’une malédiction, c’était l’évidence. J’étais même prêt à changer de marque. Après tout, il y a beaucoup de bécanes très appétissantes depuis quelques temps !

    Chez JMS, la négociation a été assez rapide et n’a pas posé de difficulté. Je ne pouvais pas me lancer dans un nouvel achat d’une machine chère. Je souhaitais donc procéder à un échange avec une machine raisonnablement usagée. Ainsi fut fait. Merci à JMS Motos.

    Brunehilde 2 : BMW R1150RT

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    Brunehilde 2

    Ce fut donc la R1150RT de 2003 qui avait assez fière allure et un kilométrage relativement modeste (53.000 km en 10 ans). Un petit doute aussi sur l’histoire de cette moto dont le carnet d’entretien annonce la révision des 50.000 km en décembre… 2010. J’espère que le câble du compteur n’aura pas malencontreusement cassé et ne sera pas resté en l’état pendant 3 ans…
    Moins de 10 jours après avoir pris possession de la belle, le voyant d’ABS se met en alarme. Résultat : changement de la centrale ABS… en garantie. Hum !… Ça recommence ?

    Depuis, on a fait près de 6.000 km ensemble sans autre souci. La révision des 60.000 approche donc et le remplacement du pneu arrière qui a désormais son compte. L’avant avait été remplacé lors de la transaction, ainsi que les poignées chauffantes qui étaient en lambeau.
    Mais c’est du miel, cette bécane. Je retrouve des sensations très proches de la R1200RT en termes de tenue de route, de facilité de manœuvre (c’est un vélo, cette bécane), de protection et de confort. Certes, le moteur est moins dynamique que celui de la R1200RT et sans commune mesure avec celui de la K1200GT, bien sûr. Il faut carrément lui rentrer dedans, tordre la poignée pour avoir des relances pas trop anémiques car il est un peu mollasson. Ou bien cette impression est-elle due à la différence de réponse avec le moteur de la K1200GT qui s’envolait dans les tours au moindre degré de torsion de la poignée. Du moins, on sent bien qu’il n’a pas été programmé pour la compétition, pas comme celui de la R1100RS, par exemple. Mais pour « croiser » sur les belles routes de France, il est largement suffisant et loin d’être ridicule. Et puis, ne soyons pas faux-cul : c’est aussi pour cette tranquillité-là que je l’ai choisie et elle s’acquitte remarquablement bien de sa tâche.

    Question consommation, tous cycles confondus, elle nous fait un petit 5,6 l/100 km, un peu au-dessus de la R1200RT (5,5 l/100 km) et très en-dessous de la K1200GT (6,5 l/100 km). Et pour l’huile, on est dans la norme (moins d’un litre au 1000 km).

    Au final, je ne suis pas du tout mécontent de cette opération. Voilà une moto qui redonne confiance dans la marque même si elle n’est plus de première jeunesse encore que ce ne soit pas une antiquité. Il faut juste se réhabituer au stater manuel et à l’absence de temporisation des clignotants. Plus d’ordinateur de bord complexe, plus de selles chauffantes (c’était bien, ça) mais une radio pas très commode car sans réglages au guidon. Et puis de toute façon, avec mon ouïe électronique, hein ? Plus de suspensions pilotées non plus et des variations d’assiette plus marquées que sur les deux 1200 et un réglage des phares pas évident en duo. Voilà, c’est tout. Le reste n’est que plaisir de voyager.

    On va donc en parler.. bientôt.

    Para bellum

    samedi 15 juin 2013, par Marc Leblanc

    On sait parler des retraités sur France 2 et ça fait chaud au cœur. Déjà, l’autre soir, on nous donnait en pâture ces misérables vieux séniors qui, faute d’une pension bien grasse, à ce qu’ils disaient et que disait le commentaire, partaient en exil au Maroc avec leurs 650 € par mois pour vivre comme des princes des « Milles et unes nuits » grâce aux tomates à 30 centimes le kilo. Le rêve à portée de la bourse la plus plate, 6 ou 7 mois par an, sur fond de gros camping-car flambant neuf à 40000 € au bas mot et sans voir un seul Marocain à moins de 500 m. Autant dire le nirvana ! Bon, faut aimer la tomate mais quand même ! Et tout ça se retrouvait autour d’une bonne table bien garnie, entre ripailleurs bien de chez nous, dans la joie et la bonne humeur innocentes comme il sied aux gens modestes qui savent se contenter de peu.

    Ce soir, on nous expliquait que la pension moyenne du retraité moyen tourne autour de 1350 € par mois et on l’illustrait en interrogeant des retraités représentatifs émargeant à 1500 € bien obligés de convenir, à ce tarif scandaleux, qu’ils étaient prêts à faire des efforts mais que, bon, ça coinçait quand même un peu. Comme quoi, non seulement ces salauds de vieux retraités sont des privilégiés mais, en plus, c’est des égoïstes, les mecs. Non mais allo, quoi ! Tu les paies à glander à longueur de journées en attendant la mort et, en plus, ils se font tirer l’oreille pour participer au salutaire effort de redressement national. On croit rêver !

    Alors, pour bien faire passer le message, impartial comme il se doit, on nous a rappelé les exorbitants privilèges de la fonction publique : pension calculée sur les 6 derniers mois (hors les primes) et non pas sur les 25 meilleures années, ce qui malgré tout donne des pensions et des taux de remplacement sensiblement les mêmes en moyenne, excepté pour l’administration centrale où les cadres sont surreprésentés. On comprend mieux son efficacité… Bref, c’est dire si les fonctionnaires jouissent de sacrés privilèges. Pour plus de développement, voir cet article.

    Ceux dont ne parlait pas l’édifiant reportage, c’était ces autres retraités, ceux qui vivent avec beaucoup moins de 1350 € par mois, parmi lesquels les femmes sont ultra-majoritaires. C’est un oubli d’ailleurs assez récurrent alors que tous ceux qui prétendent régler le fameux problème des retraites — qui, pour un peu, serait la cause de la ruine du pays — n’ont que les mots équité et justice à la bouche depuis plus de 30 ans. Mais les femmes ne doivent pas entrer dans leur champ de vision, semble-t-il. On notera aussi que lorsqu’ils emploient le mot partage, ce n’est pas pour parler des richesses mais des efforts à fournir pour « sauver notre système », ce qui ne s’adresse en réalité qu’à nous autres mais pas à nos élites économiques et financières. Faut pas déconner non plus. Surtout éviter le parallèle abusif entre l’incessant enrichissement des plus riches et l’appauvrissement du plus grand nombre.

    Dès lors, il est naturel de lancer des contre-feux pour détourner l’attention : les chômeurs qui chôment au lieu d’aller bosser ; les tricheurs aux allocs et autres prestations sociales, surtout les étrangers ; les retraités privilégiés alors que notre jeunesse ne peut construire le moindre début de vie ; les fonctionnaires-sangsue, etc. Au moins, pendant qu’on se bouffe le foie entre nous, on s’occupe pas des choses sérieuses.

    Le pire, c’est que ça marche. A en entendre certains, aligner les régimes spéciaux sur celui du privé ne serait que justice et équité. Ce sont en général les mêmes qui, il y a dix, quinze ou trente ans faisaient mine d’être trop occupés pour se battre et défendre leurs droits, la sécurité sociale, les services publics. Les lâches ont toujours de bonnes raisons pour ne pas se mouiller. Ça les rend d’autant plus hargneux contre ceux qui ont osé le faire. D’autres se font un plaisir d’opposer les jeunes aux anciens en professant qu’ils leur paient des rentes dorées tandis que ces vieux égoïstes ne leur laissent que des dettes en échange, oubliant au passage que notre contrat social est aussi un contrat intergénérationnel qui ne s’arrête pas aux retraites mais englobe l’ensemble des services publics financés par les contributions de tous (enfin, sauf des nantis, bien sûr). C’est bien plus porteur que de pointer le démantèlement de tous les dispositifs de solidarité et de répartition au profit de services commerciaux lucratifs pour ceux qui peuvent payer et de la charité (elle aussi privée) pour les autres.

    C’est aussi bien plus apaisant que de reconnaître que, à force de vouloir se convaincre que la lutte des classe n’est pas à l’ordre du jour, nous sommes en train de la perdre car l’oligarchie qui détient le pouvoir et ses larbins de droite ou de « gauche » n’ont eux cessé de la mener contre nous et sont en passe de nous écraser.

    Peut-être alors, quand à force d’avoir tant perdu il ne nous restera plus rien à perdre, quand nous serons le dos au mur, réaliserons-nous que le progrès de la condition humaine et la paix sociale ne peuvent exister que si l’on reste en permanence en alerte pour porter l’estocade contre ceux qui font commerce des peuples pour s’enrichir et accaparer le pouvoir. Il ne peut y avoir de justice et de démocratie sans des peuples prêts à se battre pour elles. Nous payons aujourd’hui de l’avoir oublié. Nous n’aurons bientôt d’autres choix que de reprendre la lutte, hélas !

    Si vis pacem…

    Le juif errant

    samedi 1er juin 2013, par Marc Leblanc

    Le monde a tendance à se dépeupler ces dernières années et ma discothèque à ressembler de plus en plus à un mur commémoratif où se succèdent les disques des artistes que j’ai aimés : Brassens, Ferrat, Reggiani, Brel, Leclerc, Ferré, Béranger, Pagani, Caradec, Barbara, etc.

    Georges Moustaki vient à son tour d’éteindre les feux de la rampe et de baisser le rideau, discrètement, à l’image de sa vie, après longtemps de silence. Il était entré dans mon univers musical en 1969, comme pour beaucoup de gens, je suppose, avec sa chanson « Le Métèque ». Dans l’album qui l’accompagnait, j’avais découvert un artiste étonnant par sa voix douce et claire et par son talent à marier les plus délicates harmonies aux poèmes les plus beaux.

    En réalité, sans que je le sache, Moustaki existait déjà dans mon univers grâce aux chansons de Reggiani, la sublime « Sarah », bien sûr, et plus particulièrement « Ma liberté » que je m’appliquais à chanter autour des feux de camps estivaux en grattouillant piteusement ma guitare. Il y existait même depuis bien plus longtemps encore car, à la maison, mes parents vouaient une grande admiration à Édith Piaf pour qui il avait composé « Milord ».

    J’aimais bien ce type et l’image qu’il donnait, celle d’un gars nonchalant, calme qui ne parlait ni ne chantait jamais en élevant la voix mais qui pouvait dire avec simplicité des choses d’une rare justesse qui me touchaient. A bien des égards, il était l’archétype du méridional, du méditerranéen, du grec même, apôtre du temps de vivre et du temps partagé avec les amis, du temps que l’on prend pour faire les choses calmement, sans se précipiter, posément pour aimer ou pour chanter, le cauchemar des libéraux de cette Europe du Nord qui méprisent tant celle du Sud où ils ne voient que voleurs, profiteurs et tire-au-flanc et qu’ils s’emploient à humilier avec une persévérance qui confine au racisme. Moustaki, c’était notre frère à nous les méridionaux, qui, par son talent et par la beauté de ses musiques et de ses textes, nous redonnait la fierté d’être ce que nous sommes avec nos rares défauts et nos généreuses qualités. Ecoutez « En méditerranée » ou « Grand-père », il y parle de chez nous. Pour autant, il était aussi gourmand de découvertes d’humanités diverses, de musiques du monde, notamment brésilienne. Même s’il n’étalait pas sa vie dans les médias et ne se posait pas en maître à penser, il était de ces gens qu’on aime simplement parce qu’ils nous rendent notre sourire et nous considèrent avec gentillesse.

    Ses chansons m’ont accompagné toute ma vie. Comme celles d’autres, bien sûr, mais souvent elles sont venues résonner dans mon crâne, plus encore depuis que mon système auditif décline. Les textes sont si beaux, les musiques si agréables. On peut préférer telle chanson à telle autre mais il me semble qu’on ne peut pas ne pas les aimer toutes tant elles sonnent comme de la poésie à l’état pur. Une chanson de Moustaki, c’est un pur instant de douceur et de bonheur.

    Lui aussi s’était vu mettre le pied à l’étrier par Georges Brassens dont il a été l’élève et dont il a pris le prénom en signe d’éternel hommage. Pourtant, il s’appelait Joseph ce qui, toute charge biblique mise à part, n’était pas mal non plus. Mais on n’imagine pas le bien que le facétieux moustachu a fait à la chanson française en aidant et en soutenant tant de jeunes talents au front aujourd’hui blanchi.

    Et puis, Moustaki était aussi motard, sans ostentation mais sans faux semblant. Et cela collait bien à l’image de son personnage à la fois discret (on peut être motard et ne pas se complaire dans la démonstration) et déterminé. Libre comme ceux qui donneront naissance à la FFMC.

    Oui, le monde se dépeuple ces dernières années. Mais Georges Moustaki nous laisse une discographie si belle qu’elle nous aidera à surmonter la tristesse de son départ. Il me restera aussi le privilège d’organiser dans ma tête de somptueux concerts privés où la douceur de Moustaki se conjuguera à la chaleur de Ferrat et de Reggiani sous le regard bienveillant de Brassens.

    Merci Monsieur Moustaki pour avoir embelli ce monde par vos chansons et nous avoir aidés à cultiver l’espoir de le changer vraiment.

    Voici ce qu’écrivait Georges Brassens en mai 1954 à l’attention de Georges Moustaki, le poète qui avait alors 20 ans :

    Il existe encore des poètes. Mais ils se cachent çà et là entre deux pierres ou dans des trous d’aiguille. On les traque sans relâche (Pères indignés. Faut embrasser une carrière. Gagner sa vie. Que vont dire les gens !). Ils meurent presque tous très jeunes, les poètes, et l’homme leur survit comme on raconte. Bien sûr, un certain nombre échappe au massacre. Et alors on les fête comme une victoire nationale. On les cajole, on les appelle « cher maître » au sérieux, on se délecte à les écouter chanter leur feu ni lieu d’avant la ratification (Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux de Richepin ou d’ailleurs). Mais quand ils n’en menaient pas large, on leur fermait la porte au nez. Moustaki en est un. Il a eu vingt ans tout à l’heure et c’est plus difficile qu’on ne le suppose (Le petit cheval de Paul Fort, dans le mauvais temps, qu’il avait donc du courage). Il écrit des chansons entre les lignes. Il aurait pu bâcler des insanités et se faire chanter par la canaille lyrique. Il a choisi les chemins escarpés, les chemins coupés. Il fait confiance au public. Il aura sa récompense.
    Un temps viendra où les chiens auront besoin de leur queue et de Moustaki, poète inébranlable, et ceux qui s’apprêtent à le mordre aujourd’hui lui passeront la main dans les cheveux, s’il lui en reste.
    Soyez bons pour les animaux, même les tigres. Chante Moustaki. Ta chanson s’envolera vers les oreilles. Le temps s’en charge. Tu n’es pas seul. Écoute Guy Charles-Cros :

    Avec des mots chantés à voix profonde et douce
    Avant qu’un peu de terre emplisse notre bouche
    Confier à la vie notre lucide amour,
    C’est là notre travail sans trêve et notre fête,
    Notre raison de vivre et de mourir poète,
    Notre unique et divin recours.

    Pour le Figaro, c’est « la France rebelle », celle de citoyens qui défient le pouvoir. Elle était moins lyrique, la feuille de chou réactionnaire, quand c’étaient des travailleurs en lutte pour sauver leurs emplois ou leurs retraites qui descendaient dans la rue, il n’y a encore pas si longtemps. Mais là, il s’agit de bouffer du pédé. Alors, on se lâche et on fait bon accueil aux groupuscules d’extrême-droite qui se sentent pousser des ailes et qui rêvent d’abattre la gueuse, comme au bon vieux temps.

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