Ficanas

23
juillet
2010
.: Une croisière sur la Sorgue

Qu’y a-t-il de plus agréable, en ces temps de chaleur quasi-caniculaire, que de trouver ici ou là un havre de fraîcheur ?

Plutôt que de rester enfermés chez soi, volets et persiennes clos, à attendre les heures bénies de la journée où la température, enfin, commence à décliner, il existe ici, à Bédarrides, une solution sympathique : s’offrir une petite balade au fil de l’eau.

Comme cela est désormais de notoriété mondiale, Bédarrides est un charmant village provençal bâti au confluent de sept rivières dont les deux plus importantes doivent leur célébrité à des raisons quasiment opposées.

Tout d’abord, il y a l’Ouvèze, rivière longue de plus de 120 km au régime torrentiel et dont les crues brutales peuvent être dévastatrices. Ainsi celle du 22 septembre 1992, de sinistre mémoire, qui a frappé cruellement le village et encore plus Vaison-la-Romaine située en amont sur le cours de l’Ouvèze.

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Embarcadère de Bédarrides

Et puis, il y a la Sorgue, petite rivière d’à peine 35 km de long, au caractère plutôt placide, bien que son débit moyen soit d’environ 18 m3/s, et qui est, sans nul doute possible, la résurgence la plus célèbre de France, pour ne pas dire — soyons fou — de la Terre et au delà. Sa source n’est autre, en effet, que la splendide Fontaine de Vaucluse, nichée au cœur du village éponyme. Elle arrose notamment la non moins célèbre ville de l’Isle-sur-la-Sorgue d’où elle se scinde en plusieurs bras, dont la Sorgue de Velleron et celle d’Entraigues qui se rejoignent en amont de Bédarrides et de son confluent avec l’Ouvèze. Sans parler du canal de Vaucluse, troisième bras important de la rivière, qui rejoint Avignon. La Sorgue est véritablement l’artère nourricière de cette partie du département de Vaucluse à laquelle elle apporte l’eau vitale en quantité abondante et relativement régulière tout au long de l’année.

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Croisière sur la Sorgue 1

Depuis quelques années, un effort important a été réalisé pour mettre en valeur le patrimoine du village et pour l’aménager afin d’y rendre la vie plus agréable. En effet, Bédarrides, bourg relativement important, souffre d’un déficit d’image auprès du grand public par le fait que, hormis les vignobles qui le bordent du côté de Châteauneuf-du-Pape, son patrimoine et son histoire sont relativement peu connus. Dans la période récente, les dernières crues catastrophiques de l’Ouvèze l’ont évidemment desservi en mettant en exergue les risques liés à son hydrographie capricieuse. Ceci a, bien entendu, des conséquences importantes sur le plan d’occupation des sols. La vie politique de Bédarrides, on le comprend aisément, tourne également en grande partie sur la façon dont les municipalités en place et leurs adversaires appréhendent cet épineux problème.

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Croisière sur la Sorgue 2

Des travaux très importants ont été entrepris pour sécuriser le village et limiter les conséquences des crues de l’Ouvèze avec l’espoir que ces dispositifs impressionnants éviteront que se renouvellent les désagréments liés à ce voisinage.

Il faut cependant tempérer quelque peu cette vision « apocalyptique » : si l’Ouvèze est parfois une menace, ces sautes d’humeur ne touchent que très exceptionnellement le village dont la vie, somme toute, s’écoule de la façon la plus pacifique qui soit. Bédarrides somnole paisiblement sous le soleil.

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Croisière sur la Sorgue 3

L’actuelle municipalité a encore accentué le programme d’aménagement du village. Ainsi, entre autres initiatives que je trouve personnellement très heureuses, a-t-elle aménagé sur les bords de la Sorgue deux pontons depuis lesquels il est possible d’embarquer sur une barque à fond plat, opportunément appelée « Ville de Bédarrides », pour une petite balade instructive et rafraîchissante le long de cette rivière, entre son confluent avec l’Ouvèze et la réunion de ses deux bras de Velleron et d’Entraigues.

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Croisière sur la Sorgue 4

C’est donc par un beau samedi ensoleillé et, bien sûr, fort chaud, qu’Elle et moi avons décidé de nous offrir cette croisière.

Nous n’étions que deux à solliciter la jeune et charmante personne dévolue au rôle d’« éco-guide », ainsi que l’appellent les prospectus vantant ces voyages.
Nous avons pris place dans l’esquif et sommes donc partis tous les trois à la découverte de notre rivière sacrée qui a, à cet endroit, près de 3 m de profondeur. Direction l’amont, c’est à dire Entraigues. Le courant est relativement important et le petit moteur de la barque travaille vaillamment à le surmonter.

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Croisière sur la Sorgue 5

Les berges sont couvertes d’une abondante végétation composée notamment de peupliers blancs, d’ormes et de frênes. Beaucoup de ces arbres sont majestueux. Beaucoup d’ormes sont malheureusement frappés d’une maladie incurable et en train de crever. D’ailleurs, nombreux sont les vestiges de cette essence qui jonchent le lit de la rivière, offrant ainsi un spectacle étonnant. Toutefois, le cours d’eau a été en grande partie nettoyé des cadavres les plus encombrants et la navigation s’y fait sans grand problème. La rivière est relativement large et ses eaux à 10°C dispensent une agréable fraîcheur bienvenue.

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Croisière sur la Sorgue 6

Au fil de la balade, notre guide nous sert une présentation du spectacle qui s’offre à nous, arrêtant le moteur de la barque à plusieurs endroits pour nous dispenser un très intéressant cours d’histoire naturelle qu’elle possède à la perfection. La flore en occupe une bonne partie. Elle est remarquable, car inhabituelle en Provence, en raison de l’abondance de l’eau et surtout de sa température à peu près constante tout au long de l’année. Selon notre guide, ce genre de végétation ne se retrouve que plus au nord ou plus en altitude.
On apprend aussi que la rivière est colonisée par des castors — Bédarrides s’enorgueillit d’ailleurs d’en héberger un couple que l’on peut, paraît-il, apercevoir parfois le soir —, des rats musqués et des ragondins, pleins d’oiseaux dont des rapaces et des hérons et pleins d’insectes. D’ailleurs, nous pouvons assister au ballet incessant de libellules bleues (des demoiselles). Seul un antipathique taon viendra brièvement nous visiter. Découragé par l’attention que je lui porte, il finira par repartir à la recherche d’un autre sang à ponctionner. Sale bête !

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Le paradis des pêcheurs

La Sorgue est également un petit paradis pour les pêcheurs. Elle abrite des truites, des carpes, des brochets et que sais-je encore ? et le long de cette balade nous apercevons deux ou trois pontons privés installés par quelques riverains chanceux auxquels sont amarrées de petites barques. Des supports de cannes à pêche sont également laissés à demeure par endroit, témoignant de l’assiduité des passionnés.

Nous croisons un premier affluent à tribord qui n’est autre qu’une partie de la Sorgue d’Entraigue qui s’est séparée en deux bras à l’aval de la ville, créant ainsi une ile assez importante. A bâbord, un deuxième affluent : la Vallat-Mians (?), un ancien canal de drainage qui s’est peu à peu transformé en rivière ; puis un troisième, l’Auzon (?). Nous arrivons au confluent des Sorgues d’Entraigues et de Velleron. Sur l’embarcadère, un homme fait la sieste, profitant de la fraîcheur conjuguée de l’ombre des hauts arbres et de la rivière. Veinard !

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Embarcadère du Campsec

Puis la barque fait un demi-tour et reprend son odyssée vers son port d’attache. Le courant est désormais porteur et le petit moteur ne s’active plus que pour permettre à notre guide de diriger l’embarcation entre les rares écueils. Elle l’arrête encore à deux ou trois reprises pour nous montrer des souches d’arbres rongées d’une manière caractéristique, attestant la présence des castors. On apprend ainsi qu’il est possible de distinguer dans l’eau ces bestioles des rats musqués : le castor ne sort que la tête de l’eau tandis que l’autre montre aussi son dos. Mais nous ne verrons ni l’un ni l’autre.

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Croisière sur la Sorgue 7

Nous parvenons ainsi à notre point de départ où nous amarrons le "Ville de Bédarrides" à son embarcadère.

Au total, la petite balade aura duré une bonne demi-heure et nous aura coûté 5,00 € par personne. Le plus important est tout de même qu’elle a été très agréable à tous les points de vue. De plus, bien qu’ayant passé ici une bonne partie de ma vie (notamment ma jeunesse), j’ai encore appris des choses. Bref, cette croisière sans prétention est un vrai petit plaisir que je ne saurais trop conseiller à tout ceux à qui la simplicité et le (quasi) silence ne répugnent pas. Vous ne le regretterez pas.

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Croisière sur la Sorgue 8

Pour en savoir plus, cliquez sur les liens ci-dessous :

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Croisière sur la Sorgue 9

Dernière précision : ces balades en barques sont organisées de juin à septembre, du vendredi au dimanche et de 14h00 à 19h30.

Bon voyage, donc. Et encore un grand merci à notre sympathique « éco-guide » pour sa gentillesse et son érudition ainsi qu’aux promoteur de ce projet original et plaisant.

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Croisière sur la Sorgue 10

Et pis c’est tout !


20
juillet
2010
.: Un espoir enfin
Ou l’éternelle alliance du sabre et du goupillon

Un entrefilet dans La Provence du 20/07/2010 et un article plus complet sur son site :

(extrait)

La foi, les religions et les œuvres de charité jouent un rôle primordial pour surmonter les conséquences de la crise économique et financière, ont estimé lundi les présidents de la Commission, du Conseil et du Parlement européens.

José Manuel Barroso, Herman van Rompuy et Jerzy Buzek ont par ailleurs estimé que l’Europe devait s’inspirer de l’expérience des Eglises et communautés religieuses dans la lutte contre la pauvreté.

Au moment où, partout en Europe, se développe une offensive sans précédent pour, paraît-il, assainir les finances des Etats en réduisant les salaires et en démantelant protection sociale des citoyens et services publics — pour leur substituer des entreprises privées axées sur le profit —, et, notamment, la Santé et l’Education, voilà que les trois pitres du machin européen ont trouvé LA solution pour mettre du baume sur les plaies ouvertes des misérables : la foi et la charité.

C’est effectivement un peu plus pimpant qu’une politique sociale fondée sur la justice et la solidarité et ça coûte bien moins cher. Ça a, de plus, l’avantage de ne pas écorner les sacro-saints principes ultra-libéraux de cette Europe qui ne jure que par les marchés, par essence (divine ?) infaillibles !

Et c’est finalement d’une cohérence implacable : la soumission au dogme qui définit un ordre social immuable, la fatalité des vicissitudes humaines posée comme un principe intangible puisque résultant de la volonté divine et l’espoir d’une vie bien meilleure, dans l’au-delà, pour ceux qui se seront conformés aux paroles de leur dieu miséricordieux. Ou, s’ils sont du bon côté du manche, qui auront fait acte de charité à l’égard des malheureux.

Crevez en silence, braves gens, l’Europe et Dieu vous récompenseront juste après votre mort !

Le joli programme que voilà ! La bourgeoisie du XIXième siècle (et même d’après) ne l’aurait certainement pas renié. Charité bien ordonnée commence toujours par soi-même et ces gens-là en savent quelque chose (les autres aussi, d’ailleurs !). Quelle témérité dans la marche vers le progrès, vraiment ! Le siècle des Lumières et ses philosophes se voient renvoyés dans les culs de basses fosses. Dieu, enfin, est de retour pour régler la vie des petits. Vive l’Europe !

L’année 2010 est placée dans l’UE sous le signe de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale et la stratégie Europe 2020 récemment adoptée par l’UE prévoit de diminuer de 25% d’ici dix ans le chiffre actuel de 84 millions de pauvres en Europe.

Même si, promis juré, les « organisations philosophiques et non-confessionnelles seront quant à elles reçues à Bruxelles sur le même thème le 15 octobre », il est proprement hallucinant de voir ainsi une institution politique en appeler aux religions et à leurs pantins pour prétendre résoudre les catastrophes qu’elle a elle-même engendrées par son dogmatisme.

Le traité de Lisbonne prône « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les associations représentatives et la société civile » nous dit-on, comme s’il s’agissait d’un exercice démocratique ordinaire. Or, il s’agit rien moins que de justifier la prise en compte des exigences des différents groupes de pression économiques, d’une part, et, d’autre part, celles du Vatican, symbole des « racines chrétiennes de l’Europe ». Que les musulmans et les israëlites soient associés à la fête n’est qu’une mascarade destinée à calmer les remous que cette prétention avait suscités lors des débats autour de la Constitution européenne.

Voilà donc qui va être la cause d’un orgasme intempestif chez le grand crétin pontife et chez ses charmants comparses qui pourront voir venir à eux les petits enfants. Et chez tous ceux qui ne jurent que par la prééminence des lois prétendument divines sur celles des Etats laïques.

Qu’ils aillent au diable ! Le « curé mieux que l’instituteur », cher à notre bienheureux chanoine de Latran, se voit conforté par un « la charité plutôt que la solidarité » qui sonne comme une nouvelle claque à la laïcité.

Va falloir ressortir les plumes et le goudron, semble-t-il !

Et pis c’est tout !


18
juillet
2010
.: Pitoyable

C’est une affaire entendue : les étrangers sont de mauvaises gens, surtout lorsque, en plus, ils sont journalistes. Parce que les journalistes, déjà en France, c’est pire que tout. Alors s’ils sont étrangers, c’est encore pire ! Voyez ?

Parce qu’il faut bien le dire, les étrangers sont des jaloux. Oui, des jaloux ! Ils nous envient sans parvenir à être aussi parfaits que nous, aussi intelligents, aussi généreux et tout ça. Alors, ça les aigrit, les étrangers et, par dépit, ils font rien qu’à dire des horreurs sur nous autres, les Français, pourtant si gentils.

A preuve, la dernière livraison de Courrier International (n°1027 du 8 au 14 juillet 2010) titré « La France plumée - Affaires : la presse mondiale se déchaîne » et avec pour sous-titres :

  • Des ministres sans foi ni loi
  • Du bling-bling à la pénitence
  • Plutôt Feydeau que Shakespeare

La palme revient sans conteste à Manfred Rist, journaliste apparemment suisse qui, dans un article paru dans le « Neue Zürcher Zeitung », assène :

Les ministres français ne semblent guère se laisser guider par la morale, la loyauté envers le peuple ou même le bon sens.

Et ils y vont tous de leurs moqueries acerbes, ces salauds d’étrangers, de l’Allemagne à l’Espagne, du Royaume-Uni à l’Italie et du Maroc au Burkina-Faso. Oui, même les Africains dont, pourtant, notre vénéré président, dans sa grande mansuétude et sa grande clairvoyance, avait dit, dans un élan d’un lyrisme époustouflant dont seuls ses magnifiques conseillers peuvent avoir le talent et le secret, « qu’ils n’étaient pas assez entrés dans l’Histoire ». Et là, d’un coup, retour de bâton : avec Sarko, ce serait la France qui serait en train d’en sortir, de l’Histoire. Putain, la gueule que doit faire l’autre blondinet comique — comment c’est déjà son nom ? Ah oui : Hortefeux — : des Auvergnats qui nous font la leçon ! Pan dans la gueule ! Ouh, que ça doit faire mal, ça !

Il faut dire, à la décharge de ces enfoirés de journalistes étrangers, que ces histoires de cigares, d’appartements, de vols en jets privés et tout ça, même ici, au pays de la tolérance, ça la fout un peu mal. Et pourtant, on a l’habitude, pas vrai ? Combien de ministres, de maires, de députés, de conseillers généraux, de hauts-fonctionnaires sont passés sous les projecteurs brûlants de l’actualité pour avoir favorisé telle entreprise contre une petite offrande, bien naturelle entre gens de bonne éducation, ou pour avoir utilisé le personnel placé sous leurs ordres pour entretenir leur modeste datcha ou servir quelque collation lors de petites soirées privées entre amis ? A tel point que, pour un peu, on finirait par croire que c’est la chose la plus naturelle du monde et qu’on s’inquièterait presque de ne pas voir surgir un nouveau scandale.

Et encore, tous ces articles, d’une méchanceté gratuite à vous faire regretter d’être gentil, ont été écrits avant la superbe prestation télévisée de notre Guide Lumineux — que le nectar de ses Saintes Paroles nourrisse à jamais nos esprits insatiables. Alléluia ! — Sinon, qu’est-ce que ce serait ?

Je résume, en vrac, pour les mécréants qui n’ont pas assisté à la messe : « Avec Carlita on en a bavé. C’est pas facile d’être président. Woerth est un mec chouette. Avec sa femme, ils en ont bavé. C’est pas facile d’être ministre. Y en a des qui ont fait des bêtises : on va les gronder. Et, au fait, au sujet de la crise, on va faire des économies (finis les ballons et les guirlandes aux fêtes, finie la chasse à courre, etc.) mais on va aussi trouver un moyen indolore de vous la mettre bien profond, à commencer par vos retraites. »

Bien entendu, si M. le président de la République s’est cru obligé de faire les gros yeux à certains de ses sous-fifres, ce n’est certes pas à cause des calomnies honteuses, pour ne pas dire la boue nauséabonde, déversées par la presse haineuse et, notamment, par le Canard Enchaîné. Que nenni, allons ! C’est uniquement parce que Son Indigence a l’œil partout et qu’il a décelé de ridicules écarts incompatibles avec sa très haute conception de l’exemplarité et de la probité. Tout simplement pitoyable !

Caricatural ? A peine. Et encore, je n’ai pas eu le courage de regarder jusqu’au bout tellement le spectacle était navrant et prévisible.

Bien sûr, les habituels roquets ayant été lâchés peu de temps avant pour préparer le terrain, on connaissait déjà un peu la rengaine. Même la Morano y est allé de ses fines analyses, allant jusqu’à parler de « fascisme » au sujet de la presse hystérique et de la gauche « trotskisante » qui s’acharnent sur ce malheureux Woerth. Faut dire que mémère sait de quoi elle parle en matière de fascisme. L’indispensable Bertrand se dit scandalisé par cette « chasse à l’homme » et l’humoriste Lefèbvre, quant à lui, s’extasie sur les tubes de dentifrice de son président. La belle équipe que voilà !

En substance, Woerth est un honnête homme, il est innocent et il n’y a pas de conflit d’intérêt. L’affaire est close, circulez, y a rien à voir.

Il n’y a peut-être pas de conflit d’intérêt, ce que tout de même un esprit par trop chagrin pourrait avoir le culot de contester, mais selon Gascogne, il pourrait bien y avoir un léger parfum de concussion [1] voire de prise illégale d’intérêt. Nous voilà rassurés, en somme : rien que de très normal pour nous autres, phares du monde démocratique.

Dans un article de Marie-Pierre Subtil, paru le 17 juillet 2010 dans Le Monde, Marcel Gaucher [2] analyse les raisons pour lesquelles, selon lui, cette succession d’affaires marque davantage ce quinquennat.

Extrait :

Cette affaire marque-t-elle une étape dans le mandat de Nicolas Sarkozy ?

Elle me semble marquer l’arrivée de la facture de la crise. C’est ce qui explique son retentissement. La crise prend complètement à contre-pied le dispositif politique de Sarkozy, à savoir le projet d’une banalisation libérale de la France, pour sortir d’une exception jugée dommageable par les élites.

Cela se résumait dans l’idée chère à Sarkozy de décomplexer le rapport des Français à l’argent, sur le thème "laissez faire les gens bien placés pour gagner beaucoup d’argent, et vous en profiterez tous". Son tour de force a été de présenter cela comme une forme de justice : si vous vous donnez du mal, vous gagnerez, seuls les paresseux perdront. Il avait trouvé un thème de campagne très efficace, en conciliant libéralisme et justice.

La crise a réduit à néant cette belle construction. Dans un premier temps, Sarkozy s’en est très bien tiré, en affichant son volontarisme. Mais les belles paroles n’ont pas eu de suite. Nous savons que la facture de la rigueur va être lourde et que nous allons tous devoir payer plus d’impôts. Cela repose le problème de la justice fiscale et sociale en de tout autres termes, et cela jette une autre lumière, rétrospectivement, sur les intentions initiales. L’affaire Woerth-Bettencourt restera peut-être sans aucune suite, mais elle révèle quelque chose de profond : elle fait surgir au grand jour la désillusion de l’opinion à l’égard de la promesse sarkozienne.

Cette désillusion est-elle imputable à Nicolas Sarkozy, ou aux élites dans leur ensemble ?

L’épisode réactive un contentieux larvé entre le peuple et les élites. Sarkozy avait donné l’impression d’être conscient du problème et de vouloir modifier les choses. Il ne l’a pas fait, et même, par certains côtés, il a aggravé le malaise, par son style de star égocentrique et autoritaire.

En France, les élites (un mot que je n’aime pas mais il n’y en a pas d’autres) ont une haute opinion d’elles-mêmes et ne se rendent pas compte du fossé qui les sépare de la population. Elles entretiennent à son égard un mépris bienveillant. Elles veulent son bien, mais elles estiment que leurs mérites éminents doivent être récompensés.

Quand M. Joyandet ou M. Estrosi prennent un avion privé à prix d’or pour rentrer à Paris plus vite, ils le font avec une parfaite bonne conscience, pensant que l’importance de leur personne et de leur fonction le justifie.

Et quand certains profitent d’un permis de construire indus ?

Là, nous sommes dans un autre registre. Leur idée implicite est qu’ils appartiennent à une catégorie à part, qui leur donne des droits particuliers. Vous trouvez cela à tous les niveaux, y compris dans la vie politique locale — la boîte noire de la vie publique française —, comme cela va finir par se savoir. Règne l’idée que le fait de se dévouer pour le bien public mérite reconnaissance, c’est-à-dire privilèges.

M. Gaucher renvoie quelque peu gauche et droite dos à dos, même si les manières de faire ne sont pas identiques. Mais, sans faire une généralité de pratiques pour le moins critiquables — il existe bien des hommes politiques intègres — il présente nos « élites », au moins en partie, comme une caste en rupture totale avec la raison d’être de ses mandats démocratiques. En cela, il rejoint la sentence de Manfred Rist, cité au début de ce billet, sans le dire de manière aussi désagréable.

Quant à la démocratie et à Sarkosy, justement, il conclut :

Au-delà de cette affaire Woerth-Bettencourt, avez-vous le sentiment d’une remise en question des principes démocratiques ?

Non, au contraire. Ce n’est pas la démocratie en tant que telle qui est remise en question, c’est la manière dont certains en profitent. Le culte de la chose publique est plus fortement intériorisé en France que partout ailleurs.

Les gens sont donc très choqués quand les individus au pouvoir se comportent en individus privés. La plus grande faille de Nicolas Sarkozy, c’est qu’il n’a pas le sens de l’institution. Le côté privé du personnage prend toujours le dessus. Il n’arrive pas à être un homme d’Etat.

(Vous pouvez tenter votre chance ici pour lire l’intégralité de l’article)

« Il n’arrive pas à être un homme d’Etat ». C’est presque aussi dur qu’un article de presse étranger, ça ! Ce n’est pas moi qui le dit mais cela fait assez longtemps que j’en ai la conviction profonde.

Pas étonnant que ce pays soit la risée du monde. Pauvre France.

Et pis c’est tout !


1er
juillet
2010
.: Trop mignon

C’était il y a deux ou trois jours.
Je m’apprêtais à rejoindre mon cher plumard. Avant d’éteindre la télé que, sans raison valable, j’avais laissé allumée alors que je ne la regardais plus depuis un moment, je me mets à pitonner [3] la télécommande pour faire défiler les programmes. Et là, je tombe sur... Frédéric Lefèbvre, ci-devant porte-parole de l’UMP, interrogé par Benoit Duquesne dans son émission « Complément d’enquête », sur France 2.

Le premier haut-le-cœur passé, j’interromps le mouvement de pression que j’amorçais sur le bouton d’arrêt en entendant la voix de son maître faire l’éloge de celui-ci :

Quand Il prend un avion de la République, Il se sert de son propre dentifrice...

Je cite de mémoire.

Bon, reconnaissons que ce pauvre gars n’a pas la tâche facile : comparé à, au hasard, De Gaulle qui payait ses factures d’électricité ou ses timbres-postes à usage personnel lorsqu’il était à l’Élysée, l’exemple donné par son gourou à lui fait un peu minable. Surtout si on se remémore l’usage assez immodéré qu’il a fait des avions de la République. Certainement a-t-il dû rechercher vainement des exemples de probité un peu plus clinquants et finir, en désespoir de cause, par se rabattre sur celui-là. Il faut dire que notre petit timonier ne nous a guère habitué à la jouer modeste. N’est pas un grand homme politique qui veut.

Évidemment, il Lui sera toujours plus facile, avec ce comportement aussi édifiant qu’exemplaire, d’aller faire la morale à cet autre parangon de vertu républicaine qu’est Christian Blanc, lequel, si l’on en croit le Canard Enchaîné (mais comment ne pas le croire ?), a réussi à s’offrir aux frais de la princesse pour 12000 € de cigares de luxe. Pour en rembourser généreusement 3500 € une fois ses frasques jetées en pâture au petit peuple. Salauds de journalistes !

Entre les appartements des uns, les cigares des autres, les permis de construire de complaisance de celui-ci et les copinages douteux de celui-là, il est vrai qu’il était temps que le chef d’orchestre entame une opération « mani pulite [4] » pour redorer le blason quelque peu terni d’un gouvernement qui n’a jamais vraiment brillé par la pudeur de certains de ses membres. Surtout au moment où les mêmes voudraient nous convaincre que la crise économique causée par la rapacité de leurs amis devra être payée, en définitive et comme d’habitude, par le sacrifice de nos droits sociaux. Bref par nous.

Alors, c’est sûr : un petit tube de dentifrice, ça paraît rien comme ça, mais quand on s’apprête à jeter sur la paille des millions de citoyens qui n’émargeront jamais au bouclier fiscal, en fait, c’est énorme.

Et c’est beau. Et c’est émouvant. Si, si ! Vraiment !

Je parle, bien sûr, de cette façon toute en finesse de nous prendre pour des cons.

Et pis c’est tout !


27
juin
2010
.: Que la fête soit belle
Manifeste anti-"saucisson et pinard"

Voici donc revenu la fin de l’année scolaire et son cortège de fêtes et de kermesses des écoles.
Ceux qui ont des enfants d’âge scolaire — ou qui en ont eu — comprendront certainement la joie profonde, quoique un peu crispée, ressentie par nombre de parents à l’idée d’aller admirer leur progéniture affublée d’improbables déguisements (qui la libellule ou le bourdon, qui le meunier ou la paysanne, qui le renard ou le corbeau, qui le prince ou la princesse ; j’en passe et des plus insolites) pour esquisser des pas de danses maladroits et émouvants sur la scène de l’école, dressée spécialement pour l’occasion. Ce n’est pas pour rien, finalement, que ce qui apparaît souvent sur l’instant comme une corvée (osons le mot) devient, bien des années plus tard, l’image d’un petit bonheur furtif passé au rang des souvenirs à l’évocation desquels on se prend à sourire avec émotion.
Ah ! Si seulement on pouvait revenir en arrière, quelques fois !

La mairie d’Orange, cette année, s’est donnée beaucoup de mal pour que ces fêtes soient de vraies réussites, aptes à rejoindre, dans la mémoire des parents et des enseignants, les plus beaux souvenirs qu’ils garderont à jamais de tous ces minots en ribambelles. Qu’on en juge plutôt.

Figurez-vous que, dans certaines écoles situées dans des quartiers de la ville à forte population d’origine étrangère — et pour tout dire musulmane, les organisateurs ont décidé de proposer aux participants, à la buvette où ils pourront se restaurer, des produits « halal ». Après tout, si les athées et les catholiques peuvent s’envoyer des casses-dalles au saucisson et au jambon, il semblerait normal que les musulmans, dont les enfants vont dans ces écoles, puissent eux-aussi participer pleinement à la fête de bout en bout tout en engouffrant des aliments adaptés à leurs croyances. C’est tout de même jour de fête et les minots sont contents de voir leurs parents y rester le plus longtemps possible.
Sauf que ça ne convient pas à monsieur le maire d’Orange qui y voit une entorse insupportable au principe de laïcité. Si, si ! Du coup, la ville a fait savoir à ces dangereux cléricaux que, s’ils persistaient dans leur incroyable volonté anti-laïque, ils devraient se passer du généreux soutien matériel de la municipalité. Entendez : pas de chaises, pas de tables, pas d’estrades, pas de barrières, peut-être pas de sono, etc. C’est qu’on rigole pas avec la laïcité à Orange !

A vrai dire, on reconnaît bien là l’art tout en finesse de l’extrême-droite à accommoder les principes républicains à sa sauce alors que d’une façon générale elle n’a que faire des valeurs de la République.
La liberté ne se conçoit pour elle que dans celle d’approuver son discours xénophobe, homophobe et raciste ; l’égalité n’est valable que pour les Français « de souche », sauf les pédés et les gouines, bien sûr, l’étranger n’obtenant son label de respectabilité que s’il ferme sa gueule, embrasse le drapeau tricolore chaque matin en chantant la Marseillaise, pour preuve de son amour indéfectible pour sa terre d’accueil (et encore !) ; la fraternité relevant du même tonneau. Bien sûr, on se souvient de la laïcité surtout lorsqu’elle n’est pas en phase avec les valeurs chrétiennes si vaillamment symbolisées par Jeanne d’Arc.
Rien d’étonnant alors à ce que tout ce qui évoque l’Islam, de près ou de loin, provoque chez ces gens-là des bouffées d’aigreur : ils en sont restés à l’époque des Croisades avec un petit détour en arrière par 732 et Charles Martel, figure héroïque entre toutes. Bien entendu, tout cela n’a rien à voir avec le temps béni de la colonisation et de ses apports positifs et encore moins avec l’indépendance algérienne. Que nenni ! C’est juste pour la laïcité, qu’on se le dise.

Ceci n’est pas sans rappeler ces récents détournements des apéritifs géants, façon « fesse-bouc », ou de la « fête des voisins », sur la base de saucisson et de pinard. Autrement dit : interdits aux musulmans... et aux juifs.
Organisés par des groupuscules fascistes, reprenant une soi-disant laïcité ouvertement anti-musulmane, ces pitoyables démonstrations xénophobes sont évidemment l’exact contraire des initiatives plus ou moins heureuses qui, elles, avaient cependant un réel objectif de partage et de convivialité, voulant instaurer le dialogue entre des gens qui se côtoient mais ne se connaissent pas. Ne seraient les excès de certaines de ces réunions (fesse-bouc toujours), et toute apologie de l’alcool et des substances illégales mise à part, il y a là, à mes yeux, bien plus de laïcité que ne pourra jamais revendiquer la plus courue des parades « sauciflard et gros rouge qui tache ».

Car on n’est pas ici dans une simple dénonciation des excès engendrés par une islamisation réelle ou supposée d’une partie de la société. Si, dans certains cas comme à Paris ou d’autres villes de France, on assiste à une certaine lâcheté des élus face à des demandes injustifiées de représentants religieux [5], sous couvert de « laïcité positive » ou pour ne pas être accusés d’intolérance, l’extrême-droite se nourrit de l’exaspération provoquée par de telles concessions et s’en sert pour amalgamer l’ensemble des citoyens de confession musulmane et leur nier jusqu’à leur droit à l’existence... chez nous.

Or, si d’un côté, on ne peut que s’interroger sur l’absence de vision de certains politiques face à ce qui ressemble bien à des provocations communautaires extrêmement ciblées et mal ressenties par les autres composantes de la société, de l’autre on ne peut qu’être écœuré par le discours intolérant et simpliste de l’extrême-droite. Et inquiet, aussi. Là où des gens confrontés à la réalité d’une société multiculturelle tentent avec leurs faibles moyens d’œuvrer pour la tolérance, le partage et la compréhension, d’autres ne pensent qu’à répondre par le rejet, la négation de l’autre, voire par la haine. Ils confondent volontairement le prosélytisme plus ou moins avéré que représentent des signes religieux ostensibles dans une école républicaine et laïque avec une simple main tendue à l’autre et le respect qui lui est dû en tant qu’être humain.

Je ne dirai jamais assez la répugnance que j’éprouve à l’égard de ces gens-là.

Vouloir comprendre l’autre, ce n’est certainement pas approuver sans réserve ce qu’il prône, c’est simplement vouloir échanger librement avec lui et le connaître mieux, dans un respect mutuel. Pour parler à des musulmans (mais j’en connais avec qui je peux le faire sans aucun souci), je ne me convertirai certainement pas à l’Islam (ce dont je doute qu’ils me le demandent jamais). Mais si pour montrer que je les respecte au même titre que n’importe qui je dois partager leur repas et manger halal, je n’hésiterai pas une seconde. Sans compter que j’en serai honoré.

Alors bon courage aux enseignants et aux parents des écoles d’Orange. Ce sont eux qui sont respectables.

Et pis c’est tout !


23
juin
2010
.: Question de bon sens...
A propos de retraite

Petite citation prémonitoire :


- La retraite faut la prendre jeune.
- Faut surtout la prendre vivant. C’est pas dans les moyens de tout le monde.

(R. Dalban/A.Weber dans les Barbouzes de G. Lautner - 1964)

Michel Audiard

Et pis c’est tout !


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Notes

[1] Non, non, c’est pas un gros mot.

[2] Historien et philosophe, Marcel Gauchet, 63 ans, est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Rédacteur en chef de la revue Le Débat, qui vient de fêter ses 30 ans, il est l’auteur de plus d’une vingtaine d’essais, centrés sur la démocratie, la religion, l’éducation et le pouvoir. Il s’exprime ici en tant qu’"observateur de la vie politique française, et rien de plus", et précise qu’il n’a pas pris part, jusqu’à présent, au débat pro ou anti-Sarkozy.

[3] « Zapper » en vrai français du Québec

[4] Mains propres

[5] comme, par exemple, la prière en pleine rue alors que les salles réservées à cette usage sont amplement suffisantes


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